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Le mouvement ouvrier français à l’épreuve du colonialisme

(2e partie : 1936-1962)

 

En 1935, le PCF rejoint le PS-SFIO dans le social-impérialisme

 

L’Internationale communiste, conçue pour mener la révolution socialiste mondiale, mais passée sous la direction de Staline, après avoir facilité la victoire de Hitler en 1933 par la division forcenée des rangs ouvriers, adopte brutalement en 1934 le social-patriotisme.

Après la catastrophe allemande, l’IC a certes substitué la politique capitularde du front unique à tout prix à la politique aventuriste de la « troisième période ». Néanmoins, l’expérience de la France démontre que l’IC parvient à conserver son rôle de frein de la révolution prolétarienne, en refusant la création d’une milice ouvrière contre le danger fasciste… La dernière pirouette opportuniste de l’IC est étroitement liée au tournant de la politique extérieure de l’URSS vers la Société des nations et l’alliance militaire avec l’impérialisme français… Ainsi, la 3e Internationale, qui n’a pas connue de congrès presque 7 années, est officiellement passée de la positon internationaliste à celle du social-patriotisme. (RSAP / Hollande, WPUS / États-Unis, LCI-BL, GBL / France, WPC / Canada, Pour la 4e Internationale, juin 1935)

À partir de la rencontre entre Laval et Staline, le 15 mai 1935, le PCF abandonne la lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

En donnant pour raison que les colonies pourraient tomber entre les mains de Hitler et de Mussolini, le PCF s’opposa à l’indépendance des colonies. (Jacob Moneta, Le PCF et la question coloniale, Maspero, 1971, p. 106)

L’argument est fallacieux car le mouvement révolutionnaire des peuples opprimés des colonies britanniques, françaises, belges, néerlandaises, japonaises, portugaises… auraient au contraire fragilisé la domination coloniale de la Libye par l’Italie, gêné la conquête de l’Éthiopie par Mussolini en 1935-1936, l’invasion de la Chine par le Japon en 1937, le coup militaire mené en Espagne en juillet 1936 à partir du Maroc… Désormais, au sein du mouvement ouvrier, seul le GBL (section française de la Ligue communiste internationale) réclame le droit à l’indépendance des peuples colonisés.

La bourgeoisie française n'opprime pas seulement indirectement toute une partie de l'Europe : elle écrase et ruine aussi des colonies immenses. Pour tous les peuples opprimés par les grands capitalistes français, par les de Wendel et les Michelin, les banques de Paris et autres, pour les Alsaciens-Lorrains aussi bien que pour les Indochinois, les Marocains et les Malgaches, nous réclamons le droit à disposer entièrement d’eux-mêmes, jusques et y compris la séparation s’ils le veulent. (Programme d’action, 1934, Cahier bolchevik n° 16, p. 19)

La LCI (qui deviendra en 1938 la 4e Internationale) s’oppose aux « fronts populaires » qui soumettent le prolétariat à la bourgeoisie, qui vont conduire les révolutions française et espagnole à la défaite et ainsi prolonger la mainmise de l’impérialisme (espagnol, italien et français) sur le Maghreb [voir Révolution socialiste n° 20, 21, 24 ; Cahier bolchevik n° 3, 7, 18].

 

En 1935, l’ENA adhère au Front populaire

 

Le programme de janvier 1935 du « Rassemblement populaire » constitué par le PS-SFIO, le PCF et le Parti radical ne comprend qu’un seul passage sur les colonies... qui omet soigneusement l’indépendance.

Constitution d'une commission d'enquête parlementaire sur la situation politique, économique et morale dans les territoires français d'outre-mer, notamment dans l’Afrique du Nord et l'Indochine. (Cahier bolchevik n° 16, p. 28)

Néanmoins, l’ENA participe au Front populaire.

