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Groupe CRI
Paris, le 16 mars 2004
Communiste
Révolutionnaire
Internationaliste
QUE CHERCHE LE GROUPE BOLCHEVIK ?
Camarades,
Votre lettre du 11
février nous a consternés. À vrai dire, l’absence de réponse de votre part
pendant plus de quatre mois, contradictoire avec votre volonté affichée de
mettre au centre de votre orientation la préparation de la conférence
internationale, nous avait déjà fait craindre que vous ne refusiez la
discussion. De fait, le « retard » de votre lettre n’était que le
signe annonciateur de son contenu : on peut résumer celui-ci en disant que
vous refusez de discuter sérieusement les problèmes politiques que nous avons
soulevés dans notre contribution du 27 septembre 2003. En effet, au-delà de sa
grande faiblesse argumentative (ce qui ne serait évidemment pas en soi
rédhibitoire, même pour des gens qui se réclament de la méthode rationnelle du
marxisme), votre lettre témoigne d’un bout à l’autre d’une incroyable mauvaise
foi, notamment par l’usage de procédés intolérables dans le cadre d’une
discussion politique digne de ce nom entre groupes trotskystes — et que nous
n’avions retrouvés chez personne d’autre depuis la pénible époque de nos
échanges avec les dirigeants lambertistes (lors de notre tentative de susciter
une discussion politique de fond au sein du CCI-PT avant d’en être exclus de
façon bureaucratique pour cette raison même).
L’objet de la présente
lettre est de mettre en évidence, de la manière la plus précise possible, patiemment,
point par point, les procédés utilisés par la direction du GB pour refuser et
empêcher la discussion, pour éviter l’argumentation sérieuse, rationnelle et
réellement marxiste. Ainsi, comme nous allons le démontrer,
1.
Au lieu d’accepter le terrain d’une discussion politique sérieuse et
fraternelle, elle accuse le Groupe CRI de « ruser (et
de) manœuvrer » ;
2.
Elle accuse mensongèrement le Groupe CRI de recourir au procédé de la fausse citation ;
3.
Elle substitue à la discussion sérieuse la pratique systématique de l’amalgame
du Groupe CRI avec toute une série d’ennemis du marxisme et du
trotskysme ;
4.
Elle attribue au Groupe CRI des positions qui ne sont pas les siennes et
tronque à plusieurs reprises les citations qu’elle fait de nos textes ;
5.
Elle substitue la pratique systématique de la citation d’autorité découpée et
détachée de son contexte à l’argumentation rationnelle ;
6.
Dans un but grossier de « clivage », elle se livre à des attaques
personnelles contre un militant du Groupe CRI, et use d’un paternalisme
prétentieux pour les autres ;
7.
Elle refuse la discussion sérieuse sur les forces productives, montrant
notamment qu’elle n’a étudié sérieusement ni nos textes sur la question, ni
même Le Capital de Marx ;
8. Elle refuse la discussion sérieuse sur la crise du
mouvement ouvrier et de la conscience de classe aujourd’hui ;
9.
Elle attaque sans arguments sérieux l’activité du Groupe CRI dans les
syndicats ;
10.
Elle refuse la discussion sérieuse sur l’orientation en France (deuxième tour
des présidentielles de 2002, montée vers la grève générale de 2003)
11.
Elle refuse la discussion sur l’argentinazo.
Disons-le : face
à de pareils procédés, nous avons hésité avant de prendre la décision de
répondre au GB. Car, manifestement, la direction du GB a voulu aller à la
rupture avec le Groupe CRI ; elle a voulu biaiser et empêcher la
discussion pour briser nos relations ; en particulier, elle a cherché de
façon flagrante à débarrasser la phase de préparation de la conférence
internationale d’un partenaire trop gênant à son goût : elle a voulu
« cliver » de façon sectaire pour nous mettre hors-jeu.
Mais nous en avons vu d’autres. Il ne sera pas dit que nous acceptions le fait accompli. Prenant nos responsabilités, nous opposons à cette tentative évidente de la direction du GB d’aller à la rupture avec le Groupe CRI, notre volonté inébranlable de discuter sérieusement. En faisant l’effort de démontrer et de prouver de manière extrêmement précise, point par point, la manière inacceptable dont procède la lettre du 11 février, nous parions sur le fait que les différents groupes associés à la préparation de la conférence internationale et les militants du GB — y compris, nous l’espérons, les membres de la « CC du GB », signataire de la lettre — saurons en prendre conscience et réagir positivement en conséquence.
1. Au lieu d’accepter le terrain d’une
discussion politique sérieuse et fraternelle, la direction du GB accuse le
Groupe CRI de « ruser (et de)
manœuvrer »...
L’un
des axes majeurs de la direction du GB est d’accuser le Groupe CRI d’avoir
essayé, dans sa contribution du 27 septembre, de « ruser (et) manœuvrer » avec les organisations
signataires de l’appel à la conférence. Sur quoi s’appuie-t-elle pour faire des
accusations aussi graves ? Elle procède de la façon suivante :
a)
D’abord, elle prétend que « le Groupe CRI « déclare son adhésion à l’Appel
pour une Conférence internationale des trotskystes principiels et des
organisations ouvrières révolutionnaires » ;
b)
Ensuite, elle suggère que cet « accord
proclamé » dissimule une série de désaccords bien plus nombreux que
les points d’accord — la preuve étant, apparemment, la quantité de pages respectivement
consacrées aux uns et aux autres ! « La
contribution du Groupe CRI, écrit la direction du GB, est ainsi composée : un accord en deux paragraphes, suivis de
dix pages pour développer les désaccords avec le texte du
Collectif » ;
c)
enfin, croyant manifestement avoir longuement démasqué les « ruses et
manœuvres » du Groupe CRI, la direction du GB nous adresse une sommation
solennelle : « L’avant-garde a besoin
de clarté, pas de confusion. Relisez l’Appel : soit vous êtes en désaccord
fondamental avec lui et il faut le dire, sans ruser ni manœuvrer ; soit
vous constatez qu’il résume les principales leçons des grands événements de la
lutte des classes mondiales, qu’il définit l’orientation nécessaire à la
construction du parti communiste, révolutionnaire, internationaliste. Et il
faut en tirer sérieusement les conséquences (...). »
Manifestement,
ou bien la direction du GB ne comprend pas, ou bien elle fait semblant de ne
pas comprendre ce que nous avons écrit très clairement dans notre contribution
du 27 septembre. Elle s’enferme dans une opposition binaire entre « être
d’accord » et « n’être pas d’accord ». Prisonnier de ce schéma
simpliste, prédialectique, elle semble incapable de comprendre que l’on puisse
être à la fois « d’accord »
et « pas d’accord ». Il nous faut donc répéter ce que nous avons déjà
écrit très clairement :
- D’une part, nous
sommes d’accord avec « les motivations
des organisations qui ont rédigé et signé » l’appel[1],
et nous redisons que « ces éléments
(correctement précisés par la suite dans plusieurs points de l’appel) sont fondamentaux, ils constituent les bases
trotskystes rendant possible et
nécessaire la discussion ». Nous répétons aussi que, « en conséquence, le Groupe CRI
partage l’objectif de la conférence
internationale : ‘empêcher que le drapeau du trotskysme et du marxisme
révolutionnaire reste entre les mains de ces usurpateurs et imposteurs,
regrouper les rangs dispersés des internationalistes révolutionnaires,
combattre pour mettre sur pied des partis léninistes de combat, les doter d’un
centre international’. Il est donc
d’accord pour dire que ‘le regroupement des forces saines du mouvement
ouvrier et en particulier de ceux qui se revendiquent de la continuité du
trotskysme et de la IVe Internationale est indispensable’. Il demande dès lors à participer à la ‘conférence internationale
pour avancer dans la mise sur pied d’un Centre international du marxisme
révolutionnaire’, et à sa
préparation. »
-
Mais, d’autre part, « le Groupe CRI
n’est pas convaincu à ce stade que, dans son état actuel, le texte proposé
soit suffisamment clair et précis
pour faire réellement avancer la discussion. En effet, au-delà d’un certain
nombre de rappels certes tout à fait essentiels, mais néanmoins fort généraux,
avec lesquels les trotskystes authentiques ne peuvent qu’être d’accord, il est douteux que ce texte permette de se
diriger concrètement vers l’élaboration d’une stratégie générale et d’une orientation
pratique dans la lutte de classe qui puissent devenir communes aux
différentes organisations parties prenantes de cette conférence. C’est
pourquoi, dans le souci de commencer immédiatement la discussion de fond, la
présente contribution s’arrêtera en priorité sur les points de l’appel qui
semblent insuffisants, confus ou
erronés. »
Nous
maintenons ces formulations telles quelles. Il en ressort clairement que nous
ne sommes ni « d’accord »
purement et simplement avec le texte de l’Appel — notamment parce que,
précisément, nous ne pensons pas que, en raison de son haut degré de généralité
et d’abstraction, il « définisse »
de façon suffisamment précise et claire
« l’orientation nécessaire à la construction du parti communiste,
révolutionnaire, internationaliste » (pour reprendre les termes
de la lettre du GB, p. 29) ; ni « pas
d’accord » purement et simplement — puisque nous partageons les motivations des initiateurs, l’objectif de la conférence et un certain nombre de leurs positions que
nous estimons « fondamentales »,
que nous caractérisons comme « bases
trotskystes rendant possible et nécessaire la discussion ».
