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Editorial de Révolution Socialiste n°13 (mai 2004)

 

 

Dehors, Chirac ! Dehors Raffarin !

Le PS, le PCF, les directions syndicales ouvrières, au lieu de revendiquer le pouvoir, permettent au gouvernement de se maintenir et d’appliquer sa politique

 

 

L’exemple de l’Espagne

Le 11 mars, 200 travailleurs et jeunes ont été assassinés dans des trains de banlieue de Madrid, dont des dizaines de travailleurs immigrés. Il est difficile de démêler la part de responsabilité des services secrets impérialistes et celle des islamistes. Quoi qu’il en soit, ce crime d’ennemis de la classe ouvrière a servi de prétexte au gouvernement PP de José María Aznar, pour porter un coup qu’il pensait décisif au mouvement nationaliste basque. Le Premier ministre, tout le gouvernement et les principaux médias ont accusé ETA d’être responsable des attentats. Malgré l’appui des directions syndicales (UGT, CO) et des partis social-démocrate (PSOE) et ex-stalinien (PCE) à l’opération d’union nationale, la manœuvre d’Aznar a échoué. Grâce au mouvement spontané des masses, elle s’est même retournée en son contraire. Par milliers, puis par centaines de milliers, les travailleurs et les jeunes sont descendus dans la rue pour conspuer le menteur. Ils ont même assiégé les locaux du PP, le parti des héritiers du franquisme, malgré les consignes du PSOE et du PCE, les partis traditionnels de la classe ouvrière de l’Etat espagnol, qui sont de loyaux partenaires de la monarchie léguée par Franco.

Lors des élections législatives du 14 mars, la masse des travailleurs et des jeunes a voté pour le parti réformiste dirigé par José Luis Rodríguez Zapatero ; l’autre parti traditionnel de la classe ouvrière, le PCE, ne se présentant pas sous son drapeau, mais participant à une coalition front populiste, nommée IU, avec des petits partis bourgeois. La chute d’Aznar et la défaite du PP aux législatives sont la traduction déformée des manifestations et des grèves du prolétariat et de la jeunesse de l’Etat espagnol, en particulier en défense des chômeurs en juin 2002, contre la guerre impérialiste menée contre l’Irak en février 2003, contre Aznar et le PP en mars 2004.

Pour les révolutionnaires, l’appel à voter pour des candidats des partis « réformistes » contre les partis de la bourgeoisie a pour but de les « soutenir exactement comme la corde soutient le pendu ». C’est à juste titre que nos camarades du Grupo Germinal, qui n’ont pas la force de présenter des candidats, avaient appelé à voter pour les partis réformistes, conformément aux conseils des bolcheviks russes aux révolutionnaires britanniques : 

Nous ferions notre propagande électorale en diffusant des tracts en faveur du communisme et en invitant, dans toutes les circonscriptions où nous ne présenterions pas de candidats, à voter pour le travailliste contre le bourgeois. (Vladimir Lénine, La Maladie infantile du communisme, le gauchisme, 1920)

Faute de parti ouvrier véritablement ouvrier, c’est-à-dire révolutionnaire, le PSOE a d’autant plus profité du rejet d’Aznar que Zapatero s’était prononcé pour le retrait des troupes espagnoles d’Irak. Bien sûr, le principal parti ouvrier bourgeois défend tout autant la bourgeoisie de l’Etat espagnol que le PP. Comme le travailliste Blair, Aznar misait sur l’impérialisme américain pour ménager une place à l’impérialisme espagnol, alors que Zapatero joue la carte de l’impérialisme français et de l’impérialisme allemand qui dominent l’Union européenne. Quelle que soit l’alliance, les intérêts des grands groupes capitalistes espagnols qui émergent imposent à tout gouvernement bourgeois d’aggraver l’exploitation du prolétariat.

Contre les aspirations du prolétariat de toute l’Espagne, le gouvernement Zapatero, soutenu par le PCE, prend la même direction que Blair ou que les précédents gouvernements PSOE qui ont mené une politique bourgeoise et anti-basque de 1982 à 1996. Le nouveau ministre de l’économie, Pedro Solbes, a déjà servi le capitalisme espagnol sous le dernier gouvernement González : sous prétexte d’entrée dans l’euro, il a appliqué une politique d’austérité en tous points semblable à son successeur Rato, le ministre de l’économie d’Aznar. Le gouvernement Zapatero ne rejette pas l’occupation de l’Irak : il affirme clairement qu’il ne retire –lentement– les troupes que parce que l’ONU ne les contrôle pas.

