Révolution Socialiste  

Accueil

CoReP

CRP en el Perú

 

Italie

Solidarité avec le soulèvement des travailleurs agricoles africains !

 

 

Une surexploitation capitaliste féroce

En Calabre, région agricole du Sud de l’Italie, spécialisée dans la production d’agrumes, la main d’œuvre est constituée essentiellement par des milliers de travailleurs en provenance d’Afrique subsaharienne et du Maghreb. La loi Bossi-Fini transforme la plupart d’entre eux en immigrés clandestins, soumis à des conditions de travail et de vie proches de l’esclavage. La crise capitaliste qui se fait durement ressentir aiguise les prétentions des petits et moyens propriétaires fonciers à payer le moins possible la force de travail pour continuer à exister. Cette petite bourgeoisie réactionnaire trouve dans la mafia locale, des recruteurs qui se servent au passage sur la paye des ouvriers agricoles et font régner la terreur si nécessaire. À Rosarno, une petite ville de 16 000 habitants dans la province de Reggio de Calabre, un millier d’ouvriers travaille aux champs 12 à 14 heures par jour pour un salaire journalier de 25 euros qui ne leur est pas toujours versé : les truands de la N’Dranghetta rackettent ou les patrons pleurent leurs mauvaises affaires… Des centaines d’Africains sont obligés d’habiter des constructions laissées à l’abandon, sans le minimum de confort, à la périphérie de la commune, rejetés, méprisés.

 

L’émeute des 7 et 8 janvier 2010

Deux ouvriers agricoles qui rentrent du travail, le soir du 7 janvier, essuient des tirs de pistolet à air comprimés, les blessant au bras. Cette agression n’est pas la première, elle fait suite aux innombrables insultes, vexations, molestations, comme en décembre 2008, où deux ouvriers ivoiriens avaient été passés à tabac, entraînant une protestation pacifique des travailleurs immigrés de Rosarno. Cette fois, la solidarité des autres travailleurs africains va se déployer en une explosion de colère, que ces exploités ont dû ravaler plus d’une fois. Quittant leur sinistre dortoir de l’ex-usine Rognetta, ils décident de bloquer les routes qui mènent à Rosarno puis déboulent dans le centre, cassant des vitrines, des voitures, mettant le feu à des poubelles, dénonçant les violences, la misère, l’injustice. La police intervient et plusieurs charges violentes finissent par disperser les manifestants ; sept ouvriers sont arrêtés. Avec la détermination, le courage dont le prolétariat sait faire preuve spontanément, ils organisent pour le lendemain, une manifestation à laquelle se rallient plusieurs centaines d’autres travailleurs immigrés de la plaine de Gioia Taura. Ils descendent la route nationale sur laquelle habituellement, les recruteurs mafieux sélectionnent ceux qui travailleront et ceux qui ne gagneront pas leur pain et passent leur exaspération sur les voitures, les poubelles, des vitrines sur leur passage. Le cortège atteint la mairie et une délégation rencontre le commissaire préfectoral Francesco Bagnato qui assure l’administration de la ville depuis sa mise sous tutelle, la dissolution du conseil municipal pour « infiltrations mafieuses ». Ce représentant du gouvernement promet que « les dortoirs seront surveillés et protégés ; des toilettes chimiques installées». Les manifestants acceptent de rentrer.

 

La chasse aux Noirs

C’est alors que des milices armées ont lancé une véritable chasse aux travailleurs africains, frappés à coups de barre de fer, heurtés volontairement par des voitures, touchés par des rafales de fusils de chasse. Bien qu’ils n’aient eu pour se défendre que des armes de fortune, les ouvriers agricoles ont fait face aux nervis. Ils ont cependant dû se replier dans les abris où ils vivent, sous la menace des fusils, bloqués par une milice les menaçant de bombes incendiaires. Des exactions du même genre ont eu lieu dans toutes les campagnes avoisinantes.

Frauduleusement qualifiées de spontanées, de « comités de citoyens », les bandes qui ont frappé les travailleurs ont été organisées, à Rosarno, sous l’égide de l’ex-adjoint au maire, membre du parti de Berlusconi et des membres des clans mafieux s’y sont intégrés avec zèle. Il a armé la haine des boutiquiers, des affairistes, des petits patrons, des exploiteurs agricoles ou autres, effrayés par la révolte des exploités, charriant toute la lie immonde de la xénophobie, du racisme, tout le vieux fatras qui colle au mode de production capitaliste, aux rapports d’oppression et d’exploitation.