La
direction du GB est-elle réellement incapable de comprendre cette
position ? Est-elle réellement incapable de faire preuve d’une compréhension
dialectique ou du moins nuancée des choses ? Ou fait-elle plutôt semblant de ne pas comprendre... dans le
seul et unique objectif de nous présenter comme des gens qui essaient « de ruser (et de)
manœuvrer » ?
2.
La direction du GB accuse mensongèrement le Groupe CRI de recourir au procédé
de la fausse citation
Dans notre
contribution du 27 septembre, p. 2, nous avons écrit la phrase suivante :
Il
est indispensable, pour qui veut progresser dans la construction du parti
marxiste, de rompre définitivement avec les mythes et les fantasmes sur la
« décadence du capitalisme » et le non-développement des forces
productives.
La direction du GB
cite ce passage de la façon suivante (p. 2) :
Il est
indispensable, pour qui veut progresser dans la construction du parti marxiste,
de rompre définitivement avec les mythes et les fantasmes sur la
« décadence du capitalisme » et le « non-développement des
forces productives ». (Contribution
CRI, p. 2)
Et la direction du GB
commente dans les termes suivants :
Le
critique de l’Appel a inventé la citation du « non-développement des forces productives ». L’Appel
n’emploie pas cette expression.
On le voit (et on peut
le vérifier en reprenant les textes originaux), la direction du GB se livre à
une accusation gratuite : dans notre contribution du 27 février, toutes
les citations de l’Appel à la conférence internationale figurent à la fois entre guillemets et en italiques.
Or l’expression en question de « non-développement des forces
productives » ne se trouve ni en italiques, ni entre guillemets :
c’est la direction du GB qui se permet
d’ajouter les guillemets… puis qui
nous accuse d’ « inventer la citation » !
Là encore, s’agit-il
d’une incapacité réelle à lire et à citer un texte... ou d’une tentative
caractérisée pour jeter le discrédit, au détour d’une phrase, l’air de rien,
sur le Groupe CRI — ou sur l’un de ses membres (« le critique de l’Appel »), selon une
« méthode » de « personnalisation » sur laquelle nous
reviendrons ? S’agit-il, là encore, d’autre chose que de faire croire que
le Groupe CRI n’hésiterait pas à falsifier les citations quand bon lui semble
— sachant que, s’il le faisait une fois, il n’y aurait évidemment pas
de raisons qu’il s’en prive d’autres fois ? En d’autres termes, s’agit-il
d’autre chose que d’essayer de jeter la suspicion sur le Groupe CRI, dans la
continuité de l’accusation selon laquelle il aurait recours à la
« ruse » et aux « manœuvres » ?
Du reste, quant au
fond, la direction du GB pense-t-elle, oui ou non, que le capitalisme ne permet
plus le développement des forces productives ? Si elle le pense, pourquoi
chercher à nous attaquer sur la formulation que nous avons utilisée
(« non-développement des forces productives ») pour résumer la position des groupes
initiateurs de l’appel à la conférence internationale ? — Or, de
fait, elle le pense : elle nous reproche expressément de soutenir que « le capitalisme n’est pas en
déclin » (lettre du GB, p. 24) et que « le capitalisme permet(te) toujours le développement des forces
productives » (p. 3). Nous y reviendrons…
3. La direction du GB substitue à la
discussion sérieuse la pratique systématique de l’amalgame du Groupe CRI avec
toute une série d’ennemis du marxisme et du trotskysme
Au lieu de réfuter les
positions réellement défendues par le CRI, la direction du GB procède par
amalgame. Voici les exemples les plus graves :
a) Constatant que,
pour nous, le capitalisme continue de développer les forces productives, elle
nous accuse carrément de « renouer
avec le premier révisionnisme de la fin du 19e siècle au sein du SPD
et de la 2e Internationale », celui de Bernstein. Accusation purement gratuite que la direction du GB ne
prend même pas la peine de démontrer, se contentant d’une petite citation de
Bernstein — qui d’ailleurs, coupée de son contexte, est susceptible de
plusieurs interprétations indécidables. On est en droit de se demander si le GB
est une organisation sérieuse. Dans ce cas, qu’il fasse un exposé clair et
précis de la théorie de Bernstein, suivi de sa réfutation et enfin de la mise
en évidence de l’identité de nature entre cette théorie et ce que dit le Groupe
CRI. D’un point de vue méthodologique, tout le reste ne vaut rien. Mais est-ce
la théorie et la méthode qui intéressent ici la direction du GB... ou s’agit-il
pour elle uniquement de substituer à l’argumentation l’amalgame
diffamatoire ?
b)
Selon nous, la crise de la direction révolutionnaire, parce qu’elle n’a pas été
résolue, a conduit non seulement à de grandes défaites du prolétariat et de ses
mobilisations révolutionnaires depuis les années 1930, mais encore à la crise
du mouvement ouvrier organisé lui-même, notamment depuis les années 1980 (ce
point est développé dans nos textes, notamment dans notre Projet de programme CRI). Bien sûr, cette appréciation de la
situation peut se discuter fraternellement, sur la base des faits. Mais tel
n’est pas l’objectif du GB, qui substitue l’amalgame à la discussion et à la
réfutation. — Passons sur son opposition formelle, mécanique, entre « crise de direction » et « crise de conscience de classe »
(p. 1) : la direction du GB ne comprend pas ou fait semblant de ne pas
comprendre que, pour nous, comme pour Marx et tous les marxistes, le
développement de la conscience de classe en général, donc la résolution de la
crise contemporaine de la conscience de classe en particulier, ne peut être
résolue que dans et par le développement du parti marxiste révolutionnaire,
donc dans et par la construction d’une nouvelle direction. Elle écrit ainsi, à
propos d’une de nos formulations pourtant très simple: « Derrière
la sophistication du propos, on reconnaît l’antienne grossière des bureaucrates
et des appareils contre-révolutionnaires : les défaites, c’est la faute
aux travailleurs. » Là encore, au lieu d’essayer de comprendre notre
position et de la discuter, la direction du GB semble surtout chercher à
discréditer le groupe CRI en lui attribuant une position qui n’est pas la
sienne, et qui est même directement contradictoire avec toute sa politique.