Reste que la chute d’Aznar a déstabilisé le dispositif de l’impérialisme américain en Irak et a fragilisé son voisin Jacques Chirac et son parti l’UMP, qui avait pour modèle… le PP.

 

Régionales : une défaite retentissante infligée au gouvernement Chirac – Raffarin - Sarkozy

 

Quand le PP apparaissait triomphant, il a servi de référence à la création de l’UMP.

Aznar, le réformateur qui fait rêver Chirac (L’Expansion, novembre 2002) ; Raffarin vante le modèle du Parti populaire (Le Monde, 9 mars 2004) ;

Aznar a même décoré Sarkozy de la « grande-croix de l’ordre de Charles III », la plus haute distinction de l’Etat espagnol le 22 janvier.

De la même manière qu’en Espagne, la consultation électorale des 21 et 28 mars (élections régionales à deux tours pour le renouvellement intégral des conseils régionaux et élections cantonales pour le renouvellement de la moitié des conseils généraux qui gèrent les départements) a reflété de manière déformée la lutte des classes en France. Il faut l’impudence d’un serviteur du MEDEF patenté, comme le secrétaire général de la CFDT, pour soutenir, non seulement que Chirac n’est pas concerné par la défaite, mais que la défaite électorale du pouvoir exécutif n’a rien à voir avec la haine suscitée par les attaques du gouvernement du capital contre les retraites des salariés :

Ce n’est pas sur la réforme des retraites que le gouvernement a été sanctionné. (François Chérèque, Le Monde, 31 mars 2004)

Les dernières élections ont constitué l’écho des mouvements des travailleurs contre les licenciements, en défense des retraites, des droits des chômeurs et des intermittents du spectacle, de la recherche publique…

Le PT avait pronostiqué une gigantesque abstention et donné comme mot d’ordre :

République une et indivisible, oui ! Union européenne, non ! Elections régionales, non ! Elections cantonales, oui ! (Informations Ouvrières, 14 janvier 2004)

Contre toute évidence, la secte lambertiste n’a vu dans les élections que la confirmation de sa lubie et de son chauvinisme :

Premier tour : 21 millions de Français refusent de voter (Informations Ouvrières, 24 mars 2004)

Tout en restant élevée, l’abstention a significativement diminué : 37,7 % au premier tout et encore moins, 34,5 %, au deuxième tour contre 42 % aux régionales de 1998 et 39,7 % au second tour de la présidentielle de 2002.

Plus lucidement, la presse du capital financier n’a pu que constater « le véritable raz-de-marée » au profit des coalitions constituées par le PS lors des régionales (Les Echos, 29 mars 2004). Les suffrages exprimés au deuxième tour des régionales sont les suivants :

·                50,35% pour les listes composées par le PS et le PCF avec différents débris bourgeois dits « de gauche » ;

·                49,85 % pour les listes des principaux partis bourgeois, soit 36,88% pour les listes UMP-UDF-MPF et 12,38% pour les listes FN.

Quatorze ministres et secrétaires d’Etat sont battus, les cinq rescapés, dont Nicolas Sarkozy, ne s’étant risqués qu’aux élections cantonales. Parmi les battus : Delevoye (ministre du blocage des salaires des fonctionnaires), avec 28,4 % dans le Nord-Pas-de-Calais ; Fillon (ministre de l’attaque contre les retraites) en Pays de Loire ; l’ex-président de la République Giscard en Auvergne. Dans ces deux derniers cas, leur défaite est sans bavure, le FN n’ayant pu se maintenir au second tour. Quant à Raffarin, il est battu par remplaçante interposée en Poitou-Charentes.

