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le PCF ou en occupant sa place
Pour forcer la main à ses alliés du « Front de gauche », le fondateur du « Parti de gauche » (PG), une scission du Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon s’est d’ores et déjà déclaré candidat à l’élection présidentielle de 2012. Il se présente comme un candidat « contre le système », alors même qu’il en est le produit et le serviteur depuis plus de trente ans.
· En 1977, Mélenchon renie la révolution, dont il se réclamait quand il était jeune. Il rejoint le Parti socialiste comme tant d’autres carriéristes (Jospin, Cambadélis, Weber, Filoche, Dray, Assouline, Alliès…).
· De 1981 à 1987, l’appareil du PS confie à Mélenchon la fédération de l’Essonne. Il s’aligne pleinement sur les gouvernements de Mitterrand, un ancien haut fonctionnaire de Vichy et un ancien ministre de la torture en Algérie, qui gère loyalement comme président de la 5e République à partir de 1981 le capitalisme français et impose l’austérité dès 1982.
· De 1986 à 2010, avec l’appui de l’appareil du PS, Mélenchon siège au Sénat, qu’il est difficile de considérer comme une école de lutte prolétarienne. Il ne quittera ce poste confortable et rémunérateur que pour celui de député européen, qui ne l’est pas moins.
· De 2000 à 2002, comme Buffet, l’ex secrétaire nationale du PCF, Mélenchon est ministre du gouvernement Jospin, celui qui a le plus privatisé dans l’histoire de ce pays.
En choisissant le nom même de son parti, Mélenchon manifeste son allégeance au « système » dans lequel il y a « la droite » et « la gauche » de la république où cohabitent les partis réformistes anciens ou récent comme le PG.
Durant la plus grande partie du 20e siècle, le mouvement ouvrier mondial a été dominé par le réformisme, sous la forme de la 2e Internationale d’après 1914 et de la 3e Internationale d’après 1933. Trotsky a pu employer l’expression « étoiles jumelles » après 1933 pour désigner la sociale-démocratie et le stalinisme des années 1930 car aucune des deux ne servait plus le prolétariat mondial.
Les deux types de partis ouvriers bourgeois ne se différenciaient plus par leur stratégie (ils partageaient la défense de l’État bourgeois, l’alliance avec la bourgeoisie et la préservation des empires coloniaux) mais par une caractéristique secondaire, leur rapport plus ou moins direct à la bourgeoisie mondiale. Dans le cas des partis staliniens, leur dépendance découlait de leurs liens avec les bureaucraties qui contrôlaient les pays où le capital avait été exproprié (au premier chef celle de l’URSS) et qui, pour conserver leurs privilèges, combattaient la révolution chez eux et dans les pays capitalistes. Dans le cas des partis sociaux-démocrates ou travaillistes, leur dépendance vis-à-vis de la bourgeoisie mondiale découlait de leurs multiples liens avec leur bourgeoisie nationale.
En temps ordinaire, la sociale-démocratie parlementariste semblait plus fiable à sa bourgeoisie, elle servait à semer des illusions dans la démocratie bourgeoise dans les pays impérialistes. Cependant, le stalinisme démontrait son utilité à la bourgeoisie mondiale par sa meilleure implantation chez les travailleurs et sa détermination contre-révolutionnaire en cas de menace contre l’ordre bourgeois (grève générale, armement des travailleurs) comme en 1936, en 1944 et en 1968 pour ce qui concerne la France.
Parfois, les deux variantes de « réformisme » ont coexisté dans le même pays. Ainsi, en France le PCF l’a emporté à partir de 1936 sur le PS-SFIO ; le PS a repris l’avantage à partir de 1981.
La place centrale du Parti « socialiste » dans les gouvernements bourgeois de la 5e République de 1981 à 1993, puis de 1997 à 2002 (présidence, premiers ministres) l’avait discrédité pour un moment. Pourtant, le Parti « communiste » français se révèle incapable d’enrayer son déclin. Deux raisons expliquent l’échec successif de Marchais, Hue et Buffet. D’une part, la conjoncture française : le PCF est lui-même membre de 1981 à 1984, puis de 1997 à 2002, des gouvernements de type front populaire que constitue le PS avec divers petits partis bourgeois (PRG, MRC, Verts…). D’autre part, un événement historique mondial : l’effondrement de l’URSS en 1991 et le rétablissement ultérieur du capitalisme en Russie par la bureaucratie qui avait usurpé, sous la conduite de Staline, le pouvoir de la classe ouvrière à la fin des années 1920.