L’Etoile nord-africaine se joignait en France au mouvement de Front populaire ; elle obtenait au printemps 1935 sa reconnaissance légale et, le 1er mai, Messali était libéré. (René Galissot, dans Histoire générale du socialisme, PUF, 1977, t. 3, p. 588)

De même, le programme électoral du PCF de mai 1936 ne mentionne que : « l'application et le respect du droit syndical pour tous, y compris les indigènes des colonies ». Le 14 juillet 1935, pour la première fois le cortège du PCF mêle les drapeaux bleu-blanc-rouge des colonisateurs et des massacreurs versaillais des communards et au drapeau rouge du prolétariat. Sous l’égide de l’ENA, 7 000 travailleurs arabes participent à la manifestation.

En décembre 1935, Messali Hadj fréquente Chekib Arskan, idéologue panarabe et islamiste. L’ENA renforce encore le cléricalisme qu’elle avait adopté dès sa refondation en 1933 [voir Révolution socialiste n °39]. Son biographe lambertiste (depuis reconverti en conseiller du président Hollande pour la politique algérienne de l’impérialisme français) se contorsionne pour en attribuer la responsabilité… aux travailleurs algériens.

Pour Messali, placer la démonstration sur le plan religieux, c’est la situer exactement là où elle a le plus de chance d’être comprise. Il sent qu’il doit adapter ses méthodes aux populations auxquelles il veut s’adresser. (Benjamin Stora, Messali Hadj, Le Sycomore, 1982, p. 138)

 

Les travailleurs « indigènes » dans la grève générale de 1936

 

La grève générale va déferler sur la France, malgré la bureaucratie de la CGT réunifiée [voir Cahier bolchevik n° 15, Révolution socialiste n° 20, 21]. De nombreux travailleurs arabes et kabyles y prennent part, ce qui oblige l’ENA à soutenir le mouvement de grève et d’occupation. Les travailleurs d’Afrique du Nord se lancent aussi dans l’action révolutionnaire.

En Afrique du Nord, les travailleurs européens ne suivirent pas seuls les mots d'ordre de grève ; la grève atteignit aussi les mineurs et les ouvriers agricoles indigènes. Cela conduisit à des heurts avec la police, la gendarmerie et la troupe. De durs combats éclatèrent dans la région de Constantine, dans les mines de Ouenza le 29 juin, à Alger, Mostaganem, Oran le 30 Juin, à Geryville le 3 juillet... ces grèves ne furent presque nulle part organisées ni dirigées par les syndicats, mais eurent un caractère spontané. (Jacob Moneta, Le PCF et la question coloniale, Maspero, 1971, p. 106)

 

Le front uni anti-impérialiste des staliniens en Algérie

 

Pour bloquer toute perspective prolétarienne en Algérie, le Parti communiste algérien récemment constitué participe, du 15 mai au 5 juillet 1936, au « Congrès musulman » avec la Fédération des élus indigènes et l’Association des oulémas (les dignitaires religieux sunnites).

Nous communistes algériens, nous ne permettrons à quiconque de dresser les militants contre les Élus, les Élus contre les Oulémas ou réciproquement. Et nous considérons comme un crime de vouloir détacher, de cette union une partie du peuple. (La Lutte sociale, 8 août 1936)

Une délégation composée de Ben Badis (pour les oulémas) et de Ferhat Abbas (pour les élus) est reçue par le président du conseil Léon Blum (PS), le 23 juillet, à Paris, sans rien obtenir.

 

L’ENA capitule devant le gouvernement de Front populaire

 

Dans un premier temps, l’ENA soutient le gouvernement Blum.

L’Etoile nord-africaine a, à l’occasion de l’avènement du gouvernement du Front populaire, adapté sa politique aux circonstances nouvelles dans le but de faciliter la tâche du gouvernement à l’intérieur et à l’extérieur. C’est ainsi que le 26 juin 1936, j’ai eu l’honneur de prononcer un discours pour préciser notre attitude à l’égard du gouvernement, qui a été très apprécié à la présidence du Conseil et à l’Intérieur. (Messali Hadj, La Gauche révolutionnaire, 1er mars 1937)

L’ENA dépose respectueusement à l’Assemblée nationale française un cahier de revendications modérées dont la plus hardie concerne l’abolition du code de l’indigénat. Elle participe aux défilés du FP du 14 juillet 1936. Ses cortèges regroupent 35 000 travailleurs à Paris, 5 000 à Lyon. Le 31 juillet 1936, l’ENA tient un meeting à Paris avec 6 000 travailleurs.