 

Le FN conserve son électorat et l’UMP subit un échec sévère

 

La tentative d’unifier dans un grand parti bourgeois toutes les fractions parlementaires n’a pas réussi. Si la partie de l’UDF qui a refusé d’entrer dans l’UMP en 2002 n’a pas brillé par ses scores, Bayrou a contribué à la déroute du parti du président, en se démarquant du gouvernement Raffarin. La modification du mode de scrutin pour ces régionales (deux tours, 10% pour se maintenir au second) n’a pas évité les triangulaires, l’UMP ne s’est pas débarrassé de son aiguillon FN. Quant à la cuisine majoritaire qui donne 25% des sièges à la liste arrivée en tête, elle a un goût de potion amère puisqu’elle a amplifié la victoire des équipes dirigées par le PS.

Alors qu’en 1998, les partis RPR et UDF présidaient 14 régions sur 22, désormais, moins de deux ans après le plébiscite de Chirac, l’UMP dirigée par un Juppé condamné à 10 ans d’inéligibilité, ne conserve que la présidence de l’Alsace. Néanmoins, même dans cette région, les grandes villes, comme Strasbourg, donnent une majorité à la liste comprenant le PS et le PCF. Le vote contre le gouvernement et l’UMP est sans appel : 21 régions sur 22 sont administrées par le PS et ses alliés.

Comme Révolution Socialiste en avait prévenu, le vote pour Chirac ne pouvait en rien affaiblir Le Pen et encore moins liquider son parti fascisant. Le FN a progressé de 1 % au premier tour par rapport aux régionales de 1998, car il conserve un électorat ultra-réactionnaire de déclassés écartés de la production par le capitalisme et surtout de petits-bourgeois exaspérés : policiers et militaires, contremaîtres et professions libérales, commerçants et agriculteurs mystifiés (voir les études publiées par Christophe Traïni, Vote en Provence Côte d’Azur, Karthala, 2004).

Les organisations ouvrières ne cherchent ni à disperser cette force raciste et contre-révolutionnaire qui accuse les travailleurs immigrés de tous les maux, ni à tracer une alternative socialiste et révolutionnaire au pseudo-radicalisme du FN et du MNR. Elles ne proposent que le bulletin de vote, le respect de la « république » et de la « démocratie » bourgeoises (PCF, PS, LCR, PT…) ou « la lutte » sur le lieu de travail que les chômeurs n’ont pas (PCF, LO, LCR…). En aucun cas la prise du pouvoir et l’expropriation du grand capital.

 

Le prolétariat a utilisé le vote pour ses partis traditionnels afin de battre le gouvernement et Chirac

 

Les scores dans les villes ouvrières ou les quartiers ouvriers sont sans appel : c’est bien le prolétariat qui a infligé ce camouflet électoral au gouvernement Chirac-Raffarin. Cette fois-ci, l’abstention, en grande partie celle de travailleurs salariés et de jeunes, a baissé au profit du vote pour le PS et le PCF. En outre, une partie des voix obtenues au premier tour de la présidentielle par Arlette Laguiller et par Olivier Besancenot se sont reportées sur les listes composées par le PCF et le PS, sans illusions sur ces derniers, mais parce que ces votes semblaient plus à même de porter un coup à l’UMP, le parti de Chirac.

C’est le PS qui apparaît comme le vainqueur de ces élections, parce que c’est lui qui a dirigé les listes de coalition arrivées en tête. Une fois encore, avec le PCF, il a fait une place dans ses listes (et par conséquent dans les conseils régionaux) à des formations bourgeoises : aux Verts, au PRG, au MRC, à l’AGR… Ce n’est pas la pêche aux voix qui explique ces alliances. Ainsi, en Champagne-Ardennes, où l’alliance avec les Verts a été refusée, le candidat PS a gagné. La politique de la « gauche plurielle » permet au PS de réaffirmer ses liens à la bourgeoisie et le caractère bourgeois de son programme et de la politique qu’il entend mener. Il a empêché par là que s’exprime sans fard un vote classe contre classe.

Le PCF n’a généralement pas fait de mauvais scores quand il s’est présenté sous ses couleurs, sans alliance avec des partis bourgeois : 7,20 % des suffrages exprimés en Ile-de-France ; 9,2 % en Auvergne ; plus de 10% en Picardie et dans le Nord-Pas-de-Calais, devant les listes LO-LCR. Par contre, le PCF est laminé en Franche-Comté où il se présentait avec le Parti radical de gauche et avec le MRC (gaulliste de gauche) de Jean-Pierre Chevènement : les trois partis ont obtenu ensemble 4,18 %, passant derrière la liste LO-LCR.