c) À plusieurs
reprises, la direction du GB cite de minuscules passages extraits de l’un ou
l’autre des deux textes écrits par un camarade du Groupe CRI pour critiquer un
livre de Daniel Gluckstein, dirigeant de l’organisation lambertiste, et
auxquels il était fait référence dans notre contribution du 27 septembre. La
citation par la direction du GB de ces phrases, bien sûr découpées
soigneusement de leur contexte, n’a pas pour but de nourrir une discussions
sérieuse sur ces textes, mais d’ « étayer » de nouveaux amalgames. En
particulier, est cité le passage suivant : « La pression écrasante de la spéculation et du parasitisme […]
impose au capital productif des conditions drastiques pour sa
valorisation. » Et la direction du GB commente : « Affirmer que le parasitisme et la
finance gangrènent l’activité productive, sans dire qu’ils sont eux-mêmes le
résultat de la production capitaliste, donne au Groupe CRI des airs réformistes
de type PCF, PS, FO et ATTAC, à la recherche d’un bon capitalisme
productif. » Toute personne ayant lu, même en diagonale, les textes du
camarade Wolfgang contre Daniel Gluckstein sait évidemment que l’un des axes de
la polémique est précisément la réfutation de l’idée selon laquelle la
spéculation financière serait une force autonome dévorant l’économie réelle.
Prendre un bout de phrase pour faire endosser à son auteur une
« théorie » qui est à l’opposé de ce qu’il a démontré sur plusieurs
dizaines de pages, c’est vraiment se moquer du monde ! N’empêche que cela
fait toujours un amalgame diffamatoire de plus.
d)
Exactement de la même manière, la direction du GB essaie aussi de nous
amalgamer politiquement avec l’organisation lambertiste. Elle
« fonde » cette accusation en nous reprochant de « participe(r) à la confusion ambiante en rangeant la direction
révolutionnaire dans la catégorie plus générale des ‘organisations
ouvrières indépendantes’ »… sous
prétexte que nous avons écrit, au sujet de l’Argentine : « En raison du sang-froid et de
l’expérience de la bourgeoisie, en raison de la puissance de la bureaucratie
péroniste à son service et faute de disposer d’organisations ouvrières
indépendantes et en particulier d’une direction révolutionnaire, la
mobilisation n’est pas allée plus loin, et elle a finalement été défaite de
manière globalement pacifique, notamment par le recours aux urnes ».
La direction du GB se paie de mots. Prétendre voir dans cette phrase une
reprise de l’idéologie lambertiste qui fait de FO un syndicat indépendant,
c’est vraiment de la mauvaise foi. Il nous faut donc rétablir la vérité, en
rappelant ce que nous avons écrit par exemple dans Le Cri des travailleurs n°5-6 de juin-juillet 2003, où nous
avons consacré plusieurs pages à
dénoncer l’orientation des lambertistes couvrant l’appareil de FO contre la
grève générale. Au sujet d’une phrase de Lambert sur la défense de « l’indépendance »
des organisations syndicales, nous écrivions : « Autrement dit, aujourd’hui, à l’époque de l’impérialisme,
contrairement à ce que pensaient Lénine et Trotsky, les appareils syndicaux
garantiraient encore l’indépendance des syndicats à l’égard de l’État
bourgeois ! Sous prétexte que les syndicats ne sont, en effet, pas
institutionnellement des rouages de l’État (comme dans les régimes fascistes ou
corporatistes), ils seraient ‘indépendants’ ! Quel ridicule formalisme,
dépourvu de tout contenu politique, consistant à confondre une condition
nécessaire avec une condition suffisante ! Les réformistes, ralliés corps et
âme au système capitaliste et à l’État bourgeois, seraient ‘indépendants’, ou
du moins ils préserveraient encore les ‘bases mêmes’ de tout le mouvement
ouvrier ! Pour le PT, les syndicats réformistes sont ‘indépendants’ tant
qu’ils peuvent négocier. Là s’arrête sa conception politique des syndicats. Et
quand le gouvernement ne veut pas négocier, ‘la démocratie est en danger’…
C’est exactement ce que disent Thibault et Blondel. »[2]
— Ainsi, dans sa recherche enragée d’amalgames, la direction du GB en
arrive à traquer l’opportunisme sous la moindre virgule… et n’hésite pas à
faire dire à la moindre expression autre chose que ce qu’elle dit ; si elle
avait réellement voulu discuter sérieusement les positions réelles du Groupe
CRI, elle serait allée lire attentivement ses publications avant de porter
contre lui des accusations aussi ridicules.
e) Mais un des
amalgames le plus grotesques auxquels se livre la direction du GB est le
suivant : « Le radicalisme
anti-réformiste du CRI, écrit-elle,
n’est que de façade, il est d’ailleurs partagé par tous les centristes de
droite français ainsi que leurs petits clones (Combat, GR, Groupe La
Commune…) : la LCR, à son premier congrès, en 1969, avait déjà découvert
que le PS-SFIO était un simple parti bourgeois ; LO et le PT disent la
même chose. Mais, à y regarder de plus près, tous partagent la valorisation des
traîtres qui ont été liés à l’appareil du Kremlin par rapport aux traîtres
social-démocrates. Il n’est pas sûr que la contribution ne souffre pas du même
travers. » — Bref, ce n’est « pas sûr »... mais on le dit
quand même ! Hein, pourquoi se gêner, au point où on en est ? Un
amalgame « pas sûr » de plus, cela ne peut pas faire de
mal quand on n’a pas d’autre objectif que de discréditer son adversaire
sans argumenter ! Là encore, peut-on qualifier ce procédé autrement que de
lamentable ? — De fait, les deux phrases de notre contribution du 27
septembre citées par la direction du GB pour « prouver » qu’ « il n’est pas sûr que la contribution
ne souffre pas » d’une « valorisation
des traîtres qui ont été liés à l’appareil du Kremlin », ne suggèrent
absolument pas une telle attitude de notre part. Elles disent simplement :
« Les partis communistes se sont
effondrés… La social-démocratie est devenue un des principaux partis de la
bourgeoisie » ; et : « Le
‘stalinisme’, considéré en tant que courant politique organisé, en est à la
phase ultime de sa décomposition… La social-démocratie classique cesse d’être
une force ouvrière-bourgeoise et devient purement et simplement
bourgeoise. » Il faut vraiment être d’une très, très grande mauvaise
foi pour voir dans ces phrases une valorisation du stalinisme ! (Notons
que cette accusation gratuite et fausse n’est pas isolée, mais sera reprise par
la direction du GB p. 9, in fine.)
f) Mais la direction
du GB ne s’arrête pas en si bon chemin. Après avoir inventé l’amalgame
« pas sûr », elle n’hésite pas à inventer l’amalgame virtuel ! Constatant que le Groupe
CRI (dans sa majorité) caractérise le mode de production de l’URSS comme
« collectivisme bureaucratique », elle n’hésite pas à prédire que
cette position, dans laquelle elle croit reconnaître le nom de celle de Burnham
et de Schachtmann, ne peut que
conduire le Groupe CRI aux positions pro-impérialistes que ces
derniers finirent pas soutenir ! La direction du GB se demande
gravement : « Où va l’auteur de
la « contribution » ? Où ces positions risquent-elles de
conduire le Groupe CRI ? » Elle brave ainsi le ridicule en jouant
la diseuse de bonne aventure ! Car enfin, faut-il lui vraiment prendre la
peine de lui rétorquer que, avec ce genre d’arguments, on pourrait tout aussi
bien « prédire » que le GB va rejoindre les positions de Pablo, de
Mandel, de Lambert et de Moreno, puisque
tous ces gens-là étaient et sont d’accord avec lui pour caractériser l’URSS
comme un « État ouvrier dégénéré » ? L’argument serait
évidemment ridicule ; celui du GB ne l’est-il pas ?
