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Editorial de Révolution Socialiste n°14
Front unique ouvrier contre l’allongement du temps
de travail, contre tous les
licenciements
et pour le retrait du projet de budget
2005
Le 19 septembre, Raffarin a annoncé à la télévision
les objectifs de son gouvernement, ce qu’il a appelé «la deuxième mi-temps
du septennat» ; un « contrat » dans la tradition
gaulliste : l’association capital-travail contre les intérêts du
prolétariat.
Le «contrat» pour 2005, qui n'a pas été précisé dans le détail – il le sera «avant la fin de l'année» –, repose d'abord sur l'emploi. L'objectif est d'obtenir une baisse durable du chômage par le biais des allégements de charges, du plan Borloo de cohésion sociale ou des mesures contre les délocalisations. Ce «contrat» est proposé au plus grand nombre : «Au gouvernement et à l'Etat naturellement, aux entreprises et partenaires sociaux, aux associations, à tous les partenaires qui se mobilisent pour la France». La «réussite à l'école» constitue la deuxième priorité du premier ministre, qui a demandé à «la communauté éducative» de participer à l'élaboration du futur projet de loi d'orientation, qui devrait être élaboré à l'automne. (Le Figaro, 20 septembre 2004)
En clair, après les coups portés contre les
retraites, la Sécurité sociale, les hôpitaux, les chômeurs, etc., pas question
de ralentir ; l’offensive politique contre le prolétariat, ses acquis, doit se
poursuivre.
Le projet de budget a été présenté en conseil des
ministres le 22 septembre. Il exprime en concentré la politique du
gouvernement. Tout d’abord, 7 188 emplois vont être supprimés dans la
fonction publique et l’administration. Bien évidemment, ces suppressions de
postes sont opérées de manière sélective, puisque la police et la justice
continuent de croître en effectifs, 1000 recrutements chez les flics, 1100 à la
justice dont plus de la moitié dans les prisons. Cela signifie que dans les
autres ministères, un départ en retraite sur deux ne sera pas remplacé.
Et le gouvernement ne s’arrête pas en si bon chemin
dans sa guerre contre les fonctionnaires et les personnels précaires de la
Fonction Publique :
Cette année, lors de la discussion de leur budget au Parlement, les ministres sont en effet censés présenter, en même temps que l’utilisation de leurs crédits, un plan d’avenir pour leur administration : suppression de missions inutiles, regroupement de services redondants, sous-traitance de fonctions au secteur privé doivent être mises en œuvre afin de dépoussiérer l’appareil d’Etat, dont l’immobilisme est légendaire. (Le Figaro, 23 septembre 2003)
Dans l’enseignement, 6300 suppressions de postes de
titulaires sont prévues dans le secondaire, 5500 postes d’enseignants, 800
postes d’agents, à quoi il faut ajouter le mouvement de suppression des
70 000 contrats précaires d’aides éducateurs, dans lequel le gouvernement
UMP est déjà engagé. Il est enfin prévu que les enseignants « en
surnombre » dans certaines disciplines soient affectés sur d’autres
disciplines, quitte à reprendre leurs études. C’est la troisième année
consécutive de baisse des postes dans l’Education nationale. Le gouvernement
annonce une hausse des recrutements aux concours (14 000 postes au lieu de
13 000 l’an passé), mais les départs en retraites ne seront pas comblés. 5
à 6 000 postes vont disparaître en 2006.
Du côté des capitalistes, les choses se présentent
mieux : le taux de l’impôt sur les entreprises est ramené de 34,33 à 33,33 %, l’exonération de la taxe
professionnelle pour les investissements nouveaux est prolongée jusqu’à fin
2005, un crédit d’impôt voit le jour pour « les dépenses de prospection
des PME », idem pour les entreprises qui prennent des apprentis, jusqu’à
2 200 euros par an et par apprenti. Enfin, des « pôles de
compétitivité » vont être créés, avec franchises fiscales et crédit de
taxe professionnelle jusqu’à 1 000 euros par salarié, dans le cadre du
« plan anti-délocalisation ».
