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Un an après le séisme

 

Les États-Unis et la France occupent toujours Haïti sous prétexte d’aide

 

Les armées étrangères ont vite débarqué

 

Haïti était déjà le pays le plus pauvre d’Amérique. Le 12 janvier 2010, il a été frappé par un séisme qui a fait 250 000 morts et plus de 300 000 blessés. Plus de 200 000 maisons se sont écroulées. La capitale, Port-au-Prince, dont les bâtiments modernes ont été édifiés sans protection antisismique, a été quasiment détruite. Selon le bilan officiel, 1,2 million de personnes se sont retrouvées sans abri sur les 10 millions d’habitants.

Profitant du séisme, les forces armées de l’ONU (États-Unis, France, Brésil, Canada…) ont renforcé leur présence militaire, comme si la population manquait d’hommes en armes. Dès le 12 janvier, les Etats-Unis envoyèrent 20 000 soldats, des navires de guerre -dont un porte-avions- afin de maintenir l’ordre. Cette intervention est la quatrième en Haïti après celles de 1915, 1994, 2004. La France envoya aussi des renforts militaires, tout aussi « humanitaires », pour sauver les diplomates étrangers et les bourgeois haïtiens puisque le palais présidentiel, les ambassades, les quartiers de l’ONU et les grands hôtels avaient été touchés. Toutes ces troupes rejoignirent le contingent international (France, Etats-Unis, Canada, Brésil, Argentine…) déjà présent depuis septembre 1994.

La première mission des armées impérialistes fut de retenir de force ceux qui voulaient fuir les risques de réplique, la misère, la famine et la maladie pour rejoindre les côtes étasuniennes de Floride ou « françaises » de Guadeloupe. Les ONG s’affichèrent dans les jours et les semaines suivantes dans la capitale, négligeant les autres villes que ne filmait aucune caméra. Heureusement, la solidarité de la population se manifesta, sans publicité, à grande échelle. Partout, dans les quartiers et les camps, de multiples comités ont émergé.

 

La reconstruction tarde

 

La « conférence de donateurs » du monde entier tenue au siège de l’ONU le 31 mars a promis 9,9 milliards de dollars dans les 5 années à venir. Cela contraste avec les 460 milliards de dollars (360 milliards d’euros) que l’État français avait envisagé en octobre 2008 pour sauver ses banques ou aux 700 milliards de dollars prévus à la même date par l’État américain pour secourir les siennes. En juillet, seule la Norvège avait versé sa part.

La Commission intermédiaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) chargée d’affecter ces sommes est composée d’une majorité d’étrangers, parmi lesquels le co-président du CIRH Bill Clinton. L’ancien président est éminemment compétent, puisqu’il avait présidé en octobre 2009 une conférence d’investisseurs étrangers dont Gap, Levi’s, Citibank qui étaient alors intéressés par les plus bas salaires d’Amérique. La CRIH prévoit des « pôles de développement » et l’aide au « secteur privé ». Les budgets alloués éclairent la nature de la CIRH : pour la « protection sociale », 70 millions de dollars ; pour la police et la justice, 255 millions. L’effectif des forces de l’ordre passerait de 10 000 à 16 000 d’ici 5 ans. Pour le « développement » économique, le plan prévoit que le marché de la reconstruction sera « dominé par des firmes étrangères dans les 5 prochaines années ».

Pour les bourgeoisies impérialistes, le rétablissement de l’ordre bourgeois et leur mainmise sur le pays sont les priorités, pas la solidarité avec les masses haïtiennes que les Sarkozy et Obama ont invoquée. Presque un an après, seulement 4 % des gravats ont été déblayés, l’électricité et l’eau potable manquent toujours sur l’île et plus d’un million de personnes vivent toujours dans 460 camps avec un accès aux soins dérisoire. L’immense majorité des 1 800 écoles et des 50 hôpitaux détruits n’est pas reconstruite. Les réfugiés, à l’heure du retour des intempéries, sont presque tous dans des camps précaires placés sous la surveillance des soldats de l’ONU.

 

À la fin du 18e siècle, une indépendance aussi précoce que formelle

 

Haïti fut la première république noire du monde, née d’une révolution égalitariste d’esclaves menée à partir de 1791 contre la puissance coloniale française (voir Cyril James, Les Jacobins noirs : Toussaint Louverture et la révolution de Saint-Domingue, Editions Amsterdam, 2008). Mais le vainqueur des troupes de Napoléon 1er, Dessalines, se fit proclamer empereur en 1804. À cette réaction politique correspondit l’éviction économique des anciens esclaves, une minorité accaparant les terres que travaillaient pour eux les paysans pauvres à travers un système de métayage (« de moitié »).