Pour autant, il n’y a guère d’illusions envers le PS et le PCF. Il n’y a pas d’adhésion massive au PS, au PCF, à leurs « propositions » ; il n’y a pas d’amnésie sur ce qu’ils ont fait auparavant : la majorité des travailleurs voulait battre ce gouvernement, le chasser.

Une partie d’entre eux aspire à un nouveau parti, un parti qui soit prêt à aller jusqu’au bout contre les patrons, contre leurs gouvernements et l’appareil d’Etat bourgeois.

 

Une fois de plus, LO et la LCR bouchent la voie du Parti ouvrier révolutionnaire

 

Le prolétariat essaye d’utiliser les organisations existantes, celles qu’il a historiquement créées, tant qu’il ne dispose pas d’un véritable parti révolutionnaire. D’autant que LO et la LCR sont tout aussi résignés au maintien du règne du capital que le PS et le PCF. Pas plus que le PCF et le PS, LO et LCR ne combattent pour chasser Chirac et son gouvernement, pour un gouvernement ouvrier.

Les scores de LO et de la LCR n’ont cependant pas été ridicules, avec 4,58 % des suffrages exprimés contre 4,40 % en 1998 (mais 10,49 % au premier tour de la présidentielle en 2002). Plus encore que ces votes, l’assistance nombreuse aux meetings communs a prouvé qu’il existe dans ce pays des dizaines de milliers de travailleurs et de jeunes qui cherchent la voie de la révolution… contrairement aux dirigeants de LO et de la LCR.

Ces derniers contribuent à la confusion politique en parlant, comme le PS et le PCF, de « la gauche » et de « la droite », cette mystification qui camoufle les classes sociales. Ils envisageaient même, dans certains cas, de voter comme le PS et le PCF le font depuis des décennies, pour « la gauche », donc pour des candidats bourgeois. LO avait aussi appelé à voter pour le front populaire « Union de la gauche » en 1981. La LCR a une vision si large des « démocrates » et des « républicains » que cela inclut Chirac.

Hostiles à la politique du front unique ouvrier, formulée par l’Internationale communiste pour combattre la division des rangs ouvriers et toute subordination à la bourgeoisie, LO et la LCR ne se prononcent jamais pour la rupture du PS et du PCF avec la bourgeoisie. Ils ont pour orientation la rupture du PCF… avec le PS :

La seule perspective de la direction du Parti Communiste, c'est de rechercher un accord avec celle d'un Parti Socialiste qui se veut, comme disait déjà Léon Blum, un «loyal gérant» du capitalisme ». (Lutte Ouvrière, 23 avril 2004) ; Il faut construire une alternative politique européenne aux partis de la social-démocratie néo-libérale (Rouge, 26 juin 2003)

Au Parlement européen, les députés LO et LCR font partie du même groupe parlementaire que les députés PCF. Dans les autres pays d’Europe, les pablistes de type LCR adhèrent généralement aux partis staliniens en reconversion (PRC italien, IU espagnole, PDS allemand…). LO se comporte de fait comme une fraction du PCF. D’ailleurs, quand les hardystes dénoncent les mystificateurs réformistes qui profitent des voix des travailleurs pour agir au service du capital, elle se borne au PS et elle omet délibérément le PCF :

Les gens comme Huchon, Ségolène Royal et Hollande ne sont pas des défenseurs de la population laborieuse. (Lutte Ouvrière, 2 avril 2004)

Très juste ! Mais comment en sortir sans un parti révolutionnaire, qui lutte pour l’insurrection et la dictature du prolétariat ? Et en quoi Buffet et Gremetz sont-ils davantage des « défenseurs de la population laborieuse » ? Il y a longtemps, très longtemps, que le PCF est devenu un « loyal gérant » du capitalisme. Si le PS trahit le prolétariat depuis 1914, à son tour le PCF est passé définitivement du côté de l’ordre bourgeois en 1933. Dès lors, il a constitué en 1935 la coalition du Front populaire avec le Parti radical contre la révolution, il a brisé la grève générale de Juin 1936, il a désarmé la résistance et reconstruit l’Etat bourgeois en 1944 aux côtés de De Gaulle, il s’est prononcé contre l’indépendance des colonies, il a brisé la grève générale de Mai-Juin 1968, il a constitué l’Union de la gauche aux côtés de François Mitterrand contre la révolution, etc.