Messali Hadj se rend en août 1936 en Algérie. Comme l’ENA est la seule à défendre l’indépendance, contre le PS-SFIO, le PCF et le PCA, c’est le début de l’implantation du parti nationaliste et clérical sur le territoire algérien, jusqu’à présent limitée à l’émigration petite-bourgeoise et ouvrière en France.

En guise de réponse aux attentes algériennes, le gouvernement de Front populaire se contente d’un projet minimaliste d’assimilation. Le 30 décembre 1936, est publié au Journal officiel un projet de loi Blum-Viollette qui prévoit d’accorder la citoyenneté française et le droit de vote à 25 000 « indigènes », anciens gradés, soldats décorés, diplômés, fonctionnaires, élus et responsables syndicaux. Devant la pression de la presse réactionnaire, des partis fascistes comme le PPF et des colons, Blum retire son timide projet d’aménagement du colonialisme et reprend la politique de tous les gouvernements bourgeois précédents.

Le Front populaire, une fois au pouvoir, une nouvelle vague de répressions, emprisonnements, dissolution de mouvements, fusillades, s’abattit sur les colonisés. (Daniel Guérin, Front populaire, révolution manquée, 1963, Maspero, 1970, p. 170)

 

Le gouvernement du Front populaire réprime les nationalistes algériens

 

Le 26 janvier 1937, le gouvernement Blum dissout l’Etoile nord-africaine et poursuit ses dirigeants en utilisant la loi qui a été adoptée prétendument contre les « ligues fascistes ». Le PCF et le PCA soutiennent la répression. Messali Hadj fonde le Parti du peuple algérien. Le PPA se contente de l’autonomie de l'Algérie au sein de la République française et renonce à l’indépendance.

Le Parti du peuple algérien travaillera pour l’émancipation totale de l’Algérie, sans pour cela se séparer de la France. (El Ouma, avril 1937)

Le 27 août 1937, Messali est arrêté avec d’autres dirigeants du PPA. Le PCF et le PCA approuvent. Il est condamné à deux ans de prison pour « reconstitution de ligue dissoute, provocation des indigènes à des désordres, manifestation contre la souveraineté française ».

Après avoir empêché avec l’aide du PCF la révolution en France, Blum est chassé du gouvernement par le Parti radical le 8 novembre 1938. Il n’y a plus de Front populaire puisque le PR rompt avec le PS-SFIO et le PCF. Celui-ci ne change pas pour autant d’orientation.

Si la question décisive du moment c'est la lutte victorieuse contre le fascisme, l'intérêt des peuples coloniaux est dans leur union avec le peuple de France et non dans une attitude qui pourrait favoriser les entreprises du fascisme et placer par exemple l'Algérie, la Tunisie et le Maroc sous le joug de Mussolini et d'Hitler… Créer les conditions de cette union libre, confiante et fraternelle des peuples coloniaux avec notre peuple, n'est-ce pas, là encore, travailler à remplir la mission de la France à travers le monde ? (Maurice Thorez, Discours au congrès du PCF, décembre 1937)

Avec le pacte germano-soviétique d’août 1939, le PCF redevient, brièvement, anticolonialiste. En juillet 1939, le gouvernement Daladier (Parti radical) interdit le PPA. En septembre, il interdit le PCF.

Les peuples colonisés constatent que l’impérialisme français n’est pas invincible. En mai 1940, les troupes allemandes envahissent la France. Le maréchal Pétain reçoit le 10 juillet 1940 les pleins pouvoirs de l’Assemblée nationale issue des élections de 1936. Le 17 mars 1941, Messali Hadj est condamné à 16 ans de travaux forcés par le régime de Vichy.

