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Retrait immédiat des troupes françaises du Mali !

 

Le 11 janvier, l’armée française a envahi le Mali, officiellement pour le débarrasser des « terroristes » à l’appel du président Traoré. En fait, l’État français a saisi l’occasion de réaffirmer sa place dans le continent africain.

Le Sahel, de zone de confins tend à devenir un espace pivot, entre l’Atlantique et la mer Rouge, entre le monde arabo-berbéro-musulman et une Afrique noire en partie chrétienne, en partie musulmane. (Questions internationales, novembre 2012)

La crise mondiale du capitalisme a frappé durement en 2008-2009 les pays qui ne disposent pas de rente pétrolière. En Afrique du Nord, des révolutions ont chassé certains régimes autoritaires appuyés sur la police (en Tunisie) ou l’armée (en Égypte), tous soutenus par les « démocraties » occidentales (États-Unis, France, Grande-Bretagne…). Le Mali, présenté comme un exemple de démocratie, s’est effondré en 2012. L’armée, formée par les États-Unis depuis 1993, a été mise en déroute, au nord, par les nationalistes touarègues rapidement supplantés par les bandes armées islamistes et elle a achevé de se disloquer, au sud, à la suite du coup d’État du capitaine Sanogo.

 

Les mensonges du gouvernement Hollande-Ayrault-Fabius-Le Drian

 

L’armée française n’est pas intervenue pour la défense du patrimoine culturel de l’humanité situé à Tombouctou, ni par sympathie pour les Maliens. L’histoire de l’armée française est ponctuée de pillages en Europe et dans le monde entier, de massacres d’ouvriers français et de paysans africains ou asiatiques, de tortures de combattants algériens. Chaque jour, des centaines de Maliens sont humiliés et pourchassés par la douane et la police françaises. S’il s’agissait de protéger les femmes, pourquoi le gouvernement français entretient-il d’excellents liens avec des États qui appliquent la charia comme la Lybie, les EAU, le Qatar, l’Arabie saoudite… ?

Quant à la démocratie au Mali, l’ambassadeur de France n’en a cure.

Le front des agitateurs et autres ennemis est averti : l’armée française n’est pas venue pour amuser la galerie et aucune autre manifestation ne devra être tolérée à Bamako avant la libération du nord. (Christian Rouyer, Jeune Afrique, 28 janvier 2013)

Cette guerre a été préparée par les « forces spéciales » (de très coûteux corps de tueurs professionnels), elle s’appuie sur l’aide technique de la Grande-Bretagne, du Canada, du Danemark et des États-Unis, elle est menée par 2 300 militaires français, épaulés par l’armée malienne au centre du pays, avec les milices du MNLA et des troupes de l’armée tchadienne au nord. Sur les opérations militaires, toutes les informations sont depuis le premier jour fournies par l’armée française elle-même, ce qui sème déjà le doute sur les considérants démocratiques invoqués par le gouvernement PS-EELV-PRG et le président « socialiste » Hollande.

Vous savez, il n’y a aucun intérêt français au Mali. Cela n’a donc rien à voir avec je ne sais quelle politique d’un autre temps… Nous n’y défendons qu’une cause, l’intégrité du Mali. (François Hollande, Conférence de presse, Dubaï, 17 janvier 2013)

Alors, à quoi sert le Club des investisseurs français au Mali, soutenu par le Medef ?

 

Les raisons de la guerre sont les intérêts sordides du capitalisme français

 

Les sites du gouvernement et les propos de certains ministres démentent le président.

