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Attaque contre les retraites

L’intersyndicale a permis le vote de la loi

 

Des mois de concertation avec l’ennemi de classe

 

Associées dans le Conseil d’orientation des retraites (COR) à la rédaction des rapports sur lesquels, depuis celui de Jospin en 2000, les différents gouvernements s’appuient pour dire que nous vivons trop vieux, que notre durée de travail est trop courte, que nos retraites sont trop grasses, les directions syndicales ont validé un rapport en avril disant qu’il était urgent de « réformer ».

Jean-Christophe Le Duigou, représentant de la CGT au sein du COR, affirme que ce rapport a été approuvé « par consensus », que les « chiffres du COR ne sont pas contestables même s'ils sont aléatoires », il parle de « chiffres sérieux ». Le problème est plutôt « l'interprétation » qu'on en fait. (Le Post, 16 avril 2010)

Comment le gouvernement au service des Bettencourt, Dassault, Bolloré et consorts allait-il « interpréter » le feu vert des larrons qu’il paie lui-même pour siéger dans le COR ?

C’est sur la base des projections du COR que le gouvernement a proposé un projet de loi. (Ecoflash, janvier 2011)

À la différence des états-majors syndicaux, les salariés ne font pas semblant de croire que Sarkozy va préserver leurs intérêts ; ils savent qu’on ne peut attendre de lui que des coups. Une fois connu le projet de loi, les dirigeants de toutes les confédérations syndicales ont accepté de le discuter avec Woerth, au lieu d’exiger son retrait. Pendant plus de trois mois, ils ont préféré faire leurs propositions de « bonne réforme » au gouvernement plutôt que de mobiliser le prolétariat contre cette attaque violente qui touche toutes ses couches, en particulier les plus précarisées. Ceux qui, comme Mailly (FO), ont prononcé le mot « retrait », se sont dépêchés d’expliquer que cela permettrait « d’examiner le dossier au regard de ses vrais impératifs de financement et de justice sociale » (Adresse aux parlementaires, 13 septembre), « pour obtenir une autre réforme » (à l’unanimité du Comité confédéral national, 7 octobre 2010).

Quand ils disent qu’ils n’ont pas été consultés, ils mentent. Il n’y a guère que LO pour avaler cette grosse couleuvre et se ranger, toujours plus inconditionnellement, en protection des apparatchiks :

Le gouvernement, pour sa réforme des retraites, a décidé de ne même pas inviter les syndicats à discuter, de ne même pas faire semblant de négocier en bavardant autour d’un tapis vert… Puisque Sarkozy jugeait inutile de discuter avec les syndicats, les syndicats devaient prouver à Sarkozy qu’il avait tort… (Lutte ouvrière, supplément, 5 novembre 2010)

Contrairement à ce que raconte LO, alors même que les travailleurs manifestaient et faisaient grève, les représentants syndicaux continuaient à rencontrer le ministre Woerth et ses représentants ; ils participaient aux « négociations sur la pénibilité », c'est-à-dire au peaufinage de la loi Sarkozy, aux quelques exceptions à la nouvelle règle des 62 ans et des 43 annuités.

La sempiternelle demande de « négociations » est une illustration de la politique de collaboration de classe que suivent les appareils bourgeois qui tiennent les syndicats. Elle vise à empêcher la confrontation classe contre classe, à faire obstacle à la mobilisation du prolétariat, à protéger le gouvernement et l’État bourgeois de la force sociale immense capable de les submerger.

 

L’abandon des revendications ouvrières

 

Le dernier congrès confédéral de la CGT a clairement entériné le refus de combattre pour le retour aux 37,5 annuités pour tous et a préparé le terrain à Sarkozy en prônant une « maison commune des retraites », habillage de la casse des statuts de la Fonction publique, de l’alignement général sur la protection la plus basse, de la liquidation du salaire différé. Main dans la main avec la CFDT qui a signé l’attaque de Fillon contre les retraites en 2003, Thibault ne trouve rien à redire à l’allongement de la durée de cotisations. Il réclame, comme Chérèque, une refonte du financement : la bourgeoisie la souhaite aussi, pour liquider ce qui reste de solidarité dans le système par répartition, pour en finir avec la Sécurité sociale dont les retraites sont une des branches, autrement dit pour obtenir une baisse absolue de la valeur de la force de travail en supprimant le salaire différé.