La direction du GB a
la gentillesse de nous informer sur l’existence de Burnham, de Schachtmann et
de Cliff. Ne lui demandons pas d’argumenter et de réfuter ces auteurs, ou du
moins le troisième, si elle considère que Trotsky a réglé leur compte aux deux
premiers. Ne lui demandons pas non plus de s’intéresser en outre à la
conception que Bordiga se faisait de l’URSS, à celle des « communistes
conseillistes » ou à celle du Castoriadis des années 1950 : la
direction du GB a des certitudes, et un garant pour ces certitudes, qui
s’appelle Léon Trotsky ; pourquoi diable aurait-elle besoin en outre de
faire des arguments et de se cultiver ? La science infuse ne se diffuse
pas ! Et surtout… la pratique de l’amalgame est tellement plus
facile que la lecture de tous ces auteurs !
À partir de là, peu
importe à la direction du GB que le Groupe CRI (en sa majorité) réserve le
concept de « collectivisme bureaucratique » à l’URSS, à la Chine et
aux pays de l’Est de l’Europe, à l’exclusion des pays capitalistes, se
distinguant ainsi à la fois de Burnham et de Cliff. Peu importe que le
Groupe CRI ait écrit expressément, dans la contribution du 27 septembre, qu’il « est d’accord pour se prononcer
inconditionnellement pour la défaite de l’impérialisme en cas d’attaque contre
ces États [fondés sur le collectivisme bureaucratique] ; car, d’une
part, toute défaite de l’impérialisme ne peut que renforcer la lutte
internationale du prolétariat et des peuples opprimés et, d’autre part,
l’indépendance nationale réelle, la nationalisation des moyens de production,
le monopole du commerce extérieur, le plein emploi, etc. sont en eux-mêmes,
dans la mesure du moins où ils subsistent (c’est-à-dire de moins en moins) des
acquis pour le prolétariat et les peuples. Il est donc nécessaire de se
prononcer contre la restauration capitaliste, contre la pénétration
impérialiste, pour la défense des nationalisations, pour la préservation ou le
rétablissement du monopole du commerce extérieur et pour la défense de tous les
acquis que les masses ont arrachés par la révolution nationale — qui a
évidemment inclus un certain nombre d’aspects sociaux, ne serait-ce que pour
assurer l’assise populaire et la stabilité des nouveaux régimes bureaucratiques
partiellement et temporairement anti-impérialistes. » — Non, tout
cela n’intéresse pas la direction du GB, elle le passe sous silence, car tenir
compte de ce point l’obligerait à renoncer à ses amalgames et à argumenter, à
discuter sérieusement ; mais précisément, ce que montre, ici comme
ailleurs, l’attitude contraire de la direction du GB, c’est qu’elle ne poursuit
absolument pas cet objectif !
Pour sa part, le
Groupe CRI estime nécessaire d’avoir une attitude sérieuse à l’égard des
questions sérieuses. Sa faiblesse et la hiérarchisation de ses tâches ne lui
permettent pas de trouver le temps de mener des études approfondies sur
l’ensemble des questions importantes qui se posent à lui. Sur la question de
l’URSS, les lectures que nous avons faites nous ont conduits à contester la
validité de l’analyse de Trotsky pour l’URSS à partir des années 1930 et a fortiori pour la Chine et les pays de
l’Est. Écrire une contribution sur ce point fait partie de nos objectifs. Selon
nous, l’état actuel de la lutte de classe internationale ne rend pas urgent de
trancher cette question, d’autant que, pour ce qui est de la défense contre
l’impérialisme des acquis existant en Chine, en Corée du Nord et à Cuba
(notamment l’étatisation des moyens de production), nous sommes, encore une
fois, d’accord avec les groupes trotskystes qui reprennent sur ce point la
position traditionnelle de Trotsky... et notamment avec les mots d’ordre qui
figurent à la fin de la brochure du GB consacrée à la Chine (repris dans sa
lettre du 11 février). Dans ces conditions, faire aujourd’hui de cette question
une question de clivage, c’est témoigner d’un sectarisme vain — surtout,
encore une fois, si c’est en se contentant d’idolâtrer ce qu’a dit Trotsky sans
tenir compte des arguments de ses contradicteurs et en analysant mal les
événements historiques de l’après Seconde Guerre mondiale.
g) Mais laissons la
direction du GB résumer elle-même ses amalgames : concluant sa lettre,
elle n’hésite pas à nous proposer un inventaire à la Prévert en écrivant que
notre contribution « fait feu de
tout bois, puisant alternativement des ‘phrases du passé’ chez Bernstein,
Kautsky, Bauer, Adler, Gramsci, Burnham, Shachtman, Craipeau, Cliff, Pablo,
Mandel, Althusser, Lambert… Les révisionnismes les plus éculés sont mobilisés
de manière totalement éclectique, pour tenter de minimiser la question du
programme et de ridiculiser ceux qui le défendent. » Ouf ! Tout
cela rien que pour nous, et dans un seul texte ! Vraiment, n’en jetez
plus, c’est trop d’honneurs ! — Mais oui bien sûr, comment ne
l’avions-nous pas remarqué ? Par « contraste », en quelque sorte,
n’est-il pas évident qu’il n’y a au monde que… le GB qui soit
« marxiste », tout simplement ? — Vraiment ? Nous
aurons l’occasion de vérifier sa connaissance de la théorie de Marx. Pour le
moment, signalons simplement à la direction du GB qu’elle nous surestime en
croyant que nous sommes aussi cultivés qu’elle ; en vérité, pour notre part,
nous ne connaissons pas, ou mal, la plupart de ces auteurs ! — Nous
comptons donc sur elle et sur sa vaste culture pour nous faire un brillant exposé
critique et une réfutation en règle de leurs idées respectives : nous
pourrions peut-être inviter les dirigeants du GB pour animer nos
GECR (Groupes d’Études Contre-Révolutionnaires) ?
4. La direction du GB attribue au Groupe
CRI des positions qui ne sont pas les siennes et tronque à plusieurs reprises
les citations qu’elle fait de nos textes
Mais
la direction du GB ne se contente pas d’accusations fausses et d’amalgames
ridicules. Elle a également recours au bon vieux procédé
lamberto-justo-gluscksteinien consistant à attribuer à son adversaire des
positions qui ne sont pas les siennes, allant jusqu’à tronquer de manière
éhontée les citations. Il y a dans la lettre du 11 février plusieurs
exemples ; prenons-en quelques-uns[3] :
a) La direction du GB
prétend que, pour le Groupe CRI, « le
capitalisme peut développer à l’infini les forces productives ». Nous
n’avons jamais écrit cela, c’est une attaque sans fondement (visant là encore à
nous amalgamer avec les tenants de l’idéologie bourgeoise). Nous savons, grâce à
Marx, que, comme toute réalité naturelle ou historique, comme tout mode de
production, le capitalisme finira pas disparaître et, si la planète et l’espèce
humaine lui survivent, qu’il laissera place à un mode de production supérieur
(communisme) ou peut-être inférieur (en cas de catastrophe guerrière ou
écologique généralisée, différents modes de production étant alors possibles
selon ce qu’il restera des forces productives de l’humanité). Ce que nous
disons, en revanche, c’est que, tant que le capitalisme existera, il ne pourra
pas, de manière générale, ne pas
développer les forces productives, car c’est là la base même de son
fonctionnement (la source de la plus-value relative, nous y reviendrons). À
cela, ajoutons trois précisions : si une guerre inter-impérialiste de
portée mondiale intervient, la destruction des forces productives nous ramènera
évidemment des décennies en arrière en ce qui concerne le niveau de
développement de celles qui resteront (si l’humanité survit). D’autre part,
nous ne nions nullement que, pendant des périodes déterminées, le capitalisme
puisse ne pas développer les forces productives et que celles-ci puissent même
régresser : nous avons écrit expressément que tel fut le cas, par exemple,
pendant les années 1930, dans les pays capitalistes développés (il est donc
tout à fait faux, encore une fois, de dire que nous n’avons pas « envisagé un déclin des forces
productives »). Enfin, on peut concevoir toute une période où le
capitalisme détruirait des forces productives autant ou plus qu’il en
produirait de nouvelles (période de guerres, de convulsions économiques
durables…) ; mais la période actuelle n’est absolument pas de cette
nature, de sorte que, aujourd’hui, comme, globalement, depuis la Seconde Guerre
mondiale, les forces productives de l’humanité continuent de croître sous
l’impulsion capitaliste… et croissent même beaucoup plus massivement et
rapidement qu’au cours du XIXe siècle.