Les 32,22 milliards d’euros du ministère de l’Emploi et du Travail serviront pour moitié (17,1 milliards d’euros en 2005) aux allégements de cotisations patronales qui « sont recentrées sur les salaires compris entre 1 et 1,6 SMIC ». (L’Humanité, 23 septembre 2004)
Des cadeaux pour les patrons, mais aussi pour les
hauts revenus, puisque le budget prévoit l’augmentation de 50 % du plafond de
dépenses ouvrant droit à une réduction d’impôt pour le recrutement d’un salarié
à domicile, mesure que le Syndicat national unifié des impôt résumait
ainsi :
Soit un couple nanti avec deux enfants, aux revenus de 75 000 euros annuels (40 000 francs par mois) et employant une aide à domicile. Avant la mesure Raffarin, ce couple payait 2 500 euros d'impôts. Désormais, il n'en payera plus, alors que leur employée (13 100 euros de revenus annuels) restera, elle, assujettie à l'impôt sur le revenu si elle n'a pas d'enfant. (Libération, 18 septembre 2004)
Dans le même esprit, les droits de succession disparaissent
jusqu’à 100 000 euros transmis. De surcroît, Le Monde du 17
septembre rapportait que « M. Sarkozy est prêt à laisser les députés
réformer l'ISF [impôt sur la fortune] ». Pour combler le
déficit de l’Etat bourgeois, sept milliards d’euros ont été pris à la caisse de
retraite des travailleurs d’EDF.
Face à ce budget de guerre contre le prolétariat,
les organisations ouvrières aux mains des bureaucraties ne font rien d’autre
qu’émettre quelques critiques. Ni la CGT, ni FO, ni la FSU, ni l’UNSA ne prennent
leurs responsabilités. Leur mot d’ordre devrait être: retrait du projet de
budget, manifestation le jour du vote à l’Assemblée nationale.
Du côté des partis ouvriers bourgeois, pas question
de mobiliser non plus, il faudra attendre… les prochaines élections :
Rappelant qu'il s'agit du
« budget de la France », M. Besson [dirigeant du PS] a ajouté : « On
ne peut pas faire comme s'il n'y avait pas eu de vie économique et financière
avant Sarkozy ». « Et, il y
aura un après-Sarkozy », a-t-il
assuré. (Le Monde, 22 septembre 2004)
En 2003, l’économie capitaliste française a
quasiment stagné : le PIB a augmenté de 0,5 %. Du coup, pour la
première fois depuis 1993, le nombre de travailleurs employés par les
entreprises a diminué.
Les effectifs salariés ont diminué en 2003, une première depuis dix ans. Depuis 2001, les créations d’emploi avaient commencé à ralentir mais l’économie française continuait à créer des emplois. Ainsi, en 2002, le secteur concurrentiel gagnait encore près de 107 600 postes de travail. En 2003, il en perd 45 665… (Statistiques annuelles des effectifs salariés, 23 juillet 2004, UNEDIC)
Déjà, depuis 2001, la croissance des emplois dans
les entreprises était insuffisante par rapport à l’augmentation de la
population active. Avec la stagnation de la production, le chômage a augmenté
en 2003.
Mais le ministre de l’Emploi et de la cohésion
sociale, Jean-Louis Borloo, vient d’annoncer une embellie durable :
Il est clair que la baisse du chômage est une tendance lourde et réelle. Il va vraiment reculer. (Le Parisien, 22 septembre 2004)
Aucune travailleuse, aucun travailleur ne peut
faire confiance à de tels bonimenteurs. Quelques jours après, les services du
ministre ont démenti ses propos :
La hausse du chômage en août contredit l’optimisme affiché par le gouvernement. L’ANPE a enregistré 12 000 demandeurs d’emploi de plus. (Le Monde, 1er octobre 2004)
Officiellement, le nombre de chômeurs est de
2 453 100 personnes, soit 9,9 % de la population active. Une large
partie d’entre eux (40 %) ne sont indemnisés ni par l’assurance chômage, ni par
l’allocation spécifique de solidarité. Les statistiques sous-estiment
grandement le chômage :
Il arrive que les chômeurs trouvent un petit boulot occasionnel qui dépasse 78 heures un mois donné… exit des statistiques. Si on comptabilisait ce genre de personnes, on arriverait déjà à 2 ,9 millions de chômeurs… On a fait encore plus fort en retirant ceux qui recherchent un contrat à durée déterminée ou un temps partiel… Si on y ajoute les 210 000 chômeurs des DOM passés à la trappe du territoire national, la France compte 4 millions de demandeurs d’emploi, soit 1,5 million de plus que l’affichage habituel. Et un taux qui avoisine plus les 15 % que les 10 %… (Alternatives Economiques, septembre 2004)
Toutes ces données nourrissent l’inquiétude des
salariés de ne pas retrouver d’emploi s’ils n’en ont pas et de le perdre s’ils
en ont un, que leur entreprise dépose son bilan, que leur employeur les
licencie individuellement, que l’établissement où ils travaillent soit fermé ou
que la filiale qui les emploie soit supprimée par la société-mère.