Les travailleurs se sont organisés en syndicats, depuis 150 ans, pour contrecarrer collectivement la voracité capitaliste. Mais Mailly, que les lambertistes et le petit POI soutiennent avec ferveur, est pour l’augmentation des cotisations des employeurs… et des salariés. Comme si c’était justice et équité ! Comme si c’était aux travailleurs de payer encore davantage. La lutte contre l’exploitation est une lutte quotidienne qui essaie d’arracher aux capitalistes le travail non payé qu’ils volent ; en demandant d’élever les prélèvements sur le salaire des ouvriers, des employés, Mailly défend le taux de profit.

Les directions syndicales ont laissé se déverser sur le prolétariat le flot de propagande sur la prétendue faillite du système due à l’allongement de la durée de vie. Loin d’utiliser leur presse, leurs instances, leurs accès à la télé et à la radio pour faire entendre la légitimité des revendications de ceux qui produisent toutes les richesses, elles ont abandonné les exigences ouvrières : retrait du plan Sarkozy contre les retraites ! Maintien des 60 ans (55 ans pour les travaux pénibles). Abrogation des dispositions prises depuis Balladur contre nos retraites, retour aux 37,5 annuités pour tous, suppression des décotes, indexation des retraites sur les salaires. Prise en compte des périodes de chômage et de stage. Calcul pour tous sur les 6 meilleurs mois.

 

Les journées d’action contre la grève générale

 

Les directions nationales des syndicats se sont associées dans une « intersyndicale nationale » qui a décrété un chapelet de journées d’action de mai à novembre. Cette tactique est parvenue, en 2003 comme en 2010, à encadrer la riposte des masses, à la canaliser pour qu’elle ne déborde pas.

L’objectif que l’intersyndicale assignait à chacune de ces journées, avec débrayages, avec grève de 24 heures ou sans, était de « faire pression sur le gouvernement » pour qu’il ouvre « de véritables négociations ». Elle a maintenu ce dispositif jusqu’au bout :

Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a demandé dimanche au président Nicolas Sarkozy de « ne pas promulguer la loi » réformant les retraites, qui doit être adoptée définitivement par le Parlement mercredi.

« Nous sommes contraints d'organiser ces deux nouvelles journées (d'action jeudi et le 6 novembre, ndlr) parce que le Parlement ne nous a pas entendus et que le président de la République est susceptible de promulguer cette loi. Elles sont en sa direction directe », a déclaré Bernard Thibault.

« Nous agissons dans ce cadre-là, en lui demandant de ne pas la promulguer », a-t-il poursuivi. Il a réaffirmé que l'objectif des syndicats était « l'ouverture de négociations sur l'avenir des retraites ». (Le Point, 26 octobre 2010)

Pas question d’appeler à balayer la loi Sarkozy, à infliger une défaite à celui-ci. Les dirigeants syndicaux veillaient à contrôler la colère ouvrière en organisant dans la plupart des villes du pays des défilés inoffensifs.

Que des millions de salariés, de jeunes travailleurs ou en formation, investissent ces journées d’action ne signifie pas qu’elles sont efficaces. Cela signifie que des millions étaient prêts, sont prêts au combat contre le gouvernement bourgeois et sa politique, pour le battre et le chasser. Des millions ont besoin que se constitue un front uni contre le gouvernement Sarkozy-Fillon et tentent, pour ce faire, d’utiliser les organisations dont ils disposent. Des millions ressentent la nécessité de se rassembler, de centraliser leurs forces face au patronat et à l’État qui le sert.

Ces aspirations légitimes sont trahies par la politique des Thibault, Chérèque, Mailly et compagnie qui usent la combativité en ne faisant rien des forces rassemblées tel jour, sinon de les re-convoquer la semaine suivante ; en fixant pour but à la journée d’action d’être plus massive que la précédente ; en planifiant entre deux « temps forts », des temps faibles pour que le gouvernement sache bien que tout est sous contrôle.

