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Tract diffusé le 1er mai
2002
Tous les partis et syndicats
ouvriers doivent écraser le Front national
et organiser le boycott du second tour
Travailleurs, jeunes,
Aucune organisation ouvrière n’a de candidat présent au second tour de
l’élection présidentielle. Dans le cadre des institutions de la V° République,
les deux qui restent en lice sont des représentants de la bourgeoisie.
Le châtelain Chirac est non seulement issu de la bourgeoisie française, il a surtout passé toute sa carrière à la servir, dans les sommets du parti gaulliste et à la tête de l’État bourgeois.
Dans une précédente campagne électorale, il avait repris le langage du
Front national, en déclarant comprendre ceux qui trouvent insupportables « le bruit et l’odeur » de
leurs voisins étrangers. En 1986, quand il était premier ministre, sa police
assassina Malik Oussékine au cours de la répression féroce des manifestations
étudiantes. Son gouvernement a renforcé alors les dispositifs anti-immigrés
(lois Pasqua, Debré). Le gouvernement Chirac a expulsé les étrangers, ligotés,
par avions entiers. Le gouvernement Chirac a porté des coups sévères à la
Sécurité sociale. En 1988, entre les deux tours de l’élection présidentielle,
Chirac rencontra secrètement Le Pen, comme en a attesté son entremetteur,
Pasqua.
D’après Le Monde du 29 avril, un journal bourgeois qui mène campagne
pour Chirac, il n’est pas impossible que l’Élysée ait facilité la candidature
de Le Pen. En tout cas, aux yeux de tous, dans les places d’honneur du meeting
de Lyon du 25 avril, figuraient Millon, Blanc et Soisson qui pratiquent l’alliance avec le FN. Chirac leur a serré
la main.
A chaque meeting de sa campagne du second tour, Chirac rivalise en
nationalisme avec Le Pen. Il annonce qu’il faut écarter toutes « les tentations extrémistes », qu’il
condamne toute « menace de la
rue », qu’il faut « affirmer
l’unité de la nation », qu’il a compris le message de l’électorat de
Le Pen, qu’il veut faire « les
réformes nécessaires », qu’il entreprendra « le rétablissement de la sécurité »…
Le réactionnaire Chirac se dispose à un score inespéré. Triomphalement
élu, il sera en droit, au nom de la démocratie bourgeoise, de mettre en œuvre
son programme ou plutôt celui que lui a tracé le MEDEF : renforcement de
l’armée et de la police, privatisations des dernières entreprises publiques,
attaques contre le droit à la santé et à l’instruction, etc.
Demain, la jeunesse et la classe ouvrière devront affronter l’ennemi de
classe, avec Chirac à sa tête.
En 1997, le PS et le PCF ont sauvé Chirac de la débâcle. Après la
dissolution de l’Assemblée et la défaite électorale du RPR et de l’UDF aux
élections législatives, ils lui ont permis de se maintenir à l’Élysée.
Le gouvernement que le PS et le PCF ont constitué avec de petites formations bourgeoises (MDC, PRG, Verts) a immédiatement participé à la guerre impérialiste menée contre la Yougoslavie. Il a soutenu la guerre contre l’Afghanistan. Il cautionne l’agression de l’État d’Israël contre les Arabes de Palestine.
Ce gouvernement a privatisé plus que les gouvernements Chirac-Balladur
et Chirac-Juppé réunis. Au sommet européen qui vient de se tenir à Barcelone,
il a avalisé la mise en place de la privatisation des secteurs du transport et
de l’énergie. Il a multiplié les subventions, les primes, les exonérations de
charges patronales, les cadeaux fiscaux aux patrons.
La coalition Gauche plurielle n’a abrogé aucune loi, aucune disposition
anti-ouvrière des gouvernements Chirac-Balladur, Chirac-Juppé. Servant
fidèlement les intérêts capitalistes, le gouvernement dirigé par Jospin a
avalisé la fermeture de Renault-Vilvorde. Depuis, il a laissé passer tous les
plans de licenciements qui ont déferlé en vagues successives sur la classe ouvrière.
Il a instauré la flexibilité du temps de travail (lois Aubry). Au sommet
européen qui vient de se tenir à Barcelone, avec Chirac, il a cosigné contre le
droit à la retraite à taux plein à 60 ans.
