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Groupe CRI                                                Paris, le 16 mars 2004

Communiste

Révolutionnaire

Internationaliste

QUE CHERCHE LE GROUPE BOLCHEVIK ?

Réponse à la lettre du GB du 11 février 2004

 

Camarades,

 

Votre lettre du 11 février nous a consternés. À vrai dire, l’absence de réponse de votre part pendant plus de quatre mois, contradictoire avec votre volonté affichée de mettre au centre de votre orientation la préparation de la conférence internationale, nous avait déjà fait craindre que vous ne refusiez la discussion. De fait, le « retard » de votre lettre n’était que le signe annonciateur de son contenu : on peut résumer celui-ci en disant que vous refusez de discuter sérieusement les problèmes politiques que nous avons soulevés dans notre contribution du 27 septembre 2003. En effet, au-delà de sa grande faiblesse argumentative (ce qui ne serait évidemment pas en soi rédhibitoire, même pour des gens qui se réclament de la méthode rationnelle du marxisme), votre lettre témoigne d’un bout à l’autre d’une incroyable mauvaise foi, notamment par l’usage de procédés intolérables dans le cadre d’une discussion politique digne de ce nom entre groupes trotskystes — et que nous n’avions retrouvés chez personne d’autre depuis la pénible époque de nos échanges avec les dirigeants lambertistes (lors de notre tentative de susciter une discussion politique de fond au sein du CCI-PT avant d’en être exclus de façon bureaucratique pour cette raison même).

L’objet de la présente lettre est de mettre en évidence, de la manière la plus précise possible, patiemment, point par point, les procédés utilisés par la direction du GB pour refuser et empêcher la discussion, pour éviter l’argumentation sérieuse, rationnelle et réellement marxiste. Ainsi, comme nous allons le démontrer,

1. Au lieu d’accepter le terrain d’une discussion politique sérieuse et fraternelle, elle accuse le Groupe CRI de « ruser (et de) manœuvrer » ;

2. Elle accuse mensongèrement le Groupe CRI de recourir au procédé de la fausse citation ;

3. Elle substitue à la discussion sérieuse la pratique systématique de l’amalgame du Groupe CRI avec toute une série d’ennemis du marxisme et du trotskysme ;

4. Elle attribue au Groupe CRI des positions qui ne sont pas les siennes et tronque à plusieurs reprises les citations qu’elle fait de nos textes ;

5. Elle substitue la pratique systématique de la citation d’autorité découpée et détachée de son contexte à l’argumentation rationnelle ;

6. Dans un but grossier de « clivage », elle se livre à des attaques personnelles contre un militant du Groupe CRI, et use d’un paternalisme prétentieux pour les autres ;

7. Elle refuse la discussion sérieuse sur les forces productives, montrant notamment qu’elle n’a étudié sérieusement ni nos textes sur la question, ni même Le Capital de Marx ;

8. Elle refuse la discussion sérieuse sur la crise du mouvement ouvrier et de la conscience de classe aujourd’hui ;

9. Elle attaque sans arguments sérieux l’activité du Groupe CRI dans les syndicats ;

10. Elle refuse la discussion sérieuse sur l’orientation en France (deuxième tour des présidentielles de 2002, montée vers la grève générale de 2003)

11. Elle refuse la discussion sur l’argentinazo.

Disons-le : face à de pareils procédés, nous avons hésité avant de prendre la décision de répondre au GB. Car, manifestement, la direction du GB a voulu aller à la rupture avec le Groupe CRI ; elle a voulu biaiser et empêcher la discussion pour briser nos relations ; en particulier, elle a cherché de façon flagrante à débarrasser la phase de préparation de la conférence internationale d’un partenaire trop gênant à son goût : elle a voulu « cliver » de façon sectaire pour nous mettre hors-jeu.

Mais nous en avons vu d’autres. Il ne sera pas dit que nous acceptions le fait accompli. Prenant nos responsabilités, nous opposons à cette tentative évidente de la direction du GB d’aller à la rupture avec le Groupe CRI, notre volonté inébranlable de discuter sérieusement. En faisant l’effort de démontrer et de prouver de manière extrêmement précise, point par point, la manière inacceptable dont procède la lettre du 11 février, nous parions sur le fait que les différents groupes associés à la préparation de la conférence internationale et les militants du GB — y compris, nous l’espérons, les membres de la « CC du GB », signataire de la lettre — saurons en prendre conscience et réagir positivement en conséquence.

 

1. Au lieu d’accepter le terrain d’une discussion politique sérieuse et fraternelle, la direction du GB accuse le Groupe CRI de « ruser (et de) manœuvrer »...

 

L’un des axes majeurs de la direction du GB est d’accuser le Groupe CRI d’avoir essayé, dans sa contribution du 27 septembre, de « ruser (et) manœuvrer » avec les organisations signataires de l’appel à la conférence. Sur quoi s’appuie-t-elle pour faire des accusations aussi graves ? Elle procède de la façon suivante : 

a) D’abord, elle prétend que « le Groupe CRI « déclare son adhésion à l’Appel pour une Conférence internationale des trotskystes principiels et des organisations ouvrières révolutionnaires » ;

b) Ensuite, elle suggère que cet « accord proclamé » dissimule une série de désaccords bien plus nombreux que les points d’accord — la preuve étant, apparemment, la quantité de pages respectivement consacrées aux uns et aux autres ! « La contribution du Groupe CRI, écrit la direction du GB, est ainsi composée : un accord en deux paragraphes, suivis de dix pages pour développer les désaccords avec le texte du Collectif » ;

c) enfin, croyant manifestement avoir longuement démasqué les « ruses et manœuvres » du Groupe CRI, la direction du GB nous adresse une sommation solennelle : « L’avant-garde a besoin de clarté, pas de confusion. Relisez l’Appel : soit vous êtes en désaccord fondamental avec lui et il faut le dire, sans ruser ni manœuvrer ; soit vous constatez qu’il résume les principales leçons des grands événements de la lutte des classes mondiales, qu’il définit l’orientation nécessaire à la construction du parti communiste, révolutionnaire, internationaliste. Et il faut en tirer sérieusement les conséquences (...). »

Manifestement, ou bien la direction du GB ne comprend pas, ou bien elle fait semblant de ne pas comprendre ce que nous avons écrit très clairement dans notre contribution du 27 septembre. Elle s’enferme dans une opposition binaire entre « être d’accord » et « n’être pas d’accord ». Prisonnier de ce schéma simpliste, prédialectique, elle semble incapable de comprendre que l’on puisse être à la fois « d’accord » et « pas d’accord ». Il nous faut donc répéter ce que nous avons déjà écrit très clairement :

- D’une part, nous sommes d’accord avec « les motivations des organisations qui ont rédigé et signé » l’appel[1], et nous redisons que « ces éléments (correctement précisés par la suite dans plusieurs points de l’appel) sont fondamentaux, ils constituent les bases trotskystes rendant possible et nécessaire la discussion ». Nous répétons aussi que, « en conséquence, le Groupe CRI partage l’objectif de la conférence internationale : ‘empêcher que le drapeau du trotskysme et du marxisme révolutionnaire reste entre les mains de ces usurpateurs et imposteurs, regrouper les rangs dispersés des internationalistes révolutionnaires, combattre pour mettre sur pied des partis léninistes de combat, les doter d’un centre international’. Il est donc d’accord pour dire que ‘le regroupement des forces saines du mouvement ouvrier et en particulier de ceux qui se revendiquent de la continuité du trotskysme et de la IVe Internationale est indispensable’. Il demande dès lors à participer à la ‘conférence internationale pour avancer dans la mise sur pied d’un Centre international du marxisme révolutionnaire’, et à sa préparation. »

