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Le 50e congrès confédéral de la CGT

 

La Confédération générale du travail est la première organisation syndicale par le nombre de ses syndiqués (environ 700 000, ce qui ne représente cependant que 2,5 % des salariés), par son score dans les élections professionnelles, par sa place dans l’histoire du mouvement ouvrier en France. À l’issue de son congrès qui se tiendra du 18 au 22 mars à Toulouse, Thierry Lepaon remplacera Bernard Thibault au poste de secrétaire général.

Dans les textes préparatoires, la direction confédérale rejette sur les salariés la responsabilité des défaites subies, fait disparaître les revendications ouvrières, réclame plus de place dans la cogestion des entreprises. Elle déguise cet alignement sur les besoins de la bourgeoisie française, sous des dizaines de pages soporifiques remplies de « démocratie sociale » (I 56), de « projet de vie » (II 77), d’« intérêt général » (II 183), de phrases sorties tantôt des bureaux d’études en management, tantôt du catéchisme.

Le développement humain durable est donc le cadre de référence que nous avons choisi pour nos ambitions revendicatives. Lui donner une réalité concrète nécessite de transformer le travail, y compris sa reconnaissance par l’effectivité de notre revendication de nouveau statut du travail salarié et de sécurité sociale professionnelle, (re)conquérir une sécurité sociale et une protection sociale de haut niveau, revendiquer le droit fondamental à la santé, promouvoir la démocratie sociale, remettre l’intervention publique et les services publics au service de l’intérêt général, développer une politique industrielle ambitieuse, articuler besoins de développement et enjeux environnementaux. (II 5)

 

L’orientation qui a mené à la défaite sur les retraites en 2010 est réaffirmée pour 2013

 

Dans son rapport d’activité, la direction sortante ose se féliciter de son « efficacité » pendant « le long conflit unitaire contre la réforme des retraites » (B 2). Elle se garde de dire que s’il a duré longtemps, c’est parce que les dirigeants des syndicats, au premier chef de la CGT, ont refusé d’appelé à la grève générale pour vaincre le gouvernement Sarkozy-Fillon, avec lequel ils ont maintenu les liens, réclamant de « négocier » la contre réforme. Ils ont épuisé les travailleurs de « journées d’action » en « temps forts », laissé Sarkozy réquisitionner les grévistes des raffineries, sans lui opposer le front de la grève totale, unie, jusqu’au retrait de l’attaque contre les retraites. Ainsi Thibault et sa clique ont protégé le gouvernement, lui ont permis de tenir son calendrier et maintenant, les mêmes accusent les travailleurs d’avoir failli.

Mais une fois la loi votée le 27 octobre, les mobilisations faiblissent. (B 2)

Colère et dégoût chez les travailleurs qui, massivement, ont compris qu’ils avaient été une fois encore trahis, soulagement et satisfaction chez les bureaucrates vantant « le succès de la mobilisation [qui] demeure un acquis et un motif de fierté militante ». (B 2)

Tandis qu’ils accusent le précédent gouvernement d’être « passé en force » (B 2), les dirigeants de la CGT préparent au passage en douceur d’Hollande-Ayrault, puisqu’ils qualifient de simple « ‘rendez-vous retraites de 2013’ » (B 2) la prochaine charge annoncée contre les droits ouvriers. Ils trempent directement dans cette attaque par leur participation (moyennant finance) au Conseil d’orientation des retraites, grand producteur de rapports prouvant que les prolétaires ne travaillent pas assez et touchent trop quand ils sont vieux.

Le rapport d’orientation ne formule aucune revendication précise sur les retraites, hormis le droit à partir à 60 ans mais sans dire un mot du nombre d’annuités… (II 117). La référence, héritée du 49e congrès, à « une maison commune des retraites » est présentée comme « la seule alternative crédible » (II 119) aux différents systèmes par capitalisation : sous entendu, il n’est pas crédible d’exiger le retour aux 37,5 annuités pour tous, il n’est pas crédible de défendre les statuts et code des pensions de la Fonction publique, l’indexation des retraites sur les salaires.

« La maison commune des retraites » sort de la même veine que le « nouveau statut du travail salarié » ou que la « sécurité sociale professionnelle » (II 59). Alors que la direction confédérale de la CGT, parce qu’elle refuse d’appeler la classe ouvrière à se dresser contre les capitalistes et leur État, se montre incapable de défendre les acquis sociaux encore existants, de protéger le prolétariat et la jeunesse, elle prétend gagner de nouveaux droits, « un socle de garanties interprofessionnelles » (II 69). Elle prêche pour « l’individu » quand elle refuse le combat de la classe des producteurs contre les exploiteurs.