Un parti comme le PCF qui est né en 1920 de l’impact de la guerre mondiale et de la Révolution d’octobre sur le PS et le syndicalisme, qui a eu la confiance de plusieurs générations successives de travailleurs, ne disparaît pas facilement. Mais, avec la reconversion en bourgeoisie des anciennes bureaucraties étatiques de l’ex-URSS et de la Chine, il n’y a plus à proprement parler de partis staliniens. Plus rien ne différencie stratégiquement les partis « socialistes » des partis « communistes ».
D’où la tentation de fractions de la sociale-démocratie ou du centrisme de s’emparer des dépouilles du stalinisme tant dans les appareils syndicaux (CGT, FSU en France) que dans les sinécures électives conservées par le PCF (les postes de maires, de conseillers généraux, de députés, de sénateurs, de députés européens, éventuellement de ministres). Mélenchon n’a rien inventé : des sociaux-démocrates de gauche l’ont précédé en France (un courant « trotskyste » pro-Chavez, « La Riposte », a rejoint le PCF en 1999) et en Allemagne (avec la constitution en 2007 du Parti de gauche (Die Linkespartei), par fusion du PDS (issu du SED stalinien) et de la WASG (issue du SPD social-démocrate). Le succès de Die Linke incite Mélenchon et quelques autres parlementaires à rompre avec le PS fin 2008.
Mélenchon
imite notoirement le style de Georges Marchais, mort en 1997, une canaille
stalinienne qui avait conquis le PCF en 1972 en donnant des gages à Brejnev par
son rôle abjectement contre-révolutionnaire face au soulèvement étudiant et à
la grève générale en 1968. Une fois désigné secrétaire général, Marchais a
conclu un bloc électoral et gouvernemental avec le Parti radical de gauche et
le PS en 1972 sur un programme bourgeois, il a dénoncé les travailleurs qui
voulaient faire la révolution au Chili et a approuvé l’entrée au gouvernement
du général Pinochet en 1973, il a renié officiellement la dictature du
prolétariat en 1976, il a soutenu la destruction au bulldozer d’un foyer de
travailleurs immigrés à Vitry en 1980, il a appelé publiquement à voter pour le
candidat du PS au deuxième tour de l’élection présidentielle en 1981 tout en
faisant secrètement voter pour Giscard, il a envoyé 4 ministres du PCF
participer au gouvernement que Mitterrand mettait en place…. Tel est, avec
Mitterrand, le modèle de Mélenchon.
Le candidat
du PG s’est bien préparé à « rencontrer le peuple français », comme
disent tous les héritiers du bonapartisme gaulliste. Pour cela, il a écrit Qu’ils s’en aillent tous !
Mélenchon -qui n’invente décidément pas grand-chose- a donné comme titre à son programme personnel
le slogan spontané des manifestations
argentines de décembre 2001 qui chassèrent le président péroniste du Parti justicialiste,
élu au suffrage universel par les « citoyens ». Un tel mot d’ordre laissait
entière la question : par qui remplacer l’alternance au gouvernement des
deux partis bourgeois, PJ et PR (voir Révolution socialiste n° 1) ?
La limite de
ce slogan a rapidement été prouvée. En guise de « révolution
citoyenne », faute de conseils ouvriers et populaires, faute d’un parti de
type bolchevik, faute de révolution, les péronistes du PJ ont en effet gardé le
pouvoir : Duhalde de 2002 à 2003, Nestor
Kirchner de 2003 à 2007, Cristina Kirchner de 2007 à aujourd’hui (voir Révolution
socialiste n° 34).