Le 15 septembre, Borloo a présenté son projet de
loi de programmation « pour la cohésion sociale ».
Il met en place un « contrat
d’avenir », contrat précaire, payé au SMIC horaire, mais pour 25 à 35
heures de travail hebdomadaires, destiné à un million de bénéficiaires du
revenu minimum d’insertion (RMI), ou de l’allocation spécifique de solidarité
(ASF). La masse de travailleurs durablement expulsée du processus de production
va devenir corvéable à merci.
Les autres chômeurs subiront la réforme de
l’assurance chômage, qui vise à sa privatisation ultérieure : fin du
monopole de placement de l’ANPE, possibilité de création de filiales privées,
association aux collectivités territoriales afin de satisfaire au plus près les
besoins locaux du patronat. Bien évidemment, la dégressivité des allocations
sera appliquée aux chômeurs récalcitrants, à tous ceux qui refuseront un emploi
déqualifié et sous payé. Un « dossier unique » pour chaque
chômeur est instauré pour surveiller et contrôler les chômeurs tentés de passer
entre les mailles du filet.
800 000 contrats de travail sont destinés aux moins
de 25 ans sans diplôme, en apprentissage, lequel va augmenter de 40 %. Il
s’agit d’une augmentation considérable de la formation professionnelle sous
contrôle direct des patrons.
La seule cohésion dont se soucie le gouvernement et
Borloo, c’est la cohésion entre les besoins immédiats du capitalisme français
décadent et en crise et les assauts menés contre les droits et les acquis des
travailleurs. La future loi vise le
« retour à l’activité » des chômeurs, en aucun cas la satisfaction
des besoins sociaux en emplois qualifiés et correctement payés. Il s’agit
d’obliger la masse des prolétaires privés de travail à accepter n’importe quel
emploi sous-payé, flexibilisé. Par exemple, le projet insiste sur le
développement du « service aux personnes », terme pudique pour
désigner la domesticité. Obliger la masse des chômeurs à subir une exploitation
maximale permettra de peser sur l’ensemble des salaires du prolétariat pour les
faire baisser. C’est aussi progresser dans la voie de la liquidation de
l’indemnisation du chômage.
Là encore, les dirigeants des syndicats ouvriers
refusent de rompre avec le gouvernement et participent à la mise en place de sa
politique. La direction de la CGT a publié un document de 32 pages, « La
CGT s’exprime sur le plan Borloo », entièrement dans l’esprit de la
collaboration avec le gouvernement. A grand renfort de « contre
propositions », les dirigeants du syndicat laissent les mains libres au
gouvernement Chirac Raffarin :
Notre position lors de nos interventions dans les différentes caisses et organismes est de faire reconnaître que l’idée de créer d’avantage de cohésion sociale est nécessaire…
Chirac, Raffarin et Borloo peuvent difficilement
rêver plus docile « partenaire social » quand le prolétariat subit un
nouvel assaut contre ses conditions d’existence et ses garanties collectives.
La politique des directions syndicales doit être combattue, elle rend le
prolétariat impuissant.
