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Révolution
Socialiste n°11-12(novembre 2003)
Surmortalité de 15 000 décès
en août, multiplication des licenciements, lancement des concertations contre
la Sécurité sociale et l’Enseignement, hausse de la taxe sur le gazole…
Après avoir tenté de le dissimuler, le gouvernement a dû convenir que la surmortalité a été de 15 000 morts en août. Dans leur majorité, il s’agissait de personnes âgées, celles qui n’ont pas la climatisation, ni de personnel pour veiller sur elles.
Ce qui est en cause c’est la politique du gouvernement Chirac-Raffarin-Mattei, continuant et amplifiant celle menée par les gouvernements PS-PCF-Verts-PRG :
ü Les services d’urgence sont débordés depuis des années. Il manque 45 000 infirmiers. En 20 ans, les gouvernements bourgeois successifs ont fermé 100 000 lits d’hôpitaux.
ü Depuis le début de l’année, le gouvernement a réduit l'Allocation personnalisée d'autonomie. Il a baissé de 949 à 623 euros le seuil de ressources donnant droit à une prise en charge à 100 %.
ü Le gouvernement a gelé 100 millions d'euros destinés à la modernisation des maisons de retraite et établissements d'accueil des personnes âgées.
Chirac, au retour de ses vacances dans un palace, a mis en cause le manque de solidarité. Au nom de la solidarité avec les personnes âgées, le tartuffe Raffarin veut supprimer un jour férié pour les salariés. Il s’agirait d’un nouveau cadeau au patronat : un jour de travail gratuit et la possibilité d’aggraver encore les lois Aubry.
Grâce à la complicité des dirigeants syndicaux, le gouvernement a remporté une victoire contre les travailleurs.
Dans un premier temps, les appareils syndicaux ont accepté de participer au « Conseil d’orientation des retraites » mis en place par Jospin et aux discussions avec le gouvernement mi en place par Chirac (lui-même élu en 2002 avec l’appui des chefs syndicaux, du PS, du PCF et de la LCR). Tous, parce qu’ils se placent sur le terrain du capitalisme, ont réclamé une « réforme » du régime des retraites, au lieu de l’augmentation des cotisations patronales.
La CFDT a carrément signé. Quand les travailleurs sont entrés en lutte contre le projet, les autres ont empêché ensuite la grève générale contre le plan Chirac-Fillon.
Malgré des millions de manifestants et de grévistes, la lutte de mai-juin a été dispersée dans les « journées d’action », les « actions symboliques » et les « grèves reconductibles », organisées par les bureaucrates CGT, FO, FSU et UNSA, avec l’aide du PS, du PCF, de LO, de la LCR et du PT.
Tout en empêchant la grève générale, les mêmes chefs continuaient à vouloir renégocier le plan de Fillon, contre l’avis des assemblées générales exigeant son retrait pur et simple. A plusieurs reprises, ces traîtres ont serré la main de Sarkozy qui faisait au même moment expulser les immigrés, matraquer les manifestants et emprisonner des militants syndicaux.
Le PS et le PCF se sont félicités du débat à l’Assemblée où la majorité UMP-UDF a entériné la défaite de ce qu’elle appelle avec mépris « la rue ». Avec la loi Fillon, les pensions vont baisser et la durée des cotisations passera progressivement à 42 ans.
Dans la foulée, le MEDEF et Aillagon ont fait signer à leurs comparses syndicaux (CFDT et Cie) un « accord » contre l’assurance-chômage et singulièrement contre les « intermittents », c’est-à-dire la majorité des travailleurs salariés du spectacle. La direction de la CGT a isolé les intermittents, a éclaté leur mouvement festival par festival et a empêché la grève générale de la télévision, du théâtre, de la chanson et de la musique.
A l’avenir, il faudra que les travailleurs contrôlent leur propre mouvement, qu’ils imposent la démocratie ouvrière dans les syndicats et dans les assemblées générales, qu’ils élisent ceux qui parlent en leur nom et qu’ils centralisent leurs comités élus. Alors, nous pourrons arrêter par la lutte de classe la spirale des reculs et infliger une défaite au gouvernement.
La récession capitaliste mondiale qui a commencé aux États-Unis et s’est étendue depuis deux ans à l’Union européenne entraîne des fermetures d’entreprise et des restructurations de celles qui survivent. En France, depuis mars 2002, les licenciements se sont multipliés
Dans l’enseignement, l’État supprime les MI-SE et met fin aux contrats précaires des aides éducateurs, laissés isolés par les directions de la FSU et de l’UNSA ; la métallurgie a chassé 2,1 % de ses travailleurs (Comilog, Metaleurop, Pechiney, Arcelor…) ; l’édition et l’imprimerie ont chassé 3,3 % de leurs travailleurs (Quebecor, Sqebi, Daniel Rotatives…) ; l’électroménager a chassé 3,6 % de ses travailleurs (Whirlpool, Jefka…) ; le textile, l’habillement et la chaussure ont perdu 7,7 % de leur effectif (Rouleau-Guichard, Olympia, Labelle, Caulliez…).