Pour Mélenchon,
ceux qui doivent « partir » sont :
Les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment
tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont
les exigences cancérisent les entreprises. (Jean-Luc
Mélenchon, Qu’ils s’en aillent tous, Flammarion,
2010, p. 12)
Donc, les
patrons peuvent rester, selon Mélenchon, s’ils sont « bon marché ». Donc,
le capitalisme peut perdurer, s’il échappe aux « financiers ». Comme
s’il pouvait y avoir un capitalisme sans financiers, comme si tout capital
important, celui des groupes capitalistes, n’avait pas une dimension financière
(partage du capital social en actions cotées en bourse, taux de profit, OPA,
prises de participation, contrôle de filiales et cession de filiales, emprunts,
placements de la trésorerie, spéculation sur les matières premières, sur les
devises et les produits financiers dérivés…) aussi inséparable de ses autres
caractéristiques que le nationalisme des autres traits de Mélenchon.
Concentration de la production avec, comme conséquence, les
monopoles ; fusion ou interpénétration des banques et de l'industrie, voilà
l'histoire de la formation du capital financier et le contenu de cette notion. (Lénine, L’impérialisme, stade suprême du
capitalisme, 1916, Œuvres t. 22,
p. 245)
Comme il s’agit, comme pour tout escroc réformiste, de gagner les voix des travailleurs pour en vivre grassement, le candidat Mélenchon prétend qu’une fois élu président (sic), il va « partager les richesses ». Ainsi, les patrons ne seront plus « hors de prix » ; il se propose d’instaurer un « salaire maximum » :
Au sein d’une entreprise, pas de salaire, en haut de l’échelle, qui fasse plus de vingt fois celui du bas de l’échelle. Il ne s’agit pas d’égalitarisme ni d’uniformisation. Je suis parfaitement conscient qu’il y a des tâches dont le contenu a une valeur d’usage et une valeur d’échange différentes et que toutes ne s’achètent pas au même prix. Mais ce système lie tous les étages de la pyramide. Ainsi, celui qui est en haut de l’échelle, s’il décide d’augmenter son salaire, aura l’obligation d’augmenter ceux du bas de l’échelle. (Jean-Luc Mélenchon, Qu’ils s’en aillent tous, Flammarion, 2010, p. 67)
Au plan de
l’analyse, tout en montrant l’archaïsme de la propriété privée des moyens de
production, l’apparition de dirigeants distincts des actionnaires dès la fin du
19e siècle correspond à une répartition des rôles au sein de la
bourgeoisie. Les managers des grands groupes capitalistes ne sont pas une
partie du prolétariat, mais une section de la classe capitaliste. Leur prétendu
« salaire » est la rémunération de leur capacité à exploiter les
travailleurs salariés au compte des apporteurs de capitaux.
Le capitaliste productif se pénètre de l'idée que son
profit d'entreprise, loin d'être en opposition avec le travail salarié et de ne
représenter que du travail d'autrui non payé, est au contraire un « salaire ». Ce salaire doit être
plus élevé que le salaire ordinaire, d'abord parce qu'il paie du travail plus
compliqué, ensuite parce que celui qui le paie se le paie à lui-même.
Continuellement, on perd de vue que la fonction du capitaliste consiste à
produire, dans les conditions les plus économiques possibles, de la plus-value
et à s'approprier du travail non payé. (Karl
Marx, Le Capital, livre III, ch. 23)
Sur le plan des
propositions, Mélenchon s’intègre pleinement aux vieux mythes réformistes,
voire à ceux de la « participation » fasciste et gaulliste. Le NPA, le
PCF et le PS n’ont pas attendu le PG pour proposer –comme Sarkozy lui-même– de mieux
« partager les richesses » dans l’entreprise :
La question du partage des richesses au sein de
l'entreprise doit être posée dans des termes nouveaux. Parce qu'il doit y avoir
une proportionnalité entre les revenus à l'intérieur des entreprises, le
PS propose qu'au sein de celles qui ont une participation publique dans
leur capital, les rémunérations soient comprises dans une échelle de l'ordre de
1 à 20. (Le PS propose, 10 janvier 2011)
D’une part,
les PDG des groupes capitalistes touchent toutes sortes d’avantages en nature (qui
échappent largement à l’impôt sur le revenu) ; d’autre part, ils sont aussi
actionnaires. Les actionnaires touchent des revenus qui ne sont pas des
« salaires » mais des dividendes, une part des profits, ou bien
réalisent des « plus-values » en les revendant en bourse, toutes
sortes de revenus qui dépassent leurs mirobolants « salaires »
officiels.