Tout manifeste l’identité fondamentale du PS et du PCF, celle de partis ouvriers qui sont passés irréversiblement sous la coupe de la bourgeoisie. Entre mille exemples, voici comment le PCF voit son rôle dans les conseils régionaux :

Cette progression est celle d’une gauche qui a donné un contenu à son union autour d’engagements forts… l’idée que les subventions publiques aux entreprises doivent désormais faire l’objet de contreparties fortes en matière d’emploi. (L’Humanité, 29 mars 2004)

Pendant les grèves de Mai-Juin 2003, la LCR et LO ont prêté leur appui aux bureaucraties syndicales CGT, FO, UNSA, FSU, plus ou moins liées au PS et au PCF, qui ont empêché la grève générale et réclamé une « réforme » des retraites. LO a ouvertement combattu le mot d’ordre de la grève générale, LCR et LO ont refusé d’exiger des directions syndicales qu’elles cessent toute collaboration avec le gouvernement, leur laissant ainsi les mains libres.

Durant les élections, pas plus que le PS et le PCF, LO et la LCR n’ont mené campagne pour le retrait des troupes de l’impérialisme français d’Afghanistan, de la Bosnie, du Kosovo, de Côte d’Ivoire et d’Haïti. Ils ne se sont pas prononcés contre Vigipirate qui sert à terroriser les immigrés et à humilier leurs descendants. Ils ne se sont pas prononcés pour la libération des militants d’Action directe, tous malades après vingt ans de prison, qui payent ainsi l’audace d’avoir pris les armes contre l’ordre bourgeois, alors que Papon, qui a passé sa vie à le servir sous Pétain comme sous De Gaulle, contre les Juifs et contre les Arabes, a été libéré par le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy.

Ces organisations centristes ne font même plus allusion à la révolution et prêchent de plus en plus ouvertement le réformisme, l’aménagement utopique et illusoire du capitalisme. Elles n’ont évidemment pas avancé d’un pouce vers un parti ouvrier révolutionnaire, malgré les aspirations d’une fraction significative de leur électorat. Elles refusent toute perspective de pouvoir ouvrier, de dictature du prolétariat. LO et LCR n’ont même pas exigé, alors qu’il était possible d’avoir l’écoute de millions de travailleurs, la rupture du PS et du PCF avec la bourgeoisie. Elles ne se sont pas prononcées non plus pour chasser Chirac et Raffarin après les régionales.

 

Chirac ne change pas une équipe qui gagne contre le prolétariat

 

Après le deuxième tour des élections régionales, les journalistes bourgeois envisageaient ce qu’ils appellent du « social » :

Et maintenant, Monsieur le Président, cap libéral ou cap social ? (Le Monde, 31 mars 2004)

En fait de « social », le troisième gouvernement Raffarin décidé par Chirac n’a pas changé de programme. La direction de LO a beau dire que le discours de politique générale du Premier ministre était « aussi verbeux que vide » (Lutte Ouvrière, 9 avril), il était tout sauf vide.

Le 5 avril, devant l’Assemblée nationale, Raffarin a réaffirmé l’excellence du bilan Chirac-Raffarin-Sarkozy, en particulier pour la police et l’armée, contre les libertés démocratiques et contre les jeunes musulmanes (avec l’appui du PS et de LO) :

Je suis fier de ce que nous avons fait ensemble pour combattre la violence, pour moderniser la justice, pour rétablir les moyens de nos armées, défendre les valeurs de la République, au premier desquelles figure la laïcité. Je réaffirme notre engagement à la poursuite du rétablissement de l’autorité de l’État, notamment face à toutes les insécurités intérieures mais aussi face aux menaces terroristes…

Alors que le chômage augmente pour les travailleurs, il se gargarise des cadeaux au capital :

Les créations d'entreprises battent des records. Les privatisations sont poursuivies…

Avec arrogance, Raffarin répète ce qu’a dit Chirac quelques jours avant. Les électeurs s’impatienteraient… de voir d’autres attaques entrer en vigueur contre les travailleurs.