 

Le PS-SFIO et le PCF se rallient à De Gaulle et repoussent l’indépendance

 

Après l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie, le 22 juin 1941, le PCF se met au service, comme le PS-SFIO et la CGT, de la fraction de la bourgeoisie française qui, autour du général De Gaulle, a fait le choix de maintenir l’alliance avec la bourgeoisie britannique.

Pétain et de Gaulle se disputent les colonies françaises. En novembre 1942, les troupes anglo-américaines débarquent en Afrique du Nord et infligent une défaite aux forces françaises fidèles au régime de Vichy. Messali et Abbas proposent ensemble un Manifeste, en mai 1943, un gouvernement présidé par le représentant de de Gaulle et composé de « quatre Français et de quatre musulmans ». Le général Catroux refuse.

En mars 1944, le programme du Conseil national de la Résistance signé par la SFIO, le PCF et la CGT se tait sur l’indépendance des colonies et se contente de « l’extension des droits politiques, sociaux et économiques de la population indigène et coloniale ».

Le 14 mars 1944, Ferhat Abbas crée l’Association des amis du manifeste et de la liberté (AML) avec l’Association des oulémas et le PPA. L’AML se prononce pour une Algérie autonome fédérée à la France.

Le gouvernement MRP-SFIO-PCF présidé par De Gaulle, entreprend de désarmer les travailleurs, de reconstruire l’État bourgeois, de mettre fin aux grèves et de recouvrer les colonies en Asie et en Afrique. Le 23 avril 1945, il arrête Messali Hadj et le déporte à Brazzaville au Congo. Le 8 mai 1945, à Sétif, une manifestation organisée par le PPA tourne à l’émeute lorsque la police cherche à enlever les drapeaux algériens et les pancartes réclamant la libération de Messali Hadj. La répression qui dure jusqu’au 24 mai est secondée par des milices composées de colons. Alors que les émeutes font 102 morts parmi les colons, 15 000 à 45 000 Arabes sont massacrés entre mai et juin 1945.

Le 10 mai, une délégation du PCF et du PCA se rendit chez le gouverneur général pour lui désigner du doigt les responsables : le PPA et les Amis du manifeste. La délégation « s'est entretenue des provocations des agents hitlériens du PPA et d'autres agents camouflés dans des organisations qui se prétendent démocratiques » dit le compte rendu de l'audience tel que le publia le quotidien Alger Républicain, le 12 mai 1945. Les délégués avaient réclamé « le châtiment rapide et impitoyable des provocateurs ». (Grégoire Madjarian, La Question coloniale et la politique du Parti communiste français, Maspero, 1977, p. 106-107)

L’Humanité du 19 mai 1945 enfonce le clou :

Ce qu’il faut, c’est punir comme ils le méritent les meneurs hitlériens ayant participé aux évènements du 8 mai et les chefs pseudo-nationalistes qui ont essayé de tromper les masses musulmanes, faisant aussi le jeu des 100 seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations algériennes et le peuple de France.

En 1946, Abbas fonde l’UDMA et Messali Hadj fonde le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Avec le retournement de l’impérialisme américain contre l’URSS, le PCF est chassé du gouvernement par Ramadier (PS-SFIO).

Durant la guerre mondiale et après, le Parti communiste internationaliste (section française de la 4e Internationale) combat pour « l’indépendance totale de toutes les colonies ». Ses militants mènent une action anticolonialiste en tant que PCI et aussi dans la CGT, FO et la FEN. Avec le Groupe trotskyste vietnamien, le PCI regroupe des travailleurs indochinois importés par l’impérialisme [voir Cahiers Léon Trotsky n° 40].

 

En 1954, le FLN déclenche la guérilla

 

Le PS-SFIO participe aux gouvernements de « guerre froide » qui suivent. En août 1947, le ministre PS Depreux rédige un statut pour l’Algérie qui instaure deux collèges électoraux : le premier comprend les « citoyens français de plein droit » et 58 000 « citoyens de statut local » parmi les « musulmans » ; le second réunit 1 300 000 « musulmans » qui élisent une Assemblée algérienne. Une voix d’Européen vaut ainsi huit voix d’Arabes. Le PCF s’abstient.

