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Editorial
de Révolution Socialiste n°9-10 (juin 2003)
Fillon
dans Le Figaro du 31 mai
En mai 2002, toutes sortes de crétins électoralistes expliquaient que le fascisme menaçait immédiatement… à cause d’un résultat électoral, celui du premier tour de l’élection présidentielle. Le PCF, le PS, la LCR et la plupart des direction syndicales, soutenaient que ce danger pouvait être heureusement conjuré par des bouts de papier, comme si le fascisme avait jamais été écrasé par les bulletins de vote. Selon ces “ démocrates ” et ces “ républicains ”, il suffisait aux “ citoyens ” de mettre dans l’urne un bulletin pour le “ républicain ” et le “ démocrate ” Chirac. Les mêmes escrocs politiques, pour persuader les travailleurs de voter pour leur ennemi de classe, ajoutaient que plus ce dernier aurait de voix, moins il pourrait gouverner.
Les faits permettent de juger ce que valent ces arguments, ce que valent ces partis.
Le petit Bonaparte Chirac, une fois plébiscité, a mis sur pied un grand parti autour de sa personne, l’UMP, qui a triomphé aux élections législatives. Le gouvernement UMP a aussitôt appliqué le programme de Chirac, un programme qui recoupe largement celui de Le Pen, puisqu’il répond comme ce dernier aux besoins de la bourgeoisie française.
En un an, le nouveau gouvernement bourgeois a bien profité de la désorientation et de la démoralisation des travailleurs, causées par le soutien électoral en 2002 à Chirac, par les dernières trahisons du PS et du PCF au gouvernement de 1997 à 2000, par la politique des bureaucraties syndicales qui avaient “ négocié ” les lois de flexibilité du temps de travail Aubry et la “ refondation sociale ” du MEDEF.
Le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy a mis les bouchées doubles : vote de la résolution 1441 de l’ONU contre l’Irak, interventions militaires répétées en Afrique, approbation à la “ feuille de route ” contre la résistance palestinienne, renforcement des corps de répression (armée et police), durcissement du plan Vigipirate, restrictions des libertés démocratiques, mains libres aux patrons pour licencier par milliers, allègement de la fiscalité des riches, liquidation du statut des surveillants de l’enseignement public (MI-SE), déremboursement de centaines de médicaments…
Parmi ses projets bien avancés :
ü mise en cause du droit d’asile,
ü attaques contre les statuts avec le passage des personnels non enseignants (ATOSS) aux mains des régions, prélude à des opérations de privatisation,
ü soumission accrue de l’université au patronat,
ü “ revenu minimum d’activité ”, un contrat à temps partiel contre les bénéficiaires du RMI, insuffisant pour vivre, mais quasi-gratuit pour les patrons,
ü budget 2004, avec remplacement de seulement 50% des fonctionnaires partant en retraite,
ü attaque d’envergure contre la branche maladie de la Sécu…
Leur sort sera influencé par la réussite du plan contre les retraites.
Le gouvernement ne veut pas que le capitalisme français soit pénalisé face à ses concurrents.
En Italie, le gouvernement Amato (Parti socialiste), a aligné en 1992 le public sur le privé, a augmenté la durée de cotisation ; en 1995, le gouvernement Dini (soutenu par DS et le PRC, les deux partis issus du stalinisme italien) a durci le plan ; en 1997, le gouvernement Prodi (coalition L’Olivier avec DS) a introduit la capitalisation. En Grande-Bretagne le gouvernement Blair (Parti travailliste) est un adepte de la capitalisation privée de Thatcher. Le gouvernement allemand Schröder (SPD-Verts) avait déjà fait passer, en mai 2001, l’âge de la retraite des femmes de 60 à 65 ans, avait baissé le taux des pensions et avait introduit la capitalisation (la réforme porte le nom du ministre Walter Riester, ancien dirigeant du syndicat IG Metal) ; le gouvernement envisage de relever l’âge de la retraite à 67 ans. Les grands partis politiques de la Suède ont introduit d’un commun accord en 1999 la capitalisation et ont abaissé les pensions des travailleurs qui n’ont pas cotisé 45 ans. En Autriche, le projet du gouvernement est de repousser l’âge de la retraite à 65 ans et de baisser le montant des pensions.
Pour les sociaux-chauvins, cela prouve que l’ennemi n’est pas dans notre pays, qu’il est à “ Bruxelles ” :
Oui, l’Union européenne est bien le centre de la
destruction de la démocratie et de l’ensemble des conquêtes et garanties
arrachées par les classes ouvrières… (Informations
Ouvrières, 16 avril 2003)
Mais quelle est la classe sociale qui s’incarnerait dans “ l’Union européenne ” ? En fait, rien d’important ne se décide dans l’Union européenne sans l’accord des bourgeoisies française et allemande. D’ailleurs, les travailleurs des autres pays avancés sont aussi visés :
États-Unis : menace sur les retraites. (Le Figaro, 31
mai 2003)
Le gouvernement japonais va donc devoir réduire une
nouvelle fois le montant des pensions. (Revue
Internationale de Sécurité Sociale, octobre
2002)
La bureaucratie chinoise, qui restaure le capitalisme, s’en prend aussi aux garanties de retraites, un des gains de la révolution :
Jusqu’à présent la liquidation des entreprises
publiques est demeurée très difficile du fait de l’ancien système de protection
sociale, dans lequel les pensions des retraités étaient directement versées par
les employeurs. (Perspectives Chinoises, juillet 2002)
Le ralentissement de l’économie mondiale et la concurrence incitent partout les entreprises capitalistes à licencier et à aggraver l’exploitation. Partout, les États bourgeois leur viennent en aide. D’une part, les gouvernements essaient de différer le risque d’une crise économique, sans hésiter à s’écarter du “ libéralisme ” en recourant à des politiques économiques keynésiennes, comme la baisse des taux d’intérêt de court terme et les déficits budgétaires. D’autre part, ils s’en prennent à la valeur de la force de travail et liquident les acquis antérieurs, dont les droits de retraite.