La France soumit Haïti à un embargo. Le représentant politique de la nouvelle aristocratie noire, Boyer, accepta de payer à partir de 1825 un dédommagement aux anciens propriétaires esclavagistes français. Périodiquement, les exploités, alors majoritairement des paysans sans terre, se révoltaient. Une partie arracha le droit à devenir propriétaires et donc se transforma en petits producteurs marchands.

Haïti, formellement indépendante, se tourna vers des cultures d’exportation et réintégra l’économie capitaliste mondiale sous le pouvoir de l’armée et de la minorisé exploiteuse : propriétaires fonciers et négociants, auxquels s’adjoignirent à partir de 1860 les capitalistes industriels. Au cours du 19e siècle, la France et d’autres puissances (Espagne, Grande-Bretagne, Allemagne, États-Unis…) ont rivalisé pour s’emparer du commerce avec la jeune république et obtenir des « concessions » territoriales. Le président Salomon confia à une banque française la création de la Banque nationale d’Haïti en 1881.

 

Au début du 20e siècle, la bourgeoisie américaine s’impose

 

À la fin du 19e siècle, les puissances capitalistes achèvent un premier partage du monde entier. En Amérique, les États-Unis supplantent l’Espagne, la Grande-Bretagne et la France. En particulier, la bourgeoisie du puissant voisin tente de contrôler l’archipel des Antilles ainsi que l’Amérique centrale : invasion de Cuba en 1898, « indépendance » pro-américaine de Panama en 1903, prise de contrôle de la République dominicaine en 1904, invasion de Cuba en 1906, intervention au Nicaragua en 1909, coup d’État au Mexique en 1913, intervention au Mexique en 1916, intervention en République dominicaine en 1916, intervention à Cuba en 1917, intervention au Panama en 1918, intervention au Nicaragua en 1923, coup d’État à Cuba en 1925, coup d’État en République dominicaine en 1930, coup d’État au Honduras en 1931, coup d’État au Salvador en 1931, coup d’Etat au Guatemala en 1954…

Haïti ne fait pas exception, l’armée américaine l’envahit en 1915 sous prétexte de paiement des dettes. L’occupant ne se retirera qu’en 1934. Tout au long du 20e siècle, les ressources humaines d’Haïti sont exploitées et ses ressources naturelles pillées par l’impérialisme. Celui-ci a utilise la colonisation directe ou, plus souvent, le relais de la bourgeoisie locale, plus experte dans la rhétorique nationaliste -voire celle de la négritude ou « noirisme »- que dans la résistance effective à la bourgeoisie étasunienne. En 1910, la Banque Nationale de la République d’Haïti remplace la Banque Nationale d’Haïti, elle est sous le contrôle d’une banque américaine. La constitution de 1918 abolit l’interdiction aux étrangers de détenir des terres. Des entreprises américaines de sisal ou de sucre s’installent, nourrissant une guérilla rurale dirigée par Péralte et Batraville.

 

L’émergence de la classe ouvrière

 

Face à la domination impérialiste et à la bourgeoisie locale qui lui sert de relais, la transformation capitaliste, bien que tardive et inégale, engendre une classe de travailleurs salariés des villes et des campagnes qui s’oppose aux exploiteurs et détient les clés de l’indépendance véritable, la classe ouvrière.

Avec l’apparition d’une classe de travailleurs salariés, naissent les premiers syndicats dès le début du 20e siècle. La première vague de grèves de masse eut lieu tout au long de l’année 1919 contre l’occupation américaine. Le prolétariat tend à prendre la tête de la lutte pour l’indépendance nationale, pour les droits démocratiques, pour le partage des terres et de meilleures conditions de travail et de rémunération. Mais il manque un parti qui le représente réellement en lien avec le prolétariat mondial.

En effet, aucun parti ouvrier ne sait exprimer consciemment une stratégie de révolution permanente, ni même prôner l’indépendance vis-à-vis des exploiteurs. Le Parti communiste haïtien (PCH) nait tardivement, en 1934. D’emblée, il est soumis à la politique stalinienne de l’Internationale communiste, aux mains de la bureaucratie conservatrice qui a expulsé du pouvoir le prolétariat de l’URSS dans la seconde moitié des années 1920. Le PCH s’oriente dès sa fondation vers le front populaire, c’est-à-dire la soumission à la bourgeoisie nationale.