Alors que les 12 raffineries étaient en grève, Thibault payait de sa personne pour combattre l’aspiration à la grève générale ; il arrosait d’eau froide :

Il faut « conjuguer arrêts de travail et manifestations », ajoutant que « bloquer le pays n'est pas un objectif en soi. » (AFP, 14 octobre 2010)

Son compère Mailly a réclamé, pendant toute la mobilisation, une… bonne grève de 24 heures :

Le secrétaire général de Force ouvrière Jean-Claude Mailly a plaidé vendredi pour une journée de grève unitaire de 24 heures pour « contraindre le gouvernement à évoluer », en accusant l’exécutif de « nier l’évidence » de la mobilisation contre la réforme des retraites. (24 septembre 2010)

Force ouvrière a proposé aux autres organisations d’unifier et de libérer le mouvement par un appel commun à 24 heures de grève franche. Pour nous, c’est la responsabilité des confédérations. (Force ouvrière, éditorial de Mailly, 27 octobre 2010)

Il n’y a que les inconditionnels du petit POI pour vouloir croire que Mailly a appelé à la grève générale !

Ainsi, tous les prétendus « révolutionnaires » soutiennent la tactique des journées d’action, la tactique de neutralisation des masses, montrant une fois de plus leur collusion avec les appareils bourgeois au sein du prolétariat.

Version « je critique, mais c’est pour améliorer », le NPA :

L'intersyndicale propose comme perspective après le 23 septembre, une journée de manifestations le samedi 2 octobre et une autre journée de grève le mardi 12. Pour nous, ce calendrier est tardif, il aurait dû être plus resserré, plus offensif ! Toutefois, il faut se saisir de ces temps forts pour entraîner dans la mobilisation tous ceux qui doutent, hésitent. La réussite du 2 octobre est une étape indispensable pour franchir un cap dans la mobilisation et nous pouvons entraîner tous ceux et celles qui soutiennent la contestation mais ne peuvent se mettre en grève ! (Tout est à nous, , 30 septembre 2010)

Aujourd'hui, c'est une journée probablement historique où notre camp, celui de la mobilisation, est en train de s'élargir alors que le camp du gouvernement, lui, est en train de se fragiliser. (Besancenot, RMC, 12 octobre 2010)

Version « je suis admiratif et je le fais savoir », LO :

Les syndicats ont voulu prouver leur capacité de mobilisation face à un gouvernement qui les traitait par le mépris. Ils se sont engagés dans un bras de fer, en utilisant une stratégie de mobilisation, appuyée sur des journées d’actions de plus en plus rapprochées, qui s’est révélée fort efficace. (Lutte ouvrière, supplément, 5 novembre 2010)

Efficace pour perdre, c’est exact. Associées au refus de rompre le « dialogue social », à la supplique à Sarkozy, aux députés, aux sénateurs, les dirigeants syndicaux dressent les journées d’action comme obstacles à la grève générale. Elles enferment le prolétariat dans un dispositif qui laisse Sarkozy, le gouvernement, l’État bourgeois maîtres du jeu. Elles empêchent le face à face. Elles sapent la capacité des masses à prendre conscience de leur force sociale. Elles rendent difficile l’émergence de structures d’auto-organisation, de délégués de ceux qui luttent.

 

Les grèves reconductibles contre la grève générale

 

Après cinq journées d’action avant l’été, trois journées d’action en septembre, la détermination de larges couches de salariés à ne pas subir ce nouveau coup n’avait pas fondu. Des secteurs s’engageaient dans la grève (raffineries de pétrole, ports, transports, éboueurs). Pour que le prolétariat remporte une victoire, il fallait la grève générale et non de simples manifestations (fût-ce à l’Assemblée, version courant « Front unique » de la FSU).

