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Les mineurs dressent leurs comités de grève contre le gouvernement de l’ANC et sa police

 

Le 16 août à Marikana, à 95 kilomètres à l'ouest de Pretoria, la police sud-africaine attaque des mineurs en grève, le bilan est lourd : 34 morts, 78 blessés et 270 arrestations. L'objectif de ce massacre est de mettre un terme à la grève qui a débuté 6 jours plus tôt dans cette mine du groupe Lonmin, 3e producteur mondial de platine. Les mineurs réclament un salaire de 12 500 rands (1 108 euros) contre les 4 000 actuels. Depuis, le pays est traversé par une vague de grèves qui s'est d'abord rapidement propagée dans la branche minière avant de gagner d'autres secteurs, notamment les transports et le secteur public.

L’événement ramène la situation de la lutte des classes en Afrique du Sud, qui fut jusque dans les années 1990 un foyer révolutionnaire au premier plan de l'actualité. Il met en lumière l'incapacité de la bourgeoisie sud-africaine de maintenir la paix sociale et d'assurer la pérennité du capitalisme au moyen du gouvernement de l'Alliance tripartite.

 

Le gouvernement ANC-SACP-COSATU, en charge depuis 1994 du capitalisme sud-africain

 

La grève ébranle les trois composantes de cette alliance que sont l'ANC, le SACP et le COSATU. Il s’agit d’un front populaire entre un parti bourgeois, l’ANC, et deux organisations ouvrières de masse, le SACP et le COSATU. Interdits durant l’apartheid, ce bloc fut la carte jouée par les bourgeoisies américaine, britannique et sud-africaine pour que le pays échappe à la révolution prolétarienne.

L'ANC (Congrès national africain), la première force politique du pays, est un parti né en 1912 sur la base du nationalisme. Il n'a jamais misé sur la mobilisation des masses ouvrières pour s'émanciper de la bourgeoisie britannique puis de la bourgeoisie blanche sud-africaine. Devant l’impopularité grandissante de son gouvernement, l’ANC s’est divisée. Une fraction de l’ANC, sous la direction du raciste Julius Mulema, marche sur les pas du président nationaliste du Zimbabwe voisin, Robert Mugabe, qui désigne les Blancs comme boucs émissaires des maux du capitalisme.

L’ANC bénéficie de l’aide du SACP (Parti communiste d'Afrique du Sud). Le SACP est le seul parti politique de masse de la classe ouvrière. Grâce à l’Internationale communiste, le SACP reconnait que la majorité noire doit renverser le joug colonial britannique. Il conquiert une base ouvrière non seulement blanche, mais noire. Cependant, sous forme de la ligne de front populaire, il est subordonné en 1935 par la bureaucratie de l’URSS à la bourgeoisie nationale. Le Parti stalinien renforce l'ANC. Depuis le rétablissement du capitalisme en Russie par la bureaucratie « marxiste-léniniste », comme le PCF, il ne se réclame plus du socialisme.

Le SACP contrôle le COSATU, la principale confédération syndicale du pays. Cette centrale est née du regroupement en 1985 de syndicats de travailleurs noirs apparus indépendamment de l'ANC, mais ramenés ultérieurement dans le giron du nationalisme bourgeois par les soins du SACP, faute de parti ouvrier révolutionnaire, pour s’y opposer. Les membres de la bureaucratie syndicale ont un niveau de vie très éloigné de celui des travailleurs salariés, même blancs. Certains ont même rejoint les rangs de la bourgeoisie, tels l’ancien président du NUM (le syndicat des mineurs affilié au COSATU) Cyril Ramphosa qui a accumulé une fortune de 275 millions de dollars, dont des actions dans Lonmin.

S’inscrivant dans la montée révolutionnaire mondiale des années 1960-1970, la lutte de la jeunesse (émeute de Soweto en 1976), puis celle des travailleurs ouvre une situation intenable pour le gouvernement raciste du NP (Parti national dominé par les Afrikaners néerlandophones), malgré une répression extrêmement violente.

Face au risque de révolution prolétarienne, Bush père, pour la bourgeoisie impérialiste la plus puissante, négocie avec Gorbatchev, le représentant de la bureaucratie de l’URSS en crise, la fin de l’apartheid. Le président De Klerk (NP) légalise en 1990 l’ANC, ses rivaux PAC et AZAPO et le SACP. Bush rencontre Mandela (ANC) et de Klerk. Les dernières lois de discrimination sont abolies en 1991. Mandela et De Klerk organisent ensemble la transition jusqu’aux premières élections au suffrage universel, en 1994.

