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La crise du capitalisme se poursuit

 

La paralysie budgétaire fédérale aux États-Unis

 

Les parlementaires républicains et démocrates n’ayant pu s’entendre, les coupes budgétaires automatiques ont commencé aux USA à partir du 1er mars. Elles doivent se monter, si aucun accord n’est trouvé, à 85 milliards de dollars (66 milliards d’euros) d’ici le 1er septembre 2013, date de fin de l’exercice budgétaire, puis à 109 milliards de dollars par an pendant cinq ans. Avec le risque de faire trébucher la reprise économique qui s’amorce et les inévitables conséquences sociales comme les deux millions de fonctionnaires fédéraux menacés de chômage technique, les restrictions dans les programmes scolaires, sociaux, etc.

Derrière cette impuissance des deux partis de la bourgeoisie américaine à dégager des solutions, se lit l’ampleur de l’impasse du mode de production capitaliste dans le plus puissant pays du monde : la dette publique américaine dépassant les 16 000 milliards de dollars (12 500 milliards d’euros), Républicains et Démocrates balancent sans parvenir à rien entre coupes drastiques et hausses des impôts. Le 23 janvier, la Chambre des représentants, dominée par le Parti républicain, a autorisé un nouveau dépassement du plafond de la dette jusqu’au 18 mai, évitant ainsi à l’État d’être en cessation de paiement.

Mais après tout, est-ce si important puisque Wall Street a retrouvé ses niveaux d’avant la crise de 2008, que l’économie américaine recrée des emplois et que les constructeurs automobiles ont renoué avec les bénéfices ?

En réalité, derrière cette faible reprise, de 2,2 % en 2012 et estimée à 2 % pour 2013, il y a encore et toujours la même drogue déversée à flot par la Fed, la banque centrale américaine, soit également quelques 85 milliards de dollars, mais cette fois-ci par mois, de création monétaire, dont 40 milliards sont consacrés au déficit public et 45 autres à soutenir l’immobilier et les prêts hypothécaires, c'est-à-dire à recréer une bulle spéculative du même type que celle de la crise de 2008 ! Et, comme un opiomane qui ne se sent bien qu’avec sa dose qui pourtant le perdra, l’économie américaine tremble et se crispe dès que la rumeur d’une politique moins accommodante de la Fed se fait jour. Toutes les autres banques centrales (BCE, BoE, BoJ…) suivent une politique monétaire de type keynésien qui explique en partie l’euphorie boursière actuelle… et prépare la prochaine crise mondiale.

 

La relance keynésienne et l‘économie d’armement dans la Chine capitaliste

 

En Chine, l’État a adopté un plan de relance pour compenser le ralentissement de la demande mondiale, alors que se poursuit, comme conséquence de la lutte de classe du prolétariat chinois, la sape progressive de son avantage économique avec l’augmentation des salaires réels dans les zones urbanisées qui ont triplé entre 2000 et 2010.

Ainsi, si globalement la croissance mondiale a été de 3,2 % en 2012 et que 3,5 % sont prévus pour 2013, la crise du capitalisme, loin d’être effacée, poursuit son développement inégal et les contradictions qui continuent de s’amonceler peuvent à tout moment précipiter le système dans des contractions violentes.

La rivalité grandissante entre les deux puissances impérialistes d’Asie, le Japon et la Chine, les pousse toutes deux au militarisme, aux dépenses d’armement et aux démonstrations de force en mer de Chine.

 

La récession en Europe

 

Pourtant le pire n’est pas là, mais dans la zone euro, où, derrière une moyenne de – 0,6 % de contraction de la croissance en 2012, se cachent des situations catastrophiques comme la Grèce, qui a perdu plus de 20 % de PIB depuis le début de la crise et où le salaire moyen a baissé de 45 % en deux ans, ou encore la poursuite de la récession en Espagne, en Italie, au Portugal. Certes, comme le note L’Expansion en termes choisis, « en Irlande, Espagne et dans une moindre mesure Italie et Portugal, les efforts consentis pour réduire le coût du travail sont tels que la compétitivité se redresse, stimulant les exportations ». Mais avec une prévision de croissance négative à – 0,3 % pour 2013, l’Europe concentre toutes les difficultés. Et ce n’est pas l’Allemagne qui va servir de locomotive, avec ses 0,5 % de croissance prévus pour 2013.

 

Les exigences du capital...

