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Grupo Germinal en Defensa del Marxismo

Réponse à la lettre du 7 avril 2004
de LOURDES & JOAQUIN V.
de la direction du GOI et du secrétariat International du COTP-CI

 

Chers camarades Lourdes et Joaquin V., nous répondons à votre critique de notre contribution à la discussion du Collectif sur l'aristocratie ouvrière, intitulée Thèses sur l'aristocratie ouvrière. Nous le ferons en suivant, point par point, votre lettre.

Point 1

Dans le point 1 de votre réponse, et après une citation partielle et hors de contexte de notre thèse 14, vous vous demandez :

Cela signifie que les partis de l'aristocratie ouvrière, comme la social-démocratie, suivront aussi ce cours ?

Eh bien, non, camarades, nous jugeons tout le contraire, nous affirmons noir sur le blanc dans la thèse suivante (nº 15) :

La bureaucratie ouvrière sécrétée par l'aristocratie ouvrière s'est convertie, et elle se convertira, en ennemie militaire de la révolution…

Ensuite, vous citez longuement une résolution du second congrès de la IIIe Internationale, une citation qui ne coïncide pas avec la version dont nous disposons. Sans doute, cela est dû à une traduction différente. Les temps de conjugaisons, entre autres, ne coïncident pas. Dans ces conditions, vous aurez sûrement à cœur de donner les références de la version vous avez extrait la citation.

De toute façon, celle-ci ne contient pas l'argumentation la plus minimale contre nos thèses… mais tout le contraire. Cette déclaration de la IIIe Internationale à laquelle vous recourez donne raison à nos thèses en général et à la 16.3 en particulier.

Mais il faut lier vos affirmations gratuites du point 1 de votre réponse à nos thèses avec celles du point 9 de votre même réponse où vous vous exclamez, une fois de plus :

Comment l'aristocratie ouvrière, ses partis et ses bureaucraties syndicales ne sont pas un appui militaire pour la bourgeoisie !!! [que de points d'exclamation… ] Sans cet appui, il n'y aurait pas première guerre mondiale.

Le second congrès de la IIIe Internationale dont vous extrayez la citation hors de son contexte, s’est tenu en juillet 1920. Or, durant cette même année, Lénine a rédigé une préface à son œuvre L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme, rédigée en 1916. Donc, il s’était écoulé six ans depuis le déclenchement de la Première guerre mondiale impérialiste. Contrairement à ce que vous affirmez :

On conçoit que ce gigantesque surprofit (car il est obtenu en sus du profit que les capitalistes extorquent aux travailleurs de ‘‘leur’’ pays) permette de corrompre les chefs ouvriers et la couche supérieure de l'aristocratie ouvrière. Et les capitalistes des pays « avancés » la corrompent effectivement : ils la corrompent par mille moyens, directs et indirects, ouvertes et camouflés. Cette couche de travailleurs embourgeoisés ou d'"aristocratie ouvrière", complètement petits-bourgeois par leur mode de vie, par leurs salaires, par toute leur conception du monde, est le principal appui de la IIe Internationale, et, aujourd’hui, le principal soutien social (pas militaire) de la bourgeoisie. (Lénine, Préface aux éditions française et allemande de L'Impérialisme, 6 juillet 1920, Œuvres t. 22, Progrès, p. 210)

Point 2

Vous prétendez réfuter notre thèse 5  avec une citation, dont, une fois de plus, vous omettez de fournir la référence au lecteur. Selon vous, l’expression « concrétiser l'évolution de l'opportunisme ouvrier déjà dénoncé par Marx et Engels » s’oppose à votre affirmation que, dans la bureaucratie et l'aristocratie ouvrière, s’est produit « un saut de quantité en qualité » [ sic].

Pour vous, la loi dialectique de la montée de l’abstrait au concrète n'existe pas. Pour vous, « l’évolution » des phénomènes physiques et sociaux ne donne pas lieu à des changements quantitatifs et à des sauts qualitatifs. On a envie de multiplier les poins d’exclamation, à la façon de la LOI. Evidemment, la concrétisation de cette évolution de l'opportunisme signifie un saut de quantité en qualité. Vous enfoncez des portes ouvertes ! Peut-être vous pensez que, quand on parle d'évolution, on écarte le mouvement dialectique de la réalité.  Si c’est le cas:

Si le simple changement mécanique de lieu contient déjà en lui-même une contradiction, à plus forte raison les formes supérieures du mouvement de la matière et tout particulièrement la vie organique et son développement. (Engels, Anti-Dühring, ch. 12, 1878, Editions Sociales, p. 151)

Dans ce même point, vous affirmez que les camarades qui ont préparé des matériels pour les thèses :

doivent reconnaître, dans la thèse « Sur Lénine et la distinction entre aristocratie et bureaucratie » qu'ils n'ont pas trouvé un une seule distinction de Lénine à ce sujet. Et ils ne pourront en trouver dans aucun travail et héritage stratégique et relatif au programme de la IIIe et de la IVe Internationales (c’est nous qui soulignons)

Premièrement, par malheur, nous ne disposons pas de plusieurs militants pour se consacrer à une tâche tellement spécifique. Par conséquent, un seul camarade a pris sur son temps de loisir et en dehors d’autres tâches militantes.

Deuxièmement, nous voulons conseiller, comme bonne pour qu'une discussion entre des camarades soit fructueuse, la patience et l'humilité envers l'adversaire idéologique. Nous avons essayé de nous appliquer cette prescription à nous-mêmes parce que les discussions avec vous en ont plutôt besoin.

Par conséquent, nous avons accordé la plus grande attentions à votre affirmation. A l’étude, elle est hasardeuse. Dans la préface juillet 1920 que nous avons déjà citée, Lénine distingue aristocratie et bureaucratie :

Corrompre les chefs ouvriers et la couche supérieure de l'aristocratie ouvrière…

Lénine, s'il ne faisait pas une distinction, aurait économisé l’emploi des deux expressions « chefs ouvriers » et « couche supérieure de l'aristocratie ouvrière ». Vous savez bien, puisque vous recourrez si souvent à son autorité, que Lénine essayait d’être modéré et didactique dans ses documents destinés aux travailleurs.

Mais nous avons essayé de profiter plus encore de votre réponse pour avancer dans la discussion, pour avancer collectivement dans le développement de nos positions.

On sait depuis longtemps que la bureaucratie et l'aristocratie ouvrières sont la base sociale de l'opportunisme. En Russie, ce phénomène a pris des formes nouvelles. Sur la base de la dictature du prolétariat - dans un pays arriéré et encerclé par les pays capitalistes - s'est créé pour la première fois, à partir des couches supérieures de travailleurs, un puissant appareil bureaucratique qui s'est élevé au-dessus des masses, qui leur commande, qui jouit de privilèges considérables ; ses membres sont solidaires les uns des autres et il introduit dans la politique de l'Etat ouvrier ses intérêts propres, ses méthodes et ses procédés. (Trotsky, La Révolution allemande et la bureaucratie stalinienne, ch. 10, 27 janvier 1932, Comment vaincre le fascisme, Buchet-Chastel, p. 174)

Nous parlons, évidemment, des simples ouvriers, et non de l'aristocratie et de la bureaucratie ouvrières. [... ] Il ne fait aucun doute que les dirigeants de la social-démocratie et une mince couche de l'aristocratie ouvrière préfère en dernière instance une victoire du fascisme à la dictature révolutionnaire du prolétariat. (Trotsky, Le Tournant de l’IC et la situation en Allemagne, ch. 5 et 8, 26 septembre 1930, Comment vaincre le fascisme, Buchet-Chastel, p. 27 et 38)

Camarades, ne vous semble-t-il pas que Trotsky, que vous invoquez également souvent, pourrait, lui aussi, faire l’économie des termes « bureaucratie ouvrière » et « aristocratie ouvrière », entre « dirigeants de la social-démocratie » et « petite couche de l’aristocratie » si, pour lui, il n’avait aucune différence ?