 

Le rôle contre-révolutionnaire du stalinisme

 

Durant la Seconde guerre mondiale, les partis « communistes » des pays dominés se voient intimer l’ordre de ne pas nuire à l’alliance entre la bureaucratie du Kremlin et Wall Street. En 1946 et 1947, de puissantes grèves de masse éclatèrent. Mais en Haïti comme ailleurs, les deux fractions issues du parti stalinien, celle qui gardait le nom de PCH et celle qui avait pris le nom de Parti socialiste populaire (PSP) s’alignèrent sur leur bourgeoisie.

L’anti-impérialisme mesuré du PSP, la recherche d’une alliance avec toutes les forces progressistes y compris les secteurs libéraux des classes dominantes, la lutte immédiate pour la défense et le renforcement des conquêtes arrachées dans le cadre du système établi mettent en relief beaucoup de points de ressemblance entre la tactique et la stratégie du PSP et celles des autres partis communistes de l’Amérique latine au lendemain du second après-guerre. (Michel Hector, Syndicalisme et socialisme en Haïti, 1932-1970, BNH, p.  65)

À la remorque du nationalisme du Mouvement ouvrier paysan (MOP) de Fignolé, le PCH a soutenu des partis petits-bourgeois et bourgeois se réclamant du « noirisme ». Quant au PSP, il accepta de participer au gouvernement bourgeois d’Estimé.

Les compromissions avec la bourgeoisie des deux partis staliniens désorientèrent le prolétariat. Ayant laissé passer l’occasion de prendre le pouvoir avec les paysans pauvres, il subit une période contre-révolutionnaire. Le coup d’Etat du colonel Magloire en 1950 relança la répression contre tout le mouvement ouvrier. Cependant, Magloire fut chassé par une grève générale à Port-au-Prince en 1956.

 

L’immense portée de la révolution cubaine

 

Un événement va ébranler l’ordre impérialiste, en particulier dans les Antilles et dans toute l’Amérique. En 1959, à Cuba, la dictature de Batista, longtemps soutenue par le parti stalinien (PSP), tombe sous les coups conjugués de la guérilla et de la grève générale. L’armée et la police sont démantelées. Coexistent alors l'ancien appareil administratif et judiciaire, d’une part, avec l’armée rebelle et la nouvelle milice populaire, d’autre part. Le gouvernement de coalition entre le mouvement nationaliste petit-bourgeois de Castro (le Mouvement du 26 juillet) et la bourgeoisie démocratique promulgue une réforme agraire modérée. L’approfondissement du mouvement des masses est  intolérable pour les capitalistes cubains et pour leur maître, l'impérialisme américain qui possède d'immenses propriétés et l’essentiel de l’industrie.

Surtout, l'exemple de Cuba risque d'être contagieux pour les Antilles et l’Amérique latine. Sous la présidence du Parti démocrate (Kennedy), l’impérialisme américain va passer à l'offensive contre la révolution cubaine et le gouvernement de Castro, obligeant la direction cubaine soit à capituler et à se heurter de front aux masses, soit à aller plus loin sur la voie de la rupture avec la bourgeoisie cubaine et l'impérialisme.

Fin 1959, les ministres bourgeois quittent le gouvernement. Le M26J et son allié le PSP purgent l’appareil d’État des éléments bourgeois qui tentent de saboter. Ils s’appuient sur les comités de toute sorte qui ont surgi spontanément, sans pour autant leur remettre le pouvoir. Le régime se tourne, face au blocus économique et aux menaces militaires des États-Unis, vers l’URSS et ses satellites.

L’État américain lance une tentative d’invasion en avril 1961, mais l’armée nouvelle et les milices populaires écrasent la contre-révolution. Castro déclare que Cuba mène une révolution socialiste et collectivise effectivement l’économie. Pour desserrer la pression des États-Unis, il aide les guérillas dans toute l’Amérique latine durant les années qui suivent.

Mais pas question de remettre le pouvoir à des soviets à Cuba, ni de faire appel au prolétariat mondial, ni même à celui d’Amérique latine. La stratégie des castristes est celle du « foco » : des petits-bourgeois courageux prendront les armes, gagneront l’appui des paysans et vaincront les régimes gorilles. À l’intérieur, avec l’aide du PSP et des services secrets de l’URSS, le gouvernement constitue une bureaucratie privilégiée qui gère le nouvel État sans aucune démocratie pour les travailleurs, sur le modèle de l’URSS.