Alors que le progrès technique permettrait de
travailler moins pour produire les mêmes valeurs d’usage, la même quantité de
biens et de services, dans les mains du capital assoiffé de plus-value, de
profit, il sert à rejeter de la production des travailleurs et à augmenter la
durée du travail des autres :
Le capitaliste s’efforce constamment d’allonger la durée du travail jusqu’à la limite physique du possible, car c’est dans la même proportion qu’augmentent le surtravail et, par conséquent, le profit qui en découle. (K. Marx, Salaire, prix et profit, 1865)
Dans les entreprises, les capitalistes tentent
d’utiliser le chômage –qu’ils ont eux-mêmes créé– pour renforcer leur
exploitation :
L’excès de travail imposé à la classe ouvrière qui se trouve en service actif grossit les rangs de la réserve et, en augmentant la pression que la concurrence de la dernière envers la première, force celle-ci à subir plus docilement les ordres du capital. (K. Marx, Le Capital, livre I, 1867, ch. 25)
Ils reçoivent l’appui du gouvernement
Chirac-Raffarin-Sarkozy. La loi Fillon du 4 mai 2004 permet aux accords
d’entreprise de déroger aux accords de branche et aux accords
interprofessionnels. Le Président de la 5e République bourgeoise a
déclaré :
Il faut plus de liberté pour les travailleurs et notamment pour ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus et plus de liberté aux entreprises. (J. Chirac, Entretien télévisé du 14 juillet, Le Monde, 16 juillet 2004)
En fait, les prolétaires auront « la
liberté » de travailler plus, pour gagner moins en termes réels, si on
tient compte de l’inflation. L’accroissement des loisirs luxueux des
capitalistes et ceux des couches supérieures de la petite-bourgeoise sera donc
procuré par la diminution du temps de repos des exploités et l’augmentation de
leurs heures de labeur.
Les patrons allemands avaient donné
l’exemple : ceux de Siemens ont pratiqué le chantage à la délocalisation
avec les félicitations du chancelier social-démocrate, puis ceux de
DaimlerChrysler et de Volkswagen. Les patrons français n’ont pas été en
reste : en juin, les salariés de l’équipementier Bosch à Vénissieux ont dû
accepter de travailler une heure de plus pour le même salaire. Les patrons
avaient menacé de délocaliser en République tchèque. Il faut citer aussi le groupe
agro-alimentaire Doux, celui du petit électro-ménager Seb, le groupe de la
métallurgie Alcan-Pechiney…
Au sens strict, la délocalisation consiste à
changer de lieu une unité de production. Le plus souvent, on parle sous ce nom
de délocalisation à l’étranger ; il s’agit alors de la fermeture d’une unité de
production dans un pays, concomitante à l’ouverture d’une semblable dans un
autre pays par le même groupe capitaliste :
Délocalisation : Transfert d’activités d’un espace à un autre pour profiter des différences de coûts de production, pour se rapprocher des consommateurs ou pour contourner des barrières à l’entrée sur ce marché. (A. Silhem, Lexique d’économie, Dalloz, 2004)
Comme l’indique cette définition, les exportations
du capital ne sont pas guidées que par le coût salarial. Rentrent en ligne de
compte : la fiscalité, les coûts de transport, la productivité de la
main-d’œuvre (les travailleurs français ont une des meilleures productivités
horaires), la sécurité des investissements, la qualité des infrastructures, la
densité des fournisseurs, les débouchés, etc.
Si le capital se mouvait simplement en fonction du
coût salarial, Haïti, le Libéria et le Népal seraient industrialisés ; par
contre, la Norvège, l’Allemagne et les États-unis seraient désindustrialisés.
Une heure de travail en plus par semaine (soit une baisse de 3 % des
salaires) ne saurait suffire à enrayer des délocalisations, car elle sera bien
insuffisante pour combler l’écart des salaires. Rien qu’en Europe, les
disparités sont bien plus importantes, puisque le salaire horaire ouvrier du
Portugal est 30 % de celui de la France, celui de la Norvège plus de
150 % (source : BLS, Etats-Unis). Pour autant, on n’a pas vu
l’industrie norvégienne délocaliser en masse en France, ni l’industrie
française délocaliser au Portugal.
La menace patronale est souvent du bluff. Les faits
corroborent cette analyse :
La plus grande partie des
exportations de capitaux est destinée à des pays dont les salaires sont élevés
:
Les groupes capitalistes français, en 2002, ont
exporté pour 66,5 milliards d’euros : les deux principaux pays de
destination sont les Etats-Unis (26,6 %), où la main-d’œuvre est mieux
rémunérée qu’en France, et la Grande-Bretagne (18,2 %), où elle l’est à peine
moins. La zone euro en a absorbé pour sa part 39,4 %.