En fait, vous ne vous interrogez pas sincèrement sur l’existence d’une telle différence, mais vous essayez de profiter du manque de temps des camarades pour faire accroire que Lénine, mais aussi la IIIe et la IVe Internationales n'ont jamais distingué entre bureaucratie et aristocratie ouvrière.

Nous avons vu ce qu’il en était pour Lénine (et pour Trotsky). Passons maintenant aux IIIe et IVe Internationales :

La vieille bureaucratie professionnelle essaye par tous les moyens d'obtenir que les syndicats conservent leur caractère d'organisations de l'aristocratie ouvrière. (Le Mouvement syndical, les comités d'usine et  d'entreprises, 2e congrès de la IIIe Internationale, juillet 1920, Quatre premiers congrès de l’IC, Librairie du Travail, p. 53)

A bas les privilèges de la bureaucratie ! A bas l’aristocratie soviétique avec ses grades et ses décorations ! Plus d’égalité dans le salaire de toutes les formes de travail ! […] De même qu’auparavant la bourgeoisie et les koulaks n’étaient pas admis dans les soviets, de même maintenant la bureaucratie et la nouvelle aristocratie doivent être chassées des soviets. (L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e Internationale, IV Internationale, ch. sur l’URSS, 1938, GB, p. 41]

Encore une fois, ne croyez-vous pas, camarades, que si les fondateurs de la IVe Internationale, dont Trotsky, ne distinguaient pas entre bureaucratie et aristocratie, ils auraient économisés les formulations qui précèdent ? Vous conviendrez avec nous qu'ils s’efforçaient d’être didactiques et concis. Nous pourrions citer davantage mais c’est bien suffisant pour avoir dissipé nos doutes. Bien sûr, Lénine et Trotsky, la IIIe Internationale et la IVe Internationales ont clairement distingué entre bureaucratie et aristocratie.

En outre, vous avez arrêté la déclaration de l’IC que vous citez partiellement… juste avant la phrase suivante :

Et ce n’est que sous la direction d’un Parti [qui est véritablement l’avant-garde de la classe révolutionnaire] que le prolétariat peut annihiler l'apathie et la résistance de la petite aristocratie ouvrière, composée des chefs du mouvement syndical et corporatif corrompus par le capitalisme… (Les Tâches principales de l’Internationale communiste, thèse 4, 2e congrès de la IIIe Internationale, juillet 1920, Quatre premiers congrès de l’IC, Librairie du Travail, p. 43)

Vous avez choisi de couper cette phrase parce qu’elle infirmait clairement votre critique hostile, « en rien exagérée ». Cette phrase prouve que pour le second Congrès de la IIIe Internationale, l'aristocratie ouvrière l est restreinte, petite, et composée de chefs syndicaux qui sont corrompus. Alors que, pour vous, l'aristocratie ouvrière était, et est maintenant, composée de nombreux travailleurs, par beaucoup plus ! Si nous prenons au pied de la lettre ce que vous écrivez, pour vous, seuls les travailleurs au chômage sont à l'abri de l’accusation d’appartenir à « l'aristocratie ouvrière ».

Bien sûr, nous ne pouvons pas nous guider sur la base d’une seule phrase, mais par l'ensemble des déclarations et résolutions de la IIIe Internationale. Le Grupo Germinal a sûrement commis des erreurs et, probablement, nous avons présenté un projet qui présente des limites et qui a besoin d'être développé. C'est pourquoi nous avons besoin d'examiner au sein du Collectif cette proposition. Nous croyons aussi que le Collectif et les militants révolutionnaires et internationalistes méritent une vraie discussion sur la question, pour arriver, si c’est possible, à des thèses clarificatrices et à des positions qui nous aident tous à avancer.

Mais une chose est claire : il existe une différence réelle entre la bureaucratie et l'aristocratie ouvrière. Nous vous l’avons démontré avec des citations des mêmes auteurs auxquels vous vous remettez.

Au delà des citations, pensez-vous un seul moment que les partis sociaux-démocrates et les reliquats du stalinisme, sont des organisations parcourues aussi par des divisions sociales et politiques internes, fidèle reflet de la classe ouvrière et  de la société à un moment déterminé. Comme matérialistes, pensez-vous que les conditions concrètes de vie quotidienne des bureaucrates « libérés » de l’esclavage salarié (permanents) sont les mêmes que celles de l'aristocrate ouvrière non libérée de leur assujettissement au travail quotidien ? Pensez-vous que quand le capital ferme des segments de la production, quand il reconvertit des branches complètes de l'économie, quand il « délocalise » la production, la distribution et les services, cela épargner la petite couche minoritaire de l'aristocratie ouvrière ? Pensez-vous que ces phénomènes affectent de manière identique les bureaucrates syndicaux et les dirigeants politiques de la social-démocratie, du stalinisme et même du centrisme « trotskyste » ? Ne pensez-vous que cette réalité a des répercussions, en dernière instance, sur la réalité politique du mouvement ouvrier ? Vous avez cité le texte du second Congrès de la IIIe Internationale (Les Tâches principales de l’Internationale communiste), mais nous vous recommandons de faire attention aussi à la Résolution sur le rôle du parti communiste dans la révolution prolétarienne de ce même congrès. Vous y verrez qu'entre le parti et la classe, il existe une différence, qu’il est nécessaire de les distinguer.

Point 3

Dans le point 3, vous affirmez que :

Dans vos thèses, vous parlez comme si nous étions face à un mouvement ouvrier comme celui de l'époque relativement réformiste et du développement organique du capitalisme. C’est pourquoi vous parlez d'une seule couche de travailleurs - l'aristocratie ouvrière -…

Camarades, à vous lire, un doute ici nous assaille. Nous voulons vous le communiquer, pour que vous nous éclairiez : avez-vous lu nos thèses ? Avez-vous lu le texte dont vous faites une critique si acerbe ? Discutez-vous avec notre texte ou avec vos propres fantômes ? Ne croyez vous pas que tout militant qui a eu l'occasion de lire nos thèses puis, s’interrogera de même sur votre affirmation ?

Si nous avons fait un effort dans ces thèses sur l’aristocratie ouvrière, accompli dans la mesure de nos faibles possibilités, c’est bien d'essayer de saisir le mouvement historique réel de la classe, son évolution jusqu'à nos jours. Une autre chose est ne pas être d'accord avec le résultat, ce qui est votre droit. Lisez donc notre document, spécialement les thèses 2,.5,.6,.7,.8,.9,.10 et 14, et vous en conviendrez.

D'autre part, nous accuser de ne parler que de la couche des travailleurs qui forment l'aristocratie ouvrière nous paraît une très mauvaise méthode de discussion, très peu sérieuse. Permettez-nous-vous d’utiliser à nouveau une exclamation (votre style est décidément contagieux) : notre projet est intitulé Thèses sur l'aristocratie ouvrière !

Si je dis que l’organisme humain ne peut vivre sans respirer de l’air frais, je ne nie pas pour autant les avantages de la nutrition, ni l’importance de l’estomac comme organe de la digestion. (Trotsky, Contribution à une discussion sur les fondements théoriques de la LCI, pt. 13, 4 décembre 1933, Œuvres t.  3, p. 116)

Évidemment, il serait nécessaire d'élaborer des thèses sur les chômeurs. Pourquoi ne le faites-vous pas ? Puisque vous dites qu’on ne peut parler de l’aristocratie sans parler des chômeurs, vous avez le devoir moral de le faire. Nous les attendons avec impatience, parce que nous avons besoin de savoir ce que vous pensez réellement et parce que ce segment de la classe ouvrière nous préoccupe spécialement, pas seulement parce que vous l’utilisez comme argument polémique, mais parce qu'il affecte et affectera l'ensemble de la classe ouvrière mondiale.