Le groupe trotskyste (POR) est persécuté par la bureaucratie naissante. Il est aussi renié par la « 4e Internationale » qui présente Castro comme un marxiste, refuse d’appeler au pouvoir ouvrier à Cuba, se rallie à la stratégie de la guérilla rurale en Amérique latine et adhère à l’OLAS castriste. Telle est l’origine des fondateurs du NPA.

Bien que la bureaucratisation de l’Etat ouvrier et l’incapacité des frères Castro et de Guevara d’appeler à la solidarité et à la mobilisation de la classe ouvrière des États-Unis atténuent le potentiel de la révolution cubaine, la première défaite des États-Unis dans le continent soulève l’espoir de tous les peuples opprimés des Antilles et d’Amérique latine, stimulant aussi les luttes des Noirs aux États-Unis.

 

L’impérialisme américain met en place la dictature de Duvalier

 

L’État bourgeois américain va réagir très brutalement, montrant ce que vaut sa phraséologie sur la « liberté » et la défense du « monde libre » : rien qu’en Amérique latine et dans les Antilles, coup d’État en République dominicaine en 1963, intervention au Panama en 1964, coup d’État en Guyane en 1964, coup d’État en Bolivie en 1964, coup d’État au Brésil en 1964, intervention en République dominicaine en 1965, aide au coup d’État au Chili en 1973, coup d’État en Argentine en 1976, attaques contre le gouvernement du Nicaragua et aide aux « contras » au Nicaragua en 1979, guerre civile au Salvador à partir de 1980, invasion de Grenade en 1983, invasion de Panama en 1989, invasion de Haïti en 1994…

Washington fera des sanguinaires Duvalier, père et fils, un pilier de la lutte anticommuniste dans les Antilles. En 1957, les élections sont gagnées par le docteur François Duvalier (dit « Papa Doc »), grand défenseur du « noirisme » haïtien, ancien dirigeant du MOP de Fignolé. Le président élu évolue vite, avec l’appui de l’ambassade et des services secrets américains, vers une dictature sanglante. Il écrase violement la grève des étudiants en 1960. Les syndicats et partis ouvriers sont interdits, les grèves et les manifestations réprimées. Même les deux chambres du parlement sont dissoutes en 1963. L’Eglise se retrouve la seule organisation légale en dehors de la dictature. Le fils de Duvalier, Jean-Claude (« Baby Doc ») lui succéde par référendum comme « président à vie » en 1971. Les bandes fascistes des Duvalier, les « Tontons Macoutes », font régner la terreur. Entre 1957 et 1986, les Duvalier père puis fils font assassiner 60 000 personnes.

Le Parti unifié des communistes haïtiens (fusionnant les deux fractions du stalinisme cubain) retire son soutien à Duvalier et envoie les jeunes militants dans l’impasse d’une guérilla isolée des masses, sur une orientation qui n’a pas fondamentalement changé :

Lors de la fondation du PUCH en janvier 1969, ce parti proclame sa disposition à collaborer temporairement « avec d’autres forces socio-politiques anti-dictatoriales, du moment que celles-ci n’apparaissent pas comme de simples valets de la politique impérialiste des Etats-Unis en Haïti. » (Michel Hector, Syndicalisme et socialisme en Haïti, 1932-1970, BNH, p. 156)

Le renversement de Duvalier fils est l’œuvre non de la guérilla rurale, mais du soulèvement de la jeunesse et des travailleurs des villes. En 1986 et 1987, les masses affrontent l’Etat capitaliste dans la rue. Parti des lycées et universités, le mouvement ouvrit une situation prérévolutionnaire. Puis la population commence à faire la chasse aux Tontons Macoutes (le « déchoukage ») après la fuite de Duvalier.

 

La prétendue transition démocratique aux mains des généraux

 

S’accoquinant aux partis petits-bourgeois démocratiques et à l’Eglise, le PUCH et la centrale syndicale qu’il dirigeait (CATH, Centrale autonome des travailleurs haïtiens) réussirent à empêcher la grève générale au moyen de multiples « journées d’action » tout au long de 1987. Puis ils soutinrent la prise du pouvoir par l’armée dont l’état-major évinça Jean-Claude Duvalier et se proclama « Conseil national du gouvernement ».