Le plan Chirac-Fillon vise à compléter les attaques précédentes contre les retraites :
ü En 1987, le gouvernement Chirac prélève sur les pensions,
ü En 1993, le plan Balladur contre la branche vieillesse du régime général de la Sécurité sociale,
ü En 1996, les “ partenaires sociaux ” signent un accord contre les régimes de retraite complémentaires.
Le gouvernement Chirac de 1986-1987, sous prétexte de “ taxer tous les revenus ” pour financer le déficit de la Sécurité sociale, ponctionne les retraités :
En 1987, il a été décidé de soumettre les retraites
à une cotisation maladie d’environ 2 points. Le poids des cotisations ou de la
CSG pesant sur les retraites est passé de 4 points environ en 1995 et à près de
7 points depuis 1997. Cette méthode équivaut, toutes choses égales par
ailleurs, à diminuer d’autant le montant des retraites. (A. Math, Réformes des retraites et revenus des personnes âgées, IRES, octobre 2002)
Le gouvernement Balladur de 1993-1995 allonge la durée de cotisation des travailleurs des entreprises privées de 37,5 ans à 40 ans. Le montant de la pension est désormais calculé sur les 25 meilleures années au lieu des 10 les mieux payées de la carrière. Les pensions ne sont plus indexées sur les salaires bruts, mais sur l’indice des prix de détail, moins avantageux. Les catastrophiques mesures du gouvernement Balladur passent sans combat : les directions syndicales et les partis ouvriers traditionnels (PS et PCF) le laissent faire.
Le 25 avril 1996, FO, comme la CFTC, la CFDT et la CGC, signe un accord pourri avec le CNPF (aujourd’hui MEDEF) contre les retraites. L’accord augmente les cotisations des salariés aux régimes AGIRC et ARRCO (qui complètent les pensions de la Sécurité sociale). Il baisse aussi les droits, soit 25% de pension complémentaire en moins.
Le gouvernement Jospin de 1997-2002, qui comprend PS et PCF, refuse d’abroger le plan Balladur. Depuis, les retraites des travailleurs se sont détériorées :
Les retraites ont évolué moins rapidement que les
prix lors de la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix. Le pouvoir d’achat
des retraités a subi une érosion importante. Dans le secteur privé, il a baissé
entre 1995 et 1999 de 0,5 % chaque année… Le pouvoir d’achat des retraites de
fonctionnaires a diminué en moyenne de 0,2% par an… Entre 2000 et 2040, le taux
de remplacement (le ratio retraite sur salaire) calculé pour des carrières
types dans le secteur privé diminuerait de l’ordre de 20%… (A. Math, Réformes des retraites et revenus
des personnes âgées, IRES, octobre 2002)
Cela ne suffit pas aux représentants politiques des possédants et des exploiteurs.
C’est un plan contre les travailleurs, qui devraient payer plus pour toucher moins. Le projet de loi Fillon, adopté par le conseil des ministres présidé par Chirac le 28 mai, comporte l’allongement de la durée de cotisations :
ü Dans la fonction publique, la durée de cotisation passe progressivement de 37,5 années à 40 ans d’ici 2008.
ü Pour les salariés de la fonction publique et ceux des entreprises privées, la durée de cotisations augmente progressivement, pour atteindre 41 ans en 2012 et 42 ans en 2020.
Le projet prévoit en outre de diminuer le montant des pensions :
ü Pour les travailleurs du secteur privé, la durée de référence pour le calcul de la pension passe des 150 trimestres les mieux payés à 160 d’ici à 2010.
ü Une décote diminue progressivement la pension des fonctionnaires n’ayant pas cotisé suffisamment, pour atteindre 5% par année de cotisation manquante en 2015.
Le projet Chirac-Fillon s’inspire largement du plan Chirac-Juppé de 1995, dont le volet contre les régimes spéciaux (fonctionnaires et entreprises publiques) avait capoté, face à une vague de grèves et de manifestations des travailleurs concernés. Tirant les leçons de l’échec partiel de 1995, le gouvernement laisse à plus tard la remise en cause des régimes spéciaux des entreprises publiques, plus avantageux.
Pas question d’agiter le chiffon rouge devant les agents sourcilleux d’EDF, de la SNCF ou de la RATP. Lors de l’hiver 1995, c’est eux qui avaient paralysé le pays… (Liaisons Sociales, janvier 2003)
Mais leur tour viendra, si les gros bataillons sont vaincus :
Les régimes spéciaux des entreprises publiques seront laissés de côté, à charge pour chacune d’entre elles de négocier par la suite, en 2004 ou 2005, les adaptations nécessaires… (Liaisons Sociales, janvier 2003)
Un point du programme électoral de Chirac n’occupe qu’une place mineure dans le projet Fillon, l’instauration de fonds de pension. Il faut dire que l’effondrement des Bourses, dont celle de Paris, n’a pas rendu cette perspective très alléchante. Ce sera pour plus tard, car, sauf à recourir à la dictature ouverte, le gouvernement d’une minorité privilégiée comme la bourgeoisie a besoin de camoufler ses intérêts, de légitimer ses mesures, de duper des masses.
Chirac, Raffarin, Fillon et Delevoye essaient de camoufler leur attaque contre les travailleurs salariés en une affaire d’équité entre public et privé, et une réponse prévoyante à un problème démographique inéluctable. Leur explication a le mérité de la simplicité : comme moins d’actifs vont supporter de plus en plus de retraités, la réforme du système des retraites est indispensable ; les fonctionnaires étant privilégiés, ils doivent se montrer solidaires.
