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La « réforme de l’assurance maladie » d’Obama:
ni une assurance maladie, ni même une réforme

 

Comme de nombreuses organisations de gauche l’ont déjà établi, la loi réformant le système de santé public, dite loi Obama, ne saurait être soutenue. Des sources aussi modérées que les reportages de PBS Frontline [une émission au sujet des controverses à la tête de l’Etat, NdT] ont confirmé que le Congrès a adopté la loi après que la branche de l’assurance santé a dépensé d’énormes sommes, comme groupe de pression, pour être rendre absolument sûre que rien ne menacerait ses profits obscènes. La loi ne fait rien pour garantir un accès abordable aux services actuels de soins publics, ou pour changer le système de santé public américain inefficace et très coûteux. Au contraire, son principal effet sera de rediriger des centaines de milliards de dollars en les prenant à chaque travailleur, chaque travailleuse pour les mettre dans les poches déjà pleines du privé, pour le profit des compagnies d’assurance-santé.

Nous ne répèterons pas ici tous les détails à propos des insuffisances de la loi qui ont déjà été discutés ailleurs. Notre intention est de faire ressortir les principaux points puis ajouter quelques arguments qui, de notre point de vue, n’ont pas été correctement appréciés par les autres analyses de cette question.

La loi impose à toute personne qu’elle souscrive une assurance maladie, mais elle n’exige pas des employeurs qu’ils en fournissent une. De plus, la loi ne fait rien pour garantir que les polices d’assurance que les personnes doivent payer soient abordables, ou que la part à payer par l’assuré ou les franchises non remboursées par l’assureur seront assez basses pour permettre aux personnes d’accéder aux soins s’ils en ont besoin.

Les subventions si vantées pour les personnes à faible revenu (qui sont, en fait, des subventions aux compagnies d’assurance santé) ne seront disponibles que pour la couche la moins bien payée des travailleurs pauvres ; tout autre travailleur qui n’a pas accès à l’assurance collective subventionnée par son employeur sera face au choix suivant : souscrire une assurance individuelle très chère ou payer une amende. Même pour les personnes qui reçoivent des subventions, il n’y a aucun mécanisme qui assure qu’après avoir payé leur part de la prime d’assurance maladie, ils auront assez d’argent pour payer la part non remboursée par l’assurance, alors que la loi autorise les assureurs à fixer comme ils le veulent cette franchise. Rien ne garantit non plus que les compagnies d’assurance ne rompront pas le contrat ou n’augmenteront pas les primes si les assurés commencent à avoir besoin de soins coûteux.

L’une des dispositions de la loi est particulièrement ironique. Elle exige des compagnies d’assurance qu’elles prévoient une couverture maladie pour les enfants des assurés jusqu’à l’âge de 26 ans, soit une augmentation de 3 ans par rapport à la précédente limite d’âge. La seule raison est qu’entre la montée en flèche des frais de scolarité et le fort taux de chômage de la jeunesse, de plus en plus de jeunes sont forcés de rester à la charge de leurs parents alors qu’ils ont fini leurs études. De nombreux diplômés sortant du lycée ou de l’université ne peuvent pas trouver de travail décent (ou ne trouvent pas de boulot du tout) et ceux qui trouvent un travail sont souvent contraints de rembourser les emprunts bancaires contractés pour financer leurs études, si bien qu’ils ne peuvent plus couvrir leurs dépenses quotidiennes.

Cet aspect de la loi peut être utile pour quelques familles – particulièrement les travailleurs relativement privilégiés dont les patrons subventionnent l’assurance maladie de leurs familles – mais cette disposition ne devrait pas exister, elle découle du déclin de l’économie étatsunienne ainsi que des attaques contre l’école publique et le pouvoir d’achat des travailleurs. Par contre, les parents auxquels les employeurs n’ont pas fourni de couverture santé et ceux qui n’ont pas d’assurance santé du tout, n’auront pas la possibilité de profiter de cette disposition, alors même que leurs enfants sont bien plus susceptibles d’être dépourvus de couverture santé.

Voilà ce qu’on peut prévoir, à grands traits. Premièrement, en se liant au secteur privé, en associant les compagnies de l’assurance santé au système et en donnant des milliards en plus afin de les dépenser en contributions de campagnes électorales (pots-de-vin) et publicité politique (propagande), la loi rend encore moins probable tout changement significatif dans le privé, éloigne toute possibilité dans un futur proche d’un système sans recherche du profit. Ainsi, cette loi ne peut pas être soutenue comme un premier dans la bonne direction. Au contraire, elle garantie pratiquement que le système de santé aux Etats-Unis restera l’un des plus rétrogrades parmi les pays industrialisés.