C'est à un Blanc, le leader communiste Joe Slovo, que l'ANC doit cette idée de génie : une « sunset clause » qui, en échange du pouvoir, garantirait à la minorité blanche l'amnistie générale et des postes dans la fonction publique. En proposant le partage du pouvoir pendant une période provisoire, Joe Slovo n'a pas seulement sorti de l'impasse, en août 1992, les négociations entre Frederik de Klerk et Nelson Mandela. Il a aussi permis à l'ANC de récupérer une administration en état de marche et au « miracle » sud-africain de se produire. (Politique internationale, printemps 2004)

À l’issue des élections de 1994, Mandela devient président. La population noire croit que tout va changer. Mais l'auréole de l’ANC se dissipe d'année en année, les générations n'ayant pas ou peu connu l'apartheid n'ont pas les illusions qu'avaient leurs aînées ni envers l'ANC, ni envers son complice « communiste ». Trois présidents noirs successifs et 18 ans de gouvernement ANC-COSATU-SACP n'ont guère amélioré le sort de la classe ouvrière, qui est majoritairement noire.

En 2011, le revenu annuel des ménages noirs était de 60 613 rands (5 384 euros) alors que celui des blancs était de 365 134 rands (32 432 euros). (Nouvel observateur, 31 octobre 2010)

Les bidonvilles (townships) ont peu changé. Le sida fait des ravages. La situation des femmes est scandaleuse. La délinquance et la criminalité sont parmi les plus élevées du monde. Seule une minorité noire (des dirigeants de l’ANC, du COSATU, du SACP) a intégré les rangs de la bourgeoisie, comme capitalistes ou dirigeants de l’État bourgeois, grâce à une collaboration de classe institutionnalisée.

 

Une économie durement touchée par la crise mondiale

 

L'Afrique du Sud est la première économie du continent, mais elle peine à sortir de la crise capitaliste mondiale qui a plongé le pays dans la récession en 2009. Alors que dans le reste du monde, les investissements directs étrangers à destination des pays émergents augmentent de nouveau (+7,3 % entre 2010 et 2011 selon les Nations unies), ceux en direction de l’Afrique du Sud chutent. Le flux d'IDE entrants est passé de 5,3 milliards de dollars en 2010 à 1,5 milliard pour l'année 2011.

Pourtant, le pays dispose d’importantes ressources minières et agricoles et propose une main d’œuvre bon marché, dont les salaires sont contenus par l’immigration de travailleurs encore plus pauvres venant des États voisins, embauchés comme intérimaires hyper flexibles.

L'importance des exportations la rend dépendante de la bonne santé des principales économies impérialistes. Avec la crise mondiale, l'Afrique du sud qui affichait une croissance de 5 % jusqu'en 2007 a connu une récession de 1,8 % en 2009. Depuis, la reprise reste fragile.

La croissance devrait se ralentir à 2,8 % en 2012 à cause des handicaps structurels internes et de la fragile reprise de l’économie mondiale. Sous réserve que cette reprise se confirme et que la crise budgétaire et financière de la zone euro trouve une solution ordonnée, la croissance du PIB devrait s’élever à 3,6 % en 2013. (OCDE, mai 2012)

La baisse du prix du fer, du platine, du charbon, affaiblit le secteur minier qui emploie 600 000 personnes et qui représente près de 8 % du PIB national. Les minerais représentent 30 à 40 % des exportations. En outre, le charbon assure 93 % de la production d'électricité du pays, électricité dont une partie est exportée vers les pays voisins.

L'agence de notation Moody's justifie la dégradation de la note de l'Afrique du Sud en pointant « la capacité réduite du gouvernement à gérer les risques pour la croissance et la compétitivité » et « le manque d'infrastructures, des coûts salariaux relativement élevés en dépit d'un chômage important, et les inquiétudes sur la stabilité politique future de l'Afrique du Sud ».