 

L’arnaque du « développement humain durable » en société capitaliste

 

Le rapport d’orientation ne dit jamais qu’il faut en finir avec le mode de production capitaliste, l’appropriation privée des moyens de production. Pour la direction de la CGT, l’ennemi, c’est le méchant capital financier qui grossit au détriment du gentil capital productif (Préambule, points 2 et 3). Plus de « relance » (I 94), « une nouvelle politique industrielle » (II 200) et la voie serait ouverte au « développement humain durable », surtout que « la France a des atouts » (I 20).

Agissant en bon « partenaire social » de la bourgeoisie française, les dirigeants syndicaux essaient de vendre aux prolétaires une marchandise frelatée : l’idée que leurs intérêts ne sont pas irrémédiablement opposés à ceux des patrons et de l’État qui leur est tout dévoué ; qu’il est possible de garantir en même temps les besoins des travailleurs et ceux de l’industrie française.

Comme si « l’industrie française », ce n’était pas les capitalistes de toutes tailles, les accapareurs des moyens de produire et de distribuer : ces parasites qui extorquent la plus-value, qui licencient d’une main et intensifient de l’autre, le travail de ceux qui restent, qui limitent les salaires, la couverture maladie, les retraites. Comment les empêcher de chercher plus de profit, un rapport plus élevé du capital investi ? Personne n’a trouvé d’autre solution efficace que de les exproprier, de mettre sous contrôle ouvrier les moyens de production.

La bureaucratie syndicale, liée depuis près d’un siècle à la société bourgeoise, rejette les solutions ouvrières et fait acte de candidature à la cogestion des entreprises capitalistes.

La CGT est à l’offensive à la fois pour défendre ce que le mouvement ouvrier a obtenu depuis des décennies, mais elle se bat aussi pour imposer, avec l’ensemble du salariat, de nouveaux droits sociaux et d’intervention dans la gestion des entreprises afin de peser sur le sens du travail, le contenu et la finalité de la production, les conditions de travail et son organisation. (I 37)

Elle dore le blason de « l’économie sociale et solidaire » (II 183), les vieilles lunes de Proudhon et Brousse que Marx a combattues.

Encore contre Marx, contre l’expérience de tous les travailleurs que les flics ont chargés parce qu’ils faisaient grève, parce qu’ils manifestaient, la direction de la CGT feint d’ignorer que l’État est toujours celui de la classe dominante.

Il faut réinventer et refonder l’État stratège et développeur, c’est-à-dire en capacité d’anticiper les mutations et de mettre en oeuvre des politiques favorisant la cohésion entre les habitant-e-s comme entre les territoires, plaçant l’intérêt général au coeur de ses interventions. (II 172)

 

La revalorisation du travail

 

Que les permanents qui ont rédigé le rapport d’orientation parlent autant du travail pourrait faire sourire. Qu’ils réussissent à aligner une trentaine d’articles sur sa « revalorisation » sans jamais chiffrer la moindre revendication salariale précise est beaucoup moins drôle.

De même, tandis que le chômage frappe officiellement 5 millions de personnes en France (INSEE), la direction confédérale CGT refuse les revendications qui expriment de façon conséquente la défense du Travail contre le Capital : aucun licenciement ! réduction du temps de travail pour embaucher tous ceux qui en cherchent ! Les grévistes de PSA Aulnay laissés seuls pour empêcher la fermeture de l’usine sont en droit de demander aux dirigeants de la CGT quelle valeur ils attribuent à leur travail, eux qui refusent d’appeler à la grève de tout le groupe, de tout faire pour bloquer la mise à la rue des ouvriers. Est-ce aussi pour « revaloriser le travail » que la CGT a accepté de participer aux discussions sur la flexibilité avec le MEDEF ? Fallait-il en attendre autre chose qu’une valorisation des besoins du patronat ?

Les chapitres II 6 « Le travail au cœur de notre ambition revendicative » et II 25 « Investir en grand le travail pour le transformer » réussissent le tour de force de ne jamais mentionner l’exploitation, l’extorsion de la plus-value, autrement dit l’asservissement au profit privé. La direction confédérale de la CGT condamne une mauvaise « répartition des richesses » et se situe en réformiste du capitalisme.

Jamais avec Marx, elle flirte parfois avec La Palisse :

Investir le travail, c’est partir du travail réel, tel qu’il est, sans a priori. Il n’est pas uniquement souffrance ou uniquement source d’épanouissement. Il est le plus souvent l’une et l’autre dans des proportions variables. (II 31)

Avec un tel niveau de réflexion, les syndiqués, les militants se sentent sûrement armés pour la guerre que leur livrent les patrons…

 

La collaboration de classes érigée en stratégie

 

Le rapport d’activité reste silencieux sur le bilan des luttes ouvrières récentes ou en cours (Philips, Continental, Goodyear…) et le document d’orientation ne fait même pas semblant d’expliquer comment se défendre contre les coups qui ne cessent de tomber. Si elle sait énumérer les attaques contre la sécurité sociale (II 94 et 95), la direction confédérale est amnésique quant à ses responsabilités dans leur adoption et se prononce « pour une reconquête de la sécurité sociale » (II 97) sans dire comment faire. Peut-être parce qu’elle compte sur la bonne volonté du gouvernement Hollande-Ayrault ?