En 2010, on recense près de 60 filiales et sociétés à capitaux français. On dénombre par ailleurs près d’une soixantaine d’investissements privés réalisés par des ressortissants français ou binationaux installés au Mali, dans l’hôtellerie, la restauration, le bâtiment, les services. Employant un effectif global de l’ordre de 3 000 salariés, les filiales françaises sont très majoritairement basées à Bamako. La répartition de leur activité reflète la structure et le potentiel du marché malien puisque ces entreprises opèrent à 65 % dans les services, 15 % dans l’industrie et 20 % dans le commerce. En outre, elles sont dans une proportion de 60 % l’émanation de groupes français. (Ministère de l’économie)

Parmi les groupes recensés, figurent Accor, Air France, Air liquide, Alcatel Lucent, Aventis, Bolloré, BNP Paribas, Bouygues, Canal plus, CFAO, Eiffage, Legris, Sanofi, France télécom, Total, Vinci…

Tout le processus de la vie économique mondiale consiste à produire de la plus-value et à la répartir entre les divers groupements de la bourgeoisie sur la base d’une reproduction sans cesse accrue des rapports entre deux classes : le prolétariat mondial et la bourgeoisie mondiale. (Nikolaï Boukharine, L’Économie mondiale et l’impérialisme, 1915, Anthropos, p. 18)

Le sol du Mali recèle, spécialement au nord peu peuplé, de l’uranium, du gaz et du pétrole.

Le Nord contribue très peu au PIB du Mali, à peine 2 %. Mais le sous-sol des régions de Gao, de Kidal et de Tombouctou suscite beaucoup d'espoir : 850 000 km2 de potentiel gazier et pétrolier, selon les études menées par l'Autorité pour la recherche pétrolière (Aurep). Pour certains analystes, c'est même la seule vraie raison de l'occupation du Nord par les indépendantistes touaregs et les islamistes. Le Nord, ce n'est pas seulement du pétrole. Les explorations menées dans l'Adrar des Ifoghas (région de Kidal) ont révélé des sols propices à la présence d'or et d'uranium, tandis que le cercle d'Ansongo (région de Gao) recèlerait du manganèse. De quoi attiser les appétits. (Jeune Afrique, 19 juillet 2012)

En 2011, l’augmentation du PIB de l’Afrique subsaharienne a été de +5,3 % contre +1,4 % dans la zone euro ; de +4,8 % en 2012 contre -0,4 % (FMI, janvier 2013). Constatant que le continent africain connaît une croissance enviable, le ministre français de l’économie ne cache pas que, par les échanges de biens et de services ainsi que par l’exploitation sur place des travailleurs, elle pourrait profiter à l’impérialisme français.

La croissance africaine a le potentiel de stimuler la croissance en France. (Pierre Moscovici, 1er décembre 2012)

L’intervention française au Mali n’est pas la première du 21e siècle en Afrique puisqu’elle suit celles en République démocratique du Congo (2003), en République centre-africaine (2007), au Tchad (2008), en Lybie (2011), en Côte d’Ivoire (2011). Toutes visent à réaliser ce « potentiel », à conforter le capitalisme français dans la course qu’il livre, au Mali et dans toute l’Afrique, à ses rivaux américain, chinois... Accessoirement, la guerre, si elle est victorieuse, aidera aux exportations d’armements par Dassault, DCNS, EADS, SAGEM, Thales… et permettra au capitalisme français de conserver sa 4e place mondiale de trafiquant d’armes (derrière les États-Unis, la Russie et la Grande-Bretagne, mais encore devant l’Allemagne et la Chine).

 

Un État artificiel issu de la colonisation

 

Un point commun entre Hollande, les gouvernements successifs du Mali, la Communauté économique et douanière des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine et l’ONU est le respect des frontières artificielles tracées par la Grande-Bretagne et la France.

Les frontières apparemment intangibles du Mali n’étaient que celles imposées à l’indépendance par la France, le colonisateur. Et encore, pas imposées quand la France dominait ce territoire. Car alors, elle préférait constituer un vaste pays de tout l’ouest de l’Afrique, appelé l’Afrique occidentale française, l’AOF. C’est seulement au moment d’accorder l’indépendance qu’elle a commencé à constituer des zones plus petites, moins viables. Par exemple, un grand Mali dont une grande partie ne contient que du désert et qui n’a aucun débouché sur la mer, ce débouché étant constitué d’un autre pays, le Sénégal. Pourtant, des deux côtés de ces frontières entre Mali, Sénégal et Mauritanie, on trouve les mêmes familles, le même peuple, avec les mêmes ethnies noires ou touarègues… Quasiment tous les courants politiques, même ceux situés à l’extrême gauche de l’échiquier politique comme Sadi (Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance) ont cautionné le nationalisme malien, affirmé que l’État malien était là pour défendre le pays, ses frontières. La réalité, c’est que l’État malien n’a jamais existé que pour faire la guerre au peuple malien, pour le réprimer, pour le terroriser, pour l’exploiter en défendant les intérêts des trusts étrangers qui tirent profit de l’or, des pierres précieuses, de l’uranium, du gaz et du pétrole, et aussi du coton et autres produits agricoles, notamment les trusts français. (Taïoura Levi Hamed, Matière et révolution, 19 janvier 2013)

