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Votez pour le Parti travailliste, mais préparez-vous
à la lutte ! Faites payer les patrons pour la crise !

La réalité de la lutte de classe, dans ces élections législatives, est  comme un cadavre dans le placard […] Pourtant, elle s'est imposée en dépit des efforts déployés de tous côtés pour l'empêcher. Au fil de la campagne, il est apparu que, quels que soient les vainqueurs, ils veulent sauver le capitalisme en imposant des coupes sombres dans les budgets sociaux. […]

Les personnalités de gauche, les staliniens et même certains groupes prétendument révolutionnaires posent actuellement une fausse dichotomie. Une sorte d’escroquerie à notre encontre : il n’y aurait pas, à les croire, de crise du capitalisme. Il suffirait de contrôler l’avidité des banquiers, limiter les bonus excessifs, faire rendre gorge à l’évasion fiscale, arrêter la guerre en Afghanistan, tout irait bien.

C'était le credo de tous les orateurs à la manifestation de Save the Welfare [Sauver la Sécu] samedi 10 avril à la place Trafalgar. C’est aussi c'est le message principal en page centrale de Socialist Worker [Travailleur Socialiste, l’hebdomadaire du SWP dont les correspondants français sont membres du NPA] diffusé ce jour-là : Il ne faut pas diminuer les dépenses publiques. Le déficit est de 310 milliards de £. Selon Socialist Worker, si nous venons à bout de l’évasion fiscale, cela rapporterait 123 milliards (est-ce vraisemblable ?). Si nous arrêtons la guerre et le programme de missiles Trident, nous sauverons 136,5 milliards de £ de plus (peu probable) et en imposant les riches, nous apporterions seulement 27,5 milliards de £ (s’ils payaient les cotisations sociales sur la totalité de leur revenu et si le taux de l’impôt sur le revenu passait de 40 % à 60 % sur la tranche supérieure, une proposition extrêmement modeste pour des « révolutionnaires ») Naturellement, ces revendications, à part la dernière (nous pourrions certainement exiger un taux de prélèvement plus conséquent et pourquoi pas l’instauration d’un impôt sur les grandes fortunes ?), pourraient faire partie d’un programme de transition. Mais, en tant que telles, comme l’avancent le SWP et d'autres à gauche, elles ne sont que des trucs keynésiens, tout à fait compatibles avec le capitalisme et d’ailleurs conçues pour cela.

Les capitalistes éprouvent le besoin de réduire les dépenses publiques pour sauver le capitalisme, ils vont le faire et nous devons être disposés à y faire face avec une politique révolutionnaire. Mais nous sommes peu nombreux sur ce terrain.

D’ailleurs, pourquoi se soucier de qui remporte les élections, si tous ont en tête de réaliser les mêmes économies budgétaires ? « Du point de vue des travailleurs, cela ne fait aucune différence que le Parti travailliste de Gordon Brown ou le Parti conservateur de David Cameron gagne les élections législatives », dit Workers Hammer [Marteau des Ouvriers, le journal de la petite SL, dont le groupe frère en France est la LTF].

Les nostalgiques de la troisième période stalinienne du Revolutionary Communist Group [Groupe communiste révolutionnaire, un petit groupe gauchiste et castriste sans équivalent en France].

Le Socialist Party [Parti socialiste, dont les correspondants sont au NPA] appelle à voter uniquement pour les candidats du TUSC [un front du SP] et aucunement pour ceux du Parti travailliste.

Workers Power [Pouvoir Ouvrier, dont les correspondants sont aussi au NPA] appelle à voter pour son candidat à Vauxhall, Jeremy Drinkall, et pour le Parti travailliste dans les autres circonscriptions, tout en défendant, tout seul, l’idée d’un « nouveau parti anticapitaliste ». La version française vient de faire un bide avec 2,7 % aux élections régionales, soit la moitié de ce qu’il obtenait quand il défendait une ligne deux fois plus radicale en tant que LCR. Les travailleurs français n’ont visiblement pas été convaincus par son tournant vers la droite, que les camarades de Workers Power ont présenté comme un tournant vers la gauche. Comme leur principe est que les révolutionnaires de peuvent pas soutenir une organisation centriste qui devient réformiste, ils se voient contraints de tourner de nier la réalité.

L’Alliance for Workers Liberty [Alliance pour la liberté ouvrière, un groupe sans correspondants en France] appelle à voter pour sa candidate à Camberwell & Peckham, Jill Montford, et pour le Parti travailliste ailleurs, mais pas pour le TUSC. Leur campagne électorale est appelée « campagne socialiste pour arrêter les conservateurs et les fascistes » (SCSTF). Elle semble à première vue convaincante et mériter le soutien. Mais leur refus de soutenir des candidats de TUSC qui se présentent contre des travaillistes en prétendant qu’ils se situent à la droite du Parti travailliste est ridicule. Cela montre qu’ils se dirigent de nouveau vers une entrisme opportunisme au sein du Parti travailliste, qu’ils traitaient voici peu de cadavre puant. […]

La tendance Militant du Parti travailliste s’est divisée en 1991. La majorité a quitté ce dernier et a fondé Militant Labour jusqu’en 1997 quand elle prit le nom de Socialist Party. La minorité est devenue Socialist Appeal [Appel socialiste], qui est toujours dans le Parti travailliste [ses correspondants en France sont dans le PCF sous le nom de La Riposte]. SA appelle à voter travailliste et elle essaie toujours, à la Ted Grant, de « redresser le Parti et combattre pour une politique socialiste ». Il réclame toujours une nouvelle constitution qui permettrait au gouvernement de diriger par décret de manière à nationaliser les 150 grands monopoles des « sommets régnants de l’économie », en contournant le Parlement, c’est-à-dire une parodie de dictature du prolétariat sans prolétariat, par une victoire électorale. Ces foutaises réformistes à la Ted Grant n’aboutiraient qu’à une catastrophe du type coup d’État de 1973 au Chili.

