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À la fin du mois de mai a débuté ce qui est connu comme l'Intifada
sahraoui. Des centaines d’étudiants et de jeunes sont descendus dans les rues
d’El Aaiún pour essayer d'éviter le transfert d'un prisonnier politique
sahraoui de la prison d’El Aaiún à la prison d'Ait Melloul au Maroc. Tant cette
mobilisation que celles qui l'ont suivie ont été durement réprimées par la
police marocaine qui a été renforcée par l'armée dans sa mission répressive. Du
premier objectif concret de la mobilisation, empêcher le transfert d'un
prisonnier politique, celle-ci s’est élargie à la revendication générale du
plein exercice du droit à l'autodétermination par les Sahraouis. La justice de
la monarchie alaouite a été mise en marche et, au mois de juin, elle a condamné
trente manifestants à des peines importantes, qui dans certains cas ont atteint
20 ans de prison.
Le 14 décembre dernier, le tribunal d'appel d’El Aaiún a prononcé
diverses condamnations contre des prisonniers sahraouis accusés d’être les
« instigateurs » de ces mobilisations. La presse espagnole considère
ces peines « modérées » comparées à celles du mois de juin dernier.
Et elles le sont certainement de ce point de vue, puisque les supposés
dirigeants de la « bande
criminelle » (accusation du tribunal)
ont été condamnés à « seulement » sept mois (dans le cas
d'Aminatu Haidar) et à huit mois (dans le cas d'Ali Salem Tamek). Encore
ceux-ci sont des personnages connus internationalement. Par contre, un militant
moins connu qui avait réussi à échapper à la police et avait été abrité dans la
Maison de l'Espagne, mais livré par celle-ci à la police marocaine, a écopé de
deux années de prison.
D'une part, la monarchie alaouite prétend présenter une face
sympathique et « démocratique » au moyen de peines symboliques contre
les figures connues internationalement ; d'autre part, elle lance un message
clair aux militants pour le droit à l’autodétermination : « Pour vous, pas
de clémence !». Si elle n'a pas à nouveau prononcé de lourdes peines,
c’est parce que les mobilisations ont déclinées sous les coups de la répression
et à cause des négociations menées par certains dirigeants.
Pour effectuer sa conversion « démocratique », l'Etat
bourgeois marocain est aidé par l'USFP,
affiliée à l’Internationale social-démocrate, et aussi pour une bonne part par l'Instance
Équité et Réconciliation. Cet organisme a été créé à l'initiative du roi
Mohamed VI, « neveu » du Bourbon Juan Carlos Ier, pour
théâtraliser un soi-disant repentir de l'Etat bourgeois marocain pour les
« années de plomb ». L'IER a rendu publiques ses
« recommandations » et ses conclusions. Selon cet organisme, fils de
la monarchie, 600 Marocains seulement seraient morts entre 1965 et 1974
victimes de la répression politique. L'Association marocaine des Droits de
l’Homme (qui ne peut être suspectée d'exagérations anti-monarchiques) estime,
toutefois, que pendant cette époque au moins 3 000 ont été assassinés par
les corps répressifs de l'Etat marocain. Sur la répression contre les
Sahraouis, le rapport de l'IER est spécialement manipulateur : selon cet
organisme seulement 220 sahraouis auraient été victimes de la terreur alaouite
pendant la période en question. Le Polisario assure qu’il manque, au bas mot,
500 militants « disparus ».
Le Collectif Révolution Permanente appelle la classe ouvrière, la
jeunesse, toutes les organisations ouvrières et populaires, à se joindre à la
lutte pour la libération de tous les prisonniers politiques tant marocains que
sahraouis et soutient inconditionnellement cet objectif. Mais il est nécessaire
de dire la vérité : sans destruction de la monarchie alaouite, axe de l'Etat
bourgeois marocain, la répression contre les militants marocains et sahraouis
ne cessera pas.
17 décembre 2005