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Révolution Socialiste n°11-12 (novembre 2003)
Aucune
concertation avec le gouvernement !
Retrait pur et simple des décrets et du projet de loi
Raffarin-Ferry ! Retrait du budget 2004 !
Grève générale de l’université !
Comités de grève élus & comité national de grève !
Le 7 novembre, les étudiants de Rennes 2 se
sont mis en grève et se sont prononcés en assemblée générale pour l’abrogation
des décrets LMD et pour le retrait du projet de loi sur l’autonomie des
universités. Depuis, 17 autres universités se sont mises en grève pour les
mêmes raisons.
Pendant le mouvement des enseignants de mai-juin
2003 et les manifestations contre la réforme des retraites, le gouvernement a
différé son projet de loi de « modernisation de l’université »
lorsque les étudiants se sont joints à la mobilisation. Dans la foulée, il a dû reculer après avoir
envisagé de supprimer les allocations pour les étudiants salariés et les
étudiants vivant en couple.
Cet automne, puisque son attaque contre les
retraites et contre les statuts des personnels de l’Education nationale est
passée, le gouvernement a estimé le moment venu de reprendre son offensive
contre le droit aux études, au compte de la bourgeoisie française.
Le gouvernement vise à faire des économies sur le
dos des étudiants et à casser le cadre national de l’université, des programmes
et des diplômes. De la loi Faure de 1969, mettant en place l’autonomie et la
participation, jusqu’aux « pôles d’excellence » du plan U3M et aux
« licences professionnelles », tous les gouvernements ont cherché à
institutionnaliser la sélection à l’université, à désengager financièrement
l’État, à livrer l’enseignement supérieur aux régions et au patronat.
Le gouvernement
Chirac-Raffarin-Sarkozy-Ferry applique l’austérité à l’université et à la
recherche publique par son budget 2004, en accordant la priorité à la police, à
la justice et à l’armée.
Il a commencé à mettre en oeuvre le plan LMD
(licence-master-doctorat) sous forme de décrets dans plusieurs universités
(dont Lyon 2, en grève) et veut le généraliser (à Rennes 2 et à Nantes, entre
autres, l’an prochain). Sous prétexte d’uniformisation européenne, il accroît
l’autonomie. Le risque est grand que, par ce biais, université par université,
la sélection s’intensifie : en augmentant les droits d’inscription, en
empêchant la compensation semestrielle des notes, en supprimant le droit
automatique à la 4e année quand les examens de 3e année
sont obtenus.
Des projets
similaires sont à l'ordre du jour dans nombreuses universités en Europe et des
dizaines de milliers d’étudiants se sont mobilisés en Grande-Bretagne et en
Allemagne contre des projets du même ordre. Le gouvernement français maintient
le cap :
Interrogé pour savoir si le gouvernement allait
mettre en oeuvre cette harmonisation, très contestée par les étudiants, M.
Raffarin a répondu : "Un premier ministre, cela répond clairement. Je vous
dis oui". "C'est déjà engagé. Vingt universités ont déjà voté pour
cela", a-t-il ajouté. (Le Monde, 22 novembre)
Le dispositif du budget et des décrets LMD devait
être couronné par un projet de loi sur « la
modernisation de l’université » qui a été préparé en octobre par la
conférence des présidents d’université, avec la complicité des représentants
des confédérations syndicales (dont la CGT). Selon les déclarations de Ferry le
21 novembre à Valenciennes, la majorité UMP devait le voter en juin 2004.
Le projet de loi sur les universités est construit
autour de trois grands axes… L’instauration d’un budget global… des conventions
de partenariat entre les universités et les collectivités territoriales seront
inscrites dans la loi. Le projet autorise les universités à créer un
établissement public de coopération universitaire sur des sujets qu’elles
choisissent… Le projet prévoit d’instituer
dans les établissements un conseil d’orientation
stratégique (COS) composé de personnalités extérieures… (Le Monde, 21 novembre)
Il s’agit d’une attaque nationale contre l’ensemble
des étudiants et des personnels de l’enseignement supérieur. Pour se défendre,
pour battre le gouvernement au service du patronat, il faut organiser une
riposte nationale.
Le gouvernement commence à avoir peur. La grève
générale de l’enseignement supérieur peut le battre. Mais pour arracher le
retrait des décrets Ferry sur le LMD, pour le retrait définitif du projet de
loi Ferry d’autonomie et de professionnalisation, pour le retrait du projet de
budget 2004, pour l’abandon du projet Belloc contre les enseignants-chercheurs,
pour obtenir les moyens de la formation et de la qualification, les grèves
dispersées ne suffiront pas. C’est la principale leçon du mouvement des
travailleurs salariés pour défendre leurs retraites et des travailleurs
intermittents du spectacle pour défendre leurs allocations chômage.
