| Révolution Socialiste | ![]() |
|
Home |
Liens |
Révolution Permanente |
Lucha Marxista |
Grupo Germinal |
Pour bloquer
l’offensive du gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy contre un bastion ouvrier
Le 23 juin, le ministre de l’Economie annonçait l’entrée en Bourse de Gaz de France. Le 24 octobre, le Premier ministre a bouclé l’opération de mise en Bourse d’Electricité de France. Le gouvernement privatise l’ancienne société nationale EDF-GDF. Derrière « l’ouverture du capital » se cachent deux objectifs liés : la constitution d’un grand groupe capitaliste français capable de rivaliser avec ses concurrents d’autres pays impérialistes, le démantèlement d’un bastion des luttes ouvrières en France.
Jusqu’à la fin du 20e siècle, la plupart des entreprises du gaz et de l’électricité furent placées sous le contrôle de leur Etat bourgeois respectif. En France, en 1944, la menace de la révolution avait nécessité, politiquement, une union nationale : c’était l’époque où le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, était ministre de Charles De Gaulle et où ils reconstruisaient ensemble l’Etat bourgeois, le temps où le PCF retirait leurs armes aux travailleurs, les appelait à produire et dénonçait les grèves. Le gouvernement PS-PCF-MRP remettait sur pied l’économie capitaliste française en soumettant les colonies, en planifiant la production et en nationalisant un certain nombre d’entreprises, dont celles de l’énergie.
La loi du 8 avril 1946 avait généreusement indemnisé leurs actionnaires, qui eurent ainsi les moyens de fonder ou renforcer des groupes capitalistes comme Suez (anciennement « Société lyonnaise des eaux et de l’électricité »), Alstom et Alcatel (issus tous deux de la « Compagnie générale de l’électricité »…
Malgré les affabulations des bureaucrates syndicaux, du parti social-démocrate et de l’héritier du parti stalinien, EDF-GDF n’a jamais été au « service de l’intérêt général » car la société est divisée en classes, pas plus qu’elle n’appartenait à la « nation » toute entière, mais bien plutôt à la classe dominante. EDF-GDF a toujours été sous le contrôle étroit de la 4e et de la 5e République, qui l’ont gérée et orientée pour les intérêts d’ensemble du capitalisme français.
· Ainsi, l’entreprise publique a différencié ses tarifs durant des décennies : très bas pour les grandes entreprises, un peu plus élevé pour les PME et le plus coûteux pour les particuliers, y compris les travailleurs.
· En outre, les usagers, surtout les particuliers, ont supporté les augmentations de tarif qui ont permis et permettent à EDF de verser des intérêts considérables aux marchés financiers qui avaient prêté pour les investissements nucléaires, puis pour financer la l’implantation du groupe à l’étranger.
· Enfin, l’entreprise publique a toujours passé d’importantes commandes à des groupes capitalistes du bâtiment (Bouygues, Vinci..) et de l’équipement électrique (Areva, Alcatel, etc.) qui ont contribué à leur place à l’échelle mondiale.
·
Cependant, pour les patrons français et leur Etat, le rassemblement en une seule entreprise de tous travailleurs du gaz et de l’électricité a présenté un grave inconvénient. Ses salariés détenaient potentiellement une force collective considérable, grâce à leur nombre (150 000 salariés), à leur degré d’organisation (un taux élevé de syndicalisation, surtout à la CGT) et à leur place stratégique (la capacité de couper le courant à toutes les entreprises). La bourgeoisie française a mesuré ce danger en 1968 ou en 1995, ce qui a obligé le gouvernement Chirac-Juppé à reculer sur les régimes spéciaux SNCF et EDF-GDF. En effet, comme héritage de la situation révolutionnaire de 1944-1945 et grâce au rapport des forces ultérieur, les travailleurs d’EDF et de GDF bénéficiaient d’un régime de retraite avantageux (37,5 annuités, 75 % du salaire) et de la garantie de l’emploi.
L’éclatement et la privatisation des PTT, d’EDF-GDF, de la SNCF, etc. ne proviennent pas d’une lubie qu’il faudrait attribuer à une simple « idéologie », dite « libérale » ou « hyperlibérale ». Il s’agit de la lutte des classes, dans tous ses aspects : idéologique, mais aussi économique, social et politique. En particulier, les gouvernements visent à disloquer les secteurs prolétariens combatifs de la période précédente. Le gouvernement PCF-PS-MRG-Verts y a contribué. De 1997 à 2002, les « anti-libéraux » Jospin, Buffet, Fabius et Mélenchon ont privatisé en tout ou partie France Télécom, la CNP, Air France, EADS, le Crédit Lyonnais, Thomson, les ASF, les ARR…
L’autre raison de la privatisation menée par le
gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy est de constituer un groupe français compétitif dans la bataille économique mondiale entre
les puissances impérialistes. Car EDF est devenue une firme multinationale.