Vous mêmes reconnaissez la nécessité de clarifier cette question dans la seconde citation de la IIIe Internationale que vous faites dans votre point 3, mais vous négligez la phrase :

Le parti communiste, en unissant les sans-travail à l'avant-garde du prolétariat en lutte par la révolution socialiste, retiendra les éléments les plus révolutionnaires et les plus impatients des sans-travail d’actes désespérés isolés(Thèse sur la tactique, ch. 5, 3e congrès de la IIIe Internationale, juin 1921, Quatre premiers congrès de l’IC, p. 100, nous soulignons)

A ce propos, ne vous semble-t-il pas que ce même texte que vous invoquez contient une affirmation de la IIIe Internationale qui renforce notre thèse 14 ? Comment comprenez-vous l’expression du troisième congrès ?

intérêts momentanés de l'aristocratie ouvrière… (p.100, nous soulignons)

Pour en finir avec ce point, nous voulons attirer l’attention sur votre façon de manipuler et de désinformer vos militants, mais qui se retourne contre vous. Vous avez pour coutume de déformer les véritables positions de votre adversaire, mais vous battez les records avec cette accusation :

Pour vous, au contraire, ce qu'il s'agit est de faire à l'aristocratie ouvrière beaucoup de publicité…

Vous répétez le même message indigent dans votre point 7, avec les poins d’exclamation habituels :

Et vous nous appelez à faire publicité à l'aristocratie ouvrière et à ses partis… !

Camarades, vous nommez maintes et maintes fois dans vos publications, le Forum Social Mondial. Faites-vous avec cela de la publicité au Forum Social ? Si l’on suit votre piteux raisonnement, oui.

Hélas, pour ne pas nommer le diable, il n’en cessera pas moins d'exister dans les âmes. Et on aura beau invoquer le diable et les dieux, on n’exorcisera pas les démons qui produisent les canailles.

Point 3

Vous finissez ce point avec une des vos nombreuses de menaces :

Dites la vérité, camarades : vous jugez que Lénine et la IIIe Internationale se sont trompés sur cette question. Ainsi, nous serions devant une révision sérieuse, et nous pourrions l'examiner avec une plus grande clarté. On ne peut pas réviser sans dire qu'on révise, camarades.

En premier lieu, nous avons le droit d'espérer que vous et tout révolutionnaire et internationaliste nous accordez que nous parlons franchement, que nous livrons notre pensée à son point de développement actuel et que nous l’avons fait explicitement, par écrit. Mais, si voulez nous nier le droit de proposer cette contribution à la discussion, comment se fait-il que vous n’ayez jamais critiqué notre contribution à l’Appel ? C’est sur cette base que vous avez accueillis le Grupo Germinal dans le Collectif et nous y disions déjà ce que nous avons développé dans les Thèses.

Deuxièmement, nous maintenons que notre contribution sur l’aristocratie ouvrière et la bureaucratie est le résultat d'un effort pour poser la question de l’aristocratie et de la bureaucratie avec la plus grande clarté possible. Au contraire, votre commentaire est un document rempli de confusions et basé sur l’esbroufe. Toute personne qui met sur la table côte à côte nos thèses et votre critique n'aura pas d'autre remède que le reconnaître, qu’elle soit d'accord ou non avec nos thèses. Mais vous nous avez déjà habituées à exiger beaucoup de ménagement et à ne pas vous comporter, vous, de manière correcte.

Troisièmement, quant à la révision, vous devez- tirer la leçon de votre différend avec l’héritage de Lénine et de Trotsky, de la IIIe et de la IVe Internationale. Nous l’avons vu précédemment et ce n’est pas fini…

Point 4

On doit arrêter sur un point camarades !

Il est certain que vous aviez rédigé quelques lignes sans vous être exclamés. Sur quel point devons-nous arrêter ? Il semble que le lecteur devrait vous accorder que :

Il n’y a pas meilleures alliées pour les bourgeoisies indigènes des pays semi-coloniaux que l'aristocratie et la bureaucratie ouvrières des pays impérialistes !

Camarades, en effet, vous devez vous arrêter pour reprendre votre souffle, après cette grande découverte. Il est des sots qui, voulant jeter une pierre à quelqu’un, se blessent eux-mêmes. Vous devez méditer sérieusement sur cette affirmation- exclamation : il n’y aurait pas meilleur alliée des bourgeoisies indigènes que l'aristocratie ouvrière. En avez-vous tiré sérieusement les conclusions ? Cela signifierait que les bourgeoisies locales ont un plus grand soutien d’une partie de la classe ouvrière que de la bourgeoisie impérialiste elle-même…

Point 5

Dans le point 5 de votre critique, vous prétendez que pour nos thèses, le Programme de Transition est erroné. En outre que, en définissant le stalinisme en reconversion comme centrisme de droite, nous cessons de considérer à le stalinisme comme une bureaucratie. Qui plus est, nous nous transformons en compagnons de route de tous les renégats qui participent aux Forums Sociaux pour aider l'impérialisme. Enfin, nous justifions le « Bloc Socialiste » que ces renégats du trotskysme ont constitué au Chili avec le stalinisme.

À chaque ligne de votre réponse, nous devons nous frotter les yeux et le doute nous assaille à nouveau : avez-vous lu les thèses que vous prétendez critiquer ? Est-ce que vous parlez à des révolutionnaires internationalistes qui combattent avec vous depuis des mois pour constituer un regroupement internationale ? Ou écrivez-vous un texte pour la galerie ? Dans ce dernier cas, il faut forcer la manipulation dans l'interprétation du texte au maximum, car peu vous importe le résultat de la discussion, seul compte l’effet démagogique.

De nouveau, nous devons vous dire que cela nous paraît une mauvaise méthode. Ce qui est révolutionnaire et internationaliste, c’est d’essayer de construire un regroupement international pour mettre sur pied un centre, une direction. Mais, pour cela, nous avons besoin d’arguments basés ce qui est réellement en discussion. Les militants méritent plus de respect ; il ont besoin d’une discussion dans laquelle se confrontent réellement les positions défendues de part et d’autre.

Répondons à toutes ces avanies une par une. Vous dites :

Le Programme de Transition était-il pour vous erroné dans son programme pour la révolution politique quand il posait : « Dehors l'aristocratie et la bureaucratie ouvrière des soviets ! » et qu’il appelait à l'insurrection et à la guerre civile pour les mettre en échec ?

Eh non, camarades ! Une fois de plus, non. Peut-être nous nous expliquons mal. Si nous avançons nos positions par écrit, c’est aussi pour nous expliquer mieux, tant pour les autres que pour nous, dans le but de trouver une explication aux phénomènes actuels de la lutte de classes. Ceci seulement ne peut être approché que dans le cadre d'une discussion collective. C’est ce que le Grupo Germinal a expliqué dans sa lettre d’adhésion au Collectif. Nous n’avons ni dit ni pensé que le Programme de Transition était erroné dans cette partie.

Qu’est-ce qui vous permet d’avancer, camarades, que le GG renie le Programme de Transition ? Rien dans notre contribution, nulle part. Reconnaissez-le publiquement ou apportez des preuves.