La démocratie soviétique, les conseils d'ouvriers, la démocratie directe et participative sont le vrai programme trotskyste. Le vote de la plupart des groupes de la gauche pour le Parti travailliste, dans ces conditions, est un vote rempli d’illusions. Tous les gouvernements travaillistes sont les gouvernements de capitaliste, défenseurs de l'impérialisme. Même Michael Foot, qui fut le plus à gauche des dirigeants travaillistes, a clairement défendu les intérêts de l'impérialisme britannique lors de la Guerre des Malouines en 1982.

La tactique du front unique ouvrier est une méthode pour exposer les contradictions d’un parti ouvrier bourgeois comme le Parti travailliste. travail. C'est la position de Trotsky en 1931 :

Aucune plate-forme commune avec la social-démocratie ou les dirigeants des syndicats allemands, aucune publication, aucun drapeau, aucune affiche commune ! Marcher séparément, frapper ensemble ! Se mettre d'accord uniquement sur la manière de frapper, sur qui et quand frapper ! On peut se mettre d'accord sur ce point avec le diable, sa grand-mère et même avec Noske et Grzesinski. À la seule condition de ne pas se lier les mains. (Lettre à un ouvrier communiste allemand)

Telle est la ligne du front unique à la base et au sommet. Exiger des chefs réformistes qu’ils combattent et combattre à côté d'eux quand ils combattent. Aucun pacte de non agression avant, après ou, si nécessaire, durant le combat uni. Trouver la voie des ouvriers réformistes pour leur prouver que nous sommes la vraie force qui exige l'unité de la classe ouvrière contre le fascisme et la réaction, démasquer leurs chefs comme peu disposée à poursuivre la lutte jusqu’au bout parce qu'ils sont les défenseurs cachés du capitalisme comme les réactionnaires sont ses défenseurs ouverts. Ceci exige un parti séparé avec un programme indépendant et sa propre presse (l’aspect « marcher séparément » du front unique ouvrier).

C'est ce qui nous sépare de toute la gauche « révolutionnaire »qui vote Labour (SWP, AWL, SA, etc.). Les deux premiers n’osent même pas rompre avec la bureaucratie syndicale et voter contre la direction. Le numéro 3 de Socialist Fight a défini les raisons de notre vote pour le Parti travailliste. En 1920, Lénine se moquait ainsi des gauchises allemands ainsi :

Faut-il participer aux parlements bourgeois ? Les communistes "de gauche" allemands répondent à cette question avec le plus grand dédain - et la plus grande légèreté - par la négative. Leurs arguments ? « Repousser de la façon la plus décidée tout retour aux formes parlementaires de lutte qui, historiquement et politiquement, ont fait leur temps » Cela est dit en termes prétentieux jusqu'au ridicule, et cela est manifestement faux. « Retour » aux formes parlementaires ! Peut-être qu'en Allemagne la république soviétique existe déjà ? Non, ce me semble. Mais alors comment peut-on parler de « retour » ? N'est-ce pas là une phrase en l'air ? (Le Gauchisme, la maladie infantile du communisme)

Nous avons cité Trotsky en 1936 :

Quant aux élections législatives en France, je ne crois pas qu’on puisse accepter le boycott. Faire de la propagande pour les comités d’action, oui. Opposer les futurs comités d’action à la présente action électorale, non ! On ne peut boycotter le parlementarisme que quand on est assez fort pour le remplacer par l’action directe révolutionnaire. (Lettre à Fred Zeller)

Nous avons défini notre vue sur la façon dont le front unique ouvrier devrait s’appliquer : par des comités de base dans chaque branche pour contraindre la bureaucratie syndicale à l'action quand c’est possible et pour lancer l'action indépendante sans et contre eux si nécessaire.

Cette élection prépare les positions de bataille pour la lutte future entre les classes. Il est stupide de croire que cette étape n’aura aucune influence sur les résultats de l’affrontement à venir. Mais elles ne sont pas la bataille elle-même. Et dans cette bataille idéologique pour l'âme de la classe ouvrière. les groupes qui refusent de voter travailliste n’ont aucune intention de la mener sérieusement. Pour citer Solidarity et Workers Liberty [les publications de l’AWL], « toute neutralité envers la nature du prochain gouvernement est une variante de défaitisme ». Très juste, mais l’opportunisme envers le Parti travailliste et la bureaucratie syndicale n’en est qu’une variante.

Éditorial de Socialist Fight n° 4, printemps 2010
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