 

Une grève quasi-générale dans les mines

 

La grève des mineurs de Marikana fait suite à plusieurs mouvements qui ont secoué le secteur minier depuis le début de l'année. Le 20 janvier, 46 000 mineurs d'un puits près de Rustemburg dans la même province que Marikana, appartenant au groupe Impala Platinium, se mettent en grève pour réclamer une augmentation salariale et une amélioration de leurs conditions de travail. Le conflit qui a fait 3 morts prend fin début mars, les grévistes obtenant la réintégration des ouvriers licenciés durant le conflit et une augmentation. En juin à Modder East, à l'est de Johannesburg, le groupe Gold One licencie 1 035 salariés d'une mine d'or et d'uranium, après une grève déclarée « illégale » parce que les mineurs se sont organisés dans le syndicat PTAWU, indépendamment du NUM (Syndicat national des travailleurs des mines) affilié au COSATU.

Le syndicat majoritaire dans le secteur minier, le NUM, s'est opposé dès le début aux grèves. Comme à Modder East, les mineurs de Marikana, exaspérés par la compromission du NUM avec les autorités et avec le patronat, viennent grossir les rangs d'un de ses rivaux, l'AMCU (Association des syndicats des travailleurs des mines et de la construction).

La semaine précédant le massacre de Marikana, des affrontements déclenchés par les meurtres de deux grévistes par des dirigeants du NUM avaient causé au total 10 morts (6 mineurs, 2 agents de sécurité et 2 policiers). Le COSATU intervient alors pour couvrir le gouvernement et sa stratégie meurtrière au service du capital et pour défendre les exécuteurs.

Le comité exécutif provincial critique l'action maladroite de la police à Marikana bien que reconnaissant son droit à se défendre lorsque cela est nécessaire. (Comité exécutif du COSATU de la province du Cap-Oriental, 11 septembre 2012)

Nous réitérons la position exprimée dans une résolution du précédent congrès du COSATU, à savoir que nous abhorrons l'utilisation excessive de la force par la police contre les travailleurs dans tous les conflits du travail, et nous croyons que les policiers sont injustement placés dans des situations pour lesquelles ils n'ont ni la formation ni l'équipement adéquat. (COSATU, 18 septembre 2012)

Après l’assassinat prémédité des 34 mineurs, les chefs du NUM imputent immédiatement la responsabilité de la tragédie, non à la police, mais à l’autre syndicat, taxé d’« organisation criminelle ».

Malgré les tentatives du NUM d'interrompre le mouvement, la grève se propage de puits en puits. Le groupe Lonmin, propriétaire du site de Marikana n'est pas le seul touché, le géant minier du platine Anglo American Platinium et son concurrent local Impala Platinium font dorénavant face à la colère de leurs ouvriers ; le mouvement s'étend aux mines d'or, d'argent, de diamant et de charbon, les groupes Gold Field et Gold One annoncent qu’ils sont touchés. Début octobre, on dénombre 24 compagnies minières victimes de grèves « sauvages » comme dit le patronat, c'est-à-dire décidées par la base.

Face à la totale incapacité du COSATU de remettre les mineurs au travail, le 20 septembre, le président Jacob Zuma annonce que l'armée épaulera désormais la police pour mater les grévistes. Le 29, son ministre de la Justice Jeff Radebe, un ancien du SACP, autorise une nouvelle répression des mineurs de Marikana. Le 6 octobre, la police assassine par erreur, lors d'une mission commando, le cousin d'un syndicaliste près de Marikana. Le total des victimes officielles a dépassé la cinquantaine.

 

La grève s’étend au delà des mines

 

Devant la détermination des mineurs, d’autres travailleurs, galvanisés, se mettent en mouvement à leur tour. Le 1er octobre, une grève éclate à l'usine de Toyota de Durban, qui aboutit, au bout de 4 jours, à une hausse du salaire horaire de 3,22 rands (26 centimes d'euros) ; la semaine suivante, ce sont les employés municipaux de la province de Limpopo qui cessent le travail.

Le COSATU se retrouve dans une situation difficile. D’une part, le patronat agit sans lui. Les licenciements collectifs comme les augmentations salariales se font sans passer par la centrale syndicale, remettant en cause sa place dans le système de collaboration entre la bureaucratie ouvrière et le patron. Les bureaucrates syndicaux s'en inquiètent, pointent la responsabilité des groupes capitalistes qui cèdent des augmentations salariales en dehors des accords habituels avec le NUM, affaiblissant ainsi l'influence de ce dernier chez les ouvriers. D’autre part, des couches significatives de travailleurs le rejettent à cause de sa collaboration avec les patrons et le gouvernement. Des grévistes brûlent les tee-shirts de la centrale. Les échauffourées avec les membres du COSATU se multiplient, causant parfois des morts. Le 19 octobre à Klerksdorp, Zwelinzima Vavi le patron du COSATU est pris à partie par des mineurs qu'il venait inviter à reprendre le travail. Il doit quitter le site sous des jets de pierre.