Les thèses du Grupo Germinal essaient de saisir le développement d’un phénomène concret, à savoir l’aristocratie et la bureaucratie ouvrières, dans leur réalité du moment, dans leurs déterminations et dans les implications que cela comporte pour les révolutionnaires et internationalistes. Remarquez bien que nous disons « essayer ». Ce n'est pas pour nous une formule vide, ni une pose, ni de la fausse modestie. Nous étudions un phénomène et nous rédigeons nos premières conclusions pour discuter avec davantage de camarades. Nous le faisons à partir d'évidentes limitations politiques, pour profiter et faire profiter d’une véritable discussion, de l'échange de réflexions et d’autres contributions, qui ne peuvent que servir l'ensemble des organisations et des militants révolutionnaires et internationalistes.

Qu’avons-nous dit précisément ? Voici ce que dit sur la question de la bureaucratie stalinienne la thèse nº 8 :

D'autre part cette exacerbation des caractéristiques de l'impérialisme a exercée une telle pression sur son agent direct dans l'Etat ouvrier dégénéré soviétique qu’elle a entraîné le « suicide » social de la bureaucratie thermidorienne stalinienne comme telle et a ouvert le processus de sa conversion en bourgeoisie compradore. Ces développements ont abouti à la disparition de la bureaucratie soviétique et à la dissolution de l'aristocratie ouvrière soviétique. De cette façon, le stalinisme a perdu son rôle spécifique au sein de l'opportunisme politique et doit, maintenant, entamer un processus de reconversion politique (concrétisé, pour le moment, dans un centrisme de droites qui exprime de manière exemplaire dans le mouvement des Forums Sociaux).

Tel était le moment de notre pensée, soumise à discussion pour avancer, pour l'améliorer et pour mieux saisir le mouvement de la réalité de la lutte de classes. Dans l'Appel à une Conférence internationale des trotskystes principiels et des organisations ouvrières révolutionnaires internationalistes, le Collectif analyse la période ainsi :

L'événement décisif a été la destruction de l'URSS en 1991 et le rétablissement consécutif du capitalisme en Russie par la bureaucratie stalinienne qui usurpait le pouvoir des travailleurs depuis 1924.

L’Appel a-t-il raison ? Si oui, l'Etat ouvrier dégénéré soviétique a été détruit et, par conséquent, avec lui ont aussi disparu quelques couches sociales qui lui étaient spécifiques. En particulier, la bureaucratie soviétique et l'aristocratie soviétique étaient deux couches très spécifiques de cet Etat.

L'histoire a confirmé la pire des hypothèses formulées par les révolutionnaires internationalistes dans le Programme de Transition : la restauration du capitalisme dans le premier Etat ouvrier de l'histoire. Mais de là à dire que l'histoire a condamné les mots d’ordre destinés dans le Programme de Transition à sauver à cet Etat de sa destruction, voici presque 70 ans, il y un pas. Au contraire, l'histoire a confirmé, précisément, le Programme de Transition. Si les masses d’URSS étaient parvenues à réaliser ces mots d’ordre, on aurait sauvé l'Etat ouvrier de la destruction.

Par falsification ou par incompréhension, vous concluez de notre thèse :

Le stalinisme a cessé d'être une bureaucratie, a cessé d'être contre-révolutionnaire.

Eh non, camarades. Pour nous, comme il est pourtant clairement dit, ce qui a été détruit est la bureaucratie soviétique, non le stalinisme. Le stalinisme international est dans un processus de reconversion, certainement déjà tellement mûr qu'il a commencé à se décomposer, inévitable à partir de la transformation achevée de l'ex-bureaucratie soviétique en bourgeoisie compradore, du moins les segments de la bureaucratie qui ont pu le faire. Tout ceci est conforme au  Programme de Transition. Vous devriez y réfléchir.

Selon vous, parce que nous affirmons  que « le stalinisme a perdu son rôle spécifique dans l'opportunisme politique et doit maintenant faire face à un processus de reconversion politique », vous déduisez que pour le GG « le stalinisme a cessé d'être une bureaucratie, a cessé d'être contre-révolutionnaire » et, par conséquent, que la conclusion est qu’il est « cristallisé pour le moment dans un centrisme de droite, qui se manifeste de manière exemplaire dans  le mouvement des Forums Sociaux »

Pour vous, alors, le stalinisme serait une bureaucratie identique à la bureaucratie opportuniste social-démocrate, par exemple… et un critère pour l'analyse des Forums Sociaux. Il s’agit de nouveau d’une révision de l’héritage de Trotsky et de la IVe Internationale.  Ceux qui n’admettent pas ouvertement qu’ils révisent le marxisme, accusent les autres de le réviser sans le dire, tout en piétinant à chaque ligne le legs qu’ils disent défendre… Vieille, très vieille méthode bureaucratique de « discussion ».

Pour quelle raison la fraction stalinienne ne s’est-elle pas engagée jusqu’au bout dans la voie de l’opportunisme national ? Parce que c'est la bureaucratie d'un État ouvrier. Si la social-démocratie internationale défend les fondements de la domination de la bourgeoisie, la bureaucratie soviétique est forcée de s'adapter aux bases sociales apparues de la Révolution d'Octobre, tant qu'elle ne procède pas à un bouleversement au niveau de l’Etat. De là la nature double de la psychologie et de la politique de la bureaucratie stalinienne. Le centrisme, centrisme qui s'appuie les fondements de l'État ouvrier, est la seule expression possible de cette double nature." (Trotsky, La Révolution allemande et la bureaucratie stalinienne, ch. 10, 1932, Comment vaincre le fascisme, Buchet-Chastel, p. 176)

On peut considérer comme une règle générale que l'antipathie pour le concept de centrisme et pour toute autre subdivision dans le centrisme, est caractéristique des tendances qui, ou bien sont elles-mêmes centristes ou bien n'ont pas réussi encore à se libérer de leur amorphie intellectuelle. (Trotsky, Contribution à une discussion sur les fondements théoriques de la LCI, pt. 15, 4 décembre 1933, Œuvres t. 3, p. 117)]

Nous condamnons l’appareil du KPD [... ]pour son centrisme bureaucratique.  Il s'agit d'un courant politique original qui a ses bases dans une couche sociale précise, avant tout en URSS, et adapte sa politique aux besoins de cette couche. Jusqu'aux derniers événements, la question de savoir quel facteur l’emporterait à l’intérieur du KPD (les intérêts de la bureaucratie stalinienne ou la logique de la lutte de classes) demeurait ouverte. Maintenant, il a été entièrement répondu à cette question. Si des événements d’une aussi gigantesque ampleur n'ont pas pu corriger la politique du KPD, cela signifie que le centrisme bureaucratique est absolument sans espoir. Et c’est de là que découle la nécessité d'un nouveau parti. (Trotsky, Le Naufrage du KPD et les tâches de l’Opposition, 9 avril 1933, Œuvres t. 1, p. 117)

Le centrisme de la fraction stalinienne [... ] la plus conservatrice de toutes les formations centristes qui aient existé dans le mouvement ouvrier. Cela s’explique par le fait que le centrisme a, cette fois, trouvé un support social puissant dans la bureaucratie soviétique;  les appareils des partis occidentaux n’en sont qu’un appendice (Trotsky, Les Organisations socialistes de gauche et nos tâches, 15 juin 1933, Œuvres t. 1, p. 213)

Il est difficile d'arriver à savoir comment vous avez tiré les conclusions de votre lettre contre les Thèses si on part de l'hypothèse, peu vraisemblable, que vous les avez réellement étudiées et de l’hypothèse, tout aussi hasardeuse, que votre but est de les améliorer ou de les réfuter.