En 2003, les « investissements directs à
l’étranger » ont diminué pour la troisième année consécutive : la
Chine a été le premier destinataire des investissements, mais au moins autant à
cause de la taille du marché que du coût de la main-d’œuvre. D’ailleurs, le
deuxième pays de destination était les Etats-Unis et le troisième la France
(source : Rapport de la Banque de France 2003, juin 2004). En
2002, la France avait reçu 54,7 milliards d’euros d’investissements du reste du
monde : cela en faisait le premier pays de destination des investissements
directs à l’étranger, avant la Chine, l’Allemagne, les Etats-Unis et la
Grande-Bretagne (source : Tableaux de l’économie française 2004-2005, INSEE,
septembre 2004).
Les délocalisations ne représentent
qu’une part minime des investissements à l’étranger :
La part des délocalisations serait de 5 % des
investissements en 1999-2000 dans les pays proches, de 1 % pour les pays
lointains (source : DREE, Ministère de l’Économie). En 2002, il y a eu
environ 400 opérations de délocalisation françaises vers les pays d’Europe de
l’Est, pour un montant de 2 milliards d’euros, à comparer avec 300 milliards
d’investissement en France (source : DREE).
La plupart des licenciements ne
correspondent pas à des transferts d’emploi à l’étranger :
La majeure partie des suppressions d’emploi
n’entraînent aucun transfert de postes, que ce soit dans une autre région ou un
autre pays. Les capitalistes décident de profiter du changement technique ou
font payer aux salariés la baisse des débouchés ou la concurrence de
capitalistes locaux ou étrangers. Les délocalisations ne causent que 2 %
des licenciements aux Etats-Unis, 62 000 emplois perdus au Japon en 2001
(127 millions d’habitants) et 90 000 de 1999 à 2001 en Allemagne (82
millions d’habitants). En 2002, dans l’Union européenne, moins de 5 % des
licenciements proviennent des délocalisations; par contre, 15 % sont causées
par des faillites et 75 % par des restructurations (source : EMCC,
Irlande).
Cependant, certains secteurs de la bourgeoisie
considèrent qu’il est utile de faire croire aux travailleurs que le danger
réside dans la concurrence d’autres travailleurs, alors que ce sont les patrons
qui expulsent des entreprises les ouvriers, les employés, les techniciens, les
ingénieurs…
Rien d’étonnant de la part des démagogues
fascisants :
« L'insécurité n'est pas seulement physique, matérielle, dans la rue », remarque Le Pen, « elle touche aussi les personnes âgées ou dépendantes et les gens au chômage: on voit bien que le système en place, le libre-échange de l'euromondialisme, a pour conséquence la fermeture des entreprises, la délocalisation et la précarité ». (L’Express, 8 janvier 2004)
Ce qui est scandaleux est que les partis fondés par
le prolétariat comme sections d’internationales ouvrières reprennent le thème
des « délocalisations », donnent du poids au chantage patronal et
affectent eux aussi d’attribuer la responsabilité des licenciements, non aux
patrons (souvent français), mais à la concurrence de la main-d’œuvre étrangère.
Ainsi, PS et PCF préconisent de nouveaux cadeaux aux patrons français :
Quant à la lutte contre les délocalisations, qui peut croire qu'elle peut passer par la mise à niveau des salaires et des conditions de travail par rapport aux pays de l'Est, voire du Sud ! Elle exige un soutien aux entreprises de main d'œuvre, par un changement du mode de calcul des cotisations sociales. Elle appelle une politique industrielle pour développer des pôles d'excellence et des actions de formation et de reclassement sur les bassins d'emplois les plus exposés. (F. Hollande, Discours de clôture de l’Université d’été du Parti socialiste, 29 août 2004)
La secrétaire nationale du PCF, dans une lettre ouverte au premier ministre, écrit : « La décision de placer les salariés devant l’alternative suivante : accepter un allongement de la durée du travail sans contrepartie avec une diminution du salaire horaire réel ou subir les conséquences d’une éventuelle délocalisation, provoque dans l’opinion une vive et légitime émotion, un choc.... La responsabilité de votre gouvernement est engagée »…Elle rappelle les propositions communistes « d’une baisse sélective du taux d’intérêt des crédits bancaires pour l’investissement des entreprises concernées. Plus ces entreprises s’engageraient à maintenir ou à créer des emplois avec les formations afférentes nécessaires et plus le taux d’intérêt de ces crédits serait abaissé… » (L’Humanité, 22 juillet 2004)
Autrement dit, Hollande et Buffet reprennent
l’orientation du ministre de l’Économie et futur chef de l’UMP :
La stratégie de lutte contre les délocalisations de Nicolas Sarkozy s'appelle donnant donnant. «Les aides aux entreprises ne doivent être versées qu'au regard d'un engagement de non délocalisation», a-t-il prévenu. (Libération, 4 mai 2004)
Les appareils syndicaux n’ont pas levé le petit
doigt contre l’attaque du gouvernement contre la branche maladie de la Sécu. La
presse bourgeoise se réjouit de leur immobilisme :
La célébration du 1er mai était déjà devenue, avec ses maigres cortèges, un non-événement . Un autre mythe syndical est en train de tomber : celui de la « rentrée sociale ». En cet automne 2004… il n’y a pas eu de « rentrée sociale ». (Le Monde, 5 octobre 2004)
Toutes les directions confédérales ont accepté cet
été de discuter avec le gouvernement qui veut allonger le temps de travail.