Dans la vieille Europe, les États se sont constitués au fur et à mesure de l’affirmation des bourgeoisies en classe dominante par le renversement du féodalisme, la constitution d’un marché national et les luttes entre elles. Puis, sur le même modèle, certaines de leurs colonies ayant brisé leur domination (États-Unis d’Amérique), certains pays leur ayant résisté (Japon), certains pays ayant chassé l’impérialisme et exproprié le capital (Chine), ont pu accumuler du capital de manière suffisante au 19e ou au 20e siècle pour réaliser l’unité nationale et échapper à la domination étrangère. Le nationalisme constitue, dans ces cas, une arme idéologique des plus puissantes aux mains de la classe dominante pour soumettre les exploités.

Les pays du Sahel se situent à l’opposé. Quoique formellement indépendants, l’artificialité des frontières et les transferts massifs de plus-value aux bourgeoisies étrangères y sapent la reproduction des rapports sociaux capitalistes, déstabilisent l’État bourgeois, fractionnent la classe dominante selon les influences étrangères, confèrent un rôle politique démesuré à l’armée, nourrissent les conflits ethniques, voire religieux.

 

L’impérialisme crée le terrain des coups d’État, des conflits ethniques et religieux

 

En 1991, la classe ouvrière, à cause de la soumission à l’armée bourgeoise des organisations de travailleurs (UNTM) et de jeunes (AEEM), laisse échapper une situation révolutionnaire. Faute de parti ouvrier révolutionnaire, le pouvoir passe d’un gradé à l’autre, du général Traoré au lieutenant-colonel Touré.

La grève générale commence, paralysant le pays. Les mères de famille, révoltées que leurs enfants soient tués comme des lapins, s’attaquent à mains nues à la présidence à Loulouba. Le général-président leur barre la route avec des blindés. Mais l’armée ne marche plus et on est à un doigt d’une grave mutinerie. Affirmant agir en coordination avec les organisations démocratiques, les militaires déposent la dictature de Moussa Traoré et prennent le pouvoir le 27 mars 1991. Un régime de parachutistes, commandé par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré (dit ATT) arrête Moussa Traoré. Le chef du coup d’État prend la tête d’un « conseil de réconciliation nationale » auquel collaborent l’UNTM (Union nationale des travailleurs du Mali, le syndicat unique) et AEEM (Association des élèves et étudiants du Mali), revivifiée par la révolution. Immédiatement, la France lâche Moussa Traoré. Le multipartisme est instauré. (Tiekoura Levi Hamed, Matière et révolution, 16 septembre 2010)

Comme le précédent, le gouvernement de Touré n’est que le conseil d’administration d’une bourgeoisie compradore. La question touarègue reste le cauchemar de la bourgeoisie malienne. Malgré les ressources naturelles déjà mobilisées (or, coton..), le pays reste sous-développé. La transition démographique n’est pas accomplie, contrairement à l’Afrique du Nord (le taux de fécondité est de 6,3 enfants par femme, alors qu’il est de 2 en Tunisie comme en France). Le PIB annuel par habitant (669 dollars) classe le Mali au 164e rang mondial. L’indice de développement humain (0,392) le met au 175e rang. Il s’agit de moyennes qui ne tiennent pas compte de la répartition des revenus entre les classes. En dépit de luttes de classe incessantes, la situation matérielle des travailleurs, ouvriers, artisans, jeunes, petites gens, ne cesse de se dégrader. La paysannerie, largement expropriée par les propriétaires fonciers et les sociétés impérialistes, s’est appauvrie. Les ouvriers et les employés s’enfoncent dans la précarité.