En effet, nous avons un autre exemple de votre méthode de discussion. Puisque nous parlons de centrisme de droite à propos du stalinisme en reconversion, vous déduisez que nous voulons dire que le stalinisme n'était pas contre-révolutionnaire quand il dirigeait à tous ses satellites depuis le Kremlin et que, maintenant, il ne l'est pas non plus. Camarades, tout opportunisme ne peut qu'être réactionnaire et contre-révolutionnaire à l'époque impérialiste. Et nous sommes à l’époque de l’impérialisme. Voulez-vous dire que, sous l'impérialisme, on peut trouver un opportunisme et un centrisme de droite qui n'est pas réactionnaire et contre-révolutionnaire ? Voilà ce que vous dites dans le point 5 de votre réponse. Qui révise le marxisme, camarades, vous ou nous ? Vous, évidemment.

Point 6

Le point 6 de la lettre des dirigeants du GOI est typique de leur vocation à la manipulation : il accuse sans aucune preuve.

Quant à l’accusation de ne pas laisser pierre sur pierre de l’Appel à la conférence internationale, notre seule préoccupation est de renforcer cette fortification contre l'opportunisme et le centrisme, tandis que les matériaux que vous apportez ne tiennent pas debout par rapport à vos prétentions et à votre signature de l’Appel à nos côtés. Et ceci, camarades, est une pratique très mauvaise pour des révolutionnaires, et plutôt malhonnête envers vous mêmes et vos propres militants.

Point 7

Ce point est aussi bref mais, contrairement au précédent, a un réel contenu politique. Pour vous, combattre avec acharnement contre la bureaucratie sécrétée par l'aristocratie ouvrière, préparer la confrontation violente avec cette bureaucratie et effectuer un travail politique pratique sur l'aristocratie qui la soutient, allant débusquer cette bureaucratie et l’affronter sans crainte au sein des organisations que le mouvement ouvrier a construites, mais qui ont dégénéré, ce serait du… pivertisme !

Vous militez bien dans la fraction COTP-CI qui prône aux quatre vents la nécessité d'aller chercher le centrisme là où il est, pour l’affronter ? Il semble que oui, puisque votre réponse aux Thèses sur l’aristocratie ouvrière est signée du SI du COTP et puisqu’elle vient, non de la boîte aux lettres du GOI Chili, mais de celle la LOI Argentine. Définitivement, vous êtes des membres du SI du COTP-CI. Définitivement, l'incongruité et l'inconsistance de ses déclarations est à son zénith, de nouveau.

D'autre part, dans ce point, vous prétendez avoir décelé « quelques séquences » opportunistes de notre déclaration mais, par malheur, vous n'avez pas l'honnêteté ni le courage de mentionner les quelles.

Point 8

Ici, vous donnez un nouvel exemple de votre ignorance du matérialisme historique et du matérialisme dialectique, vous retombez dans un mécanicisme émoussé et vulgaire.

Dans notre contribution à la discussion, nous analysons comment l'impérialisme est une phase de putréfaction et de destruction de forces productives (dont la plus importante est la force de travail) et comment, quelles que soient ses aspirations, la bourgeoisie impérialiste ne peut pas échapper aux lois de l'histoire, aux contradictions mortelles du capitalisme dans sa phase tardive. Par conséquent, des destructions de branches complètes de la production se produisent, avec les effets destructeurs de postes de travail, un processus qui fait aller reculer à l'humanité vers la barbarie. Vous en déduisez que, pour le Grupo Germinal, le mouvement ouvrier va retrouver le XIX e siècle.

En effet, camarades, nous comprenons que avec votre méthode mécanique, vous ayez interprété ainsi notre texte. Mais si vous abandonniez le mécanicisme vulgaire et si vous utilisiez le matérialisme dialectique, vous ne prendriez pas l’apparence pour la réalité. Si vous analysez les processus au moyen de l'outil puissant du matérialisme historique et dialectique, vous verriez que les reculs que l'impérialisme impose à l'humanité ne conduisent pas pour autant à une nouvelle phase d'expansion de la production et de la culture, par laquelle la bourgeoisie reprendrait son rôle progressif.

Si vous réfléchissez, camarades, outre que, du XIXe au XXI siècle, beaucoup d’eau a couru sous les ponts de l’histoire de la lutte des classes, dans plus d’un cas, elle a été teintée du sang ouvrier grâce aux trahisons de le social-démocratie et du stalinisme (aidés dans le mesure de leur possible par le centrismes). Bref, nous pensons que le mouvement ouvrier ne se dirige pas, tout comme la société entière, vers une nouvelle époque dorée, mais vers la dislocation et la désagrégation si les  révolutionnaires ne parvenons pas à l'éviter.

Dans ce point aussi, vous évoquez « le camarade Trotsky dans qui, dans Comment vaincre le fascisme avait averti que le fascisme pénétrait dans le prolétariat par ses couches déclassées, mais aussi par en haut, par l'aristocratie ouvrière.

Il se trouve que votre affirmation ne s’appuie sur aucune citation, ni aucune référence précise. C’est une bien curieuse manière d’éduquer et de faciliter la discussion démocratique. Quoi qu’il en soit, nous doutons de votre compréhension de la pensée du camarade Trotsky. Si vous le preniez au sérieux, vous sauriez qu’il a constaté l’impact du fascisme sur de larges couches de la classe ouvrière :

Le fascisme est sorti vainqueur de ces élections, ayant rassemblé non seulement des millions d'éléments semi-prolétariens, mais aussi des centaines de milliers de travailleurs industriels. (Trotsky, Le Tournant de l’IC et la situation en Allemagne, ch. 4, 26 septembre 1930, Comment vaincre le fascisme, Buchet-Chastel, p. 24)

Les dirigeants du COTP conviendront que Trotsky, dans ses textes contre le fascisme en Allemagne, utilisait le concept d’aristocratie ouvrière. Donc, s’il ne l’a pas utilisé dans ce cas, il savait ce qu’il faisait. Il se réfère clairement à des « milliers de travailleurs industriels ». Dans les écrits contre le fascisme, Trotsky a offert tout un spectre d'analyses précises de la situation changeante et de tactiques adaptées, en particulier celle du front unique ouvrier que vous rejetez.

Nous devons vous remercier pour le copieux extrait de l'excellent document de Trotsky sur les 90 années du Manifeste Communiste qui visait à démontrer que nous ne savons pas discerner « les lois qui régissent l'époque impérialiste ». Une fois de plus, votre citation vient donner raison, non à vos arguments contre nos thèses, mais à celles-ci. Nous avons déjà pu voir précédemment que, sur votre perception des lois générales, vous procédez de manière très mécanique, éloignée du matérialisme dialectique, tandis que nos thèses sont fidèlement guidées par la méthode matérialiste dialectique. Nous avons aussi pu constater que vous appliquez incorrectement le legs de Lénine et de Trotsky, de la IIIe et de la IVe Internationales, sur ces lois sous la phase impérialiste.

Les lecteurs attentifs qui examineront la citation de Trotsky et nos thèses, trouveront plus d’une coïncidence et, en tout cas, aucune divergence. Trotsky a consacré cette préface à la première traduction du Manifeste en afrikaans à indiquer les thèses de Marx et Engels qui avaient démontré en 1937 leur pertinence et a aussi utilisé la méthode matérialiste pour mettre à jour d’autres aspects qui en avaient besoin.

La pensée révolutionnaire n'a rien de commun avec l’idolâtrie. Les programmes et les prévisions se vérifient et se corrigent à la lumière de l'expérience qui est pour la pensée humaine le critère suprême. (Trotsky, 90 années de Manifeste communiste, 30 octobre 1937, Œuvres t. 15, p. 233)

C'est pourquoi, camarades, nous avons tous l’obligation de développer une discussion franche et calme sur les questions brûlantes qui affectent le futur de la classe ouvrière, qui détermineront le cours de l'époque des révolutions et contre-révolutions à laquelle nous faisons face.