Il y a eu des erreurs, il y a eu des lenteurs : elles seront corrigées. Mais je ne laisserai pas caricaturer la politique que nous avons menée ensemble depuis 2002. Il est vital de poursuivre l'adaptation de la France. C'est ma mission. Je l’assumerai avec détermination…

Pour Raffarin, les travailleurs sont trop fainéants :

La vérité, c’est que la France ne peut pas réussir sans travailler davantage…

A ce titre,  il persiste à imposer un jour de travail en plus aux salariés et il se congratule avec Chirac des attaques contre les retraites, soit 42 années de cotisations : 

L’instauration d’une journée nationale de solidarité financera la nouvelle branche de la protection sociale… Ensemble, nous avons fait la réforme des retraites…

Le Premier ministre a indiqué qu’il entend, avec « le président de la République qui a fixé le cap » liquider les droits des salariés et qu’il s’agit d’associer les dirigeants syndicaux aux nouvelles attaques, comme pour les retraites :

Le dialogue, c’est la condition de l’action. Parce que l’immobilisme, c’est l’adversaire, c’est ce qui fait mal à la France… La vérité, c’est que des lois dogmatiques, des réglementations tatillonnes et souvent bureaucratiques ont pénalisé l’économie de notre pays. Des mesures seront adoptées en faveur de l'entreprise…

Une de ses cibles sera l’ANPE, une autre EDF-GDF :

Le gouvernement modernisera le service public de l’emploi… Nous mènerons à bien les évolutions juridiques nécessaires pour nous adapter au nouveau contexte européen, pour assurer l'avenir de ces fleurons de notre secteur public que sont EDF et Gaz de France…

Raffarin n’a pas caché que son offensive principale toucherait la branche maladie de la Sécurité sociale et qu’il compte sur la complicité des partis ouvriers bourgeois et des directions syndicales. Place au « diagnostic partagé », le coup déjà utilisé contre les retraites :

Le gouvernement agira dans le respect des principes fondateurs de la sécurité sociale. Un diagnostic éclairé et partagé de la situation a été dressé. L’ensemble des partenaires ont été entendus. Il s’agit désormais de prendre les décisions qui s’imposent. Le gouvernement souhaite le concours de tous. Il souhaite y associer l’opposition… Dès cette semaine, le ministre de la Santé et de la protection sociale poursuivra les discussions engagées. Le projet de loi de réforme de notre assurance-maladie sera débattu au Parlement à l’été, comme prévu.

Raffarin préconise la même méthode contre l’enseignement public et le droit à l’instruction :

Le gouvernement présentera un projet de loi d'orientation, qui sera largement débattu avec la communauté éducative avant d'être soumis au Parlement.

Est-ce un discours « vide » ? Au contraire, le discours de Raffarin est plein de contentement pour les plans réactionnaires de Chirac qui ont déjà été appliqués et il est rempli des nouveaux projets réactionnaires qu’il veut mener à bien.

Après un tel échec électoral, l’incroyable morgue de Raffarin vient de ce qu’il connaît le caractère capitulard de l’opposition parlementaire et des bureaucraties syndicales. Il sait que, de la même façon qu’ils acceptent la « légitimité » de son gouvernement, PS, PCF et dirigeants syndicaux refusent de mettre en échec sa politique de privatisations, de destruction de ce qui reste du Code du travail, de destruction de la branche santé de la Sécurité sociale.

 

Le PS, le PCF, les directions des syndicats ne veulent pas que la défaite du gouvernement se transforme en victoire du prolétariat

 

L’humilité choisie par les chefs des partis ouvriers dégénérés au soir des élections régionales n’est pas seulement une consigne de leurs conseillers en communication, elle découle de leur acceptation du capitalisme et de leur respect de l’Etat bourgeois. La politique du PS et du PCF aboutit à protéger la majorité UMP-UDF de l’Assemblée et Chirac lui-même : pas question de mettre en cause les institutions de la 5e République, pas question de chasser le gouvernement et son véritable chef, pas question d’ouvrir une voie à la classe ouvrière.

