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Contre l’éclatement
de la Poste
et la création de la
Banque postale
Le 30 novembre, le Comité des établissements de crédit et des entreprises d’investissements (CECEI) a validé le dossier d’agrément de la « Banque postale ». Déjà la « loi de régulation des activités postales » du 20 mai 2005 avait autorisé La Poste à créer son établissement de crédit (article 16). Pour compléter, le gouvernement Chirac-Villepin a pris le 30 août 2005 un décret pour la mettre en place au 1er janvier 2006.
Dans l’immédiat, ce serait l’éclatement de la Poste en 4 : Banque postale, courrier, colis, bureaux de Poste (Réseau Grand Public), confirmé par l’existence de 4 logos différents. Dans les services financiers, apparaissent des machines à affranchir louées auprès des services du courrier. La BP, filiale à 100 % de La Poste nous dit-on, serait propriétaire du parc immobilier et du matériel des Centre financiers. Ces derniers, avec leurs personnels, seraient prestataires de service pour la BP. Au départ, un millier de collègues, volontaires, serait détaché à La Banque Postale et probablement géré comme du personnel de droit privé. Les autres demeureraient fonctionnaires. Chacun comprend que cette situation n’est que provisoire. La BP deviendrait l’employeur des travailleurs des centres financiers, des conseillers financiers ainsi que d’une partie des guichetiers.
À moyen terme, ce serait l’absorption pure et simple des personnels des Services financiers par la Banque postale, la suppression massive d’emplois et l’intensification du travail pour gagner en productivité face à la concurrence. À plus long terme, ce serait, d’une manière ou d’une autre, la fin du statut de fonctionnaire et la liquidation des acquis qui en découlent, droit à l’emploi et régime de retraites (à savoir 75 % du dernier indice pour ceux qui ont leurs annuités). L’avenir de la Banque postale signifie privatisation ou absorption par une autre banque française afin de constituer un groupe financier capable de rivaliser avec ses concurrents sur l’arène européenne et mondiale.
Pour la bourgeoisie française et son Etat, la 5e République, le maintien dans une même administration d’un grand nombre de travailleurs, leur capacité à paralyser le courrier et le téléphone était un problème. En 1974, la grève générale des PTT avait fait reculer le gouvernement Giscard-Chirac et son projet de démantèlement et de privatisation des PTT (création d’une Compagnie nationale des Télécoms).
Mais depuis 1981, les gouvernements successifs ont tous oeuvré à la destruction de ce bastion des luttes et de conquêtes sociales qu’étaient les PTT. Après avoir porté des coups et cassé les concentrations les plus combatives, les centres de tri, les bureaux gares et ambulants, ils ont séparé la poste des télécoms, puis ils ont privatisé France Télécom. Ils ont préparé la mise à mort des anciens statuts qui protégeaient les travailleurs des PTT (instauration d’un contrat de droit privé pour les nouveaux embauchés, multiplication de contrats précaires... aujourd’hui 1/3 du personnel de la maison-mère soit environ 100 000 travailleurs) et le morcellement de la Poste elle-même (SOFT, NDO, création de filiales de droit privé comportant maintenant 20 000 salariés séparés des autres...).
Face à un adversaire qui sait où il veut en venir, les chefs syndicaux ont empêché la grève générale qui pouvait seule faire reculer le pouvoir, y compris en 1995 et en 2003, quand des millions de travailleurs ont fait grève et manifesté. Ils ont refusé d’appeler partout à des AG et à la grève générale quand le gouvernement Chirac-Villepin a envoyé le GIPN contre nos camarades du centre de tri de Bègles le 26 mai 2005. Ils ont dispersé la combativité des travailleurs de France Télécom et de la Poste en de multiples « journées d’action » impuissantes, comme cette année, le 18 janvier, le 20 septembre, le 4 octobre, le 19 novembre.
Toutes les directions syndicales ont toujours accepté de discuter des meilleurs moyens de rentabiliser l’entreprise et de négocier les attaques successives. Non seulement la CFDT, mais aussi les dirigeants syndicaux de FO, de la CGT et de SUD, cogèrent en participant aux conseils d’administration de la Poste et de France Télécom depuis leur création en 1990. En contrepartie, ils touchent des jetons de présence. Toutes les directions syndicales ont déjà entériné la création de la Banque postale. SUD, à sa façon, en appelant les seuls personnels des CRSF à une nième journée d’action… le 2 janvier. La direction de la CGT discute avec la direction de La Poste de la mise en place de la BP et notamment de la convention collective des personnels qui en feraient partie.
Suite à la Commission de Dialogue Social qui s’est
tenue le 20 juin 2005, la négociation a pu se poursuivre pendant trois mois à
partir d’un dossier présenté clairement, à votre demande, comme un premier
socle d’engagements de La Poste. (Jean Paul
Bailly, président du groupe La Poste, réponse à Colette Duynslaeger secrétaire
générale de la CGT-PTT, 28 septembre 2005)
Le gouvernement se croit fort, car il a réussi jusqu’à présent à imposer les privatisations, ses plans contre les retraites et contre la santé publique, il a réprimé les postiers, les marins et les jeunes des banlieues pauvres sans que les partis et les syndicats ouvriers n’organisent la riposte. Pourtant, le gouvernement peut être battu par le front unique des organisations ouvrières, l’intervention directe des milliers de postiers imposant :
Non à l’éclatement de la Poste ! Non à sa privatisation ! Non à la « Banque Postale » !
Maintien de tous les acquis ! Bas les pattes devant nos retraites ! Titularisation de tous les précaires !
Aucune discussion des plans gouvernementaux ! Grève générale pour battre le gouvernement Chirac-Villepin !
Le 19 décembre 2005