Deuxièmement, étant donné que les principaux bénéficiaires de cette loi sont la branche de l’assurance santé mais aussi les autres acteurs partageant le profit de l’industrie des soins médicaux (cliniques, groupes du médicament et de l’équipement médical), il est important de comprendre pourquoi, au Congrès, les Républicains qui normalement (comme les Démocrates) soutiennent le grand patronat et le système du profit à chaque occasion se sont pourtant opposés à la loi. Des marxistes (et mêmes des « progressistes ») ne devraient avoir aucune illusion sur l’opposition des Républicains qui signifierait que la loi va dans le bon sens.

L’opposition républicaine à la loi était plutôt un pur stratagème politique. Comme les Républicains l’ont prévu, la loi a exaspéré et remotivé l’extrême droite, la mouvance du Tea Party [un mouvement réactionnaire et xénophobe, dont le nom fait référence à un épisode célèbre de la lutte pour l’indépendance de la colonie américaine contre la métropole britannique, NdT] en particulier à cause de l’obligation pour chacun/e d’acheter une assurance santé qu’ils en aient besoin ou non, qu’ils le veuillent ou non. L’opposition des Républicains à la loi avait moins à voir avec la teneur de la loi actuelle qu’avec leur calcul que, quand les partisans du Tea Party iront voter en 2010 et en 2012, ils récompenseront le Parti Républicain d’avoir voté contre la loi.

Finalement, et c’est là l’unique point positif dans cette situation, il y a une leçon à tirer de cette expérience. Les travailleurs et leurs alliés progressistes petits-bourgeois qui voulaient une réelle réforme du système de santé sont furieux qu’Obama n’ait même pas amené le Congrès à adopter des propositions d’une réforme minimale et qu’il ait été disposé à liquider les droits à la contraception des femmes et ceux des immigrés afin de remporter une victoire purement politique qui ne fait rien pour aider ceux et celles qui ont voté pour lui. Cela donne à la gauche marxiste une opportunité pour dénoncer les Démocrates, et inciter les travailleurs à rompre avec eux et à former un parti des travailleurs, un parti ouvrier indépendant et combatif.

Enfin, la débâcle de la réforme du système de santé renforce un peu plus la mort des illusions des travailleurs envers Obama et le Parti Démocrate, levant un obstacle pour comprendre que seul un renversement complet du système du profit est capable d’arracher les revendications progressistes comme une protection de santé conséquente et universelle.

En résumé, la grande bourgeoisie a tranché : aucune assurance santé pour les masses. Aussi longtemps que le capitalisme durera, la classe laborieuse ne pourra pas accéder à un système de soins adéquat et universel.

L’assurance maladie ne pourra pas être arrachée dans l’enceinte du Congrès ; elle ne pourra être gagnée que par d’âpres luttes sur les lieux de production. Cela nécessitera des grèves de masse coordonnées entre les branches. Au lieu de cela, les dirigeants de nos syndicats sont occupés à négocier l’écart entre nos prestations de santé et celles des nouveaux arrivants, donc de casser la solidarité ouvrière entre les jeunes et les vieux.

En réalité, le système s’étrangle par sa propre incompétence, mais il a besoin d’un coup de pied pour passer par-dessus bord. Ce coup peut uniquement venir de la classe ouvrière auto-organisée et créant de nouveaux organes de démocratie et d’action – sur chaque lieu de travail, dans chaque bureau, dans chaque usine, dans chaque école et université et dans les quartiers. Les travailleurs organisés sur leurs lieux de travail peuvent, sur ce chemin, en finir avec le capitalisme, réorganiser l’économie et fournir une assurance-santé de qualité pour tous.

Nous avons besoin de grèves pour l’assurance maladie. Elles pourraient débuter comme des grèves économiques demandant de meilleures conditions de travail pour les infirmiers et infirmières ou des avantages sociaux décents pour les travailleurs des services et de l’industrie, mais ils ne seront arrachés que s’ils se généralisent et deviennent politiques, embrassant des revendications comme :

Pour une assurance maladie gratuite, de haute qualité, tout au long de la vie, pour tous y compris tous les immigrés, indépendamment de leurs statuts !

Pour le droit à l’avortement et à la contraception gratuits pour les femmes de tout âge !

L’accès aux soins est un droit humain et non une source du profit !

Suppression des compagnies d’assurance maladie !

Nationalisation du système d’accès aux soins sous le contrôle des travailleurs !

[traduction par le GB d’un article de International Trotskyist, vol. 1 – n° 2, été 2010, publié par Humanist Workers for Revolutionary Socialism, Travailleurs Humanistes pour le Socialisme Révolutionnaire]