Voici des extraits significatifs du discours du Premier ministre Raffarin, présentant le projet de loi contre les retraites à l’Assemblée le 10 juin :
Le temps de la lucidité démographique, est venu… A la Libération, Alfred Sauvy et Robert Debré contribuèrent à la prise de conscience du nécessaire sursaut démographique… Après la fin du “ baby-boom ”, la société française, malgré une démographie meilleure que ses voisins, semble indifférente face à un changement fondamental pour son avenir… A l’extérieur, la croissance continue de la population chinoise, les 400 millions de nouveaux citoyens de l’Inde, le million d’Égyptiens supplémentaire chaque année, la démographie toujours galopante dans plusieurs pays d’Amérique latine… sont pour beaucoup d’Européens des informations saisies mais pas traitées… La retraite est le dossier d’évidence de cette nouvelle lucidité, mais bien d’autres champs de l’action publique sont concernés : la santé, l’aménagement du territoire, l’éducation nationale, l’immigration… Toutes les opinions sont respectables, mais tous les comportements ne sont pas acceptables… Les Républicains doivent s’opposer à toute forme de violence. Les extrémismes fragilisent la démocratie… Après les initiatives courageuses d’Edouard BALLADUR et d’Alain JUPPE et après la création du fonds de réserve des retraites par Lionel JOSPIN, la réforme des retraites que nous vous proposons est la première qui intègre vraiment le changement démographique… C’est une réforme nécessaire : à partir de 2006 les déficits vont se creuser et sans réforme il nous faudrait 43 milliards d’euros en 2020 et 100 milliards en 2040 pour sauver notre retraite par répartition… C’est une réforme équitable : progressivement, nous organisons la convergence entre le secteur privé et le secteur public. En 2008, avec une durée de cotisation de 40 ans, nous vivrons ce premier rendez-vous de l’équité… Mieux vaut augmenter le nombre d’heures travaillées, de manière globale, plutôt qu’augmenter les prélèvements… Notre génération est face à son devoir : assurer l’avenir de la France.
Une “ réforme équitable ” ? Pourquoi alors le président de l’UMP Juppé vient-il de faire valoir ses droits à la retraite (de haut fonctionnaire) à 55 ans ? Sans vergogne, les Chirac, les Raffarin et autres Fillon utilisent le coup qu’ils ont eux-mêmes porté voici dix ans aux travailleurs des entreprises privées, pour justifier les attaques contre d’autres travailleurs, ceux qui sont au service de la collectivité. Est-ce que toucher moins que le SMIC, comme tant d’apprentis, de stagiaires et de travailleuses à temps partiel, est “ équitable ”, quand le patron de Peugeot SA touche 1,9 million d’euros par an et celui de L’Oréal 6,26 millions d’euros par an (sans parler des avantages cachés au fisc, des compléments de retraite, des primes de départ et des options sur actions) ?
La seule réponse qui puisse être apportée du point de vue de la classe ouvrière est de réaliser l’égalité :
ü Abrogation des mesures Balladur !
ü 37,5 annuités de cotisation pour tous !
Quant à la démographie, elle a bon dos. Raffarin
répète, de manière plus ou moins voilée, de vieilles idées réactionnaires qui
n’ont pas plus à voir avec la science démographique que le racisme ou la
misogynie avec la biologie.
Le raisonnement est le suivant :
1. “ La France ” et “ les Européens ” ne comprennent pas un grave menace : l’augmentation du nombre de Chinois, d’Indiens ou d’Égyptiens.
2. Face à cela, la natalité de “ la France ” est insuffisante.
3. La punition est inévitable : puisque “ la France ” n’a pas fait assez d’enfants, la “ réforme ” des retraites est “ nécessaire ”.
4. Tous les “ républicains ” doivent accepter que le parlement vote la “ réforme ”. S’y opposer, c’est de la violence, de l’affaiblissement de la démocratie, de l’extrémisme. Mais à la rue qui voudrait décider, Raffarin et Sarkozy se réservent le droit de recourir, eux, à la violence, celle de la police, contre les grévistes de La Réunion, les manifestants de Paris…
Dans le capitalisme, il y a simultanément trop de travailleurs pour assurer l’emploi de tous… et pas assez pour assurer les retraites !
Les économistes, prenant l’effet pour la cause,
prétendent expliquer les vicissitudes de l’accumulation par le mouvement de la
population ouvrière qui fournirait tantôt trop de bras, tantôt trop peu. (K. Marx, Le Capital, livre 1, 1867)
Ce sont les travailleurs qui créent toutes les richesses et qui assurent le fonctionnement d’ensemble de la société. Le plan Fillon vise à baisser la part de ces richesses qui revient aux travailleurs actifs et retraités au profit de l’autre part, celle des capitalistes, le profit. Voilà pourquoi Raffarin dit :
Mieux vaut augmenter le nombre d’heures travaillées, de manière globale, plutôt qu’augmenter les prélèvements.
Dire que le régime des retraites des fonctionnaires va vers la crise pour des raisons de démographie est absurde. Les fonctionnaires “ versent ” 7,85% de leurs salaires bruts. C’est une opération purement comptable : en fait, leur employeur, l’État, leur retient, ne leur paye pas cette somme, pas plus que les autres “ cotisations sociales ” salariales. L’État assure la totalité des retraites des fonctionnaires : il verse le montant des cotisations salariales et “ abonde ” le reste des besoins de financement des retraites. En d’autres termes, les pensions des fonctionnaires font toutes partie du budget.
Le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy annonce qu’il va baisser le nombre de fonctionnaires de 20 000 postes chaque année : est-ce favorable au rapport actifs / retraités qui est présenté comme la cause de la “ réforme ” ?
Le problème n’est pas démographique, c’est un problème de dépenses publiques : l’État ne veut pas dépenser autant qu’il est prévu pour les anciens fonctionnaires qui ne le servent plus (un doublement d’ici 2020). Pour tous les défenseurs du capitalisme, les dépenses publiques sont des charges, qui ne doivent pas mettre en péril le profit.