Le gouvernement a marqué dès son entrée en fonction la volonté de concertation et de négociation comme pierre angulaire de sa démarche. (I 31)

La négociation est présente à tous les étages du rapport d’orientation ; elle est même le but assigné au « rapport de force qui doit se construire de l’entreprise au niveau national interprofessionnel » (I 41). Sur quelles revendications ? Mystère !

Ainsi, dans la Résolution 2, la direction confédérale avoue qu’elle se rend aux tables rondes, les mains vides, sans la moindre exigence chiffrée. Ce qu’elle appelle « négocier », c’est discuter sur les bases établies par le gouvernement ou le patronat.

Elle agit pour la revalorisation du salaire minimum dans le public et le privé, et pour contraindre le patronat à ouvrir des négociations sérieuses dans les branches et dans les entreprises. (II 241)

Les dirigeants nationaux de la CGT assignent aux syndicats le rôle de partenaires sociaux chargés d’huiler les antagonismes de classe, de conseilleurs de l’État bourgeois, de spécialistes de la paix sociale.

Cela oblige aussi à s’ouvrir aux acteurs économiques et sociaux et à investir les nouveaux lieux de la démocratie sociale… ou d’en exiger la création. Il s’agit d’être plus efficaces dans nos interventions dans l’entreprise et en direction des décideurs publics, de lutter contre la mise en concurrence des territoires et le morcellement des politiques publiques, et de travailler à l’équilibre du développement du pays. (I 58)

 

Habemus papam

 

Après des mois de bataille dans l’appareil, le rejet par deux fois en Commission exécutive nationale de la candidate choisie par Thibault, les bureaucrates se sont mis d’accord sur le nom de Thierry Lepaon ; au passage, encore un modèle de démocratie où le secrétaire est désigné hors congrès et sans vote des syndiqués !

Lepaon a siégé dix ans au Conseil économique et social régional de Basse-Normandie, sept ans au Conseil d’orientation pour l’emploi. La participation-cogestion, comme on voit, il connaît.

La sécurisation des parcours professionnels, aussi : embauché chez Moulinex par Alfred Stirven (connu pour ses détournements de fonds chez Elf), il est licencié avec les 3 200 ouvriers. Un tiers n’a jamais retrouvé de travail, mais lui obtient un diplôme en « ressources humaines » par la « validation des acquis de l’expérience ». « Pragmatique » comme disent les bureaucrates quand il faut entendre « sans principes ».

Thierry Lepaon a signé en juin 2012 avec Jean-Marie Geveaux, président UMP du conseil général de la Sarthe, un projet d’avis sur l’ouverture à la concurrence des services ferroviaires régionaux de voyageurs. (Liaisons sociales magazine, mars 2013)

 

Pour une CGT réunifiée et lutte de classe

 

Participation à tous les organes de cogestion, bradage des revendications, cette orientation ne se retrouve pas à la seule CGT. Après avoir manifesté son opposition à l’accord scandaleux signé par la CFDT avec le MEDEF, le 11 janvier, FO signait son application parfaite chez Renault le 13 mars : baisse des salaires, augmentation du temps de travail, diminution des effectifs par le non remplacement des départs.

Le nouveau dialogue social aide surtout les gouvernements à recueillir le consensus nécessaire à la mise en en place de reformes impopulaires. (Baccaro et Heeb, Social dialogue during financial and economic crisis, OIT, 13 juin 2012)

Toutes les bureaucraties syndicales sont corrompues, domestiquées par la bourgeoisie, alors que l’offensive capitaliste contre les acquis arrachés précédemment par les luttes ouvrières rend plus que jamais nécessaire l’existence du syndicat, d’une organisation permanente qui regroupe l’ensemble des travailleurs salariés pour se défendre collectivement.

Pour ne pas laisser les syndicats aux mains des appareils traîtres, qui les vident (moins de 8 % de syndiqués en France) et les impuissantent, il faut défendre à l’intérieur et à l’extérieur, l’orientation dont le prolétariat a besoin : énoncer les revendications correspondant aux besoins des masses, exiger de ceux qui disent parler en leur nom qu’ils les reprennent, qu’ils rompent leurs liens avec le gouvernement et le patronat ; contre les journées d’action, l’émiettement des forces, formuler la voie par laquelle la mobilisation peut passer pour obtenir satisfaction ; favoriser l’organisation indépendante des travailleurs mobilisés (assemblées générales, piquets, comités de lutte et de grève révocables et centralisés).

Ce combat participe pleinement aux efforts pour construire le parti ouvrier révolutionnaire, l’internationale ouvrière révolutionnaire.