Totalement débordé par les mineurs, le COSATU sentant monter la colère dans le transport, fait prendre au SATAWU (Syndicat sud-africain des travailleurs du transport) la tête de la grève chez les routiers. Le conflit dure 17 jours, atteignant à son plus haut point le nombre de 43 000 grévistes. Les routiers affrontent à de nombreuses reprises la police. La grève aboutit à une hausse salariale de 27% sur 3 ans.

Le SAMWU, principal syndicat des travailleurs du public, également affilié au COSATU, débordé dans la province de Limpopo, explique début octobre qu’il prépare une journée de grève nationale qui pourrait être prolongée. Un mois après la menace, il se renie et le seul conflit auquel il participe est une grève dans une seule société de bus (Rea Vaya).

 

L’apparition de comités de grève des mineurs

 

Malgré les trahisons, les menaces, la répression, les travailleurs des mines résistent. Aussi, le patronat tente de régler le problème en licenciant à tour de bras, soutenu par l'ANC et ses alliés du SACP qui se réfugient derrière la légalité de cette action. Tous misent sur la peur du chômage, avec une armée de réserve représentant 38 % de la population active. Ainsi, le 5 octobre, Anglo American, le premier producteur mondial de platine renvoie 12 000 des 28 000 mineurs des puits de Rustenburg. Le lendemain, le groupe Atlatsa Resources licencie 2 161 de ses ouvriers de la mine de Bokoni. Le 9, c'est Gold One qui annonce qu’il se sépare de 1 435 des 1 900 mineurs d'Ezulwini. Fin octobre, Gold Fields menace de la même sanction ses 15 000 ouvriers en grève.

Le COSATU, essayant de retrouver son influence au sein de la classe ouvrière, somme les employeurs de réintégrer les licenciés, mais sans jamais brandir la menace de la grève. Le groupe Lonmin concède une hausse de salaire de 22 % aux foreurs, entre 11 % et 15 % pour les autres.

Les mineurs, s'étant heurtés dès le départ à la bureaucratie du NUM (COSATU), s’organisent en comités de grève, d'abord localement, puis parallèlement à l'extension du mouvement, ils tentent de centraliser nationalement ces comités. La coordination des comités de grève de la région de Rustenburg (au Nord-Ouest de Pretoria) a appelé à la formation d'une Coordination nationale des comités de grève qui s’est réunie le 13 octobre.

Face à l’hostilité du parti ouvrier bourgeois et en l'absence de parti ouvrier révolutionnaire, c’est un groupe centriste le DSM (Mouvement socialiste démocratique) qui aide à la coordination des comités de grève. L'absence d'une ligne fermement révolutionnaire se fait sentir dans les déclarations de la Coordination nationale. D’un côté, il dénonce à juste titre le gouvernement.

La lutte va s'intensifier et nous demandons à tous les travailleurs de se préparer à une grève générale au niveau national… Nous appelons à la formation de comités de solidarité dans toutes les régions et dans tous les secteurs. Les patrons, le gouvernement et l'alliance tripartite vont travailler ensemble pour écraser les grévistes dans le sang s'il le faut. (Mametlwe Sebei, porte-parole de la Coordination, 5 octobre 2012)

De l’autre, il refuse d’appeler à la formation de gardes ouvrières pour se défendre et place tous les espoirs dans le parlement.

Ce qui émerge du consensus de ce meeting est que nous avons besoin d'un gouvernement qui n'envoie ni soldats ni police pour aider les patrons à attaquer les travailleurs des mines. Nous avons besoin d'un gouvernement des travailleurs de ce pays, un gouvernement qui serait représentatif des travailleurs et qui amènera les mots d'ordre des travailleurs au parlement pour finalement s'assurer que les lois de ce pays soient prises dans l’intérêt de la classe ouvrière et des pauvres. (Mametlwe Sebei, porte-parole de la Coordination, 5 octobre 2012)

Mametlwe Sebei est membre du DSM. Le DSM est affilié au Comité pour une internationale ouvrière (CWI-CIO). Ce courant international puise son origine dans ce qui fut la section de Grande-Bretagne de la « 4e Internationale » pabliste en 1957. Ce groupe était entré en 1949, sous la direction de Ted Grant, dans le Parti travailliste pour plusieurs décennies. Depuis, les grantistes combinent un « marxisme », un « léninisme » et un « trotskysme » de façade à une orientation parlementaire et pacifiste.