Pour
Mélenchon et ses amis-ennemis de « la gauche », le mode de production
capitaliste, l’exploitation de la force de travail pour le profit privé d’une
minorité, ne doivent pas être renversés, le capital ne doit être exproprié. Mélenchon
comme Sarkozy prône la réforme du capitalisme.
Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu
« déclin de la France » avec leurs sales refrains qui injectent le
poison de la résignation. (Jean-Luc Mélenchon,
Qu’ils s’en aillent tous, Flammarion, 2010, p.
12)
« La
France » est le point de départ et d’arrivée de Mélenchon, comme de tous
les politiciens dévoués au capitalisme français, du PCF au FN en passant par le
PS et l’UMP. S’il y a un intérêt national, alors les classes sont
secondaires : la lutte est entre la France et l’étranger et non entre la
bourgeoisie « française » (qui, en ce qui concerne sa fraction
hégémonique, est très internationale, exploite partout dans le monde et réside
où bon lui chante) et la classe ouvrière « française » (qui comprend
d’ailleurs un bon nombre d’immigrés).
Le patriotisme officiel n'est qu'un masque des intérêts des
exploiteurs. Les ouvriers conscients rejettent ce masque avec mépris. Ils ne
défendent pas la patrie bourgeoise, mais les intérêts des travailleurs et des
opprimés de leur propre pays et du monde entier. (Léon
Trotsky, La Guerre impérialiste et la révolution prolétarienne mondiale,
1940, GB, p. 12)
Jean-Pierre Chevènement,
le chef du MRC, un petit parti gaulliste « de gauche », n’est même
pas mort que Mélenchon lui vole son fonds de commerce, le mélange de «
République » et de « Nation » (avec des majuscules, bien sûr), ce
bric-à-brac patriotique qui a servi au « système » pour écraser la
Commune de Paris, pour justifier la colonisation, pour légitimer la guerre de
1914, pour intervenir contre la révolution russe, pour préserver la 3e
République bourgeoise en 1936, pour justifier la guerre de 1939, pour se
rallier à De Gaulle en 1941, pour reconstruire l’État bourgeois en 1944, pour
écraser les révoltes des peuples coloniaux, pour sauver la 5e
République bourgeoise en 1968, pour se couler dans les institutions gaullistes
en 1981, pour poursuivre une « politique de l’immigration » qui
divise la classe ouvrière, pour voter Chirac en 2002…
Pour se
distinguer de Sarkozy qui est son principal concurrent sur le terrain de la
défense de « la France », de la désindustrialisation, voire de la dénonciation
creuse des abus de la « finance », Mélenchon en est réduit à invoquer
les esprits, les mauvais, « l’anti-France » !
Ce qui est
anéanti, avec cet état d’esprit, ce n’est pas seulement le principe moral et
politique du civisme. C’est le pays lui-même qui se dissout. La France se
confond avec sa République. C’est son identité. Si nous renonçons à être
citoyens, nous cessons d’être le peuple de cette Nation. (Jean-Luc Mélenchon, Qu’ils s’en aillent tous, Flammarion, 2010, p. 29)
Tout ce qui
guidait la 3e République, le « régime de Vichy » qui lui a
succédé (par vote de l’Assemblée élue en 1936), la 4e République, la
5e que ce soit sous De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac
est exactement la même chose que ce qui guide aujourd’hui Sarkozy, pas un
« état d’esprit », mais la défense implacable des intérêts généraux de la bourgeoisie française, toujours menée,
pour tenter de mystifier les masses, au nom de la « Nation » (avec un
N majuscule) dans laquelle les classes se dissoudraient.
Cependant,
la bourgeoisie française, depuis qu’elle a mis en place l’Union européenne avec
sa rivale allemande, éprouvait des difficultés à utiliser à plein le principal
ressort de l’idéologie bourgeoise qu’est le nationalisme. La crise remet le
chauvinisme en avant et Sarkozy lui ajoute la religion comme ciment
idéologique.
