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Enseignement public

Austérité et management au programme

 

 

La destruction de dizaines de milliers de postes statutaires

 

Dans le projet de budget 2012, le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite poursuit ses ravages ; le gouvernement annonce la suppression de 14 000 postes d’enseignants qui s’ajoutent aux 16 000 déjà supprimés en 2011. Dans l’enseignement secondaire (collèges, lycées professionnels et lycées), ce sont surtout les enfants de travailleurs qui sont touchés par les suppressions de postes, comme le montre une enquête du syndicat majoritaire des chefs d’établissements :

Ce sont les établissements défavorisés qui sont les plus durement taxés (un recul de leur taux d'encadrement de 2,4 %), alors que les établissements favorisés le voient augmenter de 0,43 %. (SNPDEM-UNSA, Direction, septembre 2011)

Pour la 5e année consécutive, le nombre de postes ouverts aux concours baisse drastiquement, il est quasiment divisé par deux (22 000 en 2007, 11 600 cette année). L’école primaire passe de 6 577 recrutements de professeurs à 3 000 en 2012 alors que le nombre d’élèves accueillis augmente. Les étudiants auxquels un master est maintenant exigé (Bac + 5) pour passer les concours de l’enseignement voient se fermer les débouchés à leurs longues études, même si les postulants sont moins nombreux, glacés par la suppression pure et simple de la formation initiale, la dégradation des conditions de travail, les salaires inférieurs de 17 % à la moyenne de l’OCDE pour le primaire, de 15 % pour le collège et de 19 % pour le lycée.

Les enfants de 2 à 3 ans vont de moins en moins à la maternelle, faute de places ; le nombre d’élèves par classe augmente dans le secondaire et le premier degré, en dépit des moyennes du ministère qui surévalue le poids des classes rurales (souvent à petit effectif, quand elles n’ont pas été fermées…) ; les postes d’enseignants spécialisés (RASED) dans l’aide aux élèves en difficulté scolaire disparaissent. « L’autonomie » des universités impose le gel des emplois, la suppression de programmes de formation et de dépenses d’équipements pour réussir à boucler les budgets, au mépris des intérêts des étudiants et des personnels. L’application de la « réforme des lycées » réduit le nombre d’heures de cours et d’options, en particulier dans les lycées où sont scolarisés les enfants de prolétaires.

Entre autres résultats de cette politique, la France est le seul pays de l’OCDE dont le taux de scolarisation des jeunes de 15 à 19 ans a baissé, alors même que le chômage frappe 25 % des 15 / 24 ans au troisième trimestre 2011, d’après le rapport du Bureau international du travail, soit un sixième de l’ensemble des jeunes. Ce taux atteint plus de 40 % selon l’Observatoire des inégalités, dans les dites zones urbaines sensibles.

La part du PIB consacrée à la formation est en baisse depuis 1995, de 11,5 à 6,6 % en 2008, date du premier budget entièrement signé Sarkozy. La bourgeoisie française a engagé une offensive d’ampleur contre l’enseignement public, pour en réduire le poids budgétaire et l’influence. Entre 2007 et 2012, la saignée subie par l’école laïque se chiffre à 80 000 pertes d’emplois statutaires.

 

Le privé (catholique à 97 %), chouchou du gouvernement

 

Lors de la « journée d’action » du 27 septembre dernier, c’est pourtant autour des chanoines et personnels des diocèses qui se seraient trouvé contraints de descendre dans la rue, honteuse manie dont ne souffrent d’ordinaire que les enseignants de l’école publique, que se sont empressés journaux et télés. Légitime serait la plainte du privé confessionnel, devant laquelle d’ailleurs aucun « usager » ne s’est senti « pris en otage »… sans doute la manifestation d’un saint mystère. À moins qu’il ne s’agisse de bourrage de crâne : il faudrait en réalité 15 000 à 20 000 postes supplémentaires dans le public pour simplement égaler le taux d’encadrement du privé dont les classes et établissements fonctionnent à faible effectif.

Depuis 2007, 95 % des postes supprimés ont été prélevés sur le public contre moins de 5 % pour le privé, une proportion nettement en retrait par rapport au poids de ce réseau dans l’éducation française. Au budget 2011, sur 16 000 postes supprimés, 13 767 ont été retirés à l’enseignement public et 1 633 au privé sous contrat au lieu de 3 416 si la même règle de calcul lui était appliquée. (Nathalie Mons, chercheuse spécialiste des politiques éducatives).