L’Etat français a signé les accords internationaux (OMC) et les traités européens qui permettaient à EDF-GDF de faire d’EDF le premier groupe européen dans sa branche (avec 22 % de l’électricité de l’UE) et de s’emparer de parts de marché de l’énergie à l’étranger (filiales aux Etats-Unis, en Italie, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suède, en Suisse, en Pologne, en Slovaquie, en Hongrie, au Mexique, au Brésil, en Argentine, en Côte d’ivoire, en Afrique du Sud, en Chine, au Vietnam, au Laos… ).
En même temps, la direction de l’entreprise et les gouvernements bourgeois successifs ont protégé la chasse gardée d’EDF et ont retardé le plus possible l’ouverture du marché français du gaz et de l’électricité. En 2002, lors du conseil européen de Lisbonne, Jospin et Chirac étaient bien contraints à la réciprocité. Ils promettaient aux autres gouvernements bourgeois de l’Union européenne de lever le monopole d’EDF en 2004 pour les professionnels et en 2007 pour les particuliers.
Pour vendre EDF et GDF, le gouvernement devait d’une part les transformer en sociétés anonymes, d’autre part les soulager de la charge des retraites de leurs travailleurs.
EDF et GDF étaient des EPIC (Établissement public à caractère industriel et commercial) spécialisées.
Le changement de statut a été accepté par les organisations syndicales. Le gouvernement a prétendu que, en contrepartie de la première étape de la privatisation, il garantissait les retraites des gaziers et des électriciens. Le 13 avril, cinq jours après une journée d’action impuissante, les chefs syndicaux se sont rendus à la convocation de Sarkozy. Il les a accueillis ainsi :
Je vais être très direct… Le gouvernement a deux priorités pour EDF et Gaz de France, l’une industrielle et l’autre sociale. La première, c’est de donner une nouvelle organisation juridique à EDF et Gaz de France. La seconde, c’est de pérenniser le système de financement des retraites. Je déposerai à cet effet début juin un projet de loi sur les industries électriques et gazières…
Comme si les pensions n’étaient pas un droit, mais un cadeau qui exigerait des contreparties ; comme si on pouvait faire confiance à Chirac et à l’UMP, à des Fillon et à des Sarkozy ; comme si accepter la transformation en société anonyme et l’éclatement n’allait pas encourager le gouvernement à poursuivre son plan de privatisation et à porter d’autres coups aux travailleurs de l’énergie, y compris contre leurs retraites. La loi du 9 août 2004 a transformé EDF et GDF en SA totalement séparées… et même concurrentes. Cela renforce l’anarchie capitaliste : EDF tente de vendre du gaz, tandis que GDF, la CNR, la SNCF, les Charbonnages de France vendent de l’électricité.
EDF est réformée. M. Sarkozy s’est emparé de ce dossier avec détermination, a passé des heures à négocier avec les syndicats… mais a réussi une transformation que ses prédécesseurs n’avaient pas pu opérer. (Le Monde, 28 novembre 2004)
Ni la journée d’action du samedi 19 novembre, ni la pétition de la direction de la CGT ne peuvent annuler l’éclatement d’EDF-GDF et empêcher le gouvernement de privatiser. Le 19 novembre est appelé par ceux qui ont tant privatisé avec Jospin et qui ont appelé à voter Chirac en mai 2002. Leur appel ne dit pas un mot du projet de budget 2006 de Chirac et de l’UMP. La pétition CGT est une supplique à Chirac, au nom de l’intérêt de « la France » et de « la nation », sans qu’il soit question des intérêts des travailleurs d’EDF et de GDF, qui sont la véritable cible des privatisations, ni de s’adresser à eux, alors qu’ils sont les seuls a pouvoir empêcher la privatisation.
Assez de journées d’action impuissantes et de pétitions bidons. Les gaziers et électriciens peuvent faire reculer le gouvernement par la lutte de classe, en imposant le front unique des organisations syndicales de leur entreprise, des confédérations syndicales, de toutes les organisations qui parlent au nom des travailleurs :
Maintien de
tous les acquis des travailleurs d’EDF et de GDF ! Baisse des tarifs du
gaz et de l’électricité pour tous les travailleurs ! Annulation des
ouvertures du capital de GDF et d’EDF et de toutes les privatisations ! Grève
générale des travailleurs d’EDF et de GDF ! Manifestation de tous les
travailleurs contre les privatisations et contre le projet de budget
2006 !
6 novembre
2005