- Mais, d’autre part, « le Groupe CRI n’est pas convaincu à ce stade que, dans son état actuel, le texte proposé soit suffisamment clair et précis pour faire réellement avancer la discussion. En effet, au-delà d’un certain nombre de rappels certes tout à fait essentiels, mais néanmoins fort généraux, avec lesquels les trotskystes authentiques ne peuvent qu’être d’accord, il est douteux que ce texte permette de se diriger concrètement vers l’élaboration d’une stratégie générale et d’une orientation pratique dans la lutte de classe qui puissent devenir communes aux différentes organisations parties prenantes de cette conférence. C’est pourquoi, dans le souci de commencer immédiatement la discussion de fond, la présente contribution s’arrêtera en priorité sur les points de l’appel qui semblent insuffisants, confus ou erronés. »

Nous maintenons ces formulations telles quelles. Il en ressort clairement que nous ne sommes ni « d’accord » purement et simplement avec le texte de l’Appel — notamment parce que, précisément, nous ne pensons pas que, en raison de son haut degré de généralité et d’abstraction, il « définisse » de façon suffisamment précise et claire « l’orientation nécessaire à la construction du parti communiste, révolutionnaire, internationaliste » (pour reprendre les termes de la lettre du GB, p. 29) ; ni « pas d’accord » purement et simplement — puisque nous partageons les motivations des initiateurs, l’objectif de la conférence et un certain nombre de leurs positions que nous estimons « fondamentales », que nous caractérisons comme « bases trotskystes rendant possible et nécessaire la discussion ».

La direction du GB est-elle réellement incapable de comprendre cette position ? Est-elle réellement incapable de faire preuve d’une compréhension dialectique ou du moins nuancée des choses ? Ou fait-elle plutôt semblant de ne pas comprendre... dans le seul et unique objectif de nous présenter comme des gens qui essaient « de ruser (et de) manœuvrer » ?

 

2. La direction du GB accuse mensongèrement le Groupe CRI de recourir au procédé de la fausse citation

 

Dans notre contribution du 27 septembre, p. 2, nous avons écrit la phrase suivante :

Il est indispensable, pour qui veut progresser dans la construction du parti marxiste, de rompre définitivement avec les mythes et les fantasmes sur la « décadence du capitalisme » et le non-développement des forces productives.

La direction du GB cite ce passage de la façon suivante (p. 2) :

Il est indispensable, pour qui veut progresser dans la construction du parti marxiste, de rompre définitivement avec les mythes et les fantasmes sur la « décadence du capitalisme » et le « non-développement des forces productives ». (Contribution CRI, p. 2)

Et la direction du GB commente dans les termes suivants :

Le critique de l’Appel a inventé la citation du « non-développement des forces productives ». L’Appel n’emploie pas cette expression.

On le voit (et on peut le vérifier en reprenant les textes originaux), la direction du GB se livre à une accusation gratuite : dans notre contribution du 27 février, toutes les citations de l’Appel à la conférence internationale figurent à la fois entre guillemets et en italiques. Or l’expression en question de « non-développement des forces productives » ne se trouve ni en italiques, ni entre guillemets : c’est la direction du GB qui se permet d’ajouter les guillemets… puis qui nous accuse d’ « inventer la citation » !

Là encore, s’agit-il d’une incapacité réelle à lire et à citer un texte... ou d’une tentative caractérisée pour jeter le discrédit, au détour d’une phrase, l’air de rien, sur le Groupe CRI — ou sur l’un de ses membres (« le critique de l’Appel »), selon une « méthode » de « personnalisation » sur laquelle nous reviendrons ? S’agit-il, là encore, d’autre chose que de faire croire que le Groupe CRI n’hésiterait pas à falsifier les citations quand bon lui semble — sachant que, s’il le faisait une fois, il n’y aurait évidemment pas de raisons qu’il s’en prive d’autres fois ? En d’autres termes, s’agit-il d’autre chose que d’essayer de jeter la suspicion sur le Groupe CRI, dans la continuité de l’accusation selon laquelle il aurait recours à la « ruse » et aux « manœuvres » ?

Du reste, quant au fond, la direction du GB pense-t-elle, oui ou non, que le capitalisme ne permet plus le développement des forces productives ? Si elle le pense, pourquoi chercher à nous attaquer sur la formulation que nous avons utilisée (« non-développement des forces productives ») pour résumer la position des groupes initiateurs de l’appel à la conférence internationale ? — Or, de fait, elle le pense : elle nous reproche expressément de soutenir que « le capitalisme n’est pas en déclin » (lettre du GB, p. 24) et que « le capitalisme permet(te) toujours le développement des forces productives » (p. 3). Nous y reviendrons…

 

3. La direction du GB substitue à la discussion sérieuse la pratique systématique de l’amalgame du Groupe CRI avec toute une série d’ennemis du marxisme et du trotskysme

 

Au lieu de réfuter les positions réellement défendues par le CRI, la direction du GB procède par amalgame. Voici les exemples les plus graves :

a) Constatant que, pour nous, le capitalisme continue de développer les forces productives, elle nous accuse carrément de « renouer avec le premier révisionnisme de la fin du 19e siècle au sein du SPD et de la 2e Internationale », celui de Bernstein. Accusation purement gratuite que la direction du GB ne prend même pas la peine de démontrer, se contentant d’une petite citation de Bernstein — qui d’ailleurs, coupée de son contexte, est susceptible de plusieurs interprétations indécidables. On est en droit de se demander si le GB est une organisation sérieuse. Dans ce cas, qu’il fasse un exposé clair et précis de la théorie de Bernstein, suivi de sa réfutation et enfin de la mise en évidence de l’identité de nature entre cette théorie et ce que dit le Groupe CRI. D’un point de vue méthodologique, tout le reste ne vaut rien. Mais est-ce la théorie et la méthode qui intéressent ici la direction du GB... ou s’agit-il pour elle uniquement de substituer à l’argumentation l’amalgame diffamatoire ?

b) Selon nous, la crise de la direction révolutionnaire, parce qu’elle n’a pas été résolue, a conduit non seulement à de grandes défaites du prolétariat et de ses mobilisations révolutionnaires depuis les années 1930, mais encore à la crise du mouvement ouvrier organisé lui-même, notamment depuis les années 1980 (ce point est développé dans nos textes, notamment dans notre Projet de programme CRI). Bien sûr, cette appréciation de la situation peut se discuter fraternellement, sur la base des faits. Mais tel n’est pas l’objectif du GB, qui substitue l’amalgame à la discussion et à la réfutation. — Passons sur son opposition formelle, mécanique, entre « crise de direction » et « crise de conscience de classe » (p. 1) : la direction du GB ne comprend pas ou fait semblant de ne pas comprendre que, pour nous, comme pour Marx et tous les marxistes, le développement de la conscience de classe en général, donc la résolution de la crise contemporaine de la conscience de classe en particulier, ne peut être résolue que dans et par le développement du parti marxiste révolutionnaire, donc dans et par la construction d’une nouvelle direction. Elle écrit ainsi, à propos d’une de nos formulations pourtant très simple:  « Derrière la sophistication du propos, on reconnaît l’antienne grossière des bureaucrates et des appareils contre-révolutionnaires : les défaites, c’est la faute aux travailleurs. » Là encore, au lieu d’essayer de comprendre notre position et de la discuter, la direction du GB semble surtout chercher à discréditer le groupe CRI en lui attribuant une position qui n’est pas la sienne, et qui est même directement contradictoire avec toute sa politique.