Dans le mode de production capitaliste, la richesse de la société prend la forme de marchandises, de produits du travail qui vérifient leur utilité sociale en étant vendus sur un marché (qu’ils soient des objets ou des services est secondaire). Pour une part mineure, les marchandises sont le résultat du travail d’indépendants (petits paysans, artisans, professions libérales…). L’État prélève dans les caisses des salariés pour assurer les retraites de cette classe sociale, la petite-bourgeoise traditionnelle, pour assurer la stabilité de l’ordre capitaliste : 2 milliard d’euros pris en 2002 à la CNAV (branche vieillesse de la Sécu) ; 1,8 milliard au régime des pensions (fonctionnaires), etc. pour donner 0,8 milliard d’euros à l’Organic (commerçants) ; 4,2 milliards à la BAPSA (agriculteurs)…
La plupart des marchandises demandent la collaboration entre eux de travailleurs salariés, qui louent leur force de travail à ceux qui détiennent les moyens de production. Quand ils ne ont pas rejetés dans le chômage, les prolétaires produisent des marchandises sous le joug du capital, qui deviennent la propriété des entreprises capitalistes. Une fois vendues les marchandises (si elles le sont), la valeur qu’ont créée collectivement les travailleurs est partagée entre profits (travail gratuit) et salaires (travail payé).
C’est l’existence des classes, le rapport d’exploitation qui explique qu’une minorité de la population puise accaparer une grande partie des richesses produites par la grande majorité, soit plus de 200 milliards d’euros par an. Le plan Chirac-Fillon est de ne pas y toucher, voire de l’augmenter.
La part qui revient aux travailleurs est de l’ordre de 780 milliards d’euros par an. Les revenus salariaux comportent deux parts :
ü Le salaire net, direct, individuel, dont dispose librement la travailleuse ou le travailleur pour reproduire sa force de travail et entretenir sa famille (moins de 490 milliards €) ;
ü Le salaire différé, indirect, collectif, dont elle ou il bénéficie dans certaines phases de son existence : maladie, accident du travail, grossesse, chômage, retraite… (moins de 290 milliards €)
Quand les cotisations sociales des salariés augmentent, cela signifie un déplacement de salaire (moins du premier type, plus du second) ; quand les cotisations des employeurs augmentent, cela signifie une augmentation du salaire global de la classe ouvrière (autant du premier type de salaire, plus du second).
En ce qui concerne les retraites, la cotisation patronale est fixée à 8,2% des salaires bruts depuis 1987. Celle des salariés est passée entre temps de 4,7% à 6,55%. Ajoutons que, sous prétexte de “ politique de l’emploi ”, les gouvernements successifs (dont ceux comprenant PS et PCF) ont multiplié les exemptions de cotisations patronales. Le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy s’apprête à le faire de nouveau pour le RMA (revenu minimum d’activité).
Le plan Chirac-Fillon est de diminuer les deux composantes des revenus des travailleurs. Ce qu’a fait le gouvernement Balladur, ce que veut faire le gouvernement Chirac-Raffarin, c’est faire exploiter plus longtemps la classe ouvrière, en extraire plus de profit, et surtout diminuer ses revenus d’ensemble, en la partie de son salaire différé qui va aux vieux travailleurs. Il le fait pour diminuer les frais de l’État et augmenter le taux de profit :
ü Il faudrait en 2020, d’après le gouvernement 18 milliards d’euros supplémentaires pour les retraites des fonctionnaires. L’État distribue 46 milliards aux patrons.
ü Il manquerait, aux estimations les plus pessimistes, 20 milliards d’euros en 2020 pour celles des travailleurs des entreprises privées. Porter les cotisations vieillesse des employeurs à 12% suffirait à y pourvoir. Actuellement, les exonérations de cotisations sociales patronales s’élèvent à 16,5 milliards d’euros.
D’un côté, le capital expulse les travailleurs âgés de la production ; de l’autre, il refuse de payer pour les pensions. Pour les capitalistes, qui raccourcissent sans scrupule la vie de millions de travailleurs par les rythmes et les conditions de travail (un exemple frappant est l’amiante), verser pour les retraites est du gaspillage.
Quand le travailleur atteint l’âge mûr, il doit
faire place à une force plus jeune et descendre un échelon de l’échelle
sociale. Encore heureux s’il ne se trouve pas relégué définitivement chez les
surnuméraires. (K. Marx, Le Capital, livre 1, 1867)
Pour défendre la dignité des travailleurs et leur
droit de profiter de l’existence , pour unifier la classe ouvrière, il faut
défendre la conquête prolétarienne que représente le régime des
retraites :
ü Retrait du plan Chirac-Fillon !
ü Suppression de toutes les exonérations de
cotisations des employeurs !
ü Augmentation des cotisations
patronales !
L’augmentation des salaires et le relèvement des cotisations patronales ne sont-elles pas le minimum que devrait revendiquer toute organisation de la classe ouvrière ? Mais ceux qui prétendent servir d’état-major aux travailleurs dans cette guerre commencent par dire que les objectifs de l’ennemi sont légitimes, qu’il faut une “ réforme ” des retraites.