Le ministre délégué aux relations au travail, Gérard Larcher, a bouclé, mardi 31 août, ses rencontres bilatérales de rentrée avec les syndicats. (Le Monde, 1er septembre 2004)
Au lieu de se battre contre tous les licenciements
et pour 35 heures par semaine sans flexibilité, les dirigeants syndicaux sont
prêts à discuter avec le patronat et le gouvernement de nouveaux cadeaux aux
patrons et de nouvelles attaques contre le prolétariat :
« Si un nouvel assouplissement était offert aux organisations patronales, il faudrait rouvrir les négociations », a averti le secrétaire général de FO… M. Thibault a demandé au ministre « la convocation d’une réunion tripartite gouvernement-patronat-syndicats pour discuter d’un plan anti-délocalisation ». (Le Monde, 1er septembre 2004)
Thibault, secrétaire général de la CGT a imposé, en
collusion avec Sarkozy, au syndicat CGT de Perrier de ne plus bloquer le plan
de réduction des effectifs du groupe suisse Nestlé :
Il aura fallu une nouvelle intervention de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Économie, et de Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, pour que les dirigeants de Nestlé Waters France (NWF), propriétaire de Perrier, et les élus CGT de la source gardoise acceptent de faire un pas l’un vers l'autre. De fait, avant-hier, après son communiqué tonitruant de la veille, la CGT, syndicat majoritaire, a annoncé à la direction de NWF sa décision de lever son opposition au plan de préretraite… Le plan de réorganisation de Perrier, Vittel, Contrex et Quézac, basé sur 1 047 départs en préretraite au cours des prochaines années pour un effectif total de 4 100 personnes – dont 347 départs pour 1 650 personnes chez Perrier – et sur 276 embauches, va être mis en place. (Le Figaro, 30 septembre 2004)
Ils ne protestent que du bout des lèvres face aux
plans de fermeture des bureaux de poste, au projet de budget, aux
restructurations d’entreprises, aux privatisations, à la chasse aux immigrés,
aux menaces envers le droit de grève…
Entre autres projets de mauvais coup, Chirac a
décidé de s’en prendre au droit de grève, en commençant par les transports. En
juillet dernier, il a fait publier le Rapport Mandelkern sur le service
minimum dans les transports pour entamer des consultations avec tous les
dirigeants syndicaux jusqu’à fin septembre. Le rapport est clair sur les
intentions du gouvernement :
Dix jours de préavis avant la grève,
sept jours de négociations.
Déclaration d’intention du salarié,
individuelle, de participation ou non à la grève, 48 heures avant son début,
obligatoire et irrévocable.
La direction décide du service
minimum et de la réquisition de personnel.
C’est une remise en cause radicale du droit de
grève. La déclaration individuelle brise le lien entre les travailleurs dans la
grève, les atomise face à la direction. Le service minimum diminue l’efficacité
de la grève.
Toutes les organisations syndicales se sont rendues
aux consultations convoquées par de Robien. Comment croire que les directions
s’opposent vraiment au service minimum, alors qu’elles acceptent le cadre fixé
par le gouvernement et réclament « plus de dialogue social » ? Elles
entendent « négocier » avec le ministre : qu’il retire la
déclaration individuelle, par exemple, et elles seront prêtes à signer tout le
reste.