Des dizaines de milliers de travailleurs et de jeunes ont été et sont toujours obligés de s’exiler et de vendre leur force de travail surtout dans les pays voisins, la Côte d’Ivoire (entre 500 000 et 1 million), le Soudan… et aussi dans les pays impérialistes comme la France (60 000), la Belgique, l’Allemagne, les États-Unis, le Canada… La pauvreté endémique a aussi facilité le clientélisme des réseaux cléricaux financés par les monarchies du Golfe… et les activités illicites.

 

L’inclusion dans les circuits de la mondialisation maffieuse

 

La rébellion des Touaregs du Mali septentrional — habité aussi par d’autres peuples : les Arabes, les Peuls, les Songhaï, etc. — déclenchée en janvier 2012 par le MNLA se distingue des précédentes par, entre autres : l’importance des ex-soldats et ex-mercenaires de l’autocrate… l’implication des jihadistes (AQMI et MUJAO) —ayant fini par prendre militairement le dessus sur le MNLA, non pas seulement à cause de leur aptitude à convaincre religieusement des jeunes des populations locales, déjà musulmanes, d’un islam différent, mais aussi à cause de leurs capacités financières.

En effet, la prise en otage des ressortissants « occidentaux » contre rançon, le convoyage très sécurisé, dans le Sahara, de la cocaïne (débarquée au large de l’arc maritime allant du Ghana au Sénégal, en provenance des cartels sud-américains, déjà devenus directement des acteurs de la croissance économique et indirectement des acteurs des changements politiques dans cette partie du continent, avec les récents putschs militaires en Guinée-Bissau, par exemple) destinée aux « gagnants » et « candidat-e-s gagnants » des sociétés néolibérales européennes, ainsi que bien d’autres trafics, sont des sources de revenus importants.

Elles permettent aux dirigeants de ces milices islamistes de recruter des jeunes désœuvrés… Comme l’a dit, plus d’un an avant le déclenchement de la nouvelle rébellion, l’actuel porte-parole du MNLA, Hama Ag Sid’Ahmed : « Les jeunes abandonnés par l’État et aussi souvent par leurs responsables politiques et militaires touaregs, ne savent plus vers qui se tourner…. Certains sont tentés par les facilités offertes par l’AQMI, la seule entreprise du nord qui fonctionne et gagne tous les marchés sans faire de l’investissement. »

Contrôler le Nord-Mali est donc une affaire très juteuse, pour ces jihadistes que l’on classerait bien dans l’islamisme de marché — celui qui est au pouvoir, de l’Iran à la Tunisie, en passant par l’Arabie saoudite —, mais du marché clandestin ou illégal ou d’une version du lumpen-capitalisme drapée de religiosité. Ce qu’exprime assez bien le terme « narco-salafiste ».

Par ailleurs, la bonne marche de leurs affaires nécessite des complicités dans certains appareils des États qu’ils bordent ou dans lesquels ils ont créé des zones frontalières de non-droit. C’est ce qui explique non seulement les connivences de certains notables du Mali septentrional avec les « narco-salafistes », mais aussi l’inefficacité de l’armée malienne, dont de nombreux membres de la hiérarchie sont présumés liés aux réseaux côtiers du narcotrafic sud-américain et aux « narco-salafistes ». L’entourage immédiat du président malien déchu, Amadou Toumani Touré, au sein de la hiérarchie militaire surtout, était montré du doigt dans une certaine opinion malienne...

La cupidité, le principe d’accumulation primitive à partir d’une rente de situation et le consumérisme ont, entre autres, créé une situation qui a rendu possible les débâcles rapides de l’armée malienne aussi bien en janvier-mars 2012 qu’en janvier 2013. (Jean Nanga, Inprecor, janvier 2013)

 

Bérets verts contre bérets rouges

 

L’armée est, comme en France, une « armée de métier » et non de conscription. Tombée sous la coupe des États-Unis au détriment de la France, elle reste plus apte à se battre pour le palais présidentiel qu’à combattre les envahisseurs du nord.