Une transformation totalement pacifique de la société est possible en Grande-Bretagne… (Peter Taaffe, What we stand for, Militant, 1981, p. 25)

Comme tant de pseudo-trotskystes, le CWI-CIO fondé en 1974 a cherché un substitut à la classe ouvrière, au parti révolutionnaire et au bolchevisme. Il l’a trouvé, entre autres, dans le colonel Chavez, le bourgeois nationaliste qui préside le Venezuela. La section française du CIO-CIW est la GR, qui vient de passer trois ans au sein du NPA.

Le DSM participe en Afrique du Sud au Democratic Left Front (Front de la gauche démocratique) dont le nom annonce qu’il n’a rien à voir avec la révolution prolétarienne. Pas question d’arracher le pouvoir à la bourgeoisie par une révolution, puisque le front se contente d’un « contre-pouvoir ».

Nous sommes pour un nouveau mouvement démocratique et unitaire des opprimés et des exploités qui constitue un contre-pouvoir face au pouvoir du capital, du marché, des investisseurs, de la bourgeoisie noire, des fonctionnaires d’État et des autres couches sociales sur lesquelles l’État capitaliste repose. (Declaration of the DFF, 24 janvier 2011)

L'émergence de comités de grève des mineurs et leur centralisation sont indéniablement un pas en avant pour la cause ouvrière, pour peu que l’avant-garde se batte pour la rupture de toutes les organisations ouvrières (dont le COSATU et le SACP) avec l’ANC, la nationalisation sous contrôle ouvrier, l’armement des travailleurs, le pouvoir des ouvriers et des paysans.

Le SACP, défenseur de l’ordre bourgeois et partie prenante du gouvernement de massacreurs d’ouvriers, calomnie le DSM comme des agents de l’apartheid. La police du gouvernement ANC-COSATU-SACP réprime le DSM pour briser la coordination des comités de grève.

Le Mouvement socialiste et démocratique (DSM), une organisation trotskyste qui a aidé à la formation du comité de coordination entre les mines en proie à des grèves explique que ses militants ont été arrêtés après s'être adressés à une foule de plus de 1 500 personnes. (Mail & Guardian, 19 octobre 2012)

 

Les réformistes de tout poil soutiennent les bureaucraties du COSATU, du SACP, voire l’ANC

 

Dans les années 1970 et 1980, le mouvement ouvrier mondial affirmait sa solidarité avec les luttes ouvrières d’Afrique du Sud. Les travailleurs noirs d’aujourd’hui sont autant exploités, affrontent les mêmes groupes capitalistes, sont toujours réprimés par la police et par l’armée de l’État bourgeois. Ils méritent la même solidarité de leurs sœurs et frères de classe de tous les pays.

Mais nombreux sont les agents de la bourgeoisie dans la classe ouvrière, qui, aujourd’hui, s’interposent. Quelques jours après le massacre, l’Internationale « socialiste » tient son congrès au Cap. Elle s’ouvre en donnant la parole au vice-président du gouvernement bourgeois des massacreurs d’ouvriers.

Le Vice-président de l’Afrique du Sud et de l’ANC, Kgalema Motlanthe, a ouvert le Congrès avec un discours de bienvenue…. Il a exprimé ses remerciements pour le soutien constant de l’IS dans les luttes du peuple africain contre le colonialisme et le racisme, soulignant l’importance du fait que cette réunion ait lieu durant la célébration du centenaire de l’ANC. (Rapport du secrétaire général de l’IS)

Pas de place pour les ouvriers en lutte dans le congrès.

Le Congrès a continué le deuxième jour avec le prochain thème principal, renforcer la démocratie. Le débat a commencé par un discours d’ouverture spécial du Président de la République de l’Afrique du Sud et de l’ANC, son excellence Jacob Zuma.

En tant que tel, le PS n’a rien à dire. Aucun communiqué après le massacre. Cependant, la représentante du Parti « socialiste » français intervient au congrès de l’IS… pour plaindre le président de l’Afrique du Sud.