La grève de masse n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. (Luxemburg, Grève de masse, parti et syndicat, 1906)

Pour contrer les possibilités qu’elle déferle, les directions des fédérations syndicales ont cloisonné ces grèves par secteur, par région, par ville. Jamais une fédération syndicale n’a même appelé à la grève totale dans sa branche. Les secteurs les plus combatifs ont été laissés isolés, sans moyen de s’adosser à l’ensemble de la classe ouvrière, ne comptant que sur leurs seules forces. Le NPA a marché dans la combine des grèves reconductibles à la base, des « actions spécifiques par catégorie » :

Sans attendre le 12 octobre, partout où c'est possible, la reconduction de la grève doit être mise en discussion et décidée si les conditions en sont réunies. Les actions de blocage, comme ce fut le cas il y a quelques jours au Havre, à la raffinerie de Savoie et dans de nombreux endroits doivent se développer pour montrer notre détermination. Pourquoi par exemple ne pas être en grève dès ce mardi 5 octobre, premier jour de débat du projet de loi au Sénat, ou encore organiser des manifestations femmes sur la question spécifique de la discrimination qui sera aggravée si cette loi était votée ? (Tout est à nous, 30 septembre 2010)

Alors que la grève était clairement déclenchée pour obtenir le retrait de la loi contre les retraites, les assemblées générales étaient convoquées chaque jour pour reconduire ou non : sous prétexte de démocratie (« on vote ! »), les bureaucrates tenaient les AG et transformaient en grèves de 24 heures à répétition, la volonté de grève jusqu’à satisfaction.

Face à la répression policière contre les éboueurs, les travailleurs des raffineries, des manifestants dans plusieurs villes, les appareils syndicaux n’ont pas appelé à riposter. Quand le gouvernement a brandi l’ordre de réquisition des grévistes des raffineries, la CGT a organisé une haie d’honneur pour les travailleurs contraints de reprendre. Pas plus que ça… Si la classe ouvrière disposait d’une direction à son service, nul ne doute qu’elle aurait appelé à défendre les ouvriers des raffineries, à décréter la grève totale et que Sarkozy et ses préfets auraient rengainé leur réquisition.

Les grèves reconductibles à la base n’inversent pas l’émiettement voulu par les directions nationales ; elles occupent les fractions les plus décidées, en laissant hors de portée les états majors qui les isolent. Elles ont aussi l’avantage de faire croire que « ce sont les travailleurs qui décident ».

Ainsi, quand l’Assemblée nationale a pu adopter en deuxième lecture la loi Sarkozy-Woerth, que le gouvernement s’est senti tiré d’affaire, les AG, sans perspective, ont entendu les bureaucrates accuser « le manque de combativité des autres secteurs » et ont voté la reprise du travail. Les bureaucrates ont fait comme s’ils avaient les mains propres.

 

Il faut une direction révolutionnaire

 

Le mouvement en défense des retraites a été trahi par les directions des syndicats qui ne voulaient à aucun prix de la grève générale alors que le prolétariat y était massivement prêt. L’ont démontré les millions de participants aux manifestations, aux multiples journées de grève, la reconduction des grèves dans plusieurs secteurs, l’organisation matérielle de la solidarité devant les raffineries, et partout, la haine de Sarkozy et de sa clique. Si le débordement du carcan bâti par l’intersyndicale n’a pas été réalisé, c’est qu’ont pesé les précédentes défaites, le recul de bastions du prolétariat attaqués par les privatisations, la pression du chômage qui frappe durement le prolétariat.

Aider à l’affrontement avec Sarkozy, pour le battre et le chasser, nécessite de dénoncer la politique des appareils syndicaux qui protègent le gouvernement, qui permettent à sa politique de s’appliquer. Les mots d’ordre exigeant que les directions des syndicats appellent à la grève générale jusqu’au retrait, concrétisent, en direction de tout le prolétariat, le chemin pour développer son action. Ils sont l’expression du combat conscient pour imposer la rupture avec la bourgeoisie, la réalisation du front unique ouvrier pour arracher la satisfaction des revendications. En même temps, ils exposent au grand jour que ces dirigeants se refusent à lancer un tel appel.

Ces mots d’ordre visent à dévoiler leur trahison, aux yeux de millions de travailleurs qu’ils influencent, qui attendent d’eux l’organisation de la bataille pour se défendre ; ils préparent le moment où la mobilisation ouvrière leur passera sur le ventre pour atteindre ses objectifs.

Ils sont inséparables du combat pour construire le parti ouvrier révolutionnaire, l’internationale ouvrière révolutionnaire dont notre classe a un besoin vital pour renverser les gouvernements bourgeois et le mode de production capitaliste qu’ils abritent, source de toutes les attaques contre les masses laborieuses.