Mal formée, déstructurée, sous-équipée, elle fait figure de maillon faible dans la lutte régionale contre le terrorisme, le narcotrafic et les bandes armées. (Jeune Afrique, 30 mars 2012)

Voici un an, les soldats du rang se révoltent contre l’état-major corrompu et inefficace. La classe ouvrière étant incapable, faute de parti, d’utiliser la division de l’armée et d’armer la population, la révolte est détournée par un apprenti Bonaparte. Le capitaine Amadou Haya Sanogo, formé comme officier de renseignement aux États-Unis, lance les « bérets verts » (infanterie) à l’assaut de la télévision et du palais présidentiel défendu par les « bérets rouges » (parachutistes). La junte chasse le président Touré, lui-même un ancien lieutenant-colonel putschiste.

C’est sur le terreau d’impopularité d’Amadou Toumani Touré et de fortes critiques sur son incapacité à faire face aux multiples adversités, notamment militaires, que le coup d’État du 22 mars 2012 a prospéré. Affichant leur inaptitude à s’organiser, à gagner à leur cause le soutien d’une population désemparée, encore moins à définir une véritable stratégie tant sur le plan interne que régional, ses auteurs se sont contentés, dans un premier temps, d’exploiter le ressentiment des Maliens. (Questions internationales, novembre 2012)

Le parti politique qui est invité aux congrès du PCF, Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (SADI), dont le nom creux indique la nature bourgeoise, soutient le coup de Sanogo et la junte militaire.

Plus rien ne s’oppose à l’avance des djihadistes vers le sud.

Le putsch de mars 2012 a pulvérisé la chaîne de commandement, avec la révolte de la troupe contre les officiers supérieurs, puis la fracture entre bérets verts et rouges. (Le Monde diplomatique, janvier 2013)

Les pays voisins réunis dans la CEDEAO et, dans les coulisses, la France imposent un compromis aux partis politiques et à la junte militaire en avril, mais le gouvernement de Dioncounda Traoré reste impuissant. En décembre, le capitaine Sanogo se permet de tabasser et de chasser le premier ministre.

L’arrestation du premier ministre malien, Cheikh Modibo Diarra, appartient à un genre très typé. Déjà empêché, la veille, à l’aéroport, de quitter le Mali, il a été arrêté à son domicile dans la nuit de lundi à mardi 11 décembre par des militaires… Il a aussitôt été conduit au camp de Kati… Là, il aurait été amené au bureau de leur chef, le capitaine Amadou Sanogo, ex-chef de la junte... Vers quatre heures du matin, il apparaissait à la télévision nationale pour annoncer sa démission… (Le Monde, 12 décembre 2012)

Les « bérets verts » finissent en mai 2012 et en février 2013 de vaincre, non les islamistes, mais les« bérets rouges ». D’après l’organisation des droits de l’homme HRW :

Depuis mars 2012, le capitaine Sanogo et ses hommes ont été clairement identifiés dans des disparitions forcées, tortures, arrestations arbitraires, intimidations et maltraitances de personnes opposées à eux. Ils n’ont pas fait l’objet de la moindre enquête. À la place, Sanogo a été rétribué par une position gouvernementale de haut niveau… (Le Monde, 15 février 2013)

 

La dislocation du Mali

 

D’abord, entre janvier et mars 2012, l’armée malienne s’est repliée devant une coalition du MNLA (des nationalistes touaregs qui ont bénéficié de la complaisance de Sarkozy), de Ansar Eddine (des islamistes touaregs qui ont bénéficié de la complicité du régime algérien), de l’AQMI (des islamistes majoritairement étrangers dirigés par des Algériens de l’ex-FIS), du MUJAO (des islamistes comprenant des étrangers et des Maliens de toutes les ethnies).

Le MNLA, renforcé par d’anciens mercenaires de  Kadhafi et la désertion de soldats et d’officiers touaregs qui avaient été intégrés en 1991 à l’armée malienne, a proclamé en avril 2012 l’indépendance de l’Azawad. Les nationalistes bourgeois comptaient monnayer à leur propre compte les richesses du sous-sol auprès des puissances impérialistes.