La tragédie que vient de connaître l’Afrique du Sud à la mine de Marikana est terrible. Elle a créé un choc ici et dans le monde entier. Un traumatisme. Toute notre solidarité va aux familles des mineurs victimes. Mais toutes nos pensées vont dans cette épreuve au gouvernement du Président Jacob Zuma qui doit faire face à cette blessure, notre solidarité au moment où il cherche des solutions pour répondre aux problèmes qui nourrissent le terreau de la révolte et des violences. Et je dois dire que les solutions seront trouvées parce que l’on connaît l’idéal d’humanisme qui anime les dirigeants de ce grand pays d’Afrique du Sud. (Ségolène Royale, 30 août 2012)

De façon hypocrite, le Parti « communiste » français maintient son soutien à l’Alliance tripartite et au gouvernement bourgeois malgré le massacre des mineurs.

Le PCF réaffirme sa solidarité avec l'ensemble des forces politiques et syndicales d'Afrique du Sud dans leur lutte pour réduire les inégalités, pour le progrès et la justice sociale dans un véritable État de droit. (PCF, 17 août 2012)

« L’ensemble des forces politiques » avec lesquelles le PCF est solidaire, c’est l’ANC et le gouvernement bourgeois tripartite.

Le Parti de gauche, d’habitude si bavard, reste muet.

Le même jour, le communiqué de Lutte ouvrière ne dit pas un mot des appels à la répression du COSATU dirigé par le SACP ni de l’appartenance du SACP au gouvernement.

De nouveaux affrontements avec la police ont éclaté jeudi et fait au moins vingt-cinq morts parmi les mineurs en grève de la mine de platine Lonmin, à Marikana. Depuis le début du conflit, des dizaines de grévistes sont morts sous les balles de la police. Depuis vendredi 10 août, des centaines de grévistes réclament des augmentations de salaires. Payés l’équivalent de 400 euros par mois, ils vivent dans des taudis accolés à la mine, sans eau courante. « C’est notre travail qui fait la richesse des sociétés minières et nous ne pouvons pas nous offrir une vie décente », expliquait l’un d’eux. Contrairement à ce que prétendent certaines bonnes âmes, la lutte de classe est bien toujours présente. Parfois féroce. La preuve. (LO, 17 août 2012)

L’ISO cliffiste des États-Unis et la « 4e Internationale » pabliste publient les déclarations d’Amandla (membre du Democratic Left Front) qui renvoie dos à dos la bureaucratie du NUM et les ouvriers grévistes.

Il s’agit malheureusement aussi d’une défaite de la direction syndicale : en premier lieu de la NUM, qui voit chaque opposition à sa direction comme criminelle, considérant a priori qu’elle est nécessairement une création de la Chambre des Mines. Ce qui n’est évidemment pas le cas. Il s’agit également d’une défaite de la direction de l’Association of Mining and Construction Union (AMCU), qui agit de manière opportuniste dans le but de recruter des membres mécontents de la NUM, mobilise les travailleurs autour de demandes irréalistes et échoue à condamner la violence de ses propres membres. (Inprecor, octobre 2012)

 

Pour une perspective de révolution permanente

 

À ce jour, le mouvement de grève qui traverse le pays perdure et rien ne garantit à la bourgeoisie que les accords signés et les concessions salariales assureront durablement la paix sociale. Les mineurs de Marikana dont la grève a pris fin suite aux accords du 18 septembre ont à nouveau débrayé un mois après. Les travailleurs de Modder East, pourtant défaits en juin, sont toujours en grève fin octobre. L’incapacité à redistribuer les terres, les conditions de vie et de travail du prolétariat sud-africain, les disparités entre Noirs et Blancs, le luxe affiché des responsables des organisations de l'Alliance font du pays une poudrière.

Mais en l’absence d'une internationale ouvrière capable de fixer une ligne politique pour défaire les capitalistes, les travailleurs d'Afrique du Sud risquent de tâtonner et de s'embourber avant d'avoir porté un coup décisif à la bourgeoisie.

Face au front populaire au service de la contre-révolution, tous les travailleurs du monde doivent soutenir les mineurs en grève et les organisations ouvrières qui rompent avec la bourgeoisie.

L'auto-organisation des masses est la meilleure école pour hâter la maturation politique du prolétariat sud-africain afin qu’il prenne conscience de ses intérêts et du fait que ceux-ci ne peuvent être satisfaits sous le mode de production capitaliste mais nécessitent au contraire la prise du pouvoir et la construction d’un parti prolétarien révolutionnaire guidé par le marxisme pour mener cette tâche à bien.

 

9 novembre 2012