c) À plusieurs reprises, la direction du GB cite de minuscules passages extraits de l’un ou l’autre des deux textes écrits par un camarade du Groupe CRI pour critiquer un livre de Daniel Gluckstein, dirigeant de l’organisation lambertiste, et auxquels il était fait référence dans notre contribution du 27 septembre. La citation par la direction du GB de ces phrases, bien sûr découpées soigneusement de leur contexte, n’a pas pour but de nourrir une discussions sérieuse sur ces textes, mais d’ « étayer » de nouveaux amalgames. En particulier, est cité le passage suivant : « La pression écrasante de la spéculation et du parasitisme […] impose au capital productif des conditions drastiques pour sa valorisation. » Et la direction du GB commente : « Affirmer que le parasitisme et la finance gangrènent l’activité productive, sans dire qu’ils sont eux-mêmes le résultat de la production capitaliste, donne au Groupe CRI des airs réformistes de type PCF, PS, FO et ATTAC, à la recherche d’un bon capitalisme productif. » Toute personne ayant lu, même en diagonale, les textes du camarade Wolfgang contre Daniel Gluckstein sait évidemment que l’un des axes de la polémique est précisément la réfutation de l’idée selon laquelle la spéculation financière serait une force autonome dévorant l’économie réelle. Prendre un bout de phrase pour faire endosser à son auteur une « théorie » qui est à l’opposé de ce qu’il a démontré sur plusieurs dizaines de pages, c’est vraiment se moquer du monde ! N’empêche que cela fait toujours un amalgame diffamatoire de plus.

d) Exactement de la même manière, la direction du GB essaie aussi de nous amalgamer politiquement avec l’organisation lambertiste. Elle « fonde » cette accusation en nous reprochant de « participe(r) à la confusion ambiante en rangeant la direction révolutionnaire dans la catégorie plus générale des ‘organisations ouvrières indépendantes’ »… sous prétexte que nous avons écrit, au sujet de l’Argentine : « En raison du sang-froid et de l’expérience de la bourgeoisie, en raison de la puissance de la bureaucratie péroniste à son service et faute de disposer d’organisations ouvrières indépendantes et en particulier d’une direction révolutionnaire, la mobilisation n’est pas allée plus loin, et elle a finalement été défaite de manière globalement pacifique, notamment par le recours aux urnes ». La direction du GB se paie de mots. Prétendre voir dans cette phrase une reprise de l’idéologie lambertiste qui fait de FO un syndicat indépendant, c’est vraiment de la mauvaise foi. Il nous faut donc rétablir la vérité, en rappelant ce que nous avons écrit par exemple dans Le Cri des travailleurs n°5-6 de juin-juillet 2003, où nous avons  consacré plusieurs pages à dénoncer l’orientation des lambertistes couvrant l’appareil de FO contre la grève générale. Au sujet d’une phrase de Lambert sur la défense de « l’indépendance » des organisations syndicales, nous écrivions : « Autrement dit, aujourd’hui, à l’époque de l’impérialisme, contrairement à ce que pensaient Lénine et Trotsky, les appareils syndicaux garantiraient encore l’indépendance des syndicats à l’égard de l’État bourgeois ! Sous prétexte que les syndicats ne sont, en effet, pas institutionnellement des rouages de l’État (comme dans les régimes fascistes ou corporatistes), ils seraient ‘indépendants’ ! Quel ridicule formalisme, dépourvu de tout contenu politique, consistant à confondre une condition nécessaire avec une condition suffisante ! Les réformistes, ralliés corps et âme au système capitaliste et à l’État bourgeois, seraient ‘indépendants’, ou du moins ils préserveraient encore les ‘bases mêmes’ de tout le mouvement ouvrier ! Pour le PT, les syndicats réformistes sont ‘indépendants’ tant qu’ils peuvent négocier. Là s’arrête sa conception politique des syndicats. Et quand le gouvernement ne veut pas négocier, ‘la démocratie est en danger’… C’est exactement ce que disent Thibault et Blondel. »[2] — Ainsi, dans sa recherche enragée d’amalgames, la direction du GB en arrive à traquer l’opportunisme sous la moindre virgule… et n’hésite pas à faire dire à la moindre expression autre chose que ce qu’elle dit ; si elle avait réellement voulu discuter sérieusement les positions réelles du Groupe CRI, elle serait allée lire attentivement ses publications avant de porter contre lui des accusations aussi ridicules.

e) Mais un des amalgames le plus grotesques auxquels se livre la direction du GB est le suivant : « Le radicalisme anti-réformiste du CRI, écrit-elle, n’est que de façade, il est d’ailleurs partagé par tous les centristes de droite français ainsi que leurs petits clones (Combat, GR, Groupe La Commune…) : la LCR, à son premier congrès, en 1969, avait déjà découvert que le PS-SFIO était un simple parti bourgeois ; LO et le PT disent la même chose. Mais, à y regarder de plus près, tous partagent la valorisation des traîtres qui ont été liés à l’appareil du Kremlin par rapport aux traîtres social-démocrates. Il n’est pas sûr que la contribution ne souffre pas du même travers. » — Bref, ce n’est « pas sûr »... mais on le dit quand même ! Hein, pourquoi se gêner, au point où on en est ? Un amalgame « pas sûr » de plus, cela ne peut pas faire de mal quand on n’a pas d’autre objectif que de discréditer son adversaire sans argumenter ! Là encore, peut-on qualifier ce procédé autrement que de lamentable ? — De fait, les deux phrases de notre contribution du 27 septembre citées par la direction du GB pour « prouver » qu’ « il n’est pas sûr que la contribution ne souffre pas » d’une « valorisation des traîtres qui ont été liés à l’appareil du Kremlin », ne suggèrent absolument pas une telle attitude de notre part. Elles disent simplement : « Les partis communistes se sont effondrés… La social-démocratie est devenue un des principaux partis de la bourgeoisie » ; et : « Le ‘stalinisme’, considéré en tant que courant politique organisé, en est à la phase ultime de sa décomposition… La social-démocratie classique cesse d’être une force ouvrière-bourgeoise et devient purement et simplement bourgeoise. » Il faut vraiment être d’une très, très grande mauvaise foi pour voir dans ces phrases une valorisation du stalinisme ! (Notons que cette accusation gratuite et fausse n’est pas isolée, mais sera reprise par la direction du GB p. 9, in fine.)

f) Mais la direction du GB ne s’arrête pas en si bon chemin. Après avoir inventé l’amalgame « pas sûr », elle n’hésite pas à inventer l’amalgame virtuel ! Constatant que le Groupe CRI (dans sa majorité) caractérise le mode de production de l’URSS comme « collectivisme bureaucratique », elle n’hésite pas à prédire que cette position, dans laquelle elle croit reconnaître le nom de celle de Burnham et de Schachtmann, ne peut que conduire le Groupe CRI aux positions pro-impérialistes que ces derniers finirent pas soutenir ! La direction du GB se demande gravement : « Où va l’auteur de la « contribution » ? Où ces positions risquent-elles de conduire le Groupe CRI ? » Elle brave ainsi le ridicule en jouant la diseuse de bonne aventure ! Car enfin, faut-il lui vraiment prendre la peine de lui rétorquer que, avec ce genre d’arguments, on pourrait tout aussi bien « prédire » que le GB va rejoindre les positions de Pablo, de Mandel, de Lambert et de Moreno, puisque tous ces gens-là étaient et sont d’accord avec lui pour caractériser l’URSS comme un « État ouvrier dégénéré » ? L’argument serait évidemment ridicule ; celui du GB ne l’est-il pas ?

