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La marche à la barbarie du capitalisme en déclin

Arrêt des expulsions de Roms !

 

 

Sarkozy intensifie la chasse aux Roms

 

On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis. (Michel Rocard, Marianne, 31 juillet 2010)

Venant d’un des nombreux dignitaires du PS qui a travaillé pour Sarkozy, c’est un propos de connaisseur. Sarkozy  atteint rejoint Berlusconi dans l’abjection : fichage des Roms par la gendarmerie, circulaire du ministère de l’intérieur désignant une ethnie comme cible aux forces de répression. Le maître lui-même avait donné le ton :

Après le conseil des ministres de ce matin, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il tiendrait la semaine prochaine une réunion à l’Elysée sur les « problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms ». (Journal du Dimanche, 22 juillet 2010)

Depuis le début de l’année, 8 000 Roms avaient déjà été expulsés vers la Roumanie et la Bulgarie. Le ministre de l’Intérieur Hortefeux et le ministre de l’Immigration Besson (ex-PS) mettent depuis les bouchées doubles, fermant des centaines de camps de Roms, détruisant leurs maigres biens, empêchant ainsi les enfants de fréquenter l’école, séparant brutalement les familles, alors que le même gouvernement se prosterne devant les capitalistes qui licencient, qui polluent et qui fraudent. De nombreux journalistes ont d’ailleurs vu dans les propos de Sarkozy la volonté de distraire l’opinion de l’affaire Woerth-Bettencourt.

 

Une Union européenne qui n’assure pas l’égalité

 

Les « gens du voyage » ne sont qu’une minorité des Roms qui ont depuis des générations la nationalité française, puisque environ 85 % de ceux-ci seraient sédentarisés (ce qui ne veut pas dire qu’ils ne subissent aucun racisme).

Pour leur part, les Roms immigrés fuient la misère et les discriminations qui les frappent, surtout depuis le rétablissement du capitalisme en Europe de l’Est. Particulièrement pauvres, souvent analphabètes et parlant mal le français, ils constituent des victimes toutes désignées de la xénophobie gouvernementale, à la fois comme Roms et comme immigrés.

L’Union européenne est censée assurer le droit de circuler à tous ses ressortissants. La Bulgarie et la Roumanie ont été admises en 2007, mais avec toute une série de dérogations temporaires. En pratique, la France, l’’Italie, la Belgique, le Danemark, la Grèce, l’Allemagne et la Suède ont expulsé les citoyens pauvres de Roumanie et de Bulgarie en prétextant qu’ils n’ont pas ressources suffisantes, alors qu’ils leur interdisent de chercher un emploi jusqu’en 2014.

Le gouvernement français a institué des fichiers biométriques pour leur interdire tout retour (officiellement, pour ceux qui ont accepté de partir contre 300 euros). Sarkozy et Woerth signent sans sourciller des chèques de plusieurs millions d’euros, au titre du bouclier fiscal, à leurs amis de Neuilly, mais pas question de prendre le risque de laisser des Roumains toucher 600 euros.

 

La bourgeoisie décadente a besoin de boucs émissaires

 

L’ensemble des partis et organisations d’origine ouvrière qui vivent des élections prétendent qu’il ne s’agit, de la part de Sarkozy, que de préparer l’élection présidentielle de 2012. Entre autres exemples, LO :

Il est important pour eux d’essayer de garder l’électorat réactionnaire qui avait abandonné Le Pen au profit de Sarkozy. (Communiqué, 29 juillet 2010)

L’explication est singulièrement réductrice, surtout pour ceux qui se réclament du marxisme. Les électorats ne sont pas fixés pour l’éternité, comme Trotsky l’avait noté en 1934 à propos de la France, en riposte aux crétins électoraux de son temps. LO devrait le savoir, étant passée de 5,7 % des voix en 2002 à 1,3 en 2007.

Il faut partir des rapports de classes et non de leur ombre électorale. Quand le capitalisme émerge, en lien avec les États bourgeois nationaux, le nationalisme qui est leur ciment idéologique ne se distingue déjà guère de la xénophobie. Mais, deux siècles plus tard, les tendances réactionnaires de la bourgeoise se renforcent : cléricalisme, obscurantisme, militarisme, chauvinisme, racisme.

L’extermination des Juifs et des Roms, deux minorités nationales d’Europe, par le régime nazi et ses complices comme le gouvernement légal français avait été préparée par la recherche de boucs émissaires pour les défaites militaires et les crises capitalistes. Les petits-bourgeois fascistes inventaient des coupables et les grands bourgeois les payaient et les armaient. Avec la crise capitaliste mondiale, de plus en plus de partis bourgeois cherchent de nouveau des exutoires au chômage et au déclin économique avec les immigrés et les minorités ethniques comme les Roms en Europe centrale.

Rarement une fuite a été aussi utile. La publication d’une circulaire du ministre de l’Intérieur prouve que la guerre actuelle de Sarkozy contre les camps de nomades a bien une dimension raciale, puisque les Roms sont clairement visés…  Mais la France n’est pas la seule. La discrimination envers les Roms en Europe orientale –où les enfants gitans sont systématique relégués dans des écoles pour handicapés– est bien connue… (The Guardian, 16 septembre 2010)

Le ventre est encore fécond d’où est sortie la bête immonde. Sarkozy, parmi d’autres, illustre la putréfaction du capitalisme.

