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Mayotte

 

Grève générale contre la vie chère

 

Pour la baisse des prix des produits du quotidien

Depuis le 21 septembre, un mouvement de protestation contre la vie chère à Mayotte mobilise la population de cette île de l’archipel des Comores. En une semaine, il a muté en une grève générale, à cause de la détermination des pauvres à obtenir satisfaction et des gommes cognes, lacrymogènes et autres blindés que la « mère Patrie » a rapidement déployés.

Pour l’heure, la répression a fait déjà un mort, Ali El Anziz, 39 ans, tué par un tir de flash ball en plein cœur, des blessés graves dont un enfant, des dizaines de manifestants arrêtés.

Marches de 3 000 personnes à Mamoudzou les 27 et 28 septembre, grève massive des salariés de tous les secteurs, occupations de bâtiments publics, fermeture des magasins, barrages, affrontements avec la police et la gendarmerie, les travailleurs et les jeunes mahorais mènent une lutte de classe, avec les moyens dont usent les exploités et les opprimés partout dans le monde. La grève générale aux Antilles en 2009 a arrosé tous les sillons des colonies françaises, rebaptisées département ou pas.

 

60 % d’augmentation officielle du coût de la vie

 

À Mayotte, 54 % de la population ont moins de 20 ans et 41 % d’entre eux sont au chômage, comme la moitié des femmes qui réclament du travail ; au total 27 % des Mahorais sont chômeurs. Pour ceux qui ont un emploi, le salaire minimum mahorais est inférieur de 15 % au smic français pour une même durée de travail hebdomadaire. Un quart de la population, selon l’INSEE, vit sous le seuil de pauvreté, dans des bidonvilles ; une partie seulement des prestations sociales versées en France le sont à Mayotte et leur montant est moindre. Les postes hautement qualifiés sont tenus quasi exclusivement par des cadres venus de France, tandis que les investissements pour l’instruction publique restent indigents.

Ce territoire détient également le triste record des expulsions de « clandestins ». Le représentant de l’État français à Mayotte, le préfet Degos, judicieusement caillassé le 5 octobre, a essayé, comme ses prédécesseurs, d’accuser les « étrangers » d’appauvrir Mayotte. En réalité, parmi ces « étrangers », un tiers est né à Mayotte, donc sont plus natifs que lui ; les autres viennent d’autres îles des Comores, ce qui fait quand même plus près que Paris. Diviser le prolétariat, lui désigner de faux responsables de sa misère, une tactique habituelle du capital.

Les fauteurs de vie chère s’appellent Casino (Vendémiaire), Bouygues (Colas), Vinci (SOGEA), Suez, Total, les grands groupes capitalistes mondiaux, souvent cachés sous des noms locaux ou de filiales. Les Mahorais leur doivent le carton d’ailes de poulet, base de l’alimentation, à 24,21 euros les 10 kg contre 15,90 euros à La Réunion, la bouteille de gaz trois fois plus chère qu’en France, etc.

 

Les négociations ont commencé

 

Les médias en France ne donnent aucun écho au légitime mouvement qui mobilise Mayotte. La ministre sarkozyste de l’Outre-mer (!), Marie-Luce Penchard, accuse les grévistes et les manifestants de « fragiliser le tissu économique » et de « menacer les emplois », ce qui ne manque pas d’aplomb dans une île où la moitié de la population en est privée. Les corps répressifs poursuivent les interpellations, les violences sur les manifestants.

Le 3 octobre, des négociations s’ouvrent à la préfecture. Sont présents, sous l’égide du préfet, les représentants du patronat et de l’intersyndicale CGT Ma, CISMA/CFDT, UTFO, CFE CGC, Syndicat autonome des enseignants de Mayotte qui a appelé aux manifestations avec les associations de consommateurs (ASCOMA, AFOC), le Collectif des citoyens perdus et la Société civile solidarité mahoraise.

Les discussions sont interrompues le soir même, devant l’intransigeance patronale. Les revendications portent sur le coût de l’alimentaire, l’énergie, l’eau, la santé, les transports… plus de 250 prix qui ont flambé. Reprises le 5 octobre, elles vont aboutir à la promesse d’une réduction des prix de 10 % sur les ailes de poulet, le riz et les sardines. À la sortie, les manifestants rassemblés jugent le résultat très insuffisant et refusent la signature d’un accord.

La grève, les manifestations, le blocage des magasins, des voies de circulation se poursuivent sous menaces et violences policières, pendant presque deux semaines. Le mouvement a besoin pour progresser de se doter de ses organes de lutte : comités de grève, comités de réquisition et de répartition de la nourriture, des logements... C’est le moyen aussi de contrôler l’intersyndicale, ce qui n’est pas du luxe, quand, par exemple, elle demande à Sarkozy la nomination d’un médiateur, quand elle calque ses initiatives sur celles du préfet : consultation des « vieux sages » dont sénateurs centriste et UMP, dignitaires religieux, chantres du rattachement à la France…

Est-ce leur sagesse qui a prévalu? En tout cas, le 20 octobre, le représentant de FO signe un accord avec le patronat, que la CGT n’avalise pas, au dernier moment :