La direction du GB a la gentillesse de nous informer sur l’existence de Burnham, de Schachtmann et de Cliff. Ne lui demandons pas d’argumenter et de réfuter ces auteurs, ou du moins le troisième, si elle considère que Trotsky a réglé leur compte aux deux premiers. Ne lui demandons pas non plus de s’intéresser en outre à la conception que Bordiga se faisait de l’URSS, à celle des « communistes conseillistes » ou à celle du Castoriadis des années 1950 : la direction du GB a des certitudes, et un garant pour ces certitudes, qui s’appelle Léon Trotsky ; pourquoi diable aurait-elle besoin en outre de faire des arguments et de se cultiver ? La science infuse ne se diffuse pas ! Et surtout… la pratique de l’amalgame est tellement plus facile que la lecture de tous ces auteurs !

À partir de là, peu importe à la direction du GB que le Groupe CRI (en sa majorité) réserve le concept de « collectivisme bureaucratique » à l’URSS, à la Chine et aux pays de l’Est de l’Europe, à l’exclusion des pays capitalistes, se distinguant ainsi à la fois de Burnham et de Cliff. Peu importe que le Groupe CRI ait écrit expressément, dans la contribution du 27 septembre, qu’il « est d’accord pour se prononcer inconditionnellement pour la défaite de l’impérialisme en cas d’attaque contre ces États [fondés sur le collectivisme bureaucratique] ; car, d’une part, toute défaite de l’impérialisme ne peut que renforcer la lutte internationale du prolétariat et des peuples opprimés et, d’autre part, l’indépendance nationale réelle, la nationalisation des moyens de production, le monopole du commerce extérieur, le plein emploi, etc. sont en eux-mêmes, dans la mesure du moins où ils subsistent (c’est-à-dire de moins en moins) des acquis pour le prolétariat et les peuples. Il est donc nécessaire de se prononcer contre la restauration capitaliste, contre la pénétration impérialiste, pour la défense des nationalisations, pour la préservation ou le rétablissement du monopole du commerce extérieur et pour la défense de tous les acquis que les masses ont arrachés par la révolution nationale — qui a évidemment inclus un certain nombre d’aspects sociaux, ne serait-ce que pour assurer l’assise populaire et la stabilité des nouveaux régimes bureaucratiques partiellement et temporairement anti-impérialistes. » — Non, tout cela n’intéresse pas la direction du GB, elle le passe sous silence, car tenir compte de ce point l’obligerait à renoncer à ses amalgames et à argumenter, à discuter sérieusement ; mais précisément, ce que montre, ici comme ailleurs, l’attitude contraire de la direction du GB, c’est qu’elle ne poursuit absolument pas cet objectif !

Pour sa part, le Groupe CRI estime nécessaire d’avoir une attitude sérieuse à l’égard des questions sérieuses. Sa faiblesse et la hiérarchisation de ses tâches ne lui permettent pas de trouver le temps de mener des études approfondies sur l’ensemble des questions importantes qui se posent à lui. Sur la question de l’URSS, les lectures que nous avons faites nous ont conduits à contester la validité de l’analyse de Trotsky pour l’URSS à partir des années 1930 et a fortiori pour la Chine et les pays de l’Est. Écrire une contribution sur ce point fait partie de nos objectifs. Selon nous, l’état actuel de la lutte de classe internationale ne rend pas urgent de trancher cette question, d’autant que, pour ce qui est de la défense contre l’impérialisme des acquis existant en Chine, en Corée du Nord et à Cuba (notamment l’étatisation des moyens de production), nous sommes, encore une fois, d’accord avec les groupes trotskystes qui reprennent sur ce point la position traditionnelle de Trotsky... et notamment avec les mots d’ordre qui figurent à la fin de la brochure du GB consacrée à la Chine (repris dans sa lettre du 11 février). Dans ces conditions, faire aujourd’hui de cette question une question de clivage, c’est témoigner d’un sectarisme vain — surtout, encore une fois, si c’est en se contentant d’idolâtrer ce qu’a dit Trotsky sans tenir compte des arguments de ses contradicteurs et en analysant mal les événements historiques de l’après Seconde Guerre mondiale. 

g) Mais laissons la direction du GB résumer elle-même ses amalgames : concluant sa lettre, elle n’hésite pas à nous proposer un inventaire à la Prévert en écrivant que notre contribution « fait feu de tout bois, puisant alternativement des ‘phrases du passé’ chez Bernstein, Kautsky, Bauer, Adler, Gramsci, Burnham, Shachtman, Craipeau, Cliff, Pablo, Mandel, Althusser, Lambert… Les révisionnismes les plus éculés sont mobilisés de manière totalement éclectique, pour tenter de minimiser la question du programme et de ridiculiser ceux qui le défendent. » Ouf ! Tout cela rien que pour nous, et dans un seul texte ! Vraiment, n’en jetez plus, c’est trop d’honneurs ! — Mais oui bien sûr, comment ne l’avions-nous pas remarqué ? Par « contraste », en quelque sorte, n’est-il pas évident qu’il n’y a au monde que… le GB qui soit « marxiste », tout simplement ? — Vraiment ? Nous aurons l’occasion de vérifier sa connaissance de la théorie de Marx. Pour le moment, signalons simplement à la direction du GB qu’elle nous surestime en croyant que nous sommes aussi cultivés qu’elle ; en vérité, pour notre part, nous ne connaissons pas, ou mal, la plupart de ces auteurs ! — Nous comptons donc sur elle et sur sa vaste culture pour nous faire un brillant exposé critique et une réfutation en règle de leurs idées respectives : nous pourrions peut-être inviter les dirigeants du GB pour animer nos GECR (Groupes d’Études Contre-Révolutionnaires) ?

 

4. La direction du GB attribue au Groupe CRI des positions qui ne sont pas les siennes et tronque à plusieurs reprises les citations qu’elle fait de nos textes

 

Mais la direction du GB ne se contente pas d’accusations fausses et d’amalgames ridicules. Elle a également recours au bon vieux procédé lamberto-justo-gluscksteinien consistant à attribuer à son adversaire des positions qui ne sont pas les siennes, allant jusqu’à tronquer de manière éhontée les citations. Il y a dans la lettre du 11 février plusieurs exemples ; prenons-en quelques-uns[3] :

a) La direction du GB prétend que, pour le Groupe CRI, « le capitalisme peut développer à l’infini les forces productives ». Nous n’avons jamais écrit cela, c’est une attaque sans fondement (visant là encore à nous amalgamer avec les tenants de l’idéologie bourgeoise). Nous savons, grâce à Marx, que, comme toute réalité naturelle ou historique, comme tout mode de production, le capitalisme finira pas disparaître et, si la planète et l’espèce humaine lui survivent, qu’il laissera place à un mode de production supérieur (communisme) ou peut-être inférieur (en cas de catastrophe guerrière ou écologique généralisée, différents modes de production étant alors possibles selon ce qu’il restera des forces productives de l’humanité). Ce que nous disons, en revanche, c’est que, tant que le capitalisme existera, il ne pourra pas, de manière générale, ne pas développer les forces productives, car c’est là la base même de son fonctionnement (la source de la plus-value relative, nous y reviendrons). À cela, ajoutons trois précisions : si une guerre inter-impérialiste de portée mondiale intervient, la destruction des forces productives nous ramènera évidemment des décennies en arrière en ce qui concerne le niveau de développement de celles qui resteront (si l’humanité survit). D’autre part, nous ne nions nullement que, pendant des périodes déterminées, le capitalisme puisse ne pas développer les forces productives et que celles-ci puissent même régresser : nous avons écrit expressément que tel fut le cas, par exemple, pendant les années 1930, dans les pays capitalistes développés (il est donc tout à fait faux, encore une fois, de dire que nous n’avons pas « envisagé un déclin des forces productives »). Enfin, on peut concevoir toute une période où le capitalisme détruirait des forces productives autant ou plus qu’il en produirait de nouvelles (période de guerres, de convulsions économiques durables…) ; mais la période actuelle n’est absolument pas de cette nature, de sorte que, aujourd’hui, comme, globalement, depuis la Seconde Guerre mondiale, les forces productives de l’humanité continuent de croître sous l’impulsion capitaliste… et croissent même beaucoup plus massivement et rapidement qu’au cours du XIXe siècle.