Dans le moment présent, « l'indépendance » de l'Algérie constituerait à la fois un leurre et une consolidation des bases de l'impérialisme en Algérie et dans le monde : les communistes condamnent cette position fausse… Nous sommes en effet convaincus que l'Union française, malgré toutes les imperfections… donne actuellement aux peuples d'Outre-mer la seule possibilité de marcher sûrement à la conquête de la liberté et de la démocratie. (Cahiers du communisme, septembre 1947, p. 869)

Le 12 mai 1952, le gouvernement Pinay assigne Messali Hadj à résidence à Niort. En mars 1953, des jeunes membres du MTLD inspirés par l’exemple des guérillas staliniennes constituent le Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA). Le 14 juillet 1953, à Paris, la police de la République disperse dans le sang une manifestation pacifique des travailleurs algériens.

Six mois après la défaite de l’armée coloniale française à Dien Bien-Phu, le CRUA estime que l’heure de l’action est venue. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une soixantaine d’attentats sont perpétrés en différents points du territoire algérien contre des objectifs militaires. Le CRUA se renomme Front de libération nationale (FLN). Il fixe comme objectif à la lutte armée « la restauration de l'État algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ». Le 3 novembre, le PCA laisse la revendication de l’indépendance au FLN.

La meilleure façon d'éviter les effusions de sang et d'instaurer un climat d'entente et de paix consiste à faire droit aux revendications algériennes par la recherche d'une solution démocratique qui respecterait les intérêts de tous les habitants de l'Algérie sans distinction de race ni de religion, et qui tiendrait compte des intérêts de la France...

Le 8 novembre 1954, le PCF fait une déclaration, qu'il citera fréquemment plus tard pour montrer qu'il a sans cesse défendu les Algériens. En fait, il refuse l’indépendance et insinue que le FLN est complice des colonialistes.

Le Parti communiste français qui ne saurait approuver le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n'étaient pas fomentés par eux, assure le peuple algérien de la solidarité de la classe ouvrière française dans sa lutte de masse contre la répression et pour la défense de ses droits.

Le 12 novembre 1954, le président du conseil Mendès France (Parti radical) décide la répression.

À la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse. Qu'on n'attende de nous aucun ménagement à l'égard de la sédition, aucun compromis avec elle. On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la Nation et l'intégrité de la République.

Mitterrand (UDSR) l’appuie sans réserve : « L’Algérie, c'est la France ». La République bourgeoise saisit La Vérité et Libertaire. Des militants du PCI et de la FCL sont arrêtés pour leur soutien à l’indépendance. Le meeting commun du PCI et de la FCL est interdit.

 

En 1956, le PS-SFIO prend en charge la guerre coloniale

 

Hier et aujourd’hui, engagés et appelés, s’exposaient et parfois mouraient pour la  paix, pour la France, pour l’ONU… mais toujours pour le peuple français. (Jean-Luc Mélenchon, Libération, 27 avril 2000)

En fait, les appelés, pour la plupart des travailleurs, sont livrés jusqu’à deux ans à la hiérarchie militaire gaulliste et fasciste pour réprimer en Algérie d’autres travailleurs dans l’intérêt des grands propriétaires fonciers locaux et des groupes capitalistes impérialistes. Ils tentent de résister.