Toutes les organisations syndicales ont collaboré, quand Jospin a préparé le terrain au plan actuel en instaurant le Conseil d’orientation des retraites en 2000. Comme dit sa présidente, Yannick Moreau :
La concertation au sein du COR a permis aux
différents partenaires de parvenir à un accord sur la réalité des besoins de
financement et de proposer des orientations pour les réformes à venir. (Liaisons Sociales, janvier 2003)
Le 6 janvier, les bureaucraties de toutes les confédérations, y compris FO et CGT, facilitent le travail de Chirac, Raffarin et Fillon, en se prononçant pour la “ réforme ” :
L'avenir des retraites a permis de réaliser une
“ première ” dans l'histoire de l'unité syndicale. Les sept
organisations, membres du Conseil d'orientation des retraites, se sont dotées,
le 6 janvier dernier, de “ propositions communes pour consolider les
systèmes de retraites des salariés des secteurs publics et privés ”. (…)
Mais l'événement réside surtout dans la nature de leur union, qui ne se réalise
pas d'abord contre un projet, mais sur une série de propositions affirmant la
“ nécessité d'une réforme ” des retraites. (L’Humanité, 16 janvier 2003)
A partir de février, Fillon et Delevoye consultent les “ partenaires sociaux ”. Aucune organisation syndicale ne refuse de discuter avec le gouvernement, comme si celui-ci pouvait prendre des mesures favorables aux travailleurs. Cela a servi à légitimer le plan Fillon, comme son auteur ne se prive pas de le souligner :
Il y a eu le temps du dialogue social, il a duré
trois mois. Ça a été le temps de la négociation… Maintenant, on entre dans un
nouveau temps qui est un temps du débat devant les représentants du peuple.
Dans quelques semaines, c’est le Parlement qui va débattre… (Libération, 26
mai 2003)
Le 16 et le 18 avril, Delevoye et Fillon annoncent leur plan contre les retraites. Pourtant, l’appel commun CGT-FO-CFDT-UNSA-CFTC-FSU à une “ journée d’action ” le 13 mai donne de nouveau des gages au gouvernement, en reprenant mot pour mot les termes de Chirac :
Tant pour les générations actuelles que futures, une réforme est nécessaire pour garantir l’avenir de nos régimes de retraites.
Mais les masses dérangent le jeu.
Tout d’abord, le 9 janvier, les travailleurs d’EDF-GDF se prononcent contre le plan de destruction de leur régime de retraite concocté par le gouvernement Chirac-Raffarin, la direction de l’entreprise. Malgré le soutien de la CFDT… et de la direction de la fédération CGT au projet de l’entreprise et du gouvernement.
Le mardi 13 mai, deux millions de manifestants déferlent dans la rue. Le plan Fillon dresse contre lui une partie des travailleurs des entreprises privées qui refusent les 42 annuités et comprennent que “ l’équité ” du gouvernement est de la démagogie et de la division, ceux des entreprises publiques en voie de privatisation qui ne croient pas un mot des promesses gouvernementales et les travailleurs de la fonction publique.
En particulier, exaspérés par la destruction du corps des MI-SE (les étudiants-surveillants), par la suppression des aides éducateurs, par la décision de faire passer les personnels non enseignants (agents, techniciens, ouvriers) sous le pouvoir des conseils régionaux, par le plan de mise sous tutelle patronale de l’Université, les travailleurs de l’enseignement public ont déferlé dans la rue, sont entrés massivement en grève.
Dans cette situation, il est impossible aux syndicats issus de la CGT (CGT, FO, FSU, UNSA) de signer. Seules deux organisations fondées historiquement contre le syndicalisme ouvrier (CGC et CFDT) osent approuver le plan Chirac-Fillon, le 16 mai, après quelques concessions prévues de longue date. Les dirigeants syndicaux de la CGT et de FO, tout en ne signant pas, laissent une porte de sortie au gouvernement :
La rue ne prétend pas exercer le pouvoir mais elle
fait partie des éléments de la démocratie que le gouvernement doit prendre en
compte. (B. Thibault, L’Humanité, 14 mai 2003)
Le but est de dire à Raffarin que s’il veut être le
représentant démocratique de la population, il faut tenir compte de l’opinion
des gens. (M. Blondel, L’Humanité, 14 mai 2003)
Les commentateurs attendent de la signature CFDT, la deuxième confédération, la démoralisation des travailleurs :
Vendredi, la situation était pratiquement revenue à la normale, sauf dans l’Éducation nationale. (Le Monde, 17 mai)
Face à une offensive capitaliste de grande envergure, les dirigeants des organisations ouvrières se refusent à appeler à la grève générale. Ils multiplient les “ journées d’action ” : le 19 mai, le 22 mai, le 25 mai. Les travailleurs prouvent à nouveau leur volonté d’en découdre. Le lundi 19 mai, 800 000 travailleurs manifestent. Le jeudi 22 mai, 150 000 grévistes descendent de nouveau dans la rue. Le dimanche 25 mai, malgré le manque de trains, sans doute un million de travailleurs défile à Paris.
Fillon déclare alors :
Pour que la réforme échoue, il faudrait que le pays
soit paralysé par une grève générale. Mais je n’y crois pas une seconde. (Le Figaro, 31
mai 2003)
Fillon peut affirmer aux patrons que le risque est faible, parce qu’il connaît bien l’état-major syndical qui refuse de rompre avec la bourgeoisie.
Pour faire passer sa réforme, François Fillon a
besoin que le leader de la CGT retienne sa base (L’Expansion,
juin 2003)
Curieux “ généraux ” qui proposent en permanence aux soldats non la victoire, le retrait des plans contre l’enseignement et contre les retraites, mais une trêve à l’ennemi : les bureaucraties syndicales demandent au gouvernement de reprendre la négociation de la “ réforme ”. Tous dispersent les troupes : ils veillent à empêcher la contre-offensive de tout le prolétariat par la grève générale. Au contraire, ils éclatent les grèves, chaque AG (plus ou moins démocratique) décidant dans son coin. Les grèves “ reconductibles ” s’opposent à la grève générale jusqu’à la victoire, parce qu’elles laissent envisager dès le départ de rentrer sans avoir gagné et qu’elles empêchent la vision d’ensemble, la perception de la force collective des travailleurs. Ne parlons même pas des apprentis bureaucrates qui prônaient la grève “ générale ” de la seule fonction publique, renonçant sans oser le dire aux 37,5 annuités pour tous.