b) La direction du GB prétend également : « Le Groupe CRI semble estimer que la limite fondamentale du capitalisme est une insuffisante consommation des masses. » Là encore, dans aucun texte nous n’avons écrit cela ; au contraire, notre camarade Wolfgang s’est opposé, dans sa critique du livre de Daniel Gluckstein, à toute explication des limites du capitalisme par le marché (cf. par exemple sa deuxième contribution, pp. 58-60). — Par ailleurs, on notera une fois de plus le glissement auquel procède la direction du GB pour nous attribuer cette position : elle commence par dire que « le Groupe CRI semble estimer »… puis elle nous attribue carrément « une telle théorie de la sous-consommation » ! Et, comme prise à son propre jeu, la voici qui se met à expliquer doctement : « Le Groupe CRI estime que ce n’est pas pour des raisons particulières liées au stade d’évolution du mode de production capitaliste, mais parce que les marchandises sont utilisées et réparties de manière injuste, que le capitalisme doit être abattu et il condamne le capitalisme pour la même raison qu’il était condamné par les socialistes utopiques dans sa phase concurrentielle, c’est-à-dire des raisons d’injustice sociale » (p. 4). Et encore : « Le Groupe CRI se retrouve aux côtés des socialistes utopiques et des économistes classiques, son analyse du mode de production capitaliste n’est pas marxiste mais pré-marxiste, et sa révolte envers le capitalisme est basé sur des questions de répartition et de justice sociale, et non sur l’exigence d’un développement harmonieux des forces productives » (p. 2). On pourrait revenir en détail sur chacune de ces formulations, mais ce qui est ici remarquable, c’est que toutes ces tirades semblent sorties tout droit de l’imagination de leurs auteurs, elles n’ont absolument aucun fondement textuel dans les publications du Groupe CRI — bref, on a affaire ici à un cas caractérisé de « délire interprétatif » — qui, comme tout « délire », entraîne l’incapacité de ceux qui en sont victimes à s’en rendre compte ! — Du reste, le caractère complètement arbitraire de ce passage de la lettre du GB est d’autant plus frappant qu’il coexiste dans le même texte, sans que ses auteurs s’en aperçoivent, avec l’accusation directement contraire — et tout aussi dépourvue du moindre fondement objectif —, selon laquelle on pourrait dire du Groupe CRI ce que Marx dit de Ricardo dans les Théories sur la plus-value, à savoir qu’ « il lui est absolument indifférent que le développement des forces productives tue de la propriété foncière ou tue des travailleurs » (p. 2) ! Ainsi, à force de vouloir faire feu de tout bois, la direction du GB en vient-elle à dire tout et son contraire, dans le seul but de « charger la barque » de ses accusations fausses.

c) L’exemple concernant la position du Groupe CRI sur le Brésil est particulièrement intolérable : car, cette fois, la direction du GB va plus loin, elle n’hésite pas à « fonder » toute son accusation sur une citation qu’elle tronque délibérément. — Passons sur l’accusation purement gratuite selon laquelle « la présentation d’un candidat communiste, révolutionnaire et internationaliste est une question qui n’intéresse pas le critique du CRI ». Passons également sur les phrases comme « peu importe le parti, demain le prolétariat et la paysannerie pauvre résoudront tout seuls le problème, quand ils seront dessoûlés, quand leurs yeux s’ouvriront. (…) Pour le rédacteur de la « contribution » signée du Groupe CRI, l’organisation révolutionnaire ne sert pas à grand chose. Face aux illusions des masses, elle doit s’aligner sur elles. » Ce ne sont là que quelques-unes des multiples attaques que compte la lettre du GB, qu’il serait vain d’énumérer toutes et qui sont dépourvues de tout fondement, comme le prouve la lecture, même superficielle, de nos publications.

Tenons-nous ici au fait que la direction du GB nous accuse ignominieusement de préconiser un soutien au front populaire Lula-Alencar. Or, pour faire passer cette marchandise falsifiée, elle n’hésite pas à recourir à la méthode de la citation tronquée. Qu’on en juge :

- Voici ce que nous avons écrit dans notre contribution du 27 septembre :

« Pour le Groupe CRI, si le soutien au programme électoral et au gouvernement de Lula-Alencar est bien une trahison, l’appel à voter Lula dans un contexte qui n’était nullement révolutionnaire et dans le cadre du deuxième tour des élections présidentielles était juste, à condition qu’il s’accompagne bien évidemment d’une exigence de rupture de l’accord de front populaire avec Alencar. »

- Et voici ce qu’il reste de cette phrase « citée » par la direction du GB :

« L’appel à voter Lula dans un contexte qui n’était nullement révolutionnaire était juste… (Contribution CRI, p. 7) »

Incroyable ! La direction du GB tronque sciemment la « citation » pour faire croire 1) que nous aurions préconisé de voter pour Lula dès le premier tour (elle élimine sans le signaler le passage disant expressément : « dans le cadre du deuxième tour des élections présidentielles ») ; 2) que nous n’aurions pas caractérisé et dénoncé comme une trahison l’accord de front populaire Lula-Alencar. S’agit-il d’autre chose que d’une malhonnêteté ignoble et intolérable ?

À partir de là, la direction du GB a le front de nous accuser de « reprendre aux staliniens » cette ligne de front populaire que nous n’avons jamais préconisée. Elle nous accuse en même temps de défendre la même position que les « organisations brésiliennes moréniste (PSTU) et lambertiste (O’Trabalho) » (et peu importe si le PSTU a refusé d’appeler à voter Lula au premier tour, présentant son propre candidat, alors que les lambertistes ont soutenu Lula dès le premier tour : décidément, la direction du GB ne sait pas procéder autrement que par amalgames). Sur sa lancée, la direction du GB ne s’arrête jamais : elle va jusqu’à nous accuser de « négliger Alencar », de le réduire à un « détail », avant de nous amalgamer encore une fois aux « réformistes et (à) leur flancs-gardes, les révisionnistes du trotskysme, les liquidateurs pablistes, morénistes et lambertistes de la 4e internationale »... Tout cela parce que nous avons osé écrire : « Tout le monde savait que les masses allaient se saisir de cet événement électoral… Tout le monde savait que le prolétariat et les paysans pauvres allaient massivement voter pour Lula malgré Alencar… » Ainsi la direction du GB n’hésite-t-elle pas à trouver de l’opportunisme non seulement dans nos positions, mais encore dans nos diagnostics... fussent-ils rétrospectifs ! Pour elle, peu importe que, de fait, les masses ouvrières et paysannes aient voté massivement Lula malgré Alencar (et malgré la politique menée par le PT dans les municipalités et les États qu’il dirige depuis des années) : ici comme ailleurs, ce qui compte pour elle, ce n’est pas la réalité, c’est la recherche par tous les moyens de « citations » (tronquées au besoin, on l’a vu) lui permettant d’amalgamer et de calomnier !