En août-septembre-octobre 1955, dans un effort spontané pour se libérer des objectifs bourgeois du PS et du PCF, la classe ouvrière de ce pays tend toute son énergie pour « déborder » les appareils traditionnels. Saint-Nazaire, Nantes et, à leur suite, Rouen, Albi, la RATP, etc., retentissent comme l’appel à la grève générale. En écho, les rappelés dans les casernes, dans les trains, dans les ports, sur les bateaux, lancent le mot d’ordre : les civils avec nous ! Mais le prolétariat sera tenu en échec non par la force de l’État bourgeois mais par la volonté de deux forces ouvrières traditionnelles d’enserrer son combat dans le carcan du parlementarisme bourgeois. Leur élan brisé par la force contre-révolutionnaire des appareils traditionnels du mouvement ouvrier qui canalisent la lutte des masses et des soldats dans le système de la démocratie parlementaire. Les ouvriers reprennent le travail, tandis que les rappelés débarquent à Alger, isolés, impuissants, démoralisés et sont lancés dans la guerre contre-révolutionnaire. (Robert Langlade, Comment De Gaulle a pris le pouvoir, 1958, OCI, p. 4)

Le 31 janvier 1956, jour de l'investiture de son gouvernement, Mollet (SFIO) déclare :

L'objectif de la France, la volonté du gouvernement, c'est maintenir et renforcer l'union indissoluble entre l'Algérie et la France métropolitaine

Le même jour, Duclos (PCF) déclare :

Sur la base de la reconnaissance des revendications nationales du peuple algérien, il est possible d'en faire un ami et un allié de la France au sein d'une véritable Union française… Ainsi et ainsi seulement, pourront être déjoués les plans de certains de nos alliés atlantiques, qui aspirent à imposer leur domination en Afrique du Nord, et bénéficient de l'appui de milieux colonialistes français, ne reculant nullement devant le séparatisme pour conserver leur situation privilégiée...

Le 12 mars, les députés PCF et PS-SFIO votent les pouvoirs spéciaux. Ainsi, les garanties et libertés individuelles sont suspendues en Algérie, l’exercice de la police et de la justice est exercé par l’armée et la torture va bientôt être généralisée. Il faut attendre le 29 juillet 1956 pour que les députés PCF votent contre les crédits militaires.

En 1957, se tient le procès des militants du PCI (Gérard Bloch, Stéphane Just, Pierre Lambert et Daniel Renard) pour « atteinte à l’intégrité du territoire français ».

 

Le coup d’État gaulliste de 1958

 

Le prolétariat français va payer, par le retour du général de Gaulle et l’instauration de la 5e République, la trahison par les bureaucraties ouvrières des prolétaires et des peuples des colonies.

Malgré la supériorité militaire et l’usage généralisé de la torture, l’armée n’arrive pas à vaincre à cause du soutien grandissant de la population au FLN. La 4e République parlementaire en est rendue responsable par l’état-major, le RPF gaulliste et les groupes fascistes. Les généraux, en lien avec les réseaux gaullistes, se soulèvent et prennent le pouvoir à Alger. Le 15 mai 1958, de Gaulle fait savoir qu'il se tient prêt à « assumer les pouvoirs de la République ». Le 16 mai, l’Assemblée vote l’état d’urgence pour 3 mois par 461 voix (dont celles du PS-SFIO et du PCF) contre 114. Le 20 mai, à l’unanimité (PS-SFIO et PCF compris), l'Assemblée « se fait un devoir d'exprimer à nos soldats et à leurs chefs la profonde reconnaissance de la nation pour les services déjà rendus à l'unité de la patrie et au drapeau de la République qui, dans la légalité, sortiront vainqueurs de l'épreuve actuelle ».

Le général forme sans attendre un gouvernement de rassemblement incluant Mollet (PS-SFIO). Le 28 mai, contre la prise du pouvoir appuyée par l’armée, un million de travailleurs proteste dans toute la France à l’appel de la CGT, de nombreuses organisations syndicales FO, CFTC et FEN.

Le 6 juin, Messali Hadj capitule.

Je considère que tout cela signifie que, dans la pensée du général de Gaulle, il y a des ouvertures susceptibles de permettre la création de l’État algérien, pour aller ensuite à un Commonwealth, du type anglais, France-Maghreb et France-Afrique. (Bulletin d’information du MNA, 15 juin 1958)

Le 19 septembre 1958, le FLN proclame le gouvernement provisoire de la République algérienne présidé par Abbas.