En 1986, contre le projet Devaquet, les étudiants
disposaient d’un véritable comité national de la grève générale, la
Coordination nationale, représentation démocratique centralisant les comités de
grève locaux. La coordination avait ses porte-paroles, au lieu de bureaucrates
syndicaux parlant soi-disant au nom des étudiants et sans aucun contrôle. La
Coordination nationale avait appelé à la grève générale et, par deux fois, les
étudiants sont allés manifester devant et contre l’Assemblée nationale.
Sous la pression des étudiants, les dirigeants de
l’UNEF ont été obligés de rompre leur collaboration avec le gouvernement. Face
à la répression orchestrée par Chirac et Pasqua, qui avait provoqué la mort
d’un étudiant et plusieurs blessés graves, la Coordination nationale étudiante
en a appelé au front unique des organisations ouvrières. La grève générale de
l’enseignement public s’esquissait…
Finalement, Chirac avait dû capituler devant la
mobilisation des étudiants et retirer le projet de loi Devaquet.
Pour imposer aux organisations syndicales la
défense des revendications et la rupture avec le gouvernement, pour réaliser
les conditions de la grève générale, il faut que les étudiants s’organisent et
contrôlent leur mouvement.
Les grévistes doivent se doter d’assemblées
générales démocratiques, qui décident. Dans chaque université, les étudiants
ont à élire un comité de grève qui les représente entre deux AG. Le mouvement a
besoin de se doter d’une direction nationale, par la centralisation des comités
de grève.
Le ministre Ferry a dévoilé le 20 novembre que son
projet de loi est discuté en catimini depuis des mois par les directions
syndicales :
"Des discussions sont en cours depuis plus
d’un an avec différentes organisations syndicales sur la modernisation des
universités", a déclaré le ministre. "Les négociations continuent…" (Le Monde, 22 novembre)
Le même jour, un communiqué commun A&I-UNSA,
SNPTES-UNSA, SNPREES-FO, FERC-CGT, UNEF, SNCS-FSU, SNEP-FSU, SNES-FSU,
SNEsup-FSU confirmait que les négociation des plans du gouvernement se poursuivent
dans le dos des étudiants et des personnels :
…l’exigence d’un réel débat dans la communauté
universitaire et dans l’ensemble de la société.
Le gouvernement mise sur le bureaucraties
syndicales pour échapper au mécontentement et reprendre son projet
ensuite :
"De nouvelles propositions, sous forme de
fiches, devraient être soumises, d’ici au 15 décembre, aux organisations
syndicales", a expliqué l’entourage de Luc Ferry… Sur la base de ces
nouvelles propositions, des concertations auront lieu jusqu’en février, voire
mars. A ce moment-là, le gouvernement décidera d’inscrire ou non d’inscrire à
l’ordre du jour du Parlement le projet de loi de modernisation universitaire…
"La philosophie générale du texte n’est pas modifiée", explique l’entourage
du ministre (Le Monde, 23-24 novembre)
Assez de
concertation et de tables rondes des directions syndicales (UNEF, FSU, UNSA.,
CGT, FO…) sur les plans du gouvernement ! Assez de cogestion de la
politique du gouvernement dans le Conseil national supérieur de l’enseignement,
dans les CA, dans les CEVU !
Le mouvement étudiant doit généraliser ce qu’ont
fait les étudiants de Paris 3 :
A Paris 3-Censier, à la suite d'une assemblée
générale qui s'est tenue début novembre, des étudiants ont réussi à bloquer le
vote d'application de la réforme LMD en empêchant le conseil d'administration
de se tenir. L'action a réussi mais il y a eu des échauffourées. (Libération, 20 novembre)
Partout, reprenons la motion adoptée par l’AG de Nantes :
L’AG du 26
novembre réunissant les étudiants de l’université de Nantes s’adresse à tous
les étudiants et toutes les organisations syndicales de l’enseignement
supérieur : elle se prononce pour la rupture de toute négociation et toute
concertation, pour le retrait pur et simple de LMD et du projet de loi de
modernisation de l’université. L’AG exige des directions syndicales de
l’université qu’elles reprennent ces mots d’ordre, qu’elles ne négocient pas
avec le gouvernement. Il faut battre le gouvernement.
Pour gagner sur
leurs revendications, les étudiants, les travailleurs de l’enseignement
supérieur et de la recherche doivent imposer que les organisations syndicales
qui parlent en leur nom défendent les étudiants et les personnels, qu’elles
appellent immédiatement à la grève générale de l’université et de la recherche,
qu’elles infligent une défaite au gouvernement.
26
novembre 2003
Groupe bolchevik
pour
la construction du Parti ouvrier révolutionnaire
de l'Internationale ouvrière révolutionnaire
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