Mais ce n’est pas tout : victime de ses propres « méthodes », la direction du GB se couvre carrément de ridicule lorsque, comme si elle avait oublié sa petite opération de mutilation délibérée de la citation, elle se met à nous expliquer doctement : « Le donneur de leçons prend ses rêves pour la réalité : au second tour de l’élection présidentielle, le PT a décidé de présenter une candidature conjointe de Lula da Silva et de José Alencar, pour la présidence et pour la vice-présidence. » Suit une caractérisation d’Alencar et de ses suppôts. Incroyable « méthode » ! D’abord on tronque le passage de la citation proposant d’appeler à voter Lula sous réserve de l’exigence indissociable d’une « rupture de l’accord de front populaire avec Alencar » ; ensuite on se met dans la position de celui qui fait doctement la leçon sur la nature d’Alencar et du front populaire en général ! On a beau jeu alors d’expliquer doctement que « les bolcheviks, quand ils appellent à voter, malgré leur programme bourgeois, pour les candidats d’autres partis ouvriers, disent, pour les démasquer : Rompez avec la bourgeoisie ! Prenez seuls le pouvoir ! Il s’agit d’une tactique de front unique ouvrier sur le terrain électoral. »

Enfin, la direction du GB nous accuse de « considérer avec beaucoup de détachement » les souffrances subies par les masses à cause du front populaire. Nous avons écrit : « Pour qu’ils (les travailleurs) comprennent la véritable nature de Lula et du PT (parti ouvrier-bourgeois), il fallait qu’ils fassent leur propre expérience, qu’ils éprouvent la trahison non par sur le papier, mais dans leur chair ». La direction du GB fait mine de s’indigner : « Les bolcheviks s’opposent de toutes leurs forces à ce que les masses payent, ‘dans leur chair’, les conséquences des trahisons des appareils syndicaux et politiques au service de la bourgeoisie. » Certes. Mais pourquoi faire un mauvais procès et faire semblant de ne pas comprendre le sens de cette phrase en nous accusant d’être partisan du front populaire ? Pourquoi jouer les vierges effarouchées ? Si la direction du GB préfère citer Trotsky, retenons ce passage qu’elle est censée connaître, puisqu’il est extrait d’un texte qu’elle cite par ailleurs (« Classe, parti et direction », in Œuvres, XX, p. 326) : « Le prolétariat peut ‘tolérer’ pendant longtemps une direction qui a déjà subi une dégénérescence interne totale mais n’a pas encore eu l’occasion d’exprimer cette dégénérescence dans le cours de graves événements. Il faut un grand choc historique pour qu’apparaisse brutalement la contradiction entre la direction et la classe. » Eh oui, de « graves événements », un « grand choc » ! — Quant à Lénine, il explique lui aussi, dans Le Gauchisme, maladie infantile du communisme (in Œuvres, XXXI, pp. 79-83) que, pour passer au communisme, les ouvriers doivent d’abord « faire l’expérience » concrète et pratique de la trahison réformiste — donc inévitablement, à moins d’être benêt, « dans leur chair ». Lénine constate que « la majorité des ouvriers d’Angleterre suit encore les Kérenski ou les Scheidemann anglais » (c’est-à-dire les travaillistes traîtres) car « elle n’a pas fait encore l’expérience du gouvernement de ces hommes, expérience qui a été nécessaire à la Russie et à l’Allemagne pour amener le passage en masse des ouvriers au communisme ». Il faut « aider la majorité de la classe ouvrière à se convaincre par sa propre expérience que nous avons raison, c’est-à-dire que les Henderson et les Snowden ne sont bons à rien, que ce sont des petits bourgeois perfides ». Dès lors, le rôle des communistes est d’ « aider la masse ouvrière à juger le gouvernement Henderson-Snowden [travaillistes] d’après ses actes ». Par conséquent, ils « doivent aider les Henderson et les Snowden à vaincre Lloyd George et Churchill réunis [les libéraux et les conservateurs] ». Et il précise : « Agir autrement, c’est entraver l’œuvre de la révolution, car si un changement n’intervient pas dans la manière de voir de la majorité de la classe ouvrière, la révolution est impossible. » Mais ce changement ne peut se faire par le seul papier : « Ce changement, c’est l’expérience politique des masses qui l’amène, et jamais la seule propagande. » La direction du GB va-t-elle pousser des cris d’orfraie contre Lénine ? — Précisons d’ailleurs que, à ce moment-là, « une partie des libéraux, tels les rats d’un navire en perdition, courent rejoindre le Labour Party » et que les Henderson et Snowden avaient passé une alliance avec «  leurs nouveaux amis — ou leurs nouveaux maîtres — les libéraux passés au Parti travailliste indépendant ». Néanmoins, quel est, pour les communistes, l’intérêt de cette tactique consistant à proposer un bloc avec les travaillistes pour les pousser et les aider à battre la droite ? « En cas de victoire de Henderson et de Snowden sur Lloyd George et Churchill, répond Lénine, la majorité, perdant toute illusion sur ses chefs, en viendra rapidement à soutenir le communisme (ou en tout cas à la neutralité et le plus souvent à une neutralité bienveillante à l’égard des communistes) ». Et, « si les Henderson et les Snowden refusent de faire bloc avec nous à ces conditions, nous aurons gagné encore davantage. Car nous aurons d’un seul coupé montré aux masses (…) que les Henderson font passer leur intimité avec les capitalistes avant l’union de tous les ouvriers. Nous aurons gagné du premier coup devant la masse qui (…) sera sympathique à l’union de tous les ouvriers contre la coalition de Loyd George avec les conservateurs. Nous aurons gagné du premier coup, car nous aurons démontré aux masses que les Henderson et les Snowden ont peur de vaincre Lloyd George, de prendre seuls le pouvoir, qu’ils cherchent à s’assurer secrètement l’appui de Lloyd George qui tend ouvertement la main aux conservateurs contre le Labour Party. »[4]

Il est donc clair que, sur la question brésilienne, par ses méthodes intolérables, la direction du GB refuse et empêche la discussion[5]. — Pourtant, tout en ayant une position sur la question et en sachant évidemment que telle n’était pas celle des initiateurs de la conférence, le Groupe CRI aurait trouvé tout à fait normal et sain de discuter et de polémiquer sérieusement avec le GB et les autres groupes initiateurs de la conférence sur l’opportunité d’appeler ou non à voter Lula au second tour, étant donné le contexte (c’est-à-dire appeler à voter Lula malgré son programme bourgeois et en exigeant qu’il rompe avec Alencar, ou appeler au boycott en dénonçant l’alliance de Lula avec Alencar). Selon nous, en effet, c’était là une question tactique, à partir du moment où l’on dénonçait clairement le front populaire et le programme de Lula allié avec Alencar. De même, en France en 1974 ou 1981, c’était une question tactique d’appeler à voter Mitterrand 1) au second tour, 2) malgré l’alliance du PS avec le Parti radical bourgeois et 3) en exigeant la rupture de ce front populaire et la réalisation du front unique ouvrier (car évidemment, le fait que, pour des raisons purement techniques — constitutionnelles —, cette alliance de front populaire, scellée par le « programme commun » pour les législatives de juin 1981, se soit réalisée sur le nom du premier secrétaire du PS lors de la présidentielle uninominale de mai — ce fait ne constitue qu’une différence minime par rapport à la situation brésilienne, où l’alliance de front populaire s’est manifestée pour la présidentielle binominale par le ticket Lula-Alencar, il ne change rien au fond et n’empêche donc nullement la comparaison).