Les licenciés gonflent pour la plupart les rangs des 2,4 millions de chômeurs, soit 9,4 % de la population active. Encore s’agit-il des chiffres officiels qui minimisent la mise à l’écart des travailleurs par le capital.
Avant la vague de licenciements de la rentrée, le niveau de l’emploi total avait déjà baissé de 60 000 personnes au premier semestre. Malgré certains recrutements : en effet, il y a toujours plus de juges, de policiers, de gardiens de prison et de militaires chargés de maintenir l’ordre capitaliste de misère, d’exploitation et d’oppression.
Les mercenaires au service du capitalisme seront de plus en plus payés par les prolétaires eux-mêmes, puisque la baisse de l’impôt sur le revenu profitera surtout aux revenus les plus élevés.
Renforcé par leurs premières victoires contre le prolétariat, le patronat et le gouvernement UMP s’en prennent à ceux qui sont les premières victimes du capitalisme, les chômeurs :
ü L’accord Unedic signé par la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC en décembre 2002 va réduire la durée d’indemnisation de l’assurance-chômage ;
ü Durant juillet, 15 000 chômeurs ont été rayés par l’ANPE, pour ne pas avoir répondu au téléphone ;
ü Cet été, le gouvernement qui ne s’occupait pas des vieillards ne restait pas inactif pour autant : par un décret publié le 27 juillet, il divisa par deux le plafond des indemnités versées par l’AGS aux travailleurs qui ne sont plus payés par leur entreprise en faillite ;
ü La presse a dévoilé le 19 septembre que le gouvernement veut limiter à deux ans la maigre «allocation solidarité spécifique » versée à des chômeurs de longue durée.
130 000 travailleurs sans emploi perdraient l’ASS au début 2004 et 250 000 perdraient l’allocation Unedic.
Le gouvernement Chirac-Raffarin-Mattei a déjà déremboursé 617 médicaments et il prépare une nouvelle liste. Il annonce une hausse du forfait hospitalier. En outre, il projette de démanteler l’Assurance maladie comme il l’a fait pour les retraites.
Jacques Barrot, président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, donne la recette des contre-réformes destructrices des acquis des travailleurs :
La France est dans la nécessité de réinventer une
méthode pour bien réformer… Cette méthode consiste d’abord à partager un
diagnostic clair sur l’état du problème… (Ouest-France,
20 septembre)
La première étape consiste à faire accepter
l’existence d’un « problème », en fait une conquête des travailleurs.
Le prétendu « problème » ne peut être résolu, disent les patrons,
leur gouvernement et tous leurs larbins, « experts » et journalistes,
que par des sacrifices des travailleurs…
Déjà, le gouvernement a arrêté un calendrier de discussions avec les « partenaires sociaux » et autres « personnalités qualifiées », afin de présenter un projet de loi à l’Assemblée nationale à l’automne 2004.
Le PS et le PCF acceptent la méthode du gouvernement. Le PS est responsable de bien des attaques précédentes contre la Sécu (dont la CSG) et le PCF réclame lui-même des « états généraux de la santé » à Raffarin et à Mattei.
Toutes les directions syndicales se sont rendues à la réunion convoquée par le gouvernement le 30 juillet sur la « modernisation de l'hôpital ». Toutes appellent à cautionner le prochain plan du gouvernement Chirac-Raffarin-Ferry contre l’enseignement.
A Rennes, le 18 septembre, les bureaucrates syndicaux, aidés par les responsables de LO, ont protégé le « train de l’emploi » de la colère de 1 500 travailleurs.
Seule la mobilisation du prolétariat pourra imposer aux organisations syndicales de cesser de discuter les plans du MEDEF et du gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy, leur imposer de rompre avec la bourgeoisie.
ü
Aucune
concertation contre l'assurance maladie !
ü
Boycott du
« grand débat sur l’Éducation », des « assises du spectacle
vivant », des « tables rondes sur la décentralisation » et de la
« commission sur la laïcité » !
ü
A bas le projet
de budget 2004 ! Manifestation à l’appel de toutes les organisations qui
s’appuient sur les travailleurs, partis et syndicats, à l’Assemblée pour
empêcher son adoption !
Dans cette voie, il devient possible d’arracher les revendications, à commencer par :
ü
Abrogation des
lois Juppé et Fillon contre les retraites ! Annulation du dispositif du
Medef contre les intermittents ! Augmentation des cotisations patronales
du régime de l’assurance maladie, de l’assurance chômage, des régimes de
pensions !
ü
Bas les pattes
devant les allocations des chômeurs ! Nationalisation sans indemnité ni
rachat d’Alstom et de toutes les entreprises qui licencient ! Interdiction
des licenciements ! Partage du travail entre tous les travailleurs
disponibles !
Pour en finir définitivement avec le chômage, avec les interventions militaires impérialistes, avec le racisme, il faut un gouvernement ouvrier qui expropriera les grands groupes capitalistes, qui planifiera l'activité économique en fonction des besoins sociaux, qui réalisera les États-Unis socialistes d’Europe.
Pour cela, il faut chasser des syndicats les bureaucraties corrompues et, contre les trahisons répétées du PS et du PCF, édifier un nouveau parti ouvrier, révolutionnaire et internationaliste.
Le 22 septembre 2003