Si le PS et le PCF servaient les intérêts des travailleurs, ils auraient appelé à chasser Raffarin et Chirac, ils auraient revendiqué un gouvernement Hollande-Buffet sans ministre bourgeois, un gouvernement pour prendre des mesures d’urgence, pour défendre les acquis des travailleurs, pour interdire les licenciements… La classe ouvrière aurait soutenu tout pas dans ce sens, tout pas vers un gouvernement ouvrier.

Mais tous les partis réformistes qui avaient voté Chirac en 2002 ont considéré que celui-ci devait rester en place. A commencer par le principal bénéficiaire du vote des travailleurs, le Parti « socialiste » :

Le problème posé au président de la République, puisque c’est sa prérogative constitutionnelle est de savoir si oui ou non il entend changer la politique qui est menée. (Laurent Fabius, Le Monde, 30 mars 2004)

Le Parti « communiste » français a entonné la même chanson, en réclamant le dialogue avec les Chirac Raffarin et Sarkozy au pouvoir :

Le président de la République et le premier ministre doivent … ouvrir de véritables négociations sur l’assurance maladie… (Marie-George Buffet, L’Humanité, 29 mars)

Le 30 mars, dans un communiqué national, Thibault apportait, lui aussi, son quitus à Chirac, y compris pour garder Raffarin ; il prétendait que ce gouvernement, moyennant habile pression, pourrait mener une politique conforme aux intérêts des prolétaires :

Au-delà d’un changement d’équipe ministérielle, c’est bien l’attente d’un changement de cap dans la politique économique et sociale du gouvernement qu’a exprimé la majorité des citoyens. La CGT propose la réunion d’un sommet intersyndical destiné à dégager les axes d’une intervention unitaire auprès du gouvernement et du patronat.

 

Rupture avec le gouvernement, front unique ouvrier pour la défense de la Sécu !

 

Les travailleurs ont voté contre la « réforme » de l’assurance maladie. Par contre, toutes les organisations que la classe ouvrière a constituées pour se défendre depuis plus d’un siècle, ses mutuelles, ses syndicats et ses partis acceptent de discuter des projets du gouvernement du capital et de faciliter son œuvre de destruction

Le PCF avait accepté, avant même le discours du Premier ministre à l’Assemblée nationale, de discuter du projet Chirac-Raffarin contre la Sécurité sociale :

Il faut que le gouvernement ouvre de véritables négociations sur l’assurance-maladie. (Marie-George Buffet, Le Monde, 30 mars 2004)

Actuellement, un représentant du PS, deux de la CGT, deux de FO, un de l’UNSA et un de la Fédération nationale des mutuelles de France siègent dans le « Haut conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie » mis en place par Chirac et Raffarin en octobre 2003 pour légitimer leur attaque contre la branche maladie de la Sécurité sociale (de la même manière que le « Conseil d’orientation des retraites » de Jospin avait préparé l’attaque contre la branche vieillesse).

La première étape est de faire partager le diagnostic :

Le système est devenu fou. (Philippe Douste-Blazy, Europe 1, 25 avril 2004)

Buffet (PCF), Besancenot (LCR), Filoche (PS), ont déjà répondu favorablement, en compagnie de Cassen (ATTAC) et de Mamère (Verts) :

Une réforme de progrès du système de soins est indispensable. (Appel contre la privatisation de l’assurance maladie, 7 avril 2004)

Fort de l’appui de la fédération des mutuelles, des directions confédérales syndicales et de tous les partis réformistes, le ministre a précisé le calendrier du gouvernement :

·                Début mai, propositions aux « partenaires sociaux », c’est-à-dire aux organisations patronales et à ceux qui devraient être leurs adversaires sociaux, les confédérations syndicales de salariés,

·                Mi-juin, présentation du projet de loi au Conseil des ministres présidé par Chirac,

·                Juillet, adoption à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Les dirigeants syndicaux s’y prêtent jusqu’à présent avec complaisance :

Les responsables syndicaux se montrent réceptifs aux propositions du ministre. (Le Monde, 27 avril 2004)

Pas plus qu’il n’y avait de crise démographique qui mettait inéluctablement en cause les retraites, il n’y a de « trou de la Sécu » qui légitimerait que les Chirac, les Raffarin et les Douste-Blazy, ces agents du capital financier remettent en cause la santé publique et les remboursements déjà gravement diminués au fil des ans.