Les appareils, eux, restent centralisées et prennent des décision qui échappent à tout contrôle : déclarations conciliantes, “ négociations ”, journées d’action, etc. Les bureaucraties syndicales cherchent à empêcher que les travailleurs prennent en main leur propre mouvement, à interdire l’élection de comités de grève et leur centralisation locale et nationale dans un comité central de grève qui centralise le mouvement et puisse servir d’alternative au gouvernement bourgeois.
Thibault s’inquiète pour le gouvernement et refuse pour sa part d’appeler à la grève générale, qui montrerait qui fait tourner le pays :
Tout le monde joue gros dans cette affaire. L’objectif n’est pas le blocage du pays… (B. Thibault, Le Figaro, 26 mai 2003)
Son bras droit Le Duigou, responsable CGT des retraites, précise à l’avance qu’il ne cherche pas à infliger une défaite à Chirac et Raffarin :
Nous n’avons pas un objectif politique, celui de battre le gouvernement. (Le Monde, 5 juin 2003).
En renfort, le secrétaire général de FO, Blondel, clame son allégeance à l’État bourgeois, à la 5e République et à Chirac :
La grève générale est de nature politique, voire
insurrectionnelle. (Le Monde, 28 mai 2003).
Les dirigeants des principaux syndicats de l’enseignement (FSU et UNSA), se précipitent à chaque fois que leur ministre et Sarkozy (chef des flics qui persécutent les immigrés et leurs descendants, qui matraquent les manifestants et les grévistes) les convoquent. A chaque fois, Aschieri et Olive serrent la main de ceux qui répriment au même moment les travailleurs. Après chaque rencontre, ils se félicitent publiquement de “ l’ouverture du gouvernement ” qui maintient pourtant tous ses projets, quitte à différer de quelques mois ceux qui frappent l’enseignement public.
Contre la complicité de plus en plus évidentes des chefs syndicaux avec le gouvernement, contre leurs pratiques bureaucratiques, des milliers de travailleurs qui les voient à l’œuvre s’insurgent. De plus en plus, le slogan “ grève générale ! ” est repris dans les AG, les manifestations.
Au soir du 10 juin, la CGT, FO, la FSU et l’UNSA déclarent la journée “ unique et sans précédent ” et appellent ensemble... à une énième journée d’action le 12 :
Le refus de négocier sur les retraites apparaît encore plus injustifié… Une forte mobilisation est à nouveau possible sans bloquer les épreuves du Baccalauréat. Elles prendront toutes les initiatives nécessaires pour renforcer, élargir le mouvement et obtenir l’ouverture de négociations.
Toujours pas d’appel à la grève générale, même pas d’exigence du retrait du plan Chirac-Fillon dans cette déclaration. Les bureaucraties “ réformistes ” qui dirigent actuellement les syndicats laissent le gouvernement gouverner, car elles défendent l’État bourgeois et le capitalisme.
Leurs compères des partis traîtres complètent le travail.
PS et PCF aident aussi le gouvernement, en légitimant le rôle du parlement UMP et en défendant la nécessité d’une “ reforme ” des retraites.
Contre Raffarin qui les taxait “ de préférer leur parti à leur patrie ”, les députés du PS à l’Assemblée ont revendiqué, avec un courroux bleu - blanc - rouge sur le front, leur sens absolu des intérêts de la bourgeoisie française. Ayrault, leur chef de file dans l’hémicycle, a demandé à ceux qui tiennent sa laisse de se souvenir de l’appel à voter Chirac, du soutien à la position de l’impérialisme français au moment du déchaînement barbare contre l’Irak. Puisqu’il était précisément question des retraites, il aurait pu ajouter la ténacité des gouvernements dirigés par le PS à ne pas abroger les mesures Balladur de 1993, la signature de Jospin à Barcelone, aux côtés de Chirac, pour le recul de l’âge de la retraite à 65 ans. Il n’aurait pas dû oublier non plus les multiples attaques contre les salaires différé ou direct : CSG, RDS, milliards de cadeaux fiscaux en tous genres faits aux patrons, lois Aubry dynamitant le SMIC, instaurant le flexibilité du temps de travail et le gel voire la baisse des salaires. Décidément, la bourgeoisie n’est guère reconnaissante en public pour de si loyaux services : sans la loi Fabius d’épargne salariale, sans le Conseil d’orientation des retraites (COR), sa tâche aurait été bien plus difficile.
Pendant son dernier congrès, le Parti “ socialiste ” a donné encore un coup de main au gouvernement : tandis que les travailleurs, massivement, exigent le retrait du plan Chirac – Fillon parce qu’ils veulent les 37,5 annuités pour tous, public / privé, la défense des droits statutaires, la retraite à 60 ans à taux plein, le PS demandait solennellement que le texte soit … retiré pour être réécrit. Alors que le prolétariat comprend l’ampleur de cette agression, alors qu’il essaie de battre le gouvernement, le PS argumente qu’il serait un bien meilleur gestionnaire des intérêts du capitalisme français :
François Hollande, premier secrétaire du PS, a
enfoncé le clou, évoquant un projet “ incohérent économiquement et
financièrement ” : le projet n’est pas financé, il faudra y revenir
en 2007 . (Le Monde, 6 juin 2003)
Quelques jours plus tard, il fait ses propositions : 40 annuités pour les fonctionnaires, pas de retour à l’indexation des retraites sur les salaires, hausse de la CSG, des cotisations des salariés et des patrons. Et pour faire avaler la pilule aux travailleurs, instauration d’instances de participation des syndicats à la définition des mesures contre les salaires et les retraites.