Le gouvernement Jospin - Gayssot - Cochet - Schwartzenberg a étendu les
dispositifs Pasqua-Debré contre la population immigrée (loi Chevènement). Il a
maintenu les camps de rétention pour enfermer les étrangers sans papiers avant
leur expulsion. Il a recruté plus de policiers et de gendarmes que les précédents
gouvernements, puis les a généreusement augmentés. Il a fait adopter une loi
qui restreint les libertés démocratiques (loi Vaillant).
PS et PCF viennent de mener une campagne pro-capitaliste. Inspiré par
Blair, Jospin a avoué qu’il ne présentait « pas
un programme socialiste ». C’est un euphémisme : par exemple, il
a annoncé qu’il s’en prendrait à EDF et à la retraite des fonctionnaires. Hue
s’est mis lui aussi au service de « la
France » tout entière, ce qui veut dire la classe dominant le pays. Il
a claironné qu’il fallait doubler le budget de la police.
Les candidats du PS et du PCF ont annoncé aux travailleurs qu’ils
poursuivraient une politique conforme à ce que réclame la bourgeoisie
française. Après avoir gouverné sous la présidence de Chirac, ils ont repris
ses thèmes de campagne : sécurité, compétitivité du capitalisme
français... Ils ont préparé leur
défaite et fait le lit du candidat fascisant.
La bourgeoisie a pu ainsi obtenir une large victoire électorale. Avec
19,9% au lieu de 20,5% des exprimés, le RPR Chirac a perdu presque 700 000
voix par rapport à 1995. Les journalistes -chiraquiens de vieille date ou
fraîchement convertis- présentent le scrutin du 21 avril comme le passage de la
classe ouvrière au fascisme. C’est une insulte de petits-bourgeois au
prolétariat. Avec 16,95% au lieu de 15,3%, Le Pen ne gagne pas plus de
234 000 voix. On peut y ajouter les 667 129 voix de Mégret (MNR).
Mais de Villiers, absent cette fois-ci, récoltait 1,443 million de voix en
1995.
En réalité, les scores du PS et du PCF se sont effondrés. Avec 16,2%
des exprimés, Lionel Jospin a perdu 2,4 millions de voix par rapport à 1995.
Avec 3,4%, Robert Hue a perdu 1,6 million de voix. Les candidats de LO, de la
LCR et du PT, Arlette Laguiller, Olivier Besancenot et Daniel Gluckstein
totalisent presque 3 millions de voix, soit plus de 10% des suffrages
(contre 5,3% pour Laguiller en 1995). Surtout, l’abstention, largement ouvrière
et jeune, a battu des records, avec presque 28% des inscrits.
Après avoir découragé et désorienté les travailleurs par leur politique
de soumission aux diktats de la bourgeoisie française, les bureaucrates du PCF
et du PS tentent de culpabiliser les abstentionnistes. Ils élargissent encore
leur politique d’alliance avec la bourgeoisie. La « gauche » est si
« plurielle » qu’elle s’étend désormais jusqu’à Chirac, le candidat
de la principale formation politique bourgeoise. PS et PCF le présentent comme
un sauveur suprême…
En appelant à voter pour le RPR au second tour, le PS et le PCF
désorientent un peu plus la jeunesse et la classe ouvrière. En soutenant
Chirac, les partis réformistes avouent que rien d’essentiel ne les distingue du
parti gaulliste. RPR, UDF, PS et PCF partagent des « valeurs communes ». Tous ne parlent plus que de « France », de « démocratie », de « république ». Le reste
serait secondaire et à remettre à plus tard...
Mais le reste, c’est ce qui oppose la classe ouvrière à la
bourgeoisie : l’exploitation et l’oppression. Les licenciements, le
chômage, les salaires, le droit au logement, la santé publique et l’instruction
publique sont absents de la campagne…
Les directions syndicales de la CGT, de FO, de la FSU, de
l’UNSA-Education, de l’UNEF avaient refusé d’appeler les travailleurs au vote
classe contre classe au 1er tour : contre tous les candidats
bourgeois, pour les candidats des partis ouvriers et organisations ouvrières
(PS, PCF, LO, LCR et PT). Elles avaient annoncé qu’elles n’appelleraient pas à
battre Chirac en votant Jospin au second tour. La jeunesse a réagi
immédiatement dans la rue contre Le Pen. Elle est restée seule durant une
semaine. Les syndicats n’ont pas appelé à la grève contre Le Pen.
La direction de FO n’appelle pas au boycott, mais maintient sa
pseudo-neutralité. Les autres directions syndicales, à la suite de l’Église
catholique et de la CFDT, se départissent de leur attitude d’abstention
politique… pour « faire barrage, par
le vote, à Le Pen ». En fait, elles appellent à voter pour Chirac, le
principal candidat bourgeois, le chef du plus important parti bourgeois, un
ennemi des travailleurs salariés.