Dans le collimateur de la bourgeoisie, l’école, les
collèges, les lycées, les lycées professionnels, les universités. Beaucoup a
déjà été fait contre l’enseignement public. Les directions syndicales ont
permis les attaques du gouvernement Chirac Raffarin qui a fait passer la
liquidation du statut de surveillant, la décentralisation des personnels
administratifs et techniques et la diminution des pensions de retraite. Elles
ont laissé les enseignants isolés dans la grève reconductible, établissement
par établissement, contre la grève générale.
Ensuite, le gouvernement a pu compter sur les
directions syndicales en lançant un « grand débat sur l’école »,
parodie de démocratie pour justifier les nouvelles attaques. Toutes les grandes
organisation syndicales et toutes les fédérations de parents d’élèves avaient
cautionné cette opération, avaient appelé à y participer. Le résultat est
proche : la Commission « sur l’avenir de l’école », présidée par
Claude Thélot va rendre son rapport le 12 octobre, qui servira de base à une
nouvelle loi UMP.
Il vaudrait mieux s’assurer que l’ensemble d’une classe d’age maîtrise, à l’issue de la scolarité obligatoire, les compétences nécessaires… à une vie personnelle et à une intégration réussie. (Le Monde, 26 août 2004)
Suit un florilège de mesures pour instaurer un
système de sélection des élèves, donc pour briser le cadre national des
programmes et renforcer l’autonomie des établissements, pour porter de nouveaux
coups aux statuts des enseignants :
Instauration de trois cycles pour la
scolarité obligatoire : le cycle d’apprentissage (maternelle, CP, CE1), le
cycle d’approfondissement (CE2 à la 6e) et le cycle de
diversification (jusqu’en 3e), développement accru de
l’apprentissage,
25 % des crédits en fonction du milieu
des élèves, recrutement sanctionné par le chef d’établissement dans les zones
difficiles,
Jusqu’à 10 % des crédits
accordés à l’autonomie des établissements,
Renforcement des pouvoirs des
principaux et proviseurs, les directeurs d’écoles seraient recrutés, formés et
nommés par les autorités académiques,
Augmentation du temps de présence
des enseignants dans les collèges et lycées de 4 à 8 heures,
Réforme du recrutement et de la
formation des enseignants.
La direction de l’UNSA Education prépare le terrain
au gouvernement :
Notre système éducatif doit être tourné vers l’avenir. Dans cette logique, l’UNSA Education souhaite qu’on définisse enfin, dans le cadre de la future loi d’orientation, un socle commun de savoirs, savoir faire et savoir être, devant être acquis à l’issue de la scolarité obligatoire. (Pour une réforme d’ampleur du système éducatif)
La direction de la FSU s’adresse aux initiateurs du
projet… pour qu’ils se renient eux-mêmes :
Le SNES interpelle le Président de la commission et le Ministre de l'Education pour qu'ils prennent immédiatement leurs distances avec ces propositions. (Communiqué de presse, 25 août 2004)
C’est une parodie de syndicalisme. Les travailleurs
de l’enseignement public doivent contraindre les directions de la FSU et de l’UNSA
Education à quitter toutes les instances de participation, à exiger le retrait
du rapport Thélot, à déclarer qu’elles n’aideront en rien le gouvernement à
préparer et faire passer sa loi d’orientation contre l’enseignement public,
contre les enseignants, contre la jeunesse.
Le prolétariat a subi des défaites importantes depuis la victoire électorale de Chirac obtenue en mai 2002 grâce au concours du PS, du PCF et de la LCR : diminution des libertés démocratiques, mesures contre les travailleurs immigrés et les réfugiés politiques, plan contre les retraites, décentralisation, plan contre la branche maladie de la Sécurité sociale, privatisations…
Les travailleurs ne sont pas responsables des
échecs essuyés. Ils essaient d’empêcher les licenciements, ils tentent de
protéger les familles menacées d’expulsion. Ils ont fait grève et manifesté par
centaines de milliers en défense des retraites, contre les privatisations.