b) La direction du GB
prétend également : « Le Groupe
CRI semble estimer que la limite fondamentale du capitalisme est une
insuffisante consommation des masses. » Là encore, dans aucun texte
nous n’avons écrit cela ; au contraire, notre camarade Wolfgang s’est
opposé, dans sa critique du livre de Daniel Gluckstein, à toute explication des
limites du capitalisme par le marché (cf. par exemple sa deuxième contribution,
pp. 58-60). — Par ailleurs, on notera une fois de plus le glissement
auquel procède la direction du GB pour nous attribuer cette position :
elle commence par dire que « le
Groupe CRI semble estimer »…
puis elle nous attribue carrément « une
telle théorie de la sous-consommation » ! Et, comme prise à son
propre jeu, la voici qui se met à expliquer doctement : « Le Groupe CRI estime que ce n’est pas
pour des raisons particulières liées au stade d’évolution du mode de production
capitaliste, mais parce que les marchandises sont utilisées et réparties de
manière injuste, que le capitalisme doit être abattu et il condamne le
capitalisme pour la même raison qu’il était condamné par les socialistes
utopiques dans sa phase concurrentielle, c’est-à-dire des raisons d’injustice
sociale » (p. 4). Et encore : « Le
Groupe CRI se retrouve aux côtés des socialistes utopiques et des économistes
classiques, son analyse du mode de production capitaliste n’est pas marxiste
mais pré-marxiste, et sa révolte envers le capitalisme est basé sur des
questions de répartition et de justice sociale, et non sur l’exigence d’un
développement harmonieux des forces productives » (p. 2). On pourrait
revenir en détail sur chacune de ces formulations, mais ce qui est ici
remarquable, c’est que toutes ces tirades semblent sorties tout droit de
l’imagination de leurs auteurs, elles n’ont absolument aucun fondement textuel
dans les publications du Groupe CRI — bref, on a affaire ici à un cas
caractérisé de « délire interprétatif » — qui, comme tout
« délire », entraîne l’incapacité de ceux qui en sont victimes à s’en
rendre compte ! — Du reste, le caractère complètement arbitraire de
ce passage de la lettre du GB est d’autant plus frappant qu’il coexiste dans le
même texte, sans que ses auteurs s’en aperçoivent, avec l’accusation
directement contraire — et tout aussi dépourvue du moindre fondement objectif
—, selon laquelle on pourrait dire du Groupe CRI ce que Marx dit de Ricardo dans
les Théories sur la plus-value, à
savoir qu’ « il lui est
absolument indifférent que le développement des forces productives tue de la
propriété foncière ou tue des travailleurs » (p. 2) ! Ainsi, à force de vouloir faire feu de
tout bois, la direction du GB en vient-elle à dire tout et son contraire, dans
le seul but de « charger la barque » de ses accusations fausses.
c)
L’exemple concernant la position du Groupe CRI sur le Brésil est
particulièrement intolérable : car, cette fois, la direction du GB va plus loin, elle n’hésite pas à
« fonder » toute son accusation sur une citation qu’elle tronque
délibérément. — Passons sur l’accusation purement gratuite selon
laquelle « la présentation d’un
candidat communiste, révolutionnaire et internationaliste est une question qui
n’intéresse pas le critique du CRI ». Passons également sur les
phrases comme « peu importe le
parti, demain le prolétariat et la paysannerie pauvre résoudront tout seuls le
problème, quand ils seront dessoûlés, quand leurs yeux s’ouvriront. (…) Pour le
rédacteur de la « contribution » signée du Groupe CRI, l’organisation
révolutionnaire ne sert pas à grand chose. Face aux illusions des masses, elle
doit s’aligner sur elles. » Ce ne sont là que quelques-unes des
multiples attaques que compte la lettre du GB, qu’il serait vain d’énumérer
toutes et qui sont dépourvues de tout fondement, comme le prouve la lecture,
même superficielle, de nos publications.
Tenons-nous
ici au fait que la direction du GB nous
accuse ignominieusement de préconiser un soutien au front populaire
Lula-Alencar. Or, pour faire passer cette marchandise falsifiée, elle
n’hésite pas à recourir à la méthode de la citation tronquée. Qu’on en
juge :
-
Voici ce que nous avons écrit dans notre contribution du 27 septembre :
« Pour le Groupe CRI, si le soutien
au programme électoral et au gouvernement de Lula-Alencar est bien une
trahison, l’appel à voter Lula dans un contexte qui n’était nullement
révolutionnaire et dans le cadre du deuxième tour des élections présidentielles
était juste, à condition qu’il s’accompagne bien évidemment d’une exigence de
rupture de l’accord de front populaire avec Alencar. »
- Et voici ce qu’il
reste de cette phrase « citée » par la direction du GB :
« L’appel à voter Lula dans un
contexte qui n’était nullement révolutionnaire était juste… (Contribution CRI,
p. 7) »
Incroyable !
La direction du GB tronque sciemment la « citation » pour faire
croire 1) que nous aurions préconisé de voter pour Lula dès le premier tour
(elle élimine sans le signaler le passage disant expressément : « dans le cadre du deuxième tour des
élections présidentielles ») ; 2) que nous n’aurions pas
caractérisé et dénoncé comme une trahison l’accord de front populaire
Lula-Alencar. S’agit-il d’autre chose que d’une malhonnêteté ignoble et
intolérable ?
À
partir de là, la direction du GB a le front de nous accuser de « reprendre aux staliniens » cette
ligne de front populaire que nous n’avons jamais préconisée. Elle nous accuse
en même temps de défendre la même position que les « organisations brésiliennes moréniste (PSTU) et lambertiste
(O’Trabalho) » (et peu importe si le PSTU a refusé d’appeler à voter
Lula au premier tour, présentant son propre candidat, alors que les
lambertistes ont soutenu Lula dès le premier tour : décidément, la
direction du GB ne sait pas procéder autrement que par amalgames). Sur sa
lancée, la direction du GB ne s’arrête jamais : elle va jusqu’à nous
accuser de « négliger
Alencar », de le réduire à un « détail »,
avant de nous amalgamer encore une fois aux « réformistes et (à) leur flancs-gardes, les révisionnistes du
trotskysme, les liquidateurs pablistes, morénistes et lambertistes de la 4e
internationale »... Tout cela parce que nous avons osé écrire : « Tout le monde savait que les masses
allaient se saisir de cet événement électoral… Tout le monde savait que le
prolétariat et les paysans pauvres allaient massivement voter pour Lula malgré Alencar… » Ainsi la
direction du GB n’hésite-t-elle pas à trouver de l’opportunisme non seulement
dans nos positions, mais encore dans nos diagnostics... fussent-ils
rétrospectifs ! Pour elle, peu importe que, de fait, les masses ouvrières
et paysannes aient voté massivement Lula malgré Alencar (et malgré la
politique menée par le PT dans les municipalités et les États qu’il dirige
depuis des années) : ici comme ailleurs, ce qui compte pour elle, ce n’est pas
la réalité, c’est la recherche par tous les moyens de
« citations » (tronquées au besoin, on l’a vu) lui permettant
d’amalgamer et de calomnier !