 

Dans la continuité de l’État bourgeois

 

Pourtant, les partis réformistes et les directions syndicales soutiennent que le capitalisme n’a rien à voir avec la xénophobie, que son État et la constitution de la 5e République sont des modèles irréprochables dont Sarkozy s’éloignerait :

Ce qui est à l’oeuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine. Le nécessaire respect de l’ordre public... Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République. Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile... (NPA, PS, PdG, PCF, ATTAC, Verts, LDH, SOS Racisme, CGT, FSU, Solidaires, etc. Appel citoyen, 4 septembre 2010)

Prétendre que Sarkozy est en rupture avec « la république » et « la « constitution » gaulliste de 1958 est une affabulation. La seule république française antagonique à Sarkozy serait une république ouvrière, du type de la Commune de Paris de 1871, basée sur le peuple en armes. Sarkozy s’inscrit pleinement dans la continuité de l’État bourgeois français, qu’il soit monarchique ou républicain.

Les immigrés d’aujourd’hui sont traités comme les peuples colonisés autrefois. Quant aux Roms, entre 1910 et 1930, tous les États européens ont mis en place un régime administratif d'exception fondé sur des fichiers anthropométriques, photographiques et généalogiques. Ainsi, la loi de 1912 de la 3e République permettait de ficher « les nomades ». Le 6 avril 1940, un mois avant l'invasion des troupes allemandes, les familles enregistrées dans le « régime des nomades » furent assignées à résidence par la 3e république.

La 4e République née avec De Gaulle n’a libéré les derniers Roms qu’en mai 1946. À ce moment, le PS-SFIO et le PCF faisaient partie du gouvernement qui rétablissait l’ordre bourgeois, désarmait la résistance, assurait la continuité de la police et de l’armée (envoyée réprimer les « indigènes » d’Indochine ou du Maghreb).

Une fois libérés, les Roms français sont immédiatement réenregistrés dans le « régime des nomades » qui est resté en vigueur jusqu’en 1969.

En 1961, la 5e République gaulliste a assassiné plusieurs centaines de travailleurs algériens qui manifestaient pacifiquement. Le préfet était Papon, qui avait participé aux déportations de Juifs. En 1969, la 5e République instaura un « carnet de circulation » qui reste obligatoire pour les Français classés « gens du voyage ».

Aujourd’hui, le NPA se joint au PS et au PCF pour défendre « l’ordre public ». Tous les partis qui prétendent réformer le capitalisme soutiennent que l’État est neutre, au dessus des classes, alors qu’il est par nature bourgeois, l’outil de domination de la minorité capitaliste. Le PCF, le PS, le PdG et le NPA se préparent en fait à gérer loyalement le capitalisme français, comme ils gèrent déjà ensemble, avec LO, des municipalités.

Le PS, qui est l’axe de toute alternative gouvernementale, ne cache pas qu’il augmentera les effectifs de la police, déjà parmi les plus denses d’Europe, ce qui satisfera au passage la revendication réitérée de LO d’avoir plus de « police de proximité » :

Jamais il n’y a eu autant de distance entre les paroles et les actes d’un gouvernement. Si le PS critique le gouvernement, ce n’est pas parce qu’il en ferait trop sur la sécurité, c’est, au contraire, parce qu’il n’agit pas réellement. (PS, Communiqué, 18 août 2010)

Un gouvernement de coalition « de gauche » mènerait aussi une « politique de l’immigration », c’est-à-dire de division des rangs ouvriers entre nationaux et étrangers.

 

Pour le droit de circulation et d’établissement de tous les travailleurs en France et en Europe

 

Les travailleurs doivent rejeter toutes les diversions xénophobes, toutes les divisions qu’attisent les démagogues fascistes, les gouvernements bourgeois des partis « démocratiques » ou « républicains », et aussi les partis et les bureaucrates syndicaux sociaux-patriotes. Pour se défendre efficacement contre le chômage, l’intensification du travail, les baisses de salaires et de pensions, pour prendre le pouvoir à la bourgeoisie et l’exproprier, la classe ouvrière doit unifier ses rangs. Voila pourquoi le premier programme ouvrier international affirmait :

Les prolétaires n’ont pas de patrie. (Manifeste du parti communiste, 1848, GB, p. 20)

Toutes les organisations qui se réclament des travailleurs doivent exiger :

Arrêt des destructions de camps des Roms !  Emplois et logements décents pour ceux qui veulent s’installer !

Régularisation de tous les sans-papiers ! Fermeture des centres de rétention !

Autodéfense contre les polices, les bandes racistes ! Retrait des poursuites contre les travailleurs immigrés et les militants qui les défendent ! Suppression du ministère de l’immigration !

Liberté de circulation et d’établissement des travailleuses, des travailleurs, de leurs familles, des étudiants ! Mêmes droits, y compris politiques, pour tous les travailleurs !

 

Le 10 octobre 2010