Le Parti unifié des communistes haïtiens, quant à lui, fait remarquer que s'il reconnaît l'institution CNG, le gouvernement doit être composé d'autres personnes que des gens discrédités. Le PUCH met l'accent sur trois objectifs immédiats : le CNG doit retirer le décret de dissolution du syndicat (CATH) ; il doit revenir sur le décret anticonstitutionnel qui restreint les droits de Comité Electoral (CEP) ; enfin le PUCH demande que ce soit la CEP qui rédige le décret électoral puisque c'est la seule instance habilitée à organiser les élections. (L'Humanité, 1er juillet 1987)

Ainsi, les masses virent leur victoire contre la dictature confisquée et transformée en une longue « transition démocratique » sous le patronage de l’Eglise catholique. Le pouvoir fut transmis aux généraux de Duvalier, dont les sinistres Namphy et Regala. L’État bourgeois, son armée, sa police, ses tribunaux et sa haute administration étaient maintenus. Protégés politiquement par un front populaire de 57 organisations (le Front national de concertation) qui faisait confiance à l’État bourgeois, les duvaliéristes et l’armée reconstituèrent les bandes paramilitaires et reprirent les assassinats de leurs opposants. Seule l’Organisation révolutionnaires des travailleurs (OTR-UCI) préconisa l’autodéfense.

En fait de démocratie, les électeurs désarmés furent massacrés dans plusieurs bureaux de vote en novembre 1987 et le CNG annula les élections, frustrant de sa victoire le FNC.

Les trahisons du PUCH et la restauration du capitalisme en Europe centrale et en Russie conduisirent à l’agonie du stalinisme haïtien, sans que le remplace un parti ouvrier révolutionnaire, à cause de la destruction de la 4e Internationale et de la dégénérescence du « trotskysme » mondial, incluant LO qui sert de flanc gauche au PCF et à la bureaucratie de la CGT, pratique des alliances avec des partis bourgeois et revendique plus de police.

 

De la transition « démocratique » à l’occupation impérialiste

 

Après une succession de coups d’État dont le seul résultat était de changer le général à la tête de la dictature militaire, l’armée laisse en mars 1990 la conduite du pays à une « Assemblée de concertation » incluant les représentants de l’Eglise (les « Ti-Légliz »), le Konakom et le PUCH. L’Assemblée de concertation se porte garante de l’armée. Elle fait même applaudir par la foule le général Abraham et l’ambassadeur américain Adams. Elle charge le colonel Cédras d’organiser les élections.

Celles-ci se tiennent finalement en décembre 1990. Aristide, prêtre qui s’était opposé aux Duvalier, se présentant comme « curé des pauvres » remporte la présidentielle. Moins d’un an après, le 21 septembre 1991, Cédras, promu général et chef d’état-major à la place d’Abraham par Aristide, le renverse avec le soutien de l’administration Bush. Mais la dictature militaire se révèle incapable d’assurer la stabilité nécessaire à l’exploitation capitaliste. Après de nombreuses tractations et en ayant obtenu l’approbation de l’ONU, l’armée étasunienne débarque 20 000 soldats en septembre 1994 et rétablit Aristide à la présidence.

Aristide dissout en 1995 l’armée. Les nouvelles forces de police (au sein desquelles les militaires sont recyclés) sont formées par les officiers américains et canadiens. La pègre fait régner la terreur dans de nombreux quartiers. Il faut y ajouter les bandes paramilitaires d’Aristide, les Chimères recrutées dans le lumpen. De 1994 à 2010, les deux fractions issues du parti bourgeois Lavalas, René Préval et Jean Bertrand Aristide se succèdent à la présidence. Tous deux rivalisent dans la soumission au FMI, dans les privatisations et l’organisation de l’exploitation de la main-d’œuvre locale par les multinationales du textile et de l’agroalimentaire, sans parler des trafics. Les infrastructures et les conditions de vie de la masse de la population se dégradent tandis qu’une minorité s’enrichit et parade.

Les diplômés fuient le pays. En 2003, la jeunesse étudiante déclenche une grève massive.

Des émeutes de la faim éclatent en avril 2008, à cause de la hausse du prix des denrées de base. Haïti est aujourd’hui un pays tellement endetté qu’il dépend des « aides » extérieures soumises au contrôle de l’ONU, du FMI et de la Banque mondiale, toutes des institutions sous contrôle des puissances impérialistes, et par là au service des grands groupes capitalistes. Les fonds envoyés par les émigrés qui vivent aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, en France… représenteraient l’équivalent d’un quart du PIB.