Mais ce n’est pas
tout : victime de ses propres « méthodes », la direction du GB
se couvre carrément de ridicule lorsque, comme si elle avait oublié sa petite
opération de mutilation délibérée de la citation, elle se met à nous expliquer
doctement : « Le donneur de
leçons prend ses rêves pour la réalité : au second tour de l’élection
présidentielle, le PT a décidé de présenter une candidature conjointe de Lula
da Silva et de José Alencar, pour la présidence et pour la
vice-présidence. » Suit une caractérisation d’Alencar et de ses
suppôts. Incroyable « méthode » ! D’abord on tronque le passage
de la citation proposant d’appeler à voter Lula sous réserve de l’exigence
indissociable d’une « rupture de
l’accord de front populaire avec Alencar » ; ensuite on se met
dans la position de celui qui fait doctement la leçon sur la nature d’Alencar
et du front populaire en général ! On a beau jeu alors d’expliquer
doctement que « les bolcheviks,
quand ils appellent à voter, malgré
leur programme bourgeois, pour les candidats d’autres partis ouvriers, disent,
pour les démasquer : Rompez avec la bourgeoisie ! Prenez seuls le
pouvoir ! Il s’agit d’une tactique
de front unique ouvrier sur le terrain électoral. »
Enfin, la direction du
GB nous accuse de « considérer avec
beaucoup de détachement » les souffrances subies par les masses à
cause du front populaire. Nous avons
écrit : « Pour qu’ils (les
travailleurs) comprennent la véritable nature de Lula et du PT (parti
ouvrier-bourgeois), il fallait qu’ils fassent leur propre expérience, qu’ils
éprouvent la trahison non par sur le papier, mais dans leur chair ».
La direction du GB fait mine de s’indigner : « Les bolcheviks s’opposent de toutes leurs forces à ce que les
masses payent, ‘dans leur chair’, les
conséquences des trahisons des appareils syndicaux et politiques au service de
la bourgeoisie. » Certes. Mais pourquoi faire un mauvais
procès et faire semblant de ne pas comprendre le sens de cette phrase en
nous accusant d’être partisan du front populaire ? Pourquoi jouer les
vierges effarouchées ? Si la direction du GB préfère citer Trotsky,
retenons ce passage qu’elle est censée connaître, puisqu’il est extrait d’un
texte qu’elle cite par ailleurs (« Classe, parti et direction », in Œuvres, XX, p. 326) : « Le prolétariat peut ‘tolérer’ pendant
longtemps une direction qui a déjà subi une dégénérescence interne totale mais
n’a pas encore eu l’occasion d’exprimer cette dégénérescence dans le cours de
graves événements. Il faut un grand choc historique pour qu’apparaisse
brutalement la contradiction entre la direction et la classe. » Eh
oui, de « graves événements », un « grand choc » !
— Quant à Lénine, il explique lui aussi, dans Le Gauchisme, maladie infantile du communisme (in Œuvres, XXXI, pp. 79-83) que, pour passer au communisme, les
ouvriers doivent d’abord « faire
l’expérience » concrète et pratique de la trahison réformiste
— donc inévitablement, à moins d’être benêt, « dans leur
chair ». Lénine constate que « la
majorité des ouvriers d’Angleterre suit encore les Kérenski ou les Scheidemann
anglais » (c’est-à-dire les travaillistes traîtres) car « elle n’a pas fait encore l’expérience
du gouvernement de ces hommes, expérience qui a été nécessaire à la Russie et à
l’Allemagne pour amener le passage en masse des ouvriers au communisme ».
Il faut « aider la majorité de la
classe ouvrière à se convaincre par sa propre expérience que nous avons raison,
c’est-à-dire que les Henderson et les Snowden ne sont bons à rien, que ce sont
des petits bourgeois perfides ». Dès lors, le rôle des communistes est
d’ « aider la masse ouvrière à
juger le gouvernement Henderson-Snowden [travaillistes] d’après ses
actes ». Par conséquent, ils « doivent
aider les Henderson et les Snowden à vaincre Lloyd George et Churchill réunis
[les libéraux et les conservateurs] ». Et il précise : « Agir autrement, c’est entraver
l’œuvre de la révolution, car si un changement n’intervient pas dans la manière
de voir de la majorité de la classe ouvrière, la révolution est
impossible. » Mais ce changement ne peut se faire par le seul
papier : « Ce changement, c’est
l’expérience politique des masses qui l’amène, et jamais la seule
propagande. » La direction du GB va-t-elle pousser des cris d’orfraie
contre Lénine ? — Précisons d’ailleurs que, à ce moment-là, « une partie des libéraux, tels les
rats d’un navire en perdition, courent rejoindre le Labour Party » et
que les Henderson et Snowden avaient passé une alliance avec « leurs nouveaux amis — ou leurs
nouveaux maîtres — les libéraux passés au Parti travailliste
indépendant ». Néanmoins, quel est, pour les communistes, l’intérêt de
cette tactique consistant à
proposer un bloc avec les travaillistes pour les pousser et les aider à battre
la droite ? « En cas de
victoire de Henderson et de Snowden sur Lloyd George et Churchill, répond
Lénine, la majorité, perdant toute
illusion sur ses chefs, en viendra rapidement à soutenir le communisme (ou en
tout cas à la neutralité et le plus souvent à une neutralité bienveillante à
l’égard des communistes) ». Et, « si
les Henderson et les Snowden refusent de faire bloc avec nous à ces conditions,
nous aurons gagné encore davantage. Car nous aurons d’un seul coupé montré aux
masses (…) que les Henderson font passer
leur intimité avec les capitalistes avant
l’union de tous les ouvriers. Nous aurons gagné du premier coup devant la masse qui (…) sera sympathique à l’union de tous
les ouvriers contre la coalition de Loyd George avec les conservateurs. Nous
aurons gagné du premier coup, car nous aurons démontré aux masses que les
Henderson et les Snowden ont peur de vaincre Lloyd George, de prendre seuls le
pouvoir, qu’ils cherchent à s’assurer secrètement l’appui de Lloyd George qui tend ouvertement la main aux conservateurs contre le Labour Party. »[4]
Il est donc clair que,
sur la question brésilienne, par ses méthodes intolérables, la direction du GB
refuse et empêche la discussion[5].
— Pourtant, tout en ayant une position sur la question et en sachant
évidemment que telle n’était pas celle des initiateurs de la conférence, le
Groupe CRI aurait trouvé tout à fait normal et sain de discuter et de
polémiquer sérieusement avec le GB et les autres groupes initiateurs de la
conférence sur l’opportunité d’appeler ou non à voter Lula au second tour,
étant donné le contexte (c’est-à-dire appeler à voter Lula malgré son programme
bourgeois et en exigeant qu’il rompe avec Alencar, ou appeler au boycott en
dénonçant l’alliance de Lula avec Alencar). Selon nous, en effet, c’était là
une question tactique, à partir du moment où l’on dénonçait clairement le front
populaire et le programme de Lula allié avec Alencar. De même, en France en
1974 ou 1981, c’était une question tactique d’appeler à voter Mitterrand 1) au second tour, 2) malgré l’alliance du PS avec le Parti radical bourgeois et 3) en exigeant la rupture de ce front
populaire et la réalisation du front unique ouvrier (car évidemment, le fait
que, pour des raisons purement techniques — constitutionnelles —, cette
alliance de front populaire, scellée par le « programme commun » pour
les législatives de juin 1981, se soit réalisée sur le nom du premier
secrétaire du PS lors de la présidentielle uninominale de mai — ce fait ne
constitue qu’une différence minime par rapport à la situation brésilienne, où
l’alliance de front populaire s’est manifestée pour la présidentielle
binominale par le ticket Lula-Alencar, il ne change rien au fond et n’empêche
donc nullement la comparaison).