Seuls les dirigeants des syndicats affirment que les travailleurs ne se
mobilisent pas, eux qui empêchent la grève générale, eux qui réclament des
« réformes » contre les acquis, eux qui cautionnent les « consultations »
du gouvernement, eux qui siègent dans tous les organismes de participation et
de cogestion chargés d’élaborer et d’appliquer la politique des patrons et de
l’UMP.
Les partis réformistes, PS et PCF complètent le
sabotage des luttes par les bureaucraties syndicales, qui leur sont souvent
liées, en respectant le mandat du Président et de l’Assemblée UMP, en bouchant
toute perspective de gouvernement au service des travailleurs, en approuvant le
renforcement des forces de maintien de l’ordre bourgeois, en refusant d’appeler
à la mobilisation des masses contre les mesures réactionnaires… quand ils ne
les soutiennent pas ouvertement.
Grâce aux appareils corrompus du mouvement ouvrier,
la richesse et l’arrogance s’accumulent à un pôle de la société, tandis que la
précarité et la déchéance menacent l’autre pôle. Toute défaite des travailleurs
encourage le gouvernement, qui défend pourtant les intérêts d’une petite
minorité exploiteuse et privilégiée, à porter de nouvelles attaques à la
majorité de la population. Ceux qui ont un emploi subissent l’aggravation de
l’exploitation, pendant que des millions d’autres travailleurs sont rejetés,
dont des centaines de milliers plongés dans la misère. Le droit de se soigner
et de s’instruire est remis en cause. Le maintien du capitalisme voue
l’humanité aux guerres et aux crises économiques.
Le sort du prolétariat et l’avenir de la jeunesse
poussent à mettre un coup d’arrêt aux attaques du patronat et du gouvernement
Chirac-Raffarin-Sarkozy. Combattre pour la rupture des organisations ouvrières
avec le gouvernement de la bourgeoisie, c’est combattre pour ouvrir une brèche
par laquelle le prolétariat peut s’engouffrer, pour ses propres objectifs,
antagoniques au maintien du mode de production capitaliste.
À bas le projet de budget 2005 ! Manifestation
de toutes les organisations ouvrières contre le budget UMP !
Pour les 35 heures par semaine sans
flexibilité ! Contre tout licenciement et toute baisse de salaire !
Pour l’arrêt immédiat des privatisations et de la
dégradation des services publics ! Pour la défense des acquis
sociaux ! Pour 37,5 annuités pour tous pour la retraite ! Gratuité
des soins !
Pour l’expropriation de tous les groupes qui
licencient ! Pour l’embauche des chômeurs par un plan de grands travaux et
la diminution des heures de travail !
Respect du droit d’asile ! Liberté de circulation
et d’établissement pour tous les travailleurs ! Abrogation de la loi
contre le voile !
Pour l’auto-défense des luttes, des grèves et des
manifestations ! Pour le retrait de toutes les troupes de l’impérialisme
français d’Afghanistan, de Bosnie, du Kosovo, d’Haïti, de Côte d’Ivoire… !
Pour la dissolution des corps de répression !
À bas le gouvernement
Chirac-Raffarin-Sarkozy ! Pour un gouvernement ouvrier ! Pour les
Etats-Unis socialistes d’Europe !
Pour se défendre et pour ouvrir l’avenir, la classe
ouvrière doit briser l’obstacle des appareils qui protègent le gouvernement
CRS, l’Etat bourgeois et la propriété privée des moyens de production.
Cela passe par l’exigence que les organisations
syndicales servent les travailleurs et non les patrons, qu’elles défendent les
revendications, qu’elles se prononcent pour la grève générale de tout le groupe
s’il menace de licencier ou d’allonger le temps de travail dans un
établissement ou une filiale, qu’elles boycottent toute négociation des plans
du patronat et du gouvernement.
Tout mouvement d’envergure pose la problème
d’organismes qui embrassent tous les travailleurs en lutte : comités élus
par les assemblées générales, centralisation des organismes élus à l’échelle
locale et nationale.
Beaucoup de travailleurs savent désormais que le
PS, le PCF et les directions syndicales trahissent, mais ils sont dispersés et
courent donc le risque de sombrer dans le scepticisme ou l’amertume. Pour qu’ils
deviennent une force, ils doivent se rassembler, s’organiser dans un nouveau
parti ouvrier, révolutionnaire et internationaliste.
Le 5 octobre 2004