Par exemple, il y a eu, entre 1992 et 2002, 21,6 milliards d’euros d’exonérations non compensées par l’Etat. Toute organisation qui se réclame des travailleurs devrait dire :

·                Rétablissement des droits des chômeurs, retour aux 37,5 annuités pour tous,

·                Fin des ponctions de toutes sortes sur le régime général de la Sécurité sociale (celui des travailleurs salariés des entreprises),

·                Cessation de toutes les exonérations de cotisations des employeurs, paiement de tous les arriérés de l’Etat et des patrons,

·                Suppression de la CSG, augmentation des cotisations patronales,

·                Expulsion des patrons de toutes les caisses de la Sécurité sociale, des régimes de retraite complémentaire, de l’assurance-chômage.

Contre les plans du gouvernement Raffarin-Chirac, pour défendre la Sécu, les travailleurs doivent exiger de leurs organisations :

·                Représentants du PS, de la CGT, de FO, de l’UNSA, de la FNMF, quittez immédiatement le prétendu Haut conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie ! 

·                Dirigeants des syndicats, cessez toute « concertation », boycottez toute « négociation » du projet du gouvernement !

·                                                                                                     Syndicats et partis qui dites parler au nom des travailleurs, réalisez le front unique ouvrier contre le projet du gouvernement ! Préparez ensemble une gigantesque manifestation à l’Assemblée pour le retrait du projet !

·                                                                                                     Pour en finir avec Chirac, Raffarin et Sarkozy, que ces organisations forment un gouvernement sans ministre d’organisation bourgeoise, duquel les travailleurs mobilisés exigeront la satisfaction de leurs revendications !

 

La classe ouvrière a besoin d’un parti ouvrier révolutionnaire

 

Les travailleurs de La Poste, d’EDF et GDF tentent de sauver leurs statuts menacés par les privatisations chiraquiennes, les intermittents du spectacle ne sont pas dupes des parlottes gouvernementales, les chômeurs restent rejetés de la production et paupérisés, tous les travailleurs vont tenter de défendre la Sécurité sociale…

De la même manière que la plupart d’entre eux ont tenté d’utiliser le vote PS et PCF aux régionales, les ouvriers et les employés vont tenter d’utiliser leurs organisations syndicales pour se défendre. Mais les partis traditionnels, les bureaucraties syndicales et leurs adjoints centristes capitulent. Partis traîtres et directions syndicales corrompues feront tout pour protéger le gouvernement, pour empêcher l’auto-organisation des luttes, pour interdire la grève générale, pour sauver l’Etat bourgeois qui garantit l’exploitation capitaliste. Telles sont les leçons des gouvernements bourgeois constitués par le PS et le PCF depuis 1981, telles sont les leçons de Novembre-Décembre 1995 et de Mai-Juin 2003.

Pour se défendre efficacement, les travailleurs ont besoin de nouvelles directions syndicales, qui soient lutte de classe, et de l’unification syndicale. Indissociablement, il leur faut un nouveau parti, décidé à renverser la domination des exploiteurs.

En effet, la classe ouvrière ne peut obtenir la satisfaction réelle de ses revendications fondamentales en conservant le gouvernement UMP, avec Chirac comme président. Elle doit les chasser et, au-delà, prendre le pouvoir, démanteler l’Etat bourgeois et ses corps de répression, impulser les Etats-Unis socialistes d’Europe, extirper définitivement l’exploitation de la société humaine, ouvrir la voie du communisme, c’est-à-dire de la société d’abondance débarrassée des classe sociales.

Cela implique que son avant-garde se soude en un parti ouvrier révolutionnaire et dans une internationale ouvrière révolutionnaire, basée sur les enseignements de Marx, Engels, Luxemburg, Lénine et Trotsky.

Les noyaux révolutionnaires existant de par le monde ont la responsabilité, sauf à dégénérer en secte, d’y contribuer par la délimitation programmatique la plus intransigeante, par la collaboration loyale et par la participation aux combats pratiques qu’engagent les masses, telles qu’elles sont, contre les interventions impérialistes, contre tous les gouvernements bourgeois, contre les licenciements et le chômage en défense de leurs acquis, pour les libertés démocratiques.

1er mai 2004