Enfin, à l’Assemblée nationale, il joue la comédie des amendements. Il est vrai qu’au jeu des amendements, le PS est largement battu par le PCF qui promet d’en déposer 7 000. Mais match nul pour l’essentiel : reconnaissance de la légitimité de la majorité UMP-UDF à légiférer, alignement sur la bourgeoisie qui crie à la nécessité de “ réformer ” les retraites.
Quand des millions de travailleurs se mobilisent pour obtenir le retrait du plan Chirac - Fillon, le PCF matraque dans sa presse qu’ils manifestent et font grève pour obtenir une réforme des retraites !
Le gouvernement et le MEDEF tentent de briser l’élan
du mouvement pour une autre réforme. (L’Humanité
Hebdo, 17 mai 2003) ; Nul ne
conteste la nécessité d’une réforme du système des retraites. (L’Humanité, 6
juin 2003)
Quand le PCF entreprend une campagne de signatures, le 27 mai, sa pétition n’exige pas le retrait du projet Fillon :
Le gouvernement doit entendre les salariés et ouvrir de véritables négociations.
Et pas trace non plus des 37,5 annuités pour tous. Buffet et les citoyens membres de la direction ont pris une autre initiative :
L’exécutif national du Parti communiste français
propose la tenue rapide d’une réunion citoyenne afin d’élaborer le contenu et
les propositions pour une autre réforme. (…) Le PCF proposera à tous les
acteurs du mouvement qui se développe aujourd’hui, syndicats, associations,
experts, collectifs de citoyens, forces politiques, de contribuer à ce débat
citoyen… (L’Humanité, 17 mai 2003)
Le PCF nie que la mobilisation en défense des retraites est une lutte de classe. Il se prononce pour les forums sans rivages à droite, pour les débats, pendant que Chirac, Raffarin, Fillon, Sarkozy gouvernent.
Dessinant les contours de “ l’autre réforme ”, le Parti “ communiste ” renonce à la définition des retraites comme salaire différé. Il avance cependant des revendications ouvrières parfaitement légitimes, mais sans jamais dire que pour obtenir satisfaction, il faut renverser le gouvernement bourgeois Chirac - Raffarin, établir un gouvernement ouvrier appuyé sur la mobilisation des travailleurs. Le PCF laisse croire que le mode de production capitaliste peut être réformé.
Quand le capitalisme français exige que des coups soient portés aux droits ouvriers, PS et PCF sont frères jumeaux en capitulation. En 1997, au lieu de former un gouvernement des partis ouvriers, de prendre des mesures pour les travailleurs et de s’appuyer sur eux, une fois de plus, ils ont formé un gouvernement bourgeois. Ils ont mené, avec les Verts, le MDC, le PRG, dans le gouvernement dirigé par Jospin, une politique de gérants loyaux du capitalisme. Aujourd’hui rejetés par leurs trahisons dans “ l’opposition ”, ils développent leur ligne de collaboration de classe, contre les intérêts du prolétariat.
Il faut construire un autre parti, un parti ouvrier révolutionnaire.
Plus de 10% des voix au premier tour de l’élection présidentielle receuillis par la LCR, LO et le PT prouvent que des centaines de milliers de travailleurs cherchent un parti ouvrier révolutionnaire.
Mais les centristes du mouvement ouvrier s’alignent sur les appareils. Pour les courants qui usurpent la référence au trotskysme, les bureaucraties vont dans le bon sens :
Les directions syndicales confédérales ne sont ni
déterminées ni unifiées dans leur lutte
contre les projets gouvernementaux. (Rouge,
organe de la LCR, 8 mai 2003)
Il est manifeste que les confédérations veulent faire pression sur le gouvernement. (Lutte de Classe, revue de LO, mai 2003)
Aller plus loin dans ce mouvement en cours des
travailleurs de toutes catégories, qui
réalisent l’unité avec leurs fédérations et confédérations syndicales… (communiqué du PT, Informations Ouvrières, 21 mai 2003)
Pas question de combattre les appareils qui s’évertuent à protéger le gouvernement et à casser le mouvement des masses. Mais le “ bon ” syndicat n’est pas forcément le même pour ces opportunistes et révisionnistes. Par exemple, toute lectrice, tout lecteur de l’organe du PT connaîtra l’opposition des dirigeants de la CGT à la grève générale, leurs ambiguïtés vis-à-vis du plan Fillon. Mais ignorera celles des dirigeants de FO, qui ont exactement la même attitude, car Informations Ouvrières le cache.
Pour ne pas indisposer Blondel qui refuse d’appeler à la grève générale au moment où elle est possible et nécessaire, les chefs du PT se gardent bien d’exiger que les directions syndicales se prononcent. Ces larbins censurent même le mot d’ordre de grève générale et se contorsionnent pour inventer toute une série de circonlocutions qui feront certainement date dans le mouvement ouvrier :
La grève tous ensemble (Informations Ouvrières, 23 avril 2003) ; Pour gagner : grève totale unie jusqu’au retrait du plan Fillon ! (Informations Ouvrières, 21 mai 2003) ; Généralisation de la grève dans l’unité. (Informations Ouvrières, 14 mai 2003)…
Pour LO et la LCR, la boussole n’est pas Blondel, mais Thibault. A chaque fois que l’appareil de la CGT appelle à une journée d’action contre la grève générale, pour “ négocier ”, ses auxiliaires dévoués intiment l’ordre aux travailleurs de suivre la consigne :
Il est vital (rien
de moins !) que la journée du 13 mai soit massivement suivie. (Lutte Ouvrière, 9
mai 2003)
Le 13 mai peut être le point de départ de cette unité nécessaire. (Rouge, 1er mai 2003)
Les champions des grèves reconductibles qui font peser la responsabilité sur les travailleurs, et non les dirigeants, sont incontestablement les dirigeants de la LCR, ceux qui appelaient voici un an à voter Chirac :
Éducation Nationale : Généraliser la grève
reconductible. (Rouge, 15 mai 2003) ; C’est le moment, grève
reconductible ! (Rouge, 1er mai 2003)
Comme en novembre-décembre 1995, les membres de la LCR et de LO sont, dans les assemblées générales, les premiers à protéger les bureaucrates contre l’exigence que les directions appellent à la grève générale. Les responsables de la LCR ne sont pas les derniers à proposer “ chaînes humaines ”, déguisements, pique-niques, retraites au flambeau et autres pitreries petites-bourgeoises, que ceux de LO votent.