Mais au fait… que disait la direction du GB avant les élections brésiliennes d’octobre 2002 ? On a beau lire et relire les différents numéros de son journal (qui publie des articles, mais aussi tous les tracts édités par le GB), il n’y a rien à faire : force est de constater que le GB, qui prétend aujourd’hui (ou au printemps 2003) savoir mieux que personne quelle position il fallait prendre au moment des élections brésiliennes, n’a pris aucune position avant qu’elles aient lieu, elle ne s’est même pas intéressée à cet événement, dont elle n’a rien eu à dire ni dans le numéro 5 de septembre 2002 de son journal, ni dans le numéro 6 de novembre 2002 !

d) Dans le cadre de son attaque ignoble sur la question brésilienne, la direction du GB procède à une déformation délibérée de notre position sur la question du front unique anti-impérialiste (FUA). En effet, elle fait semblant de confondre la tactique du FUA — dont nous avons souligné l’utilité avec un certain nombre d’arguments que la direction du GB refuse d’examiner — avec la stratégie contre-révolutionnaire du front populaire. Ainsi ose-t-elle nous accuser de « reprendre aux staliniens le ‘front uni anti-impérialiste’ et ses applications démocratiques bourgeoises comme le vote Lula-Alencar » ; et elle prétend que « le rédacteur de la contribution du CRI juge nécessaire d’ajouter à son vote Lula-Alencar un plaidoyer en ‘défense de la tactique du front unique anti-impérialiste’ ». La mauvaise foi de la direction du GB atteint ici des proportions sidérantes : elle sait parfaitement que l’alliance Lula-Alencar n’est absolument pas pour nous un cas de tactique de front unique anti-impérialiste ; elle sait parfaitement que nous avons condamné clairement ce front populaire dès le premier numéro de notre journal[6] (ainsi que dans les numéros 3 et 8).

C’est manifestement de manière délibérée que la direction du GB fait semblant de confondre la tactique du FUA avec la stratégie contre-révolutionnaire du front populaire, pour l’opposer artificiellement à la stratégie trotskyste de la révolution permanente. Elle fait semblant de poser la question : « Révolution permanente ou front uni anti-impérialiste ? » Comme si l’on pouvait mettre sur le même plan une orientation programmatique et une tactique ! Autant faire semblant de se demander gravement : « Révolution permanente ou front unique ouvrier ? ». Mais, pour faire passer sa falsification de nos positions, et alors que nous avons parlé expressément de « tactique du FUA », elle fait croire que le FUA serait pour nous une « stratégie » : « Le rejet de fait de la révolution permanente, ose-t-elle écrire, explique l’adoption de la stratégie du front uni anti-impérialiste. » Et de « conclure » ce passage par la phrase suivante : « On comprend l’insistance à voter Lula-Alencar et à ripoliner le schéma sclérosé du front uni anti-impérialiste. » Ce procédé est vraiment scandaleux !

La direction du GB prétend que « le front uni anti-impérialiste (...) a toujours servi à subordonner le prolétariat à la bourgeoisie, au nationalisme bourgeois ». Autant dire (comme le font les gauchistes, bordiguistes, etc.) que la tactique du front unique ouvrier « a toujours servi à subordonner le prolétariat » aux staliniens et aux sociaux-démocrates. De même, rien n’autorise la direction du GB à nous amalgamer avec ceux qui « s’en remettent aux forces petites-bourgeoises et bourgeoises », et se « subordonnent (...) à des courants nationalistes bourgeois ». Sur tous ces points, sur la fonction et les limites de la tactique du FUA, sur le fait qu’elle est subordonnée, comme toute tactique, à la stratégie de la révolution permanente car « toute révolution doit avoir la classe ouvrière à sa tête, même dans les pays arriérés où elle est minoritaire » (lettre du GB, p. 20)... notre contribution était parfaitement claire, et seule la mauvaise foi éhontée propre à la direction du GB peut lui faire dire autre chose que ce qu’elle dit[7].

Enfin, la direction du GB nous reproche de ne pas donner d’exemples de situations où nous préconiserions la tactique du front unique anti-impérialiste. C’est vrai. Mais nous avons écrit clairement dans notre contribution que, selon les circonstances, elle peut et doit être appliquée « dans beaucoup de pays coloniaux et semi-coloniaux (où) la paysannerie, les masses petites bourgeoises et souvent une partie conséquente du prolétariat lui-même font confiance à ces organisations nationalistes petites-bourgeoises justement parce qu’elles se présentent à eux, plus ou moins frauduleusement, comme nationalistes et anti-impérialistes. La tactique du front unique anti-impérialiste est aussi utile et nécessaire dans les pays coloniaux et semi-coloniaux où il existe des organisations nationalistes paysannes ou petites bourgeoises de masse, que celle du front unique ouvrier dans les pays impérialiste et dans tous les pays où il existe des organisations ouvrières-bourgeoises de masse. » Il s’agissait de lancer la discussion sur l’utilité de cette tactique en général. Par exemple, dans les années 1970, la tactique du front unique anti-impérialiste pouvait être appliquée à l’égard de l’OLP qui, par sa lutte contre l’État sioniste, représentait les espoirs de la population palestinienne ; pour faire comprendre aux masses palestiniennes la véritable nature de l’OLP, sa nature bourgeoise et, par là même, la caractère limité , inconséquent et finalement traître de son combat contre Israël, il était certainement utile de frapper avec elle, tout en marchant séparément, en gardant la totale autonomie de l’organisation trotskyste et en dénonçant sa couardise, son alliance avec les bourgeoisies arabes complices d’Israël, etc. De même, aujourd’hui, en Amérique latine, en Asie ou en Afrique, le front uni de l’organisation révolutionnaire avec des syndicats et associations de masse de petits propriétaires paysans ou de petits bourgeois urbains ruinés par l’impérialisme, est certainement envisageable et utile selon les circonstances.

e) On retrouve le procédé de mutilation délibérée de nos citations (l’exemple du Brésil n’est donc nullement un accident) dans l’attaque de la direction du GB contre l’une de nos phrases disant :

« La place essentielle occupée par les syndicats dans les mobilisations et les grèves quotidiennes des travailleurs, en particulier le rôle joué, en France, par la CGT-FO et la CGT dans le puissant mouvement de grèves de novembre-décembre 1995, entraînant des millions de travailleurs contre le plan Juppé, pour la défense de la Sécurité sociale et des régimes spéciaux de retraite, montrent que la situation du syndicalisme n’est pas exactement la même que celle du mouvement ouvrier politique… » (Programme CRI, p. 36.)