 

Le caractère profondément réactionnaire du capitalisme au stade impérialiste se lit aussi dans le Rapport mondial sur les salaires publié récemment par l’OIT. D’après celui-ci, la productivité du travail dans « les économies développées » a augmenté deux fois plus que les salaires depuis 1999. Aux USA, depuis 1980, la productivité horaire a crû de 85 % alors que les salaires n’ont augmenté que de 35 % ! Ces chiffres expriment crûment la seule politique qui vaille pour les bourgeoisies alors que l’expansion économique est globalement faible, voire dans certains cas nulle ou négative : augmenter le taux d’exploitation, pressurer sans fin la classe ouvrière pour tenter de maintenir le taux de profit.

C’est ce que dit cyniquement le PDG de Titan, entreprise américaine un temps intéressée au rachat de l’usine Goodyear d’Amiens Nord dont les travailleurs sont depuis des mois en chômage partiel :

Les ouvriers français sont beaucoup payés, mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure de pause au petit-déjeuner et au déjeuner, parlent pendant trois heures et travaillent pendant trois heures. J’ai fait part de cette remarque aux syndicats : Ils m’ont dit que ça marchait comme ça en France.

Le ministre Arnaud Montebourg a fait mine d’y voir un affront national et a convoqué les mânes de Lafayette pour lui répondre, là où le capitalisme, qu’il soit américain, chinois, allemand ou français, ne fait que poser ses conditions, celles de la surexploitation. Le PDG de Cosco, entreprise chinoise qui a pris, fin 2008, le contrôle de deux des trois débarcadères du port du Pirée en Grèce parlait dans les mêmes termes des dockers grecs : « Ils voulaient la belle vie, plus de vacances et moins de travail. » avant de licencier les syndiqués, de remplacer les personnels permanents sous statut par des intérimaires sous-payés, de casser les accords collectifs, de baisser les retraites, etc.

 

...poussent Hollande sur une ligne de plus en plus réactionnaire

 

Les nécessités du capitalisme en crise laissent peu de place et peu de temps à l’hypocrisie et aux faux-semblants pour faire illusion. En moins d’un an, Hollande et son gouvernement ont épuisé le peu de crédit qu’ils pouvaient récupérer après 10 ans de présidence et de majorité parlementaire UMP auprès d’une partie de la classe ouvrière et de la jeunesse, en se rangeant ouvertement du coté de toutes les exigences de la bourgeoisie française.

Qu’il s’agisse de s’attaquer au droit du travail, par le projet de loi reprenant l’accord compétitivité emploi, aux statuts et conditions de travail des enseignants par la réforme des rythmes scolaires, aux étudiants et personnels des universités par le projet de loi Fioraso, aux fonctionnaires par le blocage des salaires et la poursuite des suppressions de postes, aux Roms par la circulaire Valls, etc. Sans oublier l’intervention au Mali pour rétablir les positions de l’impérialisme français. Et il faut prévoir que vont suivre une nouvelle remise en cause des retraites et des prestations familiales, de nouvelles coupes budgétaires.

Pour autant, Hollande et son gouvernement ne trouvent pas grâce aux yeux de ceux qu’ils servent avec zèle, malgré une liste de mesures prises en leur faveur déjà impressionnante : « La France au fond de la classe » tempête le Figaro, « ...tout reste à faire. Coût du travail, réorganisation des administrations, simplification du mille-feuilles des collectivités locales… le chantier, immense, n’est pour ainsi dire même pas ouvert ». En effet, du point de vue de la bourgeoisie française, les coups portés à la classe ouvrière, à la jeunesse, restent en deçà de ce que la situation exige et de ce que parviennent à imposer d’autres bourgeoisies, en Italie, en Espagne, au Portugal...

La Commission européenne annonçant que l’objectif de réduction du déficit budgétaire à 3 % du PIB ne pourrait être tenu en 2013 et que le chômage allait encore augmenter, Hollande et ses ministres se sont donc attelés à de nouvelles coupes pour le budget 2014. Tout en mesurant parfaitement les risques politiques. Hollande lâche le 23 février en établissant un parallèle avec l’Espagne :

Quand il y a des taux de chômage des jeunes qui dépassent 50 % dans un certain nombre de pays, 25 % en France, il y a des risques d’explosion sociale.

Mais le gouvernement sait qu’il peut compter sur le soutien indéfectible des appareils syndicaux.

 

Les appareils syndicaux collaborent

 

Le gouvernement PS-EELV-PRG met en place les négociations entre les syndicats et le Medef dans l’objectif avoué, dès le départ, d’améliorer la compétitivité et de rendre l’emploi plus flexible ? Toutes les directions syndicales vont s’asseoir à la table sans manquer une séance, légitimant ainsi le « dialogue » sur la régression sociale !