Le Pen a à peine eu besoin de faire campagne au 1er tour,
car Chirac, Jospin, Hue, Chevènement s’en sont chargés en reprenant son thèmes
de « l’insécurité ».
Le néo-fasicste Le Pen a fait son éducation politique dans l’armée de
« la France », celle de « la République » impérialiste et
de « la démocratie » bourgeoise qui réprimait les peuples
coloniaux et pratiquait la torture à grande échelle. Le Pen est devenu ensuite
un démagogue ultra-réactionnaire, un
politicien anti-juif et anti-arabe. La participation du PS et du PCF à des
gouvernements bourgeois depuis 1981 lui a ouvert un espace politique. Cet
assujetti à l’impôt sur la fortune prétend cyniquement représenter « le peuple » contre les
autres politiciens, qu’il appelle « l’établissement »”.
La subordination honteuse des grandes organisations ouvrières au candidat
gaulliste (miné par de multiples affaires ) accrédite cette démagogie.
Le FN suinte la haine à l’encontre du mouvement ouvrier et de la
jeunesse antiraciste. Le FN raconte à ses dupes que le « peuple » souffre non pas du
capitalisme français, mais d’ennemis étrangers. Ses boucs émissaires sont à
l’extérieur l’Union européenne, à l’intérieur les immigrés et leurs enfants.
Mais le FN n’est pas encore un véritable parti fasciste : il n’organise
pas de bandes armées agressant les militants ouvriers, attaquant les grévistes
et les organisations ouvrières. Le FN bénéficie du vote des petits chefs et de
cadres, de policiers et de militaires, de commerçants. Il trompe des paysans
paupérisés par le capital. Il abuse une minorité du prolétariat, en particulier
des chômeurs désorientés par les trahisons du PS et du PCF, et laissés sans
perspective. La campagne du MJS, du PS
et du PCF en défense de la V° République et pour le vote Chirac les renvoie
dans les bras de Le Pen.
Les bulletins de vote et les discours creux sur la « démocratie » et « la
République » n’ont jamais empêché l’ascension du fascisme. L’alliance
des organisations ouvrières avec les politiciens bourgeois et les généraux
soi-disant démocrates ou républicains a toujours divisé et paralysé la classe
ouvrière, comme l’ont prouvé la victoire sans combat de Hitler, la tragédie de
la guerre d’Espagne et le coup d’État sanglant de 1973 au Chili. Le bloc contre
nature du PS et du PCF avec le RPR et l’UDF est la pire des politiques, elle
est inefficace et criminelle.
Les organisations ouvrières reconnaissent que Le Pen est
potentiellement dangereux. Alors, elles ont pour responsabilité d’organiser le
boycott du second tour, d’appeler à faire grève et à manifester. L’alliance
ouvrière, le front unique ouvrier peut briser Le Pen et son FN : ainsi, le
1er mai, les travailleurs et la jeunesse peuvent lui interdire la
rue ce jour de tradition ouvrière, de lutte internationale du prolétariat.
Aux fausse solutions radicales du raciste Le Pen, il faut opposer de
véritables solutions radicales, autour desquelles la classe ouvrière se
mobilisera sur ses objectifs et combattra pour son propre pouvoir, entraînera
les autres couches de travailleurs et une majorité de la jeunesse : interdiction des licenciements, droit de
vote pour tous les travailleurs, abolition de la V° République, expropriation
des grands groupes capitalistes, autodéfense des grèves et des quartiers,
démantèlement des forces de répression…
Il faut lever le drapeau de
l’unité de la classe ouvrière, du socialisme, de la révolution. Depuis
longtemps, le PS et le PCF ne le font plus.
Mais les candidats de LO, de la LCR et du PT ne l’ont pas fait non plus. Au lendemain du premier tour, aucune ne s’est prononcée clairement pour le boycott du second. Pourtant, l’assistance aux meetings LO et LCR, comme leurs résultats du premier tour, prouvent qu’une partie des travailleurs et des jeunes cherchent le chemin de la révolution.
Dans les mobilisations contre Le Pen, puis celles qui viendront contre
Chirac et contre le patronat, il faut dégager une avant-garde, unir ceux qui
sont décidés à construire un Parti
révolutionnaire qui aura ouvertement pour programme le renversement du
capitalisme, le pouvoir ouvrier, les États-Unis socialistes d’Europe, le
socialisme mondial.
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Le 29 avril
2002 |
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