Face à ceux qui prétendent qu'ils polémiquent avec nos thèses sur l'aristocratie ouvrière, nous réaffirmons que nos les avons rédigées dans cet esprit, qui n’a « rien de commun avec l’idolâtrie ». Nous insistons à nouveau sur le fait que nous avons probablement commis des erreurs de rédaction (nous n'avons pas su concrétiser précisément ce qui a résulté des discussions du groupe) ; nous avons aussi pu commettre des erreurs d'appréciation de la situation ; sûrement, nous avons négligé des questions ou des aspects de problèmes à éclaircir ; etc. Mais une chose est sûre : nous avons fait une proposition de discussion pour l'ouvrir sur des bases claires et qui rendent possible d'avancer dans la construction du Collectif, pour jeter les bases d'un centre international révolutionnaire.

Pour leur part, les camarades Joaquin V et Lourdes ont choisi une autre voie : citer hors contexte, ne pas répondre aux Thèses, recourir à la démagogie au lieu de traiter les lecteurs, tous les militants du Collectif, avec respect.

Que n’ont-ils réellement lu le texte de Trotsky qu’ils citent, sur la validité de la thèse de l’appauvrissement du prolétariat qu’ont défendue Marx et Engels :

La thèse du Manifeste sur la tendance du capitalisme à abaisser le niveau de vie des ouvriers et même à les paupériser, a subi un feu violent. Les prêtres, les professeurs, les ministres, les journalistes, les théoriciens social-démocrates et les chefs syndicaux se sont élevés contre la théorie de la « paupérisation » progressive. Ils ont invariablement découvert le bien-être croissant des travailleurs en faisant passer l'aristocratie ouvrière pour le prolétariat ou en prenant une tendance temporaire pour une tendance générale. En même temps, l’évolution même du capitalisme plus puissant du monde, c'est-à-dire, celui de l’Amérique du Nord, a transformé des millions d’ouvriers en pauvres, entretenus au prix de la charité étatique, municipale ou privée. (Trotsky, 90 années de Manifeste communiste, 30 octobre 1937, Œuvres t. 15, p. 230-231)

Parce que camarades, avec vos positions, vous faites passer l'aristocratie ouvrière pour le prolétariat entier et, par conséquent, en partant de positions populistes, vous vous transformez en collaborateurs des ecclésiastiques, universitaires, ministres, journalistes, idéologues social-démocrates et bureaucrates syndicaux dans leurs efforts pour détruire et jeter aux ordures le legs du marxisme.

Vous écrivez en caractères gras la phrase suivante du document de Trotsky en question :

a produit non l'éducation de l'avant-garde révolutionnaire mais la dégénération bourgeoise de l'aristocratie ouvrière ce qui à son tour s'est transformé le principal frein à la révolution prolétariat

En d’autres termes, vous reconnaissez, vous qui critiquez tant nos thèses, que Trotsky leur donne raison en rappelant l'importance du phénomène pour le succès ou à l'échec de la révolution prolétarienne. Une telle citation justifierait la rédaction de nos thèses ainsi que leur pertinence, dans les grandes lignes et même beaucoup de détails.

Ceci dit, nous devons de nouveau poser la question des citations des camarades Joaquin V et Lourdes. Nous avons vu que ce n'est pas la coutume du SI du COTP de respecter ses propres militants, sans parler de ceux avec qui il prétend polémiquer. Tout militant a le droit démocratique de contester ce qu'affirment ses dirigeants. Puisque vous invoquez Lénine et Trotsky, la IIIe et la IVe Internationales, le minimum serait de fournir aux militants qui vous dirigez (évidemment aussi aux autres du Collectif) les éléments pour vérifier vos prétendues sources et la le contexte des citations. En l’occurrence, d’où tirez-vous cette phrase que vous attribuez à Trotsky ?

Parce que les sources dont nous disposons donnent des choses passablement différentes :

the bourgeois degeneration of the labor aristocracy (édition en anglais du MIA)

la degeneración burguesa de la clase obrera (édition en castillan : Escritos de la Editorial Pluma, p. 27)

la dégénérescence bourgeoise de la bureaucratie ouvrière (édition en français : Oeuvres de l'Institut Léon Trotsky, p. 234)

De « classe ouvrière » à « bureaucratie ouvrière » il y a une différence significative, de « bureaucratie » à « aristocratie ».

L'édition en castillan des Editions Pluma est traduite de l'anglais et admet que « la version originale de New International de janvier 1938 [la revue de la section américaine], contenait plusieurs erreurs et qu’une version corrigée est parue le mois suivant ».

L'édition en français de l’ILT signale (p. 229) que la « Préface à l'édition en langue afrikaans de la première édition dans cette langue du Manifeste du parti communiste » est une traduction du russe revue et corrigée à partir des archives Trotsky, réf. 4225. Tout le monde reconnaît la connaissance excellente du russe des éditeurs de l'édition française (« bureaucratie ouvrière »). Tout le monde admet que les Edition La Pluma (« classe ouvrière ») ont essayé de rassembler les écrits de Trotsky de manière sérieuse et consciencieuse, dont les responsables appartenaient au courant politique d’où viennent les dirigeants du COTP. N’est-il pas étrange que vous ne donniez pas la référence de la version que vous avez retenue, celle de la version anglaise du MIA (« aristocratie ouvrière »), mise l’an dernier sur Internet ? Nous inclinons à donner raison à l'édition française (« bureaucratie ouvrière »), puisqu'elle part de l’original russe et que les éditeurs de l’ILT sont de bons connaisseurs tant de l'anglais que du russe. Mais, quelle que soit la traduction du russe, elle n’invalide pas nos thèses.

Point 9

Ce point, camarades, contient pour sa part deux affirmations très intéressantes. La première, la question de l'appui militaire de l'aristocratie ouvrière à la bourgeoisie dans la Première guerre mondiale a été déjà été examinée (pt. 2).  Nous vous laissons vous en prendre à Lénine, et non à nos thèses. La seconde nous a laissées absolument perplexes malgré plusieurs lectures et nous avons, pour finir, renoncé à comprendre.

Vous écrivez sur le GG :

Vous affirmez que nous sommes soumis à des pressions qui nous conduisent, dans nos positions théoriques et relatives au programme, à nous adapter à nos bourgeoisies nationales du monde semi-colonial. Et nous affirmons que vous avez commencé à vous adapter sur le terrain théorique (et relatif au programme ?) à la bureaucratie et à l'aristocratie ouvrière qu'en Europe il va étrangler ou combattra pour le faire, les tendances au soulèvement du prolétariat de ce continent.

Nous avons donc relu nos thèses à plusieurs reprises pour voir où il était écrit que vous vous adaptiez aux bourgeoisies semi-coloniales et nous n’avons rien trouvé. Si vous souhaitez lire les thèses du Grupo Germinal, nous vous les enverrons avec plaisir. En tout cas, vous avez l’obligation de dire quelle thèse, ou paragraphe, de notre proposition de discussion contient le propos que vous nous prêtez. A défaut, tout lecteur sera obligé de constater une nouvelle falsification.

A moins qu’il s’agisse d’un lapsus qui trahit votre véritable pensée et vos véritables positions. Mais, comme nous prétendons parvenir à des conclusions politiques, non psychologiques ni moins encore, psychanalytiques, nous vous demandons quelques précisions… Aucune des déclarations que vous (ou bien comme GOI ou bien comme membres de la fraction -non déclarée- de la LOI au sein du Collectif) avez signées avec le reste d'organisations du Collectif pour une Conférence Internationale ne défend une telle position.