Aujourd’hui, 60 % de la population vit encore en milieu rural, mais l’agriculture apporte seulement 30 % du PIB et elle ne réussit plus à nourrir les 10 millions d’habitants.

Avant le séisme, la population haïtienne vivait à 80 % sous le seuil de pauvreté. L’espérance de vie était de 52 ans, le taux de chômage de 65 %. L’activité « informelle » occupait 7 travailleurs sur 10 et 1 % de la population détenait plus de la moitié des richesses. Avant le séisme, seulement un enfant sur six allait régulièrement à l’école et 10 % d’entre eux travaillaient dès 12 ans. Il n’existe aucune couverture sociale publique et le salaire minimum est le plus bas du continent américain.

 

Pour le retrait immédiat de toutes les troupes étrangères d’Haïti

 

Alors que la production de riz avait déjà souffert des importations en provenance des États-Unis dans les années 1980 sous les Duvalier, le gouvernement Préval a accueilli après le séisme l’offre du groupe américain Monsanto de semences qui soit réclament des pesticides (que vend Monsanto), soit ne peuvent pas être replantées (il faudra acheter l’année suivante des semences à Monsanto).

Aucune confiance ne peut être accordée aux firmes capitalistes, aux États à leur service, aux mercenaires des armées impérialistes. La solidarité avec le peuple haïtien devrait être purement civile et passer sous le contrôle de la classe ouvrière des autres pays. La répartition de l’aide devrait être gérée sur place par la population.

En France et aux États-Unis, la responsabilité du mouvement ouvrier est également d’exiger l’ouverture des frontières. De quel droit des armées venues de France ou des États-Unis peuvent-elles envahir Haïti, alors que les travailleurs et les étudiants de ce pays se voient refouler ? 67 % des personnes expulsées de la Guadeloupe en 2009 étaient de nationalité haïtienne.

 

La classe ouvrière a besoin d’un parti

 

Malgré des conditions difficiles, la classe ouvrière haïtienne n’a jamais cessé de se défendre. Ses militants sont depuis des décennies les martyrs de la cause ouvrière, emprisonnés, maltraités et parfois assassinés pour leurs grèves et manifestations.

Dans un pays où la semaine de travail fait six jours de 11 heures de travail, sans que les heures supplémentaires soient payées, où les travailleurs et travailleuses touchent moins de 4 dollars par jour sans qu’un patron soit inquiété s’il ne paie pas, la classe ouvrière doit se défendre contre ses conditions d’exploitation.

En août 2009, des milliers d’ouvriers de Port-au-Prince descendirent dans la rue, avec des étudiants à leurs côtés, pour que le salaire minimum journalier passe de 75 à 200 gourdes (soit de 1,40 euro à 4 euros). Après une semaine de manifestations et de répression, le gouvernement Préval décida le redressement du salaire minimal à 125 gourdes.

Seule la classe ouvrière peut conduire le peuple haïtien à la liberté, à l’indépendance, à la fin de la terreur policière et paramilitaire. Le renversement des valets de l’impérialisme ouvrira la possibilité d’exproprier la poignée de capitalistes étrangers et nationaux qui domine le pays. En engageant ce combat, les travailleurs et les travailleuses des villes aideront les paysans pauvres à obtenir des terres, les femmes à s’émanciper, les jeunes à s’instruire et le pays recouvrera son indépendance si chèrement arrachée par les révoltes d’esclaves il y a deux siècles.

Que la population des camps et des quartiers populaires contrôle la distribution de la nourriture, de l’eau et des médicaments, réquisitionne l’aide et les donations, décide quoi reconstruire et le fasse elle-même, obtienne le départ des troupes d’occupation et organise sa propre protection, voilà qui préparerait l’avenir, qui ouvrirait la voie à un gouvernement ouvrier et paysan d’Haïti, à la fédération socialiste des Antilles et aux États-Unis socialistes d’Amérique.

Pour cela, il faut rompre avec la bourgeoisie et tous ses démagogues qui se transforment si souvent en dictateurs et toujours en valets de l’impérialisme.

Il faut que la classe ouvrière affirme son indépendance, bâtisse son propre parti, un parti qui lutte pour la dictature du prolétariat, en lien avec une organisation internationale communiste basée sur la théorie de Marx, Engels, Luxemburg, Lénine et Trotsky.

31 août 2010