Les salariés s’indignent du contenu de l’accord finalement signé par la CFDT, la CFTC et la CGC ? La CGT et FO, loin de demander le retrait du projet de loi qui doit reprendre l’accord, font campagne pour son « amélioration » par des amendements parlementaires, donc contre le mot d’ordre de retrait du texte et contre l’unité des syndicats appelant à une gigantesque manifestation devant l’Assemblée nationale pour empêcher le vote ! Pas étonnant dans ces conditions que les manifestations du 5 mars soient restées faibles et peu combatives.

Les professeurs des écoles manifestent pour le retrait du décret modifiant les rythmes scolaires ? Le congrès de la FSU réuni au même moment vote contre l’exigence du retrait !

Des assemblées générales commencent à se réunir dans les universités, exigeant le retrait du projet Fioraso qui aggrave les attaques contre l’enseignement supérieur, les étudiants et les personnels ? Les directions syndicales, après avoir participé 8 mois durant à des assises à l’initiative du gouvernement qui ont été l’antichambre du projet de loi, dénoncent le projet aujourd’hui comme inacceptable, mais sans en exiger le retrait, l’Unef restant quant à elle sur une position de soutien !

« Des choix courageux sont à prendre cette année sur les retraites » dit Hollande ? Il peut ajouter aussitôt :

Chacun devra prendre ses responsabilités, l’État mais aussi les partenaires sociaux qui négocient en ce moment-même pour les régimes complémentaires.

Tout comme ils l’ont fait sur la compétitivité et la flexibilité, toutes les directions syndicales ont également accepté de « négocier » sur la diminution des retraites complémentaires et la répartition des « efforts partagés » entre salariés et patrons. À l’arrivée, l’accord vient d’être trouvé, FO se joignant cette fois aux signataires et la CGT, qui a accompagné comme les autres tout le processus, se gardant de le faire. À peine conclu, les vautours se précipitent. L’éditorialiste des Échos du 15 mars n’y va pas par quatre chemins :

Ce n’est qu’un début. En décidant d’augmenter les retraites moins que l’inflation, les partenaires sociaux ont sans doute donné le coup d’envoi d’une vague de désindexation des revenus au moins aussi forte que celle des années 1980... Certains experts étrangers estiment que les salaires devront baisser de 20 à 30 % en France pour que le pays retrouve enfin sa compétitivité... Les partenaires sociaux ont prouvé non sans courage qu’ils pouvaient tomber d’accord sur une sous-indexation des retraites. D’autres rémunérations devront aussi augmenter moins vite que l’inflation en entreprise comme dans le secteur public.

On peut multiplier sans fin les exemples. Voilà une première raison qui explique que « l’explosion sociale » que redoutent Hollande et ses ministres, tout comme le Medef, reste contenue.

 

Le refus de tout combat centralisé contre le patronat et le gouvernement et ses conséquences à PSA Aulnay

 

Pourtant les travailleurs, les jeunes, parfois le dos au mur, se battent et cherchent comment aboutir. Ainsi, les travailleurs de PSA Aulnay, certains en grève depuis plus de 8 semaines.

Mais la direction LO de la CGT de l’usine n’a jamais mené bataille pour imposer à la CGT toute entière d’appeler tous les travailleurs de PSA à la grève générale contre le plan de licenciement, elle n’a jamais cherché, en s’appuyant sur le courage et la détermination des travailleurs d’Aulnay, en s’appuyant sur la formidable solidarité ouvrière qui alimente la caisse de grève, à imposer l’unité syndicale pour l’appel à la grève générale de tout le secteur automobile, constructeurs, équipementiers et sous-traitants, seule à même de faire plier et la direction de PSA, et la direction de Renault, et le gouvernement. Au lieu de quoi le regroupement des travailleurs en lutte, avec ceux de Goodyear, Sanofi ou Fralib dans des actions symboliques, la « convergence de luttes », chère aux bureaucrates de la CGT et à tous leurs adjoints centristes, a été substituée au combat de front unique pour imposer la grève générale.

Ainsi, la capitulation de LO devant la bureaucratie de la CGT a abouti à l’isolement de la grève de PSA Aulnay et à la division des travailleurs entre ceux qui s’accrochent à toute force et ceux qui n’en voient plus l’issue. Elle aboutit à ce que les dirigeants LO de la CGT Aulnay, abandonnent la revendication de pas un seul emploi supprimé. Comme les bureaucrates syndicaux CFDT, FO ou CGT en pareil cas, Mercier en vient à implorer un « bon » plan social et en est réduit à quémander au gouvernement Hollande la nomination d’un médiateur ! 