En 2011, le nombre total d’élèves a augmenté dans l’enseignement public qui prend en charge 86,6 % de la population scolaire et régressé dans le privé qui en regroupe 13,4 %, contrairement à ce que prétend la propagande déversée par le ministre calotin Chatel.

On me dit que ça va tellement mal dans l’enseignement public que les Français seraient une majorité à mettre leurs enfants dans le privé. Je réponds que l’enseignement privé sous contrat fait partie du service public… (Le Parisien, 23 septembre 2011)

La France se présente comme une exception en Europe, une championne de la laïcité, alors qu’elle arrive en réalité en tête, avec les Pays-Bas et l’Irlande, du financement sur fonds publics des établissements privés, essentiellement confessionnels, catholiques à 97 %.

En sus du budget de l’État, toutes sortes de dispositions légales permettent d’arroser généreusement le privé confessionnel et patronal, comme le versement de la taxe d’apprentissage par les entreprises « à l’établissement de leur choix » qui bénéficie au privé, trois fois plus dans le secondaire et sept fois plus dans l’enseignement supérieur ; comme la loi Carle de novembre 2009 qui étend encore le financement des institutions catholiques par les communes.

L’école publique manque de tout : Assez des financements à l’église catholique et ses officines ! Fonds publics à l’école publique ! Que la curaille s’occupe de son âme et ne se mêle plus d’enseignement, elle n’a jamais fait bon ménage avec la science : nationalisation des établissements privés, sans dépenser un euro de plus !

 

L’enseignement public menacé d’éclatement

 

Le ministre Chatel a beaucoup appris chez L’Oréal, où il fut DRH avant de rejoindre la direction marketing, et continue ses études de privatiseur auprès d’Eric Mirieu de Labarre, secrétaire général de « l’enseignement » catholique. Dans le cadre d’un groupe de travail, il discute avec lui depuis plusieurs mois au ministère de l’Éducation encore nationale pour une « troisième révolution de l’école ». Le Diafoirus du Vatican n’est au chevet de l’école publique que pour lui administrer le poison de la déréglementation :

« L’école française va mal et, si on ne fait rien, elle va continuer de s’enfoncer ». Pour qu’elle se redresse, Eric de Labarre propose de supprimer des options et des heures de cours au lycée, bien trop chargé en France par rapport aux autres pays, développer les cours à distance, donner plus d’autonomie aux établissements et à leurs chefs, faire travailler les enseignants différemment en leur demandant, par exemple, plus de présence dans les établissements et de travail en équipe, etc. (Libération, 5 octobre 2011)

Ce gouvernement entend s’appuyer sur les ennemis grassement rétribués de l’enseignement public pour imposer ce que les enseignants refusent : la fin du cadre national des programmes, des horaires, par conséquent des diplômes, la mise en concurrence des établissements.

« Le système éducatif gagnerait à être moins administré, moins géré, et plus animé. L’enjeu est de faire vivre une communauté et une équipe éducative, dans laquelle le chef d’établissement a un rôle pivot », déclare jeudi 22 septembre 2011 Éric Mirieu de Labarre, secrétaire général de l’enseignement catholique, à l’occasion d’un déplacement de Luc Chatel, au lycée Teilhard-de-Chardin, un établissement privé sous contrat d’association avec l’État, à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne).

Luc Chatel explique : « Nous avons regardé ce que faisait l’enseignement privé sous contrat, qui avait déjà une culture de travail en équipe pédagogique, et nous avons instauré deux heures d’aide personnalisée au lycée et les enseignements d’exploration… » (AEF, 22 septembre 2011)

La connivence est complète ; le modèle à imiter, c’est le privé. La « culture du travail en équipe » autorise l’extension des services, l’enseignement d’autres matières que celle pour laquelle l’enseignant s’est qualifié ; elle permet au chef d’équipe de noter les enseignants. En matière de recrutement, la précarité des personnels et le renforcement des attributions des chefs d’établissement du public entrent dans les mœurs, tandis que le gouvernement organise la pénurie d’enseignants titulaires.