Les fractions déterminantes de la bourgeoisie française savent que le colonialisme direct est périmé. Le général de Gaulle change de cap. Le 11 avril 1961, lors d’une conférence de presse, il évoque un État algérien souverain. L’état-major de l’armée déclenche un nouveau coup d’État le 21 et 22 avril à Alger. Le 24 avril, dix millions de travailleurs font grève. De nombreux appelés, refusent d’obéir aux ordres ou de les retransmettre. Le putsch échoue.

En 1960, Pablo est arrêté à Amsterdam pour son aide au FLN. Le 17 octobre 1961, le FLN organise, à Paris, une manifestation contre le couvre-feu imposé aux Algériens par le préfet de police Papon. La manifestation interdite est sauvagement réprimée [voir Révolution socialiste n° 36]. Le 5 juillet 1962, l’indépendance de l’Algérie est proclamée.

 

Personne n’a lutté pour construire le parti que méritaient les ouvriers algériens

 

Grâce à l’Internationale communiste dirigée par Lénine, Trotsky et Zinoviev, le Parti communiste s’oriente vers l’anticolonialisme et commence à organiser les ouvriers arabes et berbères en France dans l’Étoile nord-africaine qui lie la lutte pour l’indépendance à la révolution socialiste mondiale. Mais la bureaucratie au pouvoir en URSS cherche à se concilier les bourgeoisies impérialistes, si bien que l’ENA est jetée dans les bras de la bourgeoisie nationale par l’IC stalinienne.

Messali Hadj incarne cette régression qui entraîne la coupure des travailleurs algériens d’avec les travailleurs français et comporte l’islamisation de l’ENA-PPA-MLTD-MNA. Le projet d’indépendance au profit de la bourgeoisie est accompli par une scission du MLTD, le CRUA-FLN, qui prend le dessus en s’appuyant sur l’Égypte et l’URSS. Le FLN liquide physiquement son rival MNA.

Un petit groupe, l’UCI, qui a quitté la 4e Internationale avec Barta en 1939 sans aucune base politique éclate vers 1950. Il en émerge en 1956 une organisation purement française fondée par Hardy (VO, aujourd’hui LO) qui s’en différencie par sa prostration devant le stalinisme et son incapacité à assumer le programme anti-impérialiste de l’IC et de la QI. Le problème, pour VO, de la guerre coloniale est qu’elle coûte cher en France.

Le retrait du corps expéditionnaire d’Algérie, le respect du droit des peuples d’Afrique du Nord à disposer d’eux-mêmes, viennent en tête de toutes les revendications car cette guerre en est arrivée à un point où sa poursuite entraîne automatiquement une forte baisse du niveau de vie de la classe ouvrière métropolitaine. (Lutte de classe, 2 décembre 1956)

Contrairement aux deux fractions du PCI, VO n’est pas inquiétée par la police.

En 1952, la direction de la 4e Internationale, qui capitule devant le stalinisme et le nationalisme bourgeois, exclut la section française, le PCI, dont une majorité, autour de Marcel Bleibtreu, continue à soutenir qu’il faut chasser par la révolution la bureaucratie de l’URSS. Une minorité révisionniste dirigée par Pierre Frank et appuyée par le secrétaire général de la QI, Michel Pablo, usurpe le nom de l’organisation. Ce groupe (qui deviendra plus tard LCR puis NPA), soutient le FLN en le présentant comme révolutionnaire.