Mais au fait… que disait la direction du GB avant les
élections brésiliennes d’octobre 2002 ? On a beau lire et relire les
différents numéros de son journal (qui publie des articles, mais aussi tous les
tracts édités par le GB), il n’y a rien à faire : force est de constater
que le GB, qui prétend aujourd’hui (ou
au printemps 2003) savoir mieux que personne quelle position il fallait prendre
au moment des élections brésiliennes, n’a pris aucune position avant qu’elles
aient lieu, elle ne s’est même pas
intéressée à cet événement, dont elle n’a rien eu à dire ni dans le numéro 5 de
septembre 2002 de son journal, ni dans le numéro 6 de novembre 2002 !
d) Dans le cadre de
son attaque ignoble sur la question brésilienne, la direction du GB procède à
une déformation délibérée de notre position sur la question du front unique
anti-impérialiste (FUA). En effet, elle fait semblant de confondre la tactique
du FUA — dont nous avons souligné l’utilité avec un certain nombre d’arguments
que la direction du GB refuse d’examiner — avec la stratégie
contre-révolutionnaire du front populaire. Ainsi ose-t-elle nous accuser de « reprendre aux staliniens le ‘front
uni anti-impérialiste’ et ses applications démocratiques bourgeoises comme le
vote Lula-Alencar » ; et elle prétend que « le rédacteur de la contribution du CRI juge nécessaire
d’ajouter à son vote Lula-Alencar un plaidoyer en ‘défense de la tactique
du front unique anti-impérialiste’ ».
La mauvaise foi de la direction du GB atteint ici des proportions
sidérantes : elle sait parfaitement
que l’alliance Lula-Alencar n’est absolument pas pour nous un cas de tactique
de front unique anti-impérialiste ; elle sait parfaitement que nous
avons condamné clairement ce front populaire dès le premier numéro de notre journal[6]
(ainsi que dans les numéros 3 et 8).
C’est manifestement de
manière délibérée que la direction du GB fait semblant de confondre la tactique du FUA avec la stratégie contre-révolutionnaire du
front populaire, pour l’opposer artificiellement à la stratégie trotskyste de
la révolution permanente. Elle fait semblant de poser la question : « Révolution permanente ou front uni
anti-impérialiste ? » Comme si l’on pouvait mettre sur le même
plan une orientation programmatique et une tactique ! Autant faire
semblant de se demander gravement : « Révolution permanente ou front
unique ouvrier ? ». Mais, pour faire passer sa falsification de nos
positions, et alors que nous avons parlé expressément de « tactique du
FUA », elle fait croire que le FUA serait pour nous une
« stratégie » : « Le
rejet de fait de la révolution permanente, ose-t-elle écrire, explique l’adoption de la stratégie du front uni anti-impérialiste. »
Et de « conclure » ce passage par la phrase suivante : « On comprend l’insistance à voter
Lula-Alencar et à ripoliner le schéma sclérosé du front uni
anti-impérialiste. » Ce procédé est vraiment scandaleux !
La direction du GB
prétend que « le front uni
anti-impérialiste (...) a toujours servi à subordonner le prolétariat à la
bourgeoisie, au nationalisme bourgeois ». Autant dire (comme le font
les gauchistes, bordiguistes, etc.) que la tactique du front unique ouvrier
« a toujours servi à subordonner le prolétariat » aux staliniens et
aux sociaux-démocrates. De même, rien n’autorise la direction du GB à nous
amalgamer avec ceux qui « s’en
remettent aux forces petites-bourgeoises et bourgeoises », et se
« subordonnent (...) à des courants nationalistes bourgeois ».
Sur tous ces points, sur la fonction et les limites de la tactique du FUA, sur
le fait qu’elle est subordonnée, comme toute tactique, à la stratégie de la
révolution permanente car « toute
révolution doit avoir la classe ouvrière à sa tête, même dans les pays arriérés
où elle est minoritaire » (lettre du GB, p. 20)... notre contribution
était parfaitement claire, et seule la mauvaise foi éhontée propre à la
direction du GB peut lui faire dire autre chose que ce qu’elle dit[7].
Enfin, la direction du
GB nous reproche de ne pas donner d’exemples de situations où nous
préconiserions la tactique du front unique anti-impérialiste. C’est vrai. Mais
nous avons écrit clairement dans notre contribution que, selon les
circonstances, elle peut et doit être appliquée « dans beaucoup de pays coloniaux et semi-coloniaux (où) la
paysannerie, les masses petites bourgeoises et souvent une partie conséquente
du prolétariat lui-même font confiance à ces organisations nationalistes
petites-bourgeoises justement parce qu’elles se présentent à eux, plus ou moins
frauduleusement, comme nationalistes et anti-impérialistes. La tactique du
front unique anti-impérialiste est aussi utile et nécessaire dans les pays
coloniaux et semi-coloniaux où il existe des organisations nationalistes
paysannes ou petites bourgeoises de masse, que celle du front unique ouvrier
dans les pays impérialiste et dans tous les pays où il existe des organisations
ouvrières-bourgeoises de masse. » Il s’agissait de lancer la
discussion sur l’utilité de cette tactique en général. Par exemple, dans les
années 1970, la tactique du front unique anti-impérialiste pouvait être
appliquée à l’égard de l’OLP qui, par sa lutte contre l’État sioniste,
représentait les espoirs de la population palestinienne ; pour faire
comprendre aux masses palestiniennes la véritable nature de l’OLP, sa nature
bourgeoise et, par là même, la caractère limité , inconséquent et finalement
traître de son combat contre Israël, il était certainement utile de frapper
avec elle, tout en marchant séparément, en gardant la totale autonomie de
l’organisation trotskyste et en dénonçant sa couardise, son alliance avec les
bourgeoisies arabes complices d’Israël, etc. De même, aujourd’hui, en Amérique
latine, en Asie ou en Afrique, le front uni de l’organisation révolutionnaire
avec des syndicats et associations de masse de petits propriétaires paysans ou
de petits bourgeois urbains ruinés par l’impérialisme, est certainement
envisageable et utile selon les circonstances.
e) On retrouve le procédé
de mutilation délibérée de nos citations (l’exemple du Brésil n’est donc
nullement un accident) dans l’attaque de la direction du GB contre l’une de nos
phrases disant :
« La place essentielle occupée par
les syndicats dans les mobilisations et les grèves quotidiennes des
travailleurs, en particulier le rôle joué, en France, par la CGT-FO et la CGT
dans le puissant mouvement de grèves de novembre-décembre 1995, entraînant des
millions de travailleurs contre le plan Juppé, pour la défense de la Sécurité
sociale et des régimes spéciaux de retraite, montrent que la situation du
syndicalisme n’est pas exactement la même que celle du mouvement ouvrier
politique… » (Programme CRI, p. 36.)
La direction du GB
commente : « La place
essentielle tenue par les bureaucraties
syndicales en 1995 se résume ainsi : sauver Chirac-Juppé, faire passer la
‘réforme’ de la Sécurité sociale en se dressant contre la grève générale (…).