 

Les directions syndicales font de même en Espagne

 

En Espagne, des milliers de fonctionnaires, notamment du secteur de la santé, ont défilé à Madrid le 10 mars aux cris de « Gouvernement, démission ! ». Les directions des deux confédérations syndicales, l’UGT liée au PSOE et les CCOO liées au PCE, n’avaient pas pourtant convoqué les manifestations sur cet axe, mais plus vaguement contre le chômage et l’austérité et « pour le renouveau de la démocratie ».

« Nos problèmes actuels ne peuvent être résolus que par des changements politiques », affirme pourtant une manifestante citée par Le Figaro. Elle a parfaitement raison. Mais quels changements ? « Le renouveau de la démocratie » ? Cette manifestation fait suite à des dizaines d’autres « journées d’action » (que les complices des bureaucraties conservatrices et capitulardes présentent frauduleusement comme la grève générale) depuis que le prolétariat et la jeunesse sont frappés de plein fouet par la crise en Espagne.

Sans jamais qu’une organisation ouvrière n’ouvre la perspective d’en finir avec le gouvernement des capitalistes, n’appelle à la mobilisation pour la grève générale pour renverser le gouvernement des capitalistes qui plonge la population dans la misère, n’appelle à la formation des comités de chômeurs, d’ouvriers, d’étudiants, pour organiser la lutte et postuler au pouvoir, à l’autodéfense des grèves, des manifestations, des quartiers contre la police et les fascistes, à la constitution d’un gouvernement ouvrier qui s’attaque au capitalisme et commence à organiser la société selon leurs besoins. Voilà les seuls changements politiques qui peuvent résoudre les problèmes actuels, c’est le programme de la révolution socialiste, en Espagne comme en Grèce, en Italie, en France, aux États-Unis, au Mali… c’est le programme que nous défendons, celui de l’organisation révolutionnaire internationale que nous voulons construire.

 

La course est engagée entre la révolution socialiste et la réaction noire

 

Qu’on ne s’y trompe pas : la bourgeoisie conduit toute la société à la catastrophe, accompagnée et secondée par tous les réformistes impuissants dont les discours à l’eau tiède ne trompent plus grand monde et par tous les centristes qui utilisent des phrases plus ronflantes (« antilibéralisme », « anticapitalisme », « convergence des luttes »...) mais les suivent docilement en pratique.

La minorité exploiteuse prépare l’affrontement ouvert avec la classe ouvrière. Car la bourgeoisie sait que la classe ouvrière veut également en découdre, ce que note Le Figaro du 9 mars :

Chez les responsables syndicaux, on avoue être un peu dépassés par l’immense désespoir des salariés, avec une difficulté à tenir les rangs.

La forte présence policière ayant entraîné des échauffourées avec les grévistes de Goodyear venus manifester le 7 mars devant le comité central d’entreprise et la réaction très ferme du ministre de la police et de la chasse aux immigrés Valls décidé à engager des poursuites sont significatifs. L’armée française s’entraîne, à grande échelle et à grands frais, au Mali.

La sauvegarde, non seulement de la classe ouvrière, mais aussi de toutes les couches de la population que la crise du capitalisme est en train de broyer, exige, non pas « les luttes » sans autre perspective que faire pression sur le gouvernement bourgeois et améliorer le capitalisme, mais au contraire la perspective de la lutte pour en finir avec le vieux fatras.

À leur manière, les candidats au fascisme l’ont également parfaitement compris, qui tiennent des discours tranchants, nationalistes, protectionnistes et xénophobes tout en faisant mine de soutenir certaines revendications ouvrières comme au temps des débuts du fascisme mussolinien ou du national-socialisme allemand. Eux savent que le capitalisme, pour survivre, exigera à terme et à nouveau l’écrasement du mouvement ouvrier, l’atomisation de la classe ouvrière, le totalitarisme.

L’impuissance des partis bourgeois traditionnels comme des partis ouvriers bourgeois, tous partisans d’essayer de rapetasser un système capitaliste à bout de souffle et incapables de sortir de l’impasse politique, économique et sociale servent le FN, le BI, E&R, le GUD, Civitas… en France, ainsi que leurs semblables « populistes », « suprématistes », « néo-fascistes » de tous les pays.

Ce ne sont encore que des éléments épars, qui ne recueillent pas, ou pas encore, le soutien direct et décisif des principaux secteurs de la bourgeoisie. Mais dans la guerre de classes qui ne peut que s’approfondir avec la crise, la course est engagée entre une solution ouvrière avec la prise du pouvoir par la classe ouvrière ou la réaction noire. L’issue dépend du rassemblement des travailleurs conscients dans un parti fidèle à la cause ouvrière, voué à la lutte pour le socialisme, bref l’issue dépend de la construction du parti ouvrier révolutionnaire et de l’internationale ouvrière révolutionnaire.