Nous sommes solidaires de tous les Algériens en butte à l’impérialisme. Ce sont naturellement ceux qui se trouvent à la pointe du combat qui bénéficient au maximum de notre sympathie et de notre soutien… Il ne peut y avoir de fraction algérienne plus révolutionnaire aujourd’hui que celle qui combat dans les maquis. (La Vérité des travailleurs, janvier 1956)

Mais le PCI majorité ne fait pas mieux. L’opportuniste Lambert en prend le contrôle et, malgré l’opposition de deux minorités (celle de Bleibtreu et celle de Raoul), engage en 1954 ce qui reste du PCI dans un soutien total au MLTD puis au MNA. D’après le témoignage d’un militant minoritaire,

Pour Lambert, contre toute évidence, ce sont les messalistes qui ont déclenché l’insurrection… Ne va-t-il pas sacrer Messali « Lénine de l’Algérie », proclamer le MNA « parti prolétarien révolutionnaire »… (Michel Lequenne, Le Trotskisme, une histoire sans fard, Syllepses, 2005, p. 291)

En tout cas, Lambert n’hésite pas à dépeindre le chef nationaliste et clérical comme un démiurge au-dessus des classes.

De ses mains nues, Messali Hadj, sans autre appui que sa confiance inébranlable dans le destin de son peuple, a forgé à travers des difficultés innombrables l’instrument de libération de l’Algérie. La glorieuse ENA dissoute, le PPA se dresse, le PPA dissous, le MLTD exprime la conscience des masses… Le peuple algérien a forgé les cadres politiques de sa lutte libératrice. (Pierre Lambert, La Vérité, 12 novembre 1954)

Les années suivantes, il n’en démord pas : le MNA serait de nature différente du FLN (qui ne serait qu’un agent de l’étranger).

Le MNA n’a pas de fil à la patte. Il est indépendant, farouchement indépendant de tous les États, de tous les gouvernements, de tous les appareils bureaucratiques. Il n’est dépendant que du seul peuple algérien. Messali Hadj n’est soucieux que des intérêts de son peuple, des intérêts de tous les peuples. (« Cartes truquées », La Vérité, 14 novembre 1957)

Un parti disposant d’une longue expérience politique, d’une tradition de combat anti-impérialiste, de cadres prolétariens, formés depuis 1923, à l’école du messalisme, le MNA, se dresse toujours comme l’espoir de tout un peuple parce qu’il est indépendant de tout État étranger, parce qu’il ne prend conseil que des intérêts du peuple algérien. (Pierre Lambert, La Vérité, 20 février 1958)

Or, le nationalisme des colonies et des minorités nationales est un courant politique par lequel la bourgeoisie (ou la proto-bourgeoisie) dupe les ouvriers et les paysans anti-impérialistes.

Le nationalisme bourgeois et l’internationalisme prolétarien sont deux mots d’ordre irréductiblement opposés. (Vladimir Lénine, « Notes critiques sur la question nationale », 1913, Œuvres t.  20, p. 19)

Lambert, en se faisant complice du nationalisme bourgeois, contribue à détruire l’organisation trotskyste elle-même.

La crise de la 4e Internationale a sans doute porté un coup terrible au PCI mais la politique de subordination étroite politiquement et organisationnellement du PCI au MNA a contribué considérablement à l’affaiblir. (Stéphane Just, Comment le révisionnisme s’est emparé de la direction du PCI, Comité, 1984, p. 6)

La capitulation du MNA devant le général de Gaulle en 1958 dément les pronostics de Lambert qui continuera toute sa vie à manœuvrer dans le dos des membres de son organisation à la poursuite de substituts divers au bolchevisme.

L’appareil petit bourgeois du FLN et la bourgeoisie algérienne ont eu les mains libres pour accéder au pouvoir. Le 5 juillet 1962, l’indépendance de l’Algérie est proclamée. L’Armée de libération nationale, dirigée par Boumediene, basée en Tunisie et au Maroc, relève l’armée coloniale, mettant au pas les combattants de la guérilla de l’intérieur qui croient que l’heure de la révolution ouvrière et paysanne a sonné.

Malgré les phrases socialistes analogues à celles de Nasser en Égypte et les illusions répandues par les révisionnistes du trotskysme sur « l’autogestion » (en particulier par Pablo qui est alors devenu conseiller du président Ben Bella), l’Algérie se révélera rapidement n’être qu’un pays capitaliste et dominé.

En 1965, le général Boumediene déclenche un coup d’État. Depuis, l’armée dirige.