La fête annuelle de LO s’est tenue en plein mouvement des masses, qui aspire à la grève générale contre le gouvernement et ses plans. Pour la première fois, une tension est apparue entre le public et la direction pro-PCF de LO :
Il est un terme que la dirigeante de LO, cinq fois
candidate à l’élection présidentielle, s’est refusée à employer, celui de
“ grève générale ”. Quand, à son arrivée comme à l’issue de son
allocution, le public s’est spontanément mis à scander “ Tous ensemble,
tous ensemble, grève générale ! ”, les responsables de LO entourant
le podium central se sont immédiatement chargés de couvrir ce slogan… (Le Monde, 10
juin 2003)
Les masques finissent toujours par tomber…
La grève générale permettrait d’envisager de chasser le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy, le comité central de grève donnerait une solution pour le remplacer par un autre pouvoir, celui des travailleurs :
L’importance fondamentale de la grève générale,
indépendamment des succès partiels qu’elle peut donner, mais aussi ne pas
donner, est dans le fait qu’elle pose d’une façon révolutionnaire la question
du pouvoir. (L. Trotsky, Encore une fois
une fois, où va la France ? 1935)
Contrairement à ce que prétendent les réformistes de tout poil, ce n’est pas une simple idéologie, une lubie “ néo-libérale ” qui incite simultanément tous les États, que les partis “ réformistes ” soient ou pas au gouvernement, à prendre des mesures contre les retraites des travailleurs, contre l’école et la santé publiques, contre le droit du travail et les statuts des fonctionnaires, etc.
L’offensive généralisée contre les acquis résulte du rapport de production capitaliste, entre exploiteurs et exploités, pour défendre le taux de profit en augmentant le taux d’exploitation. Les capitalistes s’appuient sur l’État qui, loin d’être neutre, est le leur, celui de la classe dominante.
La lutte de la classe ouvrière pour la distribution des richesses, aussi nécessaire soit-elle, est un travail de Sisyphe. Aucune hausse des salaires, aucun régime de retraite, aucune liberté démocratique, aucune conquête d’aucune sorte, n’est garantie, tant que l’économie est guidée par le profit, qu’elle reste aux mains de la classe capitaliste. Par conséquent, il faut lui arracher, exproprier sans indemnité ni rachat les principaux moyens de production et passer à une nouvelle organisation de la production, à un plan de production visant à satisfaire les besoins des masses.
Ce sera la tâche d’un gouvernement ouvrier.
La transformation économique que la classe ouvrière
doit réaliser est non seulement une transformation de la distribution, mais
encore une nouvelle organisation de la production ou plutôt la libération des
formes sociales de production telles qu’elles existent dans l’organisation
actuelle du travail en les arrachant aux liens de l’esclavage, à leur caractère
de classe actuel, et il lui faut enfin réaliser la coordination harmonieuse de
ces formes sur la plan national et international. (K.
Marx, La Guerre civile en France, 1871)
Les rencontres des dirigeants syndicaux avec Sarkozy, leur refus d’appeler à la grève générale donnent de l’assurance au gouvernement et lui permettent de matraquer, d’arrêter et de condamner les manifestants.
A son échelle, le Groupe bolchevik contribue à la lutte contre le gouvernement bourgeois, pour aider les travailleurs à lever les obstacles que mettent les vieilles directions et leurs aides centristes sur leur chemin. Il a diffusé, du 26 janvier au 9 juin, 6 tracts dans les manifestations et les lieux de travail, sur les axes :
ü défense des conquêtes ouvrières, abrogation des mesures Balladur et retrait du plan Fillon ;
ü front unique ouvrier pour vaincre le gouvernement, exigence que les directions syndicales appellent à la grève générale ;
ü auto-organisation pour que les travailleurs puissent contrôler leur mouvement et déjouer les manœuvres des bureaucraties syndicales : assemblées générales démocratiques, élection de délégués, centralisation des comités élus.
Malgré les manœuvres des bureaucrates locaux et de leurs alliés “ d’extrême-gauche ”, les militants bolcheviks interviennent depuis dans les assemblées générales des travailleurs pour la grève générale.
Une tactique socialiste conséquente, résolue, allant
de l’avant provoque dans les masses un sentiment de sécurité, de confiance, de
combativité ; une tactique hésitante, faible, fondée sur une
sous-estimation des forces du prolétariat, paralyse et désoriente les masses. (R. Luxemburg, Grève de masses, parti et
syndicats, 1906)
La bataille pour la rupture avec la bourgeoisie, pour que les organisations syndicales jouent leur rôle est forcément une lutte contre les bureaucraties syndicales qui aident le gouvernement et la classe dominante. Elle est indissociable de l’effort pour constituer des organismes plus larges que les syndicats, qui regroupent et représentent les masses en lutte.
La lutte de classe ne peut être victorieuse, elle ne peut submerger les directions de collaboration de classe, que si les travailleurs les plus avancés se regroupent, s’organisent, dans ce pays et avec ceux des autres pays. Sinon, ils se retrouvent dispersés et se démoralisent.
Le Groupe bolchevik n’a pas d’autre fonction : nous invitons ceux qui ont mesuré la force potentielle du prolétariat, qui ont compris l’obstacle que représentent les bureaucraties et qui veulent en finir avec le capitalisme, à nous contacter.
Le 10 juin 2003