Mieux vaut ne pas commenter le niveau de conscience dont témoigne là le Groupe
CRI. » Sauf que, pour faire croire que nous aurions pour le moins des
illusions sur les directions syndicales, elle tronque encore une fois notre
propos, qui se poursuit, après deux points de ponctuation (:) dans les termes
suivants :
« malgré les multiples trahisons des
appareils réformistes et staliniens qui dirigent les syndicats, et qui
aggravent de ce fait le déclin du taux de syndicalisation et du nombre de
grèves, les syndicats ouvriers continuent d’exercer une influence sur les
travailleurs et de contribuer à leur lutte de classe, bien au-delà du cercle
restreint des syndiqués. Le déclin des syndicats ne signifie pas d’abord le
déclin en leur sein du poids relatif des appareils traîtres, réformistes et
staliniens, mais le déclin des organisations qui constituent la classe ouvrière
comme classe, qui lui appartiennent donc même si les bureaucrates s’efforcent
de les accaparer. (…) Les militants communistes révolutionnaires
internationalistes participent activement à la construction des syndicats de
masse. En aucun cas ils ne les abandonnent aux bureaucrates. » (Ibid.)
Pourquoi n’avoir pas
cité ce passage, sinon pour essayer de faire passer en fraude une accusation
injustifiée ? Pourquoi n’avoir pas eu l’honnêteté de renvoyer au numéro
5-6 de notre journal, où tout un passage est consacré à la trahison par les
dirigeants syndicaux de la montée vers la grève générale de 1995 ?
Pourquoi faire semblant de confondre la direction de syndicats et la masse de
leurs militants et adhérents ?[8]
f) Mais voici encore
un exemple de déformation de nos positions par mutilation de citation, qui
prouve qu’il s’agit décidément, pour la direction du GB, d’une véritable
« méthode » délibérément utilisée. Ce cas se trouve cette fois dans
la mauvaise polémique de la direction du GB contre nos positions sur la
Palestine. Prenons-la dans l’ordre de son développement :
La direction du GB
écrit qu’elle « considère que ce mot
d’ordre démocratique [d’Assemblée constituante] peut encore garder un sens
révolutionnaire pour la Palestine », qu’il peut constituer « un levier pour unifier le prolétariat
juif et arabe, contre l’État colonial d’Israël et les trahisons des directions
bourgeoises arabes cléricales ou laïques ». Très bien. Pour notre
part, c’est dès le premier numéro de notre journal, en février 2003, que nous
avons mis ce mot d’ordre en avant en essayant de lui donner une
formulation claire, saisissable pour nos lecteurs : c’est un fait, quand bien
même on estimerait maladroites nos formulations. En revanche, le GB n’a mis ce
mot d’ordre en avant ni dans l’article éditorial du premier numéro de son
journal (février 2002), qui évoque pourtant la question palestinienne dans son
titre et dans son contenu (cf. pp. 1 et 3-4), ni dans l’article spécialement
consacré à la Palestine dans le n°4 (juin 2002, p. 24). À notre connaissance,
ce n’est que dans sa déclaration sur l’Argentine d’avril 2002 et dans son
journal de juin 2003 (p. 42) que ce mot d’ordre est évoqué par le GB … mais
seulement en passant, sans y insister, sans lui donner une réelle importance. À
partir de là, nous sommes tout à fait prêts à discuter de la manière dont nous
avons formulé ce mot d’ordre, mais force est de constater que le GB n’est
certainement pas le mieux placé pour nous donner des leçons sur ce point.
Mais, après tout, là
n’est pas le principal problème : le principal problème, c’est que, une
fois de plus, la direction du GB déforme nos positions clairement formulées
— fussent-elles, encore une fois, discutables. Pour notre part, nous avons
essayé de combiner le mot d’ordre de Constituante (nécessaire pour tracer
l’objectif de l’unité des travailleurs arabes et juifs sur tout le territoire
de la Palestine) et la stratégie de la révolution permanente (mot d’ordre
transitoire de « gouvernement
d’unité des organisations ouvrières et populaires arabes et juives non
sionistes », dont la fonction est de prévenir immédiatement les masses
qu’on ne peut compter sur un gouvernement bourgeois pour convoquer une
Constituante). Voici notre formule, citée par la direction du GB : « Gouvernement d’unité des
organisations ouvrières et populaires arabes et juives non sionistes chargé de
préparer et de convoquer une Assemblée constituante souveraine réunissant les
délégués élus, mandatés et révocables des travailleurs juifs et arabes qui décidera
de la forme et du contenu de la République palestinienne ! » (Le Cri des travailleurs n°1, février
2003 ; cf. aussi l’article paru dans les numéro 5-6 et 9, que la direction
du GB n’évoque pas.) La direction du GB accuse cette formule d’être confuse...
mais lui fait dire autre chose que ce qu’elle dit : elle prétend que nous
aurions parlé d’ « un gouvernement
non ouvrier chargé de convoquer une constituante (…) ». Puis la
direction du GB nous reproche de donner à cette Constituante une « physionomie de Soviet ». Ce
n’est pas faux, nous l’assumons : encore une fois, autant le mot d’ordre
de Constituante est nécessaire pour réaliser l’unité des travailleurs juifs et
arabes de Palestine, autant l’organisation trotskyste ne peut laisser planer de
doute sur le fait que la convocation de cette Constituante ne peut être le fait
que d’un gouvernement de rupture avec la bourgeoisie et ne peut qu’ouvrir une
période posant immédiatement la question des soviets.
Mais que propose le
GB quant à lui ? Dans son article consacré à la Palestine, paru dans
le n°4 de son journal, il nous dit successivement que « la seule solution, c’est l’édification d’un État laïque sur tout
le territoire de la Palestine » (mot d’ordre qui laisse indéterminé le
contenu de classe de cet État) et que « la
fusion de leurs forces [celles des « prolétaires arabes et
juifs »] est nécessaire pour édifier un État ouvrier garantissant
leurs droits ». Vous avez dit « méli-mélo » ?
En fait, ici comme
ailleurs, ce qui intéresse la direction du GB, ce n’est pas de discuter pour
élaborer la meilleure orientation politique possible, mais c’est de se livrer à
des attaques gratuites et ridicules. Ainsi ne voit-elle aucune contradiction
entre sa critique de la « physionomie
de Soviet » de la Constituante dont nous parlons, d’une part, et son
attaque sans fondement selon laquelle, pour le Groupe CRI, « la constituante n’est pas un moyen mais une fin » !
Le seul but de la direction du GB est de faire croire que nous serions des
« démocrates », et de suggérer finalement un nouvel amalgame, cette
fois entre nous et les lambertistes[9]
: elle nous accuse de « passer
pudiquement sur l’insurrection, la prise du pouvoir, le renversement de l’État
bourgeois et de ses institutions et rester joliment sur une ligne de la démocratie
jusqu’à la fin du conte de fées ». Et de citer le chapitre du Programme de transition qui est consacré
au surgissement des soviets ! Vraiment, la direction du GB est-elle
sérieuse ? La discussion porte sur la question des mots d’ordre de
transition… et elle nous sort de son chapeau la prise du pouvoir par les
soviets ! Faut-il conclure que, selon la direction du GB, pour être
catalogué comme opportuniste il suffit de ne pas parler dans chaque article des
soviets, de l’insurrection et de la prise du pouvoir ? Ça c’est de la
stratégie révolutionnaire ![10]
C’est alors que, dans
son vain acharnement pour nous présenter comme des démocrates effrayés par la
révolution, la direction du GB n’hésite pas à recourir une nouvelle fois à la
« méthode » de la mutilation délibéré de citations. Voici le passage
de notre contribution qu’elle cite, au sujet du mot d’ordre d’Assemblée
constituante palestinienne :
« […] c’est là un mot d’ordre indispensable [… pour que les masses] comprennent que la seule solution pour en finir avec la spirale de la violence sioniste est la substitution à l’État sioniste lui-même d’une République… » (La direction du GB met en gras le mot « substitution » pour nous accuser ensuite de faire « un tour de passe-passe » en n’indiquant pas comment se fe