À cette violence des milices de type fasciste, s’est ajoutée la répression de l’État bourgeois. Il a évidemment pris le parti des massacreurs, du ramassis exigeant le « nettoyage ethnique », la déportation des ouvriers qui ont osé se rebeller.

La police est intervenue pour faire sortir les travailleurs africains de l’ex usine Rognetta et les faire monter dans des cars pour qu’ils quittent Rosarno, les assurant que le ministère de l’Intérieur garantissait qu’ils resteraient libres. La presse bien pensante a expliqué qu’il s’agissait d’un sauvetage. En réalité, 1 000 travailleurs ont été transférés dans les Camps d’Identification et d’Expulsion de Crotone et Bari. La chasse aux immigrés s’est poursuivie les jours suivants, une autre centaine de saisonniers a été reconduite manu militari à la gare, des centaines, chassés sans que leur salaire du mois soit payé ; le « dortoir » de l’ex usine Opera Sila, plus au Sud, a été vidé à son tour. Les bulldozers sont entrés en action le lundi 11 janvier pour détruire les habitats de fortune. Le ministre de l’Intérieur Maroni (Ligue du Nord) a décidé la constitution d’un « groupe de forces spéciales, de façon à affronter la question [de l’immigration] du point de vue de l’ordre public mais aussi du travail au noir. »

C’est une situation difficile car pendant de nombreuses années, on a toléré une immigration clandestine qui a alimenté la criminalité et qui a généré des tensions comme à Rosarno.

 

Quelles leçons politiques ?

Le soulèvement des ouvriers agricoles originaires d’Afrique démontre la capacité des opprimés à se dresser contre les oppresseurs. Il participe du combat pour en finir avec le capitalisme, fauteur de misère et de racisme. Il est notre combat.

Le manque de soutien des organisations ouvrières, partis et syndicats, leur refus de protéger, d’organiser cette fraction surexploitée du prolétariat affaiblit toute la classe ouvrière et lui fait courir des dangers mortels, comme le montrent les exactions contre les Africains, commises à Rosario. Front unique des partis et des syndicats qui disent parler au nom des travailleurs, pour la libération de tous les ouvriers internés à Cortone, à Bari ; pour l’abrogation de toutes les lois anti-immigrés ; pour la libre circulation des travailleurs, leur libre installation ; pour imposer salaires et horaires qui permettent de vivre dignement ; pour la constitution de comités d’autodéfense contre les agressions des milices et de la police !

Avec le déferlement de la crise économique, la bourgeoisie mondiale intensifie sa pression sur le prolétariat pour faire encore baisser la valeur de la force de travail, pour lui faire supporter le prix des restructurations capitalistes, de la destruction des « canards boiteux ». Des secteurs de la petite bourgeoisie, commerçants, exploitants agricoles, petits patrons, craignent de disparaître dans l’étau ; comme aucune alternative ne se dégage du côté du prolétariat, parce qu’aucun parti révolutionnaire ne lève le drapeau du socialisme, elle cherche à échapper au sort que la bourgeoisie lui réserve en frappant sur plus faible et plus à portée. Au plan politique, dans nombre de pays d’Europe, des partis xénophobes, se référant à l’extrême droite ou préférant se cacher sous le vocable de « populiste » refont des scores aux élections en Hongrie, en Autriche, au Danemark, aux Pays Bas, en Finlande, en Norvège, en Belgique, en France, en Italie où la coalition Berlusconi (Parti de la Liberté) – Bossi (Ligue du Nord) vient de remporter 6 régions, dont la Calabre. Ils essaient de profiter de l’usure des vieux partis traditionnels de la bourgeoisie qui apparaissent impuissants face à la crise économique mondiale, ils engraissent sur le fumier des renoncements de la social-démocratie et des partis ex-staliniens, de leurs trahisons.

Lutter efficacement contre ces partis réclame de s’organiser pour rendre vivant le programme de la révolution prolétarienne ; aux masses qui souffrent sous le joug du capital, à la ville et à la campagne, il faut donner les solutions ouvrières pour sortir de l’impasse : front unique des organisations ouvrières, partis et syndicats, pour arracher les revendications urgentes de salaire, d’interdiction des licenciements, de libre circulation des hommes ; pour cela, expropriation des grands groupes capitalistes pour pouvoir organiser la production dans le but de satisfaire les immenses besoins de la population ; distribution du travail entre toutes les mains qui en cherchent ; ouverture des frontières, dissolution des armées et des polices ; milices ouvrières pour se défendre. Pour le gouvernement des ouvriers et des paysans, pour la république socialiste mondiale des conseils ouvriers !