Vous ne vous référerez pas à la thèse nº 11 qui dit :

Ni l'existence d'une couche minoritaire de l’aristocratie ouvrière dans les pays impérialistes, ni l'existence d'une couche, encore plus minoritaire, de l’aristocratie ouvrière indigène dans les pays semi-coloniaux et dominés ne suppriment la structure des classes sociales. La lutte de classes continue, exacerbée, tant dans les pays impérialistes que dans les pays semi-coloniaux et dominés. Toute tentative de présenter les mobilisations des prolétaires et paysans pauvres des pays semi-coloniaux et dominés comme une confrontation avec une contre-révolution qui inclurait les prolétariats des pays impérialistes ne serait rien de plus qu'une capitulation politique devant les bourgeoisies nationales de ces pays et, par conséquent, devant les bourgeoisies impérialistes elles-mêmes.

Nous avons envisagé cette hypothèse, pour l’écarter puisque dans cette thèse dénonce l’adaptation aux bourgeoisies nationales et, par conséquent, aux bourgeoisies impérialistes. Or, vous vous référez seulement aux bourgeoisies nationales.

Vous ne nous sortez pas des doutes que vous avez provoqués, parce que, bien avant, nous avons déclaré sur le point 8 de l'Appel international :

Dans la thèse 8 il est nécessaire de distinguer plus clairement les organisations bourgeoises des organisations ouvrières, puisque la rédaction actuelle fait croire que, quand nous exigerons l'indépendance des organisations ouvrières, nous nous référons aux organisations bourgeoises qui sont citées auparavant dans ce paragraphe. (Germinal, 3ª époque, II, 1, p 30).

Ce n'était pas un simple problème de rédaction ? Essayez-vous de dire quelque chose que vous n’aviez pas dit durant la discussion avec les autres composantes du Collectif ? Avez-vous préféré laisser courir pour ne pas donner votre véritable position ? Maintenant, régressez-vous dans vos origines morénistes ? Pour nous, c’était un problème de rédaction mais, devant votre réponse à nos thèses, nous avons besoin maintenant de clarifier la question.

Quant à la seconde affirmation, l’accusation selon laquelle nous avons commencé à nous adapter, etc., sincèrement, camarades, elle ne se marie pas très bien avec l'ensemble de votre réponse qui part du présupposé que nous n’avons pas commencé, mais achevé une chute complète dans la capitulation et le révisionnisme. A vous de préciser si nous nous adaptons, si nous allons le faire ou si nous l’avons fait.

Vous parlez de notre « lamentable point 16 » pour vous exclamer immédiatement :

Comme si la lutte pour la démocratie ouvrière n'était pas une lutte presque de guerre civile à l'intérieur des organisations ouvrières [... ] ! (nous soulignons)

C’est exactement notre position, camarades. D'abord notre thèse 16, si « lamentable » affirme qu'il est nécessaire de travailler avec la prévision que la bureaucratie sera un ennemi militaire et que :

L’axe de tout ce travail doit être une intervention patiente et permanente au sein des syndicats, tant dans les pays impérialistes que dans les pays semi-coloniaux, sur l'objectif politique de l'indépendance syndicale envers l'Etat bourgeois et envers les organisations patronales. (nous soulignons)

D’ailleurs, le point 14 des 21 points de notre Appel pour une Conférence Internationale dit :

Les trotskystes combattent dans les syndicats pour éliminer leur bureaucratie, imposer la démocratie ouvrière et nous affirmons que ceci n'est pas possible sans combattre pour l'indépendance totale des organisations ouvrières de l'État bourgeois qui les corrompt et les intègre.

Vous avez signé cet Appel, vous dites le défendre, vous nous accusez de ne pas en laisser pierre sur pierre. Mais nos thèses sur l'aristocratie ouvrière, concrètement la « lamentable » thèse 16, répètent précisément ce que nous nous avons dit et que vous avez signé avec nous- dans notre Appel pour une Conférence Internationale.

Où est le problème ? Est-ce dans notre ajout sur l'indépendance envers les organisations patronales ? Tous ceux qui interviennent dans des syndicats ne peuvent  voir quelque chose de « lamentable » dans cette précision. S'il en était ainsi, vous devez clairement convenir que lutter dans le syndicats pour l'indépendance par rapport aux patrons et à l’Etat n’a rien de « lamentable ». S'il n'est pas ainsi, vous devez reconnaître que l'Appel était pour vous un trompe-l’œil, que les pierres que vous avez mises ou laissé mettre étaient étrangères à vos véritables positions et à vos réelles pensées. Nous vous le disons une fois de plus, cette méthode est mauvaise.

Deuxièmement, à propos de cette « lamentable » thèse 16, qu’entendez-vous vous-mêmes par « organisation ouvrière » ? Les syndicats ? Les partis de la social-démocratie ? Les partis staliniens ? Les organisations centristes ? Tout lecteur a besoin de savoir ce que vous entendez par là puisque, vous nous appelez à lutter « à l’intérieur des organisations ouvrières », de toutes les organisations ouvrières. Par conséquent, c’est un appel à l’entrisme (ne serait-ce pas du pivertisme ?) mais sans nous dire où… La discussion sérieuse, ce n’est pas jouer à cache-cache.

En fait, pour vous, le concept de parti ouvrier-bourgeois n'existe pas. Alors, vous devriez convenir qu’il s’agit d’une révision du marxisme sur cette question. C’est le coup de la ressemblance de l'oiseau et de l’insecte : vous volez et picorez d'un côté à l’autre à une telle vitesse que cela devient difficile d’élucider si nous avons affaire à un oiseau ou à un insecte.

Quant à vos accusations d’adaptation à la social-démocratie, qui serait l’inévitable résultat de nos origines lambertistes, nous devons vous rappeler, camarades, que notre rupture avec le lambertisme s'est produite avec la création du Comité pour le redressement politique et organisationnel du PCI (plus tard renommé Comité pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire, pour la construction de l’Internationale ouvrière). Cette organisations a été capable de rassembler des forces politiques et humaines pour réagir contre cette adaptation à la social-démocratie. Plus précisément, cela a été une de ses principales batailles contre Lambert. Vous le savez et, par conséquent, vous devriez étendre votre accusation à cette organisation, qui deviendra parfaitement ridicule.

D'autre part, nous devons de nouveau vous remercier pour nous sortir du doute :

Nous nous dispensons ici des arguments détaillés que nous avons développés dans le supplément spécial au BIOI nº 6.

Quand, en cherchant dans les références bibliographiques que vous donnez, nous avons examiné cet article auquel, nous y avons cherché en vain de la profondeur. A dire vrai, comme vous l’annonciez, nous n’y avons trouvé que des détails.

Vous finissez votre réponse à notre proposition de discussion en nous intimant de nous transformer en tendance. Merci pour vos conseils, mais le Grupo Germinal a une position très claire sur le centralisme démocratique, les tendances et les fractions. Nous essayons de garder des principes à ce sujet. Nous avons aussi une idée claire, vous même l'avez expliquée et accepté, des limites du Collectif à héberger des tendances.

Ainsi, nous avons toujours cru que pour être constitué en tendance, il est nécessaire de doter celle-ci d’un contenu politique et que ce cadre organisateur justifie son existence. Est-ce le cas du Collectif, comme vous l’entendez avec vos camarades membres du COTP-CI ? Sauf erreur, vous avez expliqué, avec les autres membres du SI du COTP-CI, les dirigeants de la LOI, que les conditions pour faire fonctionner le Collectif selon les principes du centralisme démocratique ne sont pas réunies. Mais, dans les faits, vous avez tantôt considéré le Collectif comme formé de plusieurs groupes nationaux, dont la LOI et le GOI, comme il était convenu avec vos partenaires du Collectif, tantôt vous avez considéré que le COTP en était une composante en tant que tel. Cette dernière possibilité était légitime, si vous aviez avancé, si dès la constitution du Collectif, vous aviez fonctionné comme fraction interne du Collectif, à drapeau dévoilé, sous le nom de COTP-CI. Vous ne l’avez jamais dit. C'est pourquoi, camarades, vous ne pouvez pas comprendre que nous nous n’avons pas constitué ni n’avons fonctionné en tendance, puisque vous avez coutume de pratiquer des fractions qui ne se déclarent pas publiquement. Nous prenons note.