Il faut faire appel à des contractuels lorsque nos titulaires remplaçants ne sont pas disponibles. Naturellement, ce n'est pas le rôle des parents de passer des annonces de recrutement. En revanche, j'ai demandé aux proviseurs qu'ils le fassent et qu'ils se mettent en contact avec Pôle emploi. Ce n'est pas en recrutant davantage de titulaires remplaçants que ça marchera mieux. Les vacataires, étudiants ou jeunes retraités, peuvent très bien remplir ce rôle. (Chatel, Le Figaro, 4 avril 2011)

Le recours à l’emploi précaire est banalisé dans le supérieur et le second degré, réintroduit en masse cette année dans le premier degré où des étudiants en master sont recrutés en tant que contractuels.

Dans le dispositif ECLAIR (École Collège Lycée Ambition Innovation Réussite) dont le ministère tente l’extension à la prochaine rentrée, sur la dépouille des « zones d’éducation prioritaire », les principaux de collège et les proviseurs pourront recruter les enseignants, sur postes à profil. Avec l’embauche sur lettre de mission, la flexibilité généralisée (professeurs des écoles assurant des heures en collège si besoin, enseignants de collège effectuant l’aide personnalisée à l’école élémentaire), « l’accompagnement éducatif » en plus de l’enseignement, que resterait-il des garanties statutaires des personnels, des droits de la fonction publique d’État ?

« Contrat d’objectifs » à tous les étages, « cibles chiffrées », « financement au projet », prime avec une « part variable » en fonction de « l’implication personnelle » dans le dispositif : pas de doute, Bettencourt et Mirieu de Labarre ont de quoi se réjouir, leurs méthodes et leur vocabulaire envahissent l’enseignement public. Cela va jusqu’à l’instauration d’un « préfet des études », appellation et fonction directement empruntées aux jésuites chez qui il veille à la discipline.

ECLAIR concerne cette année les « quartiers défavorisés des zones urbaines » mais constitue un concentré des mesures que le gouvernement veut étendre à tout l’enseignement public, pour l’atomiser, réduire son poids dans le budget de l’État en cette période de crise du mode de production capitaliste : autonomie des établissements, réduction du nombre de fonctionnaires, recrutement sur profil pour une durée déterminée, flexibilité des missions et augmentation du temps de travail, prime au mérite, soumission au chef.

Mancel, député UMP de l’Oise, explique sans détour qu’il faut appliquer cette déréglementation à l’ensemble de la fonction publique et qu’il est temps d’en finir avec les décrets de 1950 :

Je pense qu’il est de l’intérêt de nos agents publics, comme de l’intérêt de l’État ou des collectivités territoriales qui les emploient, de passer à un statut de contractuel comme le sont les salariés du privé. (Le Monde, 23 octobre 2011)

 

La bourgeoisie veut réduire le coût de la reproduction de la force de travail

 

Nous sommes le dos au mur en matière de dépenses publiques, ce qui veut dire que la crise nous conduit à faire des économies. C’est la première raison pour laquelle on ne peut pas se permettre de lever le pied sur les économies en matière de fonction publique. (Mancel, Le Monde, 23 octobre 2011)

Faire payer la crise du mode de production capitaliste par les salariés, par la population qui a besoin de l’école, de l’hôpital, des transports publics, voilà l’objectif des partis bourgeois et du gouvernement qu’ils soutiennent. Pour cela ils amputent directement les budgets qui touchent ces services et en réduisent l’accès : déremboursement des médicaments, augmentation du forfait hospitalier, fermeture de lignes de transports, augmentation des tarifs, etc.

Les capitalistes vouent une grande partie de la jeunesse, quand ils ne la rejettent pas de la production, à occuper des emplois faiblement qualifiés, sans garantie de durée ni de salaire ; ils considèrent que former ces jeunes longtemps est donc une dépense déraisonnable.