La conquête du nord du pays s’est faite de manière particulièrement violente. Le MNLA et Ansar Eddine égorgent les soldats prisonniers selon le rite djihadiste.

Le massacre du camp d’Aguelhok, le 24 janvier, avait déjà porté un coup très dur au moral des troupes : 70 militaires avaient été exécutés et les photos de leurs corps atrocement mutilés avaient fait le tour du web. (Jeune Afrique, 30 mars 2012)

Les civils ne sont pas épargnés.

Personne à Gao n’a oublié que les Touaregs du MNLA avaient fait régner la terreur, pillant les bâtiments, volant les habitants, violant les femmes. (Jeune Afrique, 25 février 2013)

Dans une deuxième phase, les panislamistes se retournent contre les nationalistes touaregs.

À la fin de juin, les islamistes d’AQMI alliés au MUJAO et à ceux d’Ansar Eddine chassent les rebelles touaregs du MNLA et conquièrent le Nord-Mali. Ils imposent la charia –lapidations et mutilations se multiplient- et détruisent les mausolées de saints musulmans à Tombouctou. (Le Monde, 13 janvier 2013)

Contrairement au nationalisme touareg, ni la mafia islamiste ni le djihad ne bornent leur horizon au nord du Mali. L’urgence a poussé l’état-major de l’armée française et le président français à ne pas attendre les troupes de la CEDEAO qui étaient prévues.

Le mouvement de groupes islamistes qui ont franchi la ligne virtuelle de démarcation entre le nord et le sud en prenant la ville de Konna, le 10 janvier, a précipité le calendrier. (Le Monde, 16 janvier 2013)

 

Ni réaction islamiste, ni domination étrangère !

 

Il faut avoir tout particulièrement à l’esprit… la nécessité de lutter contre le panislamisme et autres courants analogues qui tentent de conjuguer le mouvement de libération contre l’impérialisme européen et américain avec le renforcement des positions des khans, des propriétaires fonciers, des mollahs, etc. (Vladimir Lénine, Ébauche de thèses sur la question coloniale, 5 juin 1920)

Si les islamistes étaient purement et simplement des combattants anti-impérialistes, les travailleurs du Mali, de France et d’ailleurs devraient les soutenir. Mais ils sont aussi le fer de lance de la contre-révolution, non sans parenté avec le fascisme, comme ils l’ont prouvé en Iran en 1979 et en Égypte en 2012. Les succès militaires initiaux de l’armée française ne reposent pas seulement sur la supériorité militaire écrasante, mais sur la haine que les bandes mafieuses et fondamentalistes ont suscitée chez les travailleurs, les femmes et les jeunes en formation.

Dans le nord, le MNLA a abandonné la revendication d’indépendance et collabore avec l’armée française pour traquer les djihadistes. Le MNLA, après avoir tenté d’imposer sa domination sur toutes les ethnies du nord, après avoir ouvert le nord aux islamistes, renforce maintenant les illusions dans l’impérialisme français et dans l’ONU.

La rébellion touareg du MNLA a refusé samedi de désarmer avant toute négociation avec les autorités maliennes… Réunis en « sommet » le 28 février, les dirigeants de la CEDEAO avaient affirmé que le dialogue intermalien passait par le « désarmement de tous les groupes armés, notamment le MNLA ». La rébellion a lancé un appel pressant à l’ONU pour accélérer le déploiement d’une force de maintien de la paix… (Jeune Afrique, 10 mars 2013)

Aux nationalismes bourgeois, cléricaux ou laïques, malien ou touareg, fauteurs de conflits et de guerres incessantes, les peuples africains, quelle que soit la couleur de leur peau, doivent opposer leur volonté de régler eux-mêmes toutes les questions. Ils ne le pourraient qu’en exerçant le pouvoir dans leurs comités et conseils de toutes sortes issus de leurs luttes révolutionnaires. Avec une exigence centrale : la rupture de tout lien politique et économique avec tous les impérialismes. Seule l’expropriation des classes dominantes (groupes capitalises étrangers, bourgeoisies locales, propriétaires fonciers et chefs tribaux) peut régler les problèmes de coexistence et de cohabitation de ces peuples et leur progrès économique et culturel.