Conclusion

Pour terminer, camarades, nous vous rappellerons que vous commenciez votre lettre du 7 avril ainsi :

Nous n'avons certainement aucun accord [... ] Vos Thèses sur l'aristocratie ouvrière, à notre avis, révise toutes les positions de la IIIe et de la IVe Internationale à ce sujet.  C’est au point que vous êtes incapables d’apporter la moindre citation de la III ou de la IVe Internationale à l’appui de votre position.

Nous vous avons déjà remerciés pour apporter de votre côté un certain nombre de citations de la IIIe et de la IVe Internationales qui appuient nos thèses. De notre côté, nous avons nous-mêmes apporté quelques références précises, non seulement avec des textes de la IIIe et de la IVe Internationale, mais en partant de textes d’Engels, de Lénine et de Trotsky.

Nous avons aussi démontré les dangers des citations abusives et la nécessité d’abandonner votre coutume de les tripoter à votre guise sans, parfois, indiquer vos sources. Il ne s’agit pas de pédanterie, mais du simple respect de la démocratie ouvrière.

Vous avez  peut-être besoin, pour être convaincus, d’une citation de plus :

Il est, cependant, de la plus haute importance d'élaborer pratiquement (dans leur développement nécessaire) des méthodes d'action, d’une part à l’égard des chefs ou des représentants autorisés des organisations, totalement corrompus par les préjugés impérialistes et petit- bourgeois (ces chefs, il faut les démasquer impitoyablement et les exclure du mouvement ouvrier) et d'autre part, à l’égard des masses..." (Les Tâches principales de l’Internationale communiste, thèse 9, 2e congrès de la IIIe Internationale, juillet 1920, Quatre premiers congrès de l’IC, Librairie du Travail, p. 44)

L'ancienne subdivision classique du mouvement ouvrier en trois formes (partis, syndicats, coopératives) a fait son temps. La révolution prolétarienne en Russie a donné naissance à la forme essentielle de la dictature du prolétariat, les soviets. La nouvelle division que nous mettons en avant est la suivante:  1º le parti, 2º le soviet, 3º le syndicat. (Résolution sur le rôle du parti communiste dans la révolution prolétarienne, thèse 8, 2e congrès de la IIIe Internationale, juillet 1920, Quatre premiers congrès de l’IC, Librairie du Travail, p. 43)

Vous avez grand besoin de ces deux citations. Toutes deux sont extraites du Second Congrès de la IIIe Internationale, à l’abri duquel vous avez prétendu dissimuler votre révision du marxisme.

Vous avez à poursuivre votre inventaire de l’héritage d'Engels, de Lénine, de Trotsky, de la IIIe et de la IVe Internationales, à examiner pourquoi vous le rejetez. Tout au long de notre réponse, nous avons pu constater que lorsque, de manière « nullement exagérée », vous déclarez n’avoir « aucun accord » avec nos thèses, vous aboutissez à n’avoir aucun accord avec le marxisme.

Nous vous livrons une dernière citation sur laquelle vous devez indiquer, puisque s'ils n'ont aucun accord avec nos thèses, y compris la thèse 14 que vous attaquiez dès le point 1 de votre lettre.

Aux moments critiques de la lutte, la bourgeoisie sème la discorde parmi les masses ouvrières militantes et empêche les actions isolées de différentes catégories d'ouvriers de fusionner dans une action de classe générale ; elle est soutenue dans ces tentatives par l'œuvre des anciennes organisations syndicales, morcelant les travailleurs d'une branche d'industrie en groupes professionnels artificiellement isolés, bien qu'ils soient tous rattachés les uns aux autres par le fait même de l'exploitation capitaliste. Elle s'appuie sur le pouvoir de la tradition idéologique de l'ancienne aristocratie ouvrière, bien que cette dernière soit sans cesse affaiblie par l'abolition des privilèges de divers groupes du prolétariat ; cette abolition s'explique par la décomposition générale du capitalisme, le nivellement de la situation de divers éléments de la classe ouvrière, l'égalisation de leurs besoins et leur manque de sécurité. (Le Mouvement syndical, les comités de fabrique et d’usine, thèse 4, 2e congrès de la IIIe Internationale, juillet 1920, Quatre premiers congrès de l’IC, Librairie du Travail, p. 43)

Camarades, vous rejetez la tactique de front unique ouvrier de IIIe et de la IVe Internationales. C’est votre droit. Mais comme nous voulons continuer à construire un cadre de regroupement international qui préserve cet acquis et qui nous permette, comme révolutionnaires, de faire face aux tâches historiques énormes qui s'approchent. Nous ne croyons pas exagérer si nous affirmions que celui prolétariat n'a jamais été tellement désarmé dans le cadre de son organisation comme classe. Nous n'exagérons pas en affirmant que le trotskysme, qui n'est rien d’autre que le marxisme mis à jour dans la phase impérialiste et après la trahison du stalinisme, n'a été jamais organisationnellement et politiquement, aussi affaibli.

Pour cette raison, il est nécessaire que vous, qui participez à la direction d’une fraction non déclarée dans le Collectif mais qui est celle qui réunit le plus grand nombre de militants, trouviez le chemin pour appliquer le legs du Troisième Congrès de la IIIe Internationale :

Ce n'est que dans la lutte pour les intérêts les plus simples, les plus élémentaires des masses ouvrières que nous pourrons former un front uni du prolétariat contre la bourgeoisie. Ce n'est que dans cette lutte que nous pourrons mettre fin aux divisions au sein du prolétariat, divisions qui constituent la base sur laquelle la bourgeoisie peut prolonger son existence. Mais ce front du prolétariat ne deviendra puissant et apte au combat que s'il est maintenu par les Partis Communistes dont l'esprit doit être uni et ferme, et la discipline solide et sévère. C'est pourquoi le 3° Congrès mondial de l'Internationale Communiste, en même temps qu'il lançait aux communistes de tous les pays le cri de « Aux masses ! », « Formez le front uni du prolétariat ! » leur recommandait : « Gardez vos rangs purs d'éléments capables de détruire le moral et la discipline de combat des troupes d'attaque du prolétariat mondial, des partis communistes ». (Manifeste du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste, juin 1921, 3e Congrès de la IIIe Internationale, Quatre premiers congrès de l’IC, Librairie du Travail, p. 141)

Et, dans ce cas, la citation doit plus appeler la réflexion sur son dernier paragraphe, plus encore que les phrases sur le front unique. Ce sera une autre discussion que nous mènerons à bien. Il dépendra de vous d’en faire partie.

 

Valence, le 2 mai 2004

BIBLIOGRAPHIE

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·                TROTSKY, León; [1930-1940] 1980, La lucha contra el fascismo. El proletariado y la revolución, Barcelona, Editorial Fontamara.

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·                TROTSKY, León; [1937] 1983, Oeuvres tome 15, Grenoble, Publications de l’Institut Leon Trotsky.

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·                TROTSKY, Léon, [1938] 2003, Programme de Transition. L’Agonie du capitalisme et les tâches de a 4e Internationale, Paris, Groupe Bolchevik, Cahier bolchevik nº 3.