Pour user d’un
patriotisme européen, pour le substituer de manière crédible au nationalisme
français, encore faudrait-il que la bourgeoisie française puisse fusionner avec
d’autres bourgeoisies, unifier l’Europe. Or, les bourgeoisies des puissances
impérialistes sont incapables de renoncer à leur État pour maintenir l’ordre
social (au premier chef les conditions de
l’exploitation des travailleurs par les capitalistes) et secondairement
se défendre contre les autres fractions nationales de la bourgeoisie mondiale,
comme viennent d’en témoigner le sauvetage par chaque État de l’Union
européenne de ses groupes bancaires et, quand il en a, de ses groupes automobiles.
Les
divisions de la classe dominante sur cette question se réfractent chez ses
agents au sein de la classe ouvrière. Le PG et le PCF, parfois appuyés par le
NPA et LO (comme lors du référendum de 2005) se rangent aux côtés de la
fraction de la bourgeoisie la plus arriérée, qui ne peut vivre qu’à l’abri des
frontières avec d’autres partis bourgeois (Debout la République, MRC, FN),
tandis que le PS se range avec la principale expression politique de la
bourgeoisie (l’UMP) et quelques autres partis bourgeois (EELV, MoDem, PRG) aux
côtés de la fraction hégémonique de la bourgeoisie française, celle qui joue la
carte de l’UE pour ne pas disparaître face aux États-Unis, au Japon et à la
Chine.
Que veut dire l’idée même de souveraineté populaire quand on est membre de l’Union européenne ? Pas grand chose. C’est le premier obstacle au programme de la révolution citoyenne. (Jean-Luc Mélenchon, Qu’ils s’en aillent tous, Flammarion, 2010, p. 73)
À cet égard,
si toutes les bureaucraties syndicales, les partis réformistes et
semi-réformistes (PS, PG, POI, PCF, NPA, LO) découragent la classe ouvrière, la
divisent, éloignent d’elle les autres couches populaires par leur orientation
impuissante et capitularde, il faut le dire clairement : par le
chauvinisme français qu’ils propagent dans les masses, le PCF, le PG et le POI font
particulièrement le lit du fascisme.
Un socialiste qui
se prononce aujourd'hui pour la défense de la « patrie » joue le même
rôle réactionnaire que les paysans de Vendée qui se précipitèrent à la défense
du régime féodal, c'est-à-dire de leurs propres chaînes. (Léon Trotsky, La Guerre impérialiste et la
révolution prolétarienne mondiale, 1940, GB,
p. 11)
Le Parti de
Gauche s’est constitué en 2008 en affirmant sa volonté de participer à une
nième version de « gauche plurielle », au cas où l’usure du tandem Sarkozy – UMP
offrirait la possibilité d’un succès électoral. Les élections accaparent toute
son attention et il mise sur une alliance avec le PCF pour exister au plan
national, en profitant des élus locaux et de l’implantation traditionnelle de
ce parti. Il escompte siphonner ses voix, récupérer l’électorat que les
ex-staliniens ont perdu. Quant au PCF, il entend profiter d’un changement de
sigle pour garder ce qu’il lui reste de députés, maires, conseillers.
En 2009, lors des élections au parlement européen, sur une base à la fois pro-capitaliste et hostile à l’Union européenne, le PG noue le « Front de gauche pour changer d’Europe » avec le PCF, une scission du NPA (Gauche unitaire) et une scission du MRC (République et socialisme). Même si les scores sont restés modestes (6 % des voix), Mélenchon a son poste de député et la direction du PCF juge que le Front de gauche a permis d’arrêter son déclin électoral de 60 ans et a remisé au fond du tiroir les humiliants 1,93 % de Marie-George Buffet aux présidentielles de 2007.
Aux élections régionales, à quelques exceptions près, le PCF reconduit son bloc avec le PG. Le PG s’allie parfois avec le NPA. Les listes FG obtiennent 7 % (soit 560 000 voix) dans les 17 régions où elles sont présentes. Comme LO dès le premier tour des élections municipales de 2008, comme le NPA au second tour, le PG obtient en 2010 un certain nombre d’élus grâce à des tractations avec le PS et Europe écologie. Ces alliances avec le grand parti réformiste et le nouveau parti bourgeois écologiste en annoncent bien d’autres ; d’ailleurs, le modèle de Mélenchon, Die Linke, gère le land de Berlin avec le SPD depuis des années.