Le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle prévoit, dans les années à venir, une augmentation de l’emploi hautement qualifié, mais également « une croissance significative du nombre d’emplois pour les travailleurs des secteurs des services, spécialement dans la vente au détail et la distribution, ainsi que dans d’autres occupations élémentaires ne réclamant que peu ou pas de qualifications formelles. » Une tendance que les États-Unis connaissent aussi : sur les quarante emplois présentant la plus forte croissance en volume, huit seulement nécessitent de très hauts niveaux de qualification (baccalauréat + 4 ou davantage) alors qu’une vingtaine ne requiert qu’une courte formation « sur le tas ». Divers auteurs anglo-saxons décrivent cette polarisation en opposant « Mac Jobs » et « Mc Jobs », en référence au Mac, l’ordinateur de la firme Apple et au Mc de Mc Donald’s. (Nico Hirtt, Le Monde diplomatique, octobre 2010)

Des exploités, à comportement irréprochable attendu, comme en témoigne le fait que le dispositif ECLAIR a été présenté, les 7 et 8 avril 2010, au cours des « États généraux de la sécurité à l’école », ou encore que le ministre Chatel ose marquer au front des enfants de 5 ans, « à haut risque », en demandant d’évaluer leur attitude et leur niveau scolaire.

Pour les futurs prolétaires, filles et fils de prolétaires pour la plupart, il est inventé « l’école du socle », le bagage minimal que des enseignants sans formation à leur métier sont chargés de faire acquérir. Les compétences (terme vague, élastique, comme la flexibilité et l’adaptabilité exigées par les patrons) doivent remplacer les savoirs validés par un diplôme. Sarkozy vient ainsi de rappeler l’objectif de 800 000 jeunes en apprentissage, 10 % en alternance.

Luc Chatel a réitéré son vœu de voir l’École et l’entreprise coopérer afin de préparer les jeunes à une insertion professionnelle réussie lors d'un colloque organisé par la Fédération des industries mécaniques. "Choisir la mécanique : des métiers d’avenir" avait lieu sous le haut patronage du Président de la République le lundi 10 octobre 2011 à la Maison de la Mécanique, à Courbevoie (92).

Le colloque a permis de réfléchir sur les moyens à mettre en œuvre pour développer les liens entre l’éducation nationale et les entreprises du secteur de l’industrie mécanique, premier employeur industriel de France. (education.gouv.fr)

Les consignes sont de renforcer la sélection précoce au collège (classe de 5e et de 3e, création d’une 3e préprofessionnelle) et de resserrer le goulot d’entrée dans l’enseignement supérieur, où les enfants d’ouvriers sont moins nombreux en 2010 à entrer, qu’en 2006 (Observatoire national de la vie étudiante, janvier 2011) : augmentation des frais d’inscription, sélection selon les filières suivies au lycée ou les résultats au bac, examen d’entrée, etc.

La cohérence des attaques subies ces dernières années est indiscutable : économies sur le dos des formateurs et des formés, volonté de sélection accrue, ghettoïsation, baisse du niveau d’instruction pour les filières courtes, immixtion des patrons dans l’école.

 

Front unique pour la défense de l’enseignement public, ses élèves et ses personnels

 

Alors que la situation s’aggrave, les directions syndicales de l’enseignement public ont assuré le service minimum depuis la rentrée, avec une « journée d’action » de 24 heures, le 27 septembre. Elles ont légitimé la présence du privé qui détourne les moyens de l’école publique, au lieu d’exiger l’abrogation de toutes les lois anti laïques qui ont légalisé leur existence et leur financement par des fonds publics. Les calotins estiment d’ailleurs pouvoir pousser l’avantage :

Le secrétaire général de l’enseignement catholique, Éric de Labarre, a appelé hier de ses vœux un grand débat sur l’école en cette année électorale où le privé veut «faire entendre sa voix». Il a avancé des pistes de réforme que le ministre de l’Éducation, Luc Chatel, ne désavouerait pas, comme « la question du travail des enseignants [qui] est trop difficile pour être résolue avant les élections présidentielles», a-t-il précisé. (Libération, 5 octobre 2011)

Il est urgent de donner un coup d’arrêt aux agressions contre l’école publique, de s’opposer à la mise en place du dispositif ECLAIR que les syndicats doivent rejeter clairement et appeler à boycotter. C’est leur responsabilité d’organiser dans l’unité la bataille contre le budget d’austérité que le gouvernement présente à l’Assemblée nationale. Le budget concentre toute la politique Sarkozy-Chatel contre les élèves et les personnels de l’Éducation nationale : les dirigeants des fédérations syndicales de l’enseignement doivent constituer un front unique convoquant une manifestation monstre à l’Assemblée le jour du vote pour empêcher l’adoption du budget de démantèlement de l’instruction publique.

 

23 octobre 2011