Une partie de la population a tracé cette voie, dans les circonstances les plus difficiles, en refusant l’occupation des barbus et leur totalitarisme bigot.

Gao a résisté, c’est indéniable. Résistance frontale, quand le MUJAO a voulu interdire le football ou détruire le mausolée de Mohamed Askia, une prodigieuse pyramide en banco datant de 1495. Ce jour-là, au lendemain de la destruction des mausolées de Tombouctou, les habitants de Gao se sont massés au pied du monument et ont bravé les menaces. Une autre fois, ils sont sortis dans la rue pour dire « non » aux amputations. (Jeune Afrique, 25 février 2013)

Si le peuple avait été armé, s’il s’était armé, il aurait rallié ou dispersé l’armée, chassé les bandes narco-salafistes et renversé l’État de la bourgeoisie du sud, incapable de le protéger et vendu à l’étranger, reconnu les droits des minorités nationales, émancipé les femmes et la jeunesse. L’exemple du gouvernement ouvrier et paysan du Mali se serait répandu dans toute la région, ouvrant la perspective de développer l’économie au compte du plus grand nombre, de supprimer les frontières artificielles en édifiant la fédération socialiste sahélienne et les États-Unis socialistes d’Afrique.

 

Pour la défaite de l’impérialisme

 

L’armée française aurait eu, tant en France qu’au Mali, le plus grand mal à justifier son invasion, alors que ses troupes de choc serviront à la contre-révolution en France comme à l’oppression dans le reste du monde, alors que la défaite de l’armée française aurait affaibli l’État bourgeois, démasqué le gouvernement social-impérialiste de Hollande et incité tous les peuples opprimés à défier l’ordre impérialiste que font régner les grandes puissances. Pour cela, il manque un parti ouvrier révolutionnaire, section malienne de l’internationale ouvrière révolutionnaire.

Il en faut un aussi en France, tant il est vrai que les « partis ouvriers bourgeois » (bureaucraties syndicales et partis politiques réformistes) défendent tous le capitalisme français et l’armée impérialiste. Pas seulement le PS de Hollande, chef de guerre impérialiste, mais aussi les directions de FO, de la CGT, le PCF et le PdG.

Le parti social-patriote de Mélenchon ne conteste pas le bienfondé de l’invasion du Mali et place toute sa confiance dans le « conseil de sécurité » des bandits impérialistes français, américains, britanniques, russes et chinois.

Le Parti de gauche prend acte de la décision du Président de la République d’engager militairement des troupes françaises au Mali. Il rend hommage au lieutenant Damien Boiteux… Le PG n’en juge pas moins inacceptable que la décision de faire la guerre soit prise en dépit des règles établies par la résolution 2085 des Nations unies, qui requière expressément que le Conseil de sécurité approuve par avance toute intervention militaire par une force panafricaine, et à fortiori par une force française. En outre, le PG déplore que cette décision ait été prise en dehors de toute consultation de la représentation nationale. (PdG, Communiqué, 15 janvier 2013)

Les buts fixés par Hollande ne sont pas pour autant atteints. Il lui faut reconstruire un État bourgeois, donc une armée bourgeoise au détriment des minorités nationales et du prolétariat du Mali. Quant à détruire les courants panislamistes qui se jouent des frontières et s’alimentent des interventions impérialistes présentées comme celles des croisés contre les croyants musulmans, c’est une vue de l’esprit.

Seule la révolution socialiste mondiale peut écraser la réaction cléricale. Elle le fera, en liquidant aussi l’impérialisme qui en est la source.

· Armement du peuple malien !

· Aucune exaction contre les Touaregs, les Arabes et les Maures !

· Retrait immédiat de toutes les troupes françaises du Mali et de toute l’Afrique !

· Des papiers pour tous les travailleurs et étudiants maliens en France !