Le résultat des élections cantonales de mars montre une progression en voix pour le Front de gauche (autour de 200 000) par rapport aux précédents scrutins. Mélenchon en fait un argument supplémentaire face au PCF pour sa candidature de 2012 et semble remporter la partie. Faute d’alternative politique à l’électoralisme et au social-chauvinisme, faute de personnalité identifiée dans les medias bourgeois, Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, désigne le 8 avril, en conseil national, Mélenchon comme son préféré, contre le candidat PCF initialement prévu…. La direction pense majoritairement que le Front de gauche élargit la surface électorale du PCF et qu’il en tirera bénéfice aux élections législatives puis municipales.
Elle mesure également que le PG est un allié des appareils qui dirigent les syndicats, une aide pour ses bureaucrates qui pourraient être menacés quand les travailleurs entrent en action.
Ainsi, durant la mobilisation en défense des retraites, contre le projet de loi Woerth-Sarkozy, le PG, comme le NPA, LO, le PCF et le PS, a totalement soutenu la politique des directions syndicales qui ont fait piétiner des millions de travailleurs dans des journées d’action impuissantes à faire céder Sarkozy (voir Révolution socialiste n° 34). Comme elles, Mélenchon demandait des « négociations » avec le gouvernement quand les grévistes et manifestants exigeaient le retrait de l’attaque contre nos retraites.
Nous avons été des millions dans la rue à dire NON à cette réforme des retraites, à demander, avec les syndicats, l'ouverture de négociations. (Front de gauche, Tract, 6 novembre 2010)
Après avoir contribué à empêcher la grève générale, le PG relaie une« pétition » initiée par le magazine Politis pour supplier Sarkozy, qui vient de vaincre, d’organiser « un référendum ». Comme si ce que la force collective de la classe ouvrière n’a pu empêcher serait obtenu par des signatures de « citoyens » armés de « l’article 11 de la Constitution » !
Nul doute que la farce du « référendum citoyen » ne tiendra une belle place dans la 6e République bourgeoise mélenchonienne qui, dans ses vastes projets, succéderait à la 5e gaulliste et mitterrandienne, sans toucher aux services secrets, à la police, à l’armée, donc à l’essentiel de l’État bourgeois. Qu’ils restent tous, en résumé…
Au Parlement européen le 10 mars, J-L Mélenchon et M-C Vergiat (l’autre députée PG) ont voté la résolution présentée par ce que Mélenchon appelle, d’habitude, « la droite » et soutenue par le PS. Elle valide une intervention militaire en Libye :
Le Parlement européen invite la Haute représentante et les États membres à se tenir prêts pour une décision du Conseil de sécurité concernant d’autres mesures, y compris la possibilité d’instaurer une zone d’exclusion aérienne pour empêcher le régime de prendre pour cible la population civile ; souligne que toute mesure émanant de l’Union et de ses États membres devrait être conforme à un mandat des Nations unies et se fonder sur une coordination avec la Ligue arabe et l’Union africaine, en encourageant ces deux organisations à guider les efforts internationaux.
La couverture de l’ONU est chaudement approuvée par Mélenchon qui vante la résolution ONU n° 1973 au nom de laquelle les armées impérialistes protègent les Libyens en les bombardant, assurent l’avenir de leur pays en tentant de rafler son pétrole. Le PCF est sur la même longueur d’ondes : toute la résolution, rien que la résolution.
Protéger les populations victimes d’attaques, de fusillades
et de massacres, qui appellent au secours, est un devoir. Le contenu de la
résolution 1973 de l’ONU permet de l’assumer et elle a été présentée comme
telle, bien tardivement il est vrai. […] D’autre
part, il était important que la résolution soit adoptée au titre du chapitre
VII de la charte des Nations unies qui concerne « le
maintien de la paix internationale ». (L’Humanité
dimanche, 24 mars 2011)
En participant à l’union nationale qui entoure l’intervention militaire de l’impérialisme français, le PG et le PCF apportent un soutien à Sarkozy. C’est un fait, loin des effets de manche.