La direction du GB commente : « La place essentielle tenue par les bureaucraties syndicales en 1995 se résume ainsi : sauver Chirac-Juppé, faire passer la ‘réforme’ de la Sécurité sociale en se dressant contre la grève générale (…). Mieux vaut ne pas commenter le niveau de conscience dont témoigne là le Groupe CRI. » Sauf que, pour faire croire que nous aurions pour le moins des illusions sur les directions syndicales, elle tronque encore une fois notre propos, qui se poursuit, après deux points de ponctuation (:) dans les termes suivants :

« malgré les multiples trahisons des appareils réformistes et staliniens qui dirigent les syndicats, et qui aggravent de ce fait le déclin du taux de syndicalisation et du nombre de grèves, les syndicats ouvriers continuent d’exercer une influence sur les travailleurs et de contribuer à leur lutte de classe, bien au-delà du cercle restreint des syndiqués. Le déclin des syndicats ne signifie pas d’abord le déclin en leur sein du poids relatif des appareils traîtres, réformistes et staliniens, mais le déclin des organisations qui constituent la classe ouvrière comme classe, qui lui appartiennent donc même si les bureaucrates s’efforcent de les accaparer. (…) Les militants communistes révolutionnaires internationalistes participent activement à la construction des syndicats de masse. En aucun cas ils ne les abandonnent aux bureaucrates. » (Ibid.)

Pourquoi n’avoir pas cité ce passage, sinon pour essayer de faire passer en fraude une accusation injustifiée ? Pourquoi n’avoir pas eu l’honnêteté de renvoyer au numéro 5-6 de notre journal, où tout un passage est consacré à la trahison par les dirigeants syndicaux de la montée vers la grève générale de 1995 ? Pourquoi faire semblant de confondre la direction de syndicats et la masse de leurs militants et adhérents ?[8]

f) Mais voici encore un exemple de déformation de nos positions par mutilation de citation, qui prouve qu’il s’agit décidément, pour la direction du GB, d’une véritable « méthode » délibérément utilisée. Ce cas se trouve cette fois dans la mauvaise polémique de la direction du GB contre nos positions sur la Palestine. Prenons-la dans l’ordre de son développement :

La direction du GB écrit qu’elle « considère que ce mot d’ordre démocratique [d’Assemblée constituante] peut encore garder un sens révolutionnaire pour la Palestine », qu’il peut constituer « un levier pour unifier le prolétariat juif et arabe, contre l’État colonial d’Israël et les trahisons des directions bourgeoises arabes cléricales ou laïques ». Très bien. Pour notre part, c’est dès le premier numéro de notre journal, en février 2003, que nous avons mis ce mot d’ordre en avant en essayant de lui donner une formulation claire, saisissable pour nos lecteurs : c’est un fait, quand bien même on estimerait maladroites nos formulations. En revanche, le GB n’a mis ce mot d’ordre en avant ni dans l’article éditorial du premier numéro de son journal (février 2002), qui évoque pourtant la question palestinienne dans son titre et dans son contenu (cf. pp. 1 et 3-4), ni dans l’article spécialement consacré à la Palestine dans le n°4 (juin 2002, p. 24). À notre connaissance, ce n’est que dans sa déclaration sur l’Argentine d’avril 2002 et dans son journal de juin 2003 (p. 42) que ce mot d’ordre est évoqué par le GB … mais seulement en passant, sans y insister, sans lui donner une réelle importance. À partir de là, nous sommes tout à fait prêts à discuter de la manière dont nous avons formulé ce mot d’ordre, mais force est de constater que le GB n’est certainement pas le mieux placé pour nous donner des leçons sur ce point.

Mais, après tout, là n’est pas le principal problème : le principal problème, c’est que, une fois de plus, la direction du GB déforme nos positions clairement formulées — fussent-elles, encore une fois, discutables. Pour notre part, nous avons essayé de combiner le mot d’ordre de Constituante (nécessaire pour tracer l’objectif de l’unité des travailleurs arabes et juifs sur tout le territoire de la Palestine) et la stratégie de la révolution permanente (mot d’ordre transitoire de « gouvernement d’unité des organisations ouvrières et populaires arabes et juives non sionistes », dont la fonction est de prévenir immédiatement les masses qu’on ne peut compter sur un gouvernement bourgeois pour convoquer une Constituante). Voici notre formule, citée par la direction du GB : « Gouvernement d’unité des organisations ouvrières et populaires arabes et juives non sionistes chargé de préparer et de convoquer une Assemblée constituante souveraine réunissant les délégués élus, mandatés et révocables des travailleurs juifs et arabes qui décidera de la forme et du contenu de la République palestinienne ! » (Le Cri des travailleurs n°1, février 2003 ; cf. aussi l’article paru dans les numéro 5-6 et 9, que la direction du GB n’évoque pas.) La direction du GB accuse cette formule d’être confuse... mais lui fait dire autre chose que ce qu’elle dit : elle prétend que nous aurions parlé d’ « un gouvernement non ouvrier chargé de convoquer une constituante (…) ». Puis la direction du GB nous reproche de donner à cette Constituante une « physionomie de Soviet ». Ce n’est pas faux, nous l’assumons : encore une fois, autant le mot d’ordre de Constituante est nécessaire pour réaliser l’unité des travailleurs juifs et arabes de Palestine, autant l’organisation trotskyste ne peut laisser planer de doute sur le fait que la convocation de cette Constituante ne peut être le fait que d’un gouvernement de rupture avec la bourgeoisie et ne peut qu’ouvrir une période posant immédiatement la question des soviets.

Mais que propose le GB quant à lui ? Dans son article consacré à la Palestine, paru dans le n°4 de son journal, il nous dit successivement que « la seule solution, c’est l’édification d’un État laïque sur tout le territoire de la Palestine » (mot d’ordre qui laisse indéterminé le contenu de classe de cet État) et que « la fusion de leurs forces [celles des « prolétaires arabes et juifs »] est nécessaire pour édifier un État ouvrier garantissant leurs droits ». Vous avez dit « méli-mélo » ?

En fait, ici comme ailleurs, ce qui intéresse la direction du GB, ce n’est pas de discuter pour élaborer la meilleure orientation politique possible, mais c’est de se livrer à des attaques gratuites et ridicules. Ainsi ne voit-elle aucune contradiction entre sa critique de la « physionomie de Soviet » de la Constituante dont nous parlons, d’une part, et son attaque sans fondement selon laquelle, pour le Groupe CRI, « la constituante n’est pas un moyen mais une fin » ! Le seul but de la direction du GB est de faire croire que nous serions des « démocrates », et de suggérer finalement un nouvel amalgame, cette fois entre nous et les lambertistes[9] : elle nous accuse de « passer pudiquement sur l’insurrection, la prise du pouvoir, le renversement de l’État bourgeois et de ses institutions et rester joliment sur une ligne de la démocratie jusqu’à la fin du conte de fées ». Et de citer le chapitre du Programme de transition qui est consacré au surgissement des soviets ! Vraiment, la direction du GB est-elle sérieuse ? La discussion porte sur la question des mots d’ordre de transition… et elle nous sort de son chapeau la prise du pouvoir par les soviets ! Faut-il conclure que, selon la direction du GB, pour être catalogué comme opportuniste il suffit de ne pas parler dans chaque article des soviets, de l’insurrection et de la prise du pouvoir ? Ça c’est de la stratégie révolutionnaire ![10]

C’est alors que, dans son vain acharnement pour nous présenter comme des démocrates effrayés par la révolution, la direction du GB n’hésite pas à recourir une nouvelle fois à la « méthode » de la mutilation délibéré de citations. Voici le passage de notre contribution qu’elle cite, au sujet du mot d’ordre d’Assemblée constituante palestinienne :

« […] c’est là un mot d’ordre indispensable [… pour que les masses] comprennent que la seule solution pour en finir avec la spirale de la violence sioniste est la substitution à l’État sioniste lui-même d’une République… » (La direction du GB met en gras le mot « substitution » pour nous accuser ensuite de faire « un tour de passe-passe » en n’indiquant pas comment se fe