Nous étions sur le point de signer. On avait trouvé un accord sur les huit produits déjà négociés. Pour les trois restants, le sable, la viande et le gaz on était d’accord avec les patrons pour qu’ils soient étudiés par l’Observatoire des prix pour voir comment les prix sont construits et voir où on peut baisser. Mais au moment de signer les patrons ont demandé que l’accord soit pour trois mois. On ne fait pas trois semaines de grève pour un accord qui dure trois mois. (Kamiloudine Djanffar, secrétaire général adjoint de la CGT Ma, Malengo Actualités, 20 octobre 2011)

Front syndical rompu, acceptation par les représentants syndicaux d’écouter les démonstrations d’experts prouvant comme les marges et les taxes sont justes (Observatoire des prix), la ministre pense pouvoir reprendre la main, en nommant un « médiateur » pour remplacer le préfet Degos, prématurément usé…

Ce sera donc le chef de service de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et répression des fraudes (DGCCRF), Stanislas Martin, qui arrivera dès lundi matin à Mayotte « pour participer au prochain observatoire des prix et des revenus » puisque les pourparlers entre syndicats et distributeurs se déroulent maintenant dans ce cadre.

Stanislas Martin avait été nommé lors du Conseil interministériel de l'Outremer du 6 novembre 2009 "coordonnateur des enquêtes de concurrence pour l'ensemble de l'Outremer", il « sera chargé d'établir un rapport faisant un diagnostic sur la formation des prix des produits de première nécessité à Mayotte ». Ce rapport pourra ensuite servir de base pour des négociations sur les prix. (La Lettre de Malango, 20 octobre 2011)

La victoire de la grève générale à Mayotte, contre la vie chère, exige que la classe ouvrière, la population laborieuse, la jeunesse de Mayotte s’organisent, sans rien attendre des hauts fonctionnaires qui sont là pour protéger les profits des patrons de la grande distribution et d’ailleurs, les ententes entre capitalistes sur le dos des masses ; en surveillant de près ceux qui disent parler en leur nom.

 

Solidarité ouvrière !

 

En France, Force ouvrière a estimé que «à ce jour, l'accord sur la vie chère doit être considéré comme la première étape d'un travail qui se veut sincère et constructif pour l'évolution à la baisse des prix à Mayotte. [Il est] de nature à apaiser le climat social en matière de prix à la consommation» (Communiqué, 20 octobre).

La confédération dirigée par Mailly, toujours prompte à se draper dans « l’indépendance syndicale », prêche la confiance dans les patrons, la collaboration entre les intérêts des faiseurs de vie chère et les ventres creux. Sincère Mailly ? Constructif ?

La CGT décide qu’une délégation se rendra à Mayotte lundi 24 octobre :

Un mort, un enfant grièvement blessé par les forces de l’ordre, interpellations et arrestations des manifestants, trois semaines de grèves générales... et pas ou peu de solutions en vue pour répondre aux légitimes revendications des salariés et de la population mahoraise : cela suffit !

Visiblement, le gouvernement n’a pas tiré les enseignements des conflits qui ont éclaté dans les pays d’outre mer en 2009 et qui portaient précisément sur les mêmes revendications soutenues aujourd’hui par les organisations syndicales et associations de consommateurs mahoraises : le prix des produits de première nécessité est inacceptable, l’indemnisation des chômeurs quasi inexistante et le montant des retraites misérable.

Contrairement à ce qu’affirme la ministre de l’Outre Mer, le gouvernement peut résoudre la question de la cherté : l’article L410-2 du Code du Commerce permet de réglementer les prix par décret dans des situations comme celles qui se présentent à Mayotte.

Il est temps que le gouvernement s’applique à dénouer une situation qui se tend un peu plus chaque jour, en mettant rapidement au pas les patrons de la grande distribution. Parallèlement, il doit être mis fin immédiatement aux brutalités et violences policières, pratique totalement inacceptable.

La population qui s’était massivement prononcée en mars 2009 pour que Mayotte devienne le 101ème département français s’attendait à plus d’égards de la part de l’État français. (Communiqué, 20 octobre)

Les travailleurs et les jeunes mahorais devraient espérer dans ce gouvernement, neutre sans doute ? Sarkozy serait un arbitre, neutre également ? Pas l’ami personnel des grands patrons et accessoirement le président UMP de la 5e république ? La voie que montre la direction de la CGT est sans issue, elle n’œuvre pas pour la victoire de la grève (que Thibault préfère au pluriel) jusqu’à satisfaction des revendications.

Il est indispensable que les partis et syndicats ouvriers convoquent partout des manifestations de soutien à la grève générale initiée à Mamoudzou contre la cherté de la vie.

La responsabilité de Thibault et des dirigeants de tous les syndicats implantés chez Casino, Total, EDF Suez, est d’appeler en France les ouvriers, les employés de ces grands groupes dont les capitalistes soumettent les masses de Mayotte, à la grève totale pour la baisse des prix. S’ils voulaient que soient jetées dans la bataille la force du prolétariat, la vraie solidarité ouvrière, ils laisseraient tomber « l’article L410 », le Code du commerce avec, et mettraient les syndicats au service du combat contre le capital, par delà les frontières.

 

23 octobre 2011