Révolution Socialiste  

Accueil

CoReP

CRP en el Perú

 

Pour l’unité de la classe ouvrière

 

Régularisation de tous les travailleurs sans papiers ! Abrogation de toutes les lois Pasqua-Chevènement-Sarkozy-Hortefeux-Besson !

 

Chronique de la répression ordinaire contre les réfugiés et les travailleurs immigrés

Le 29 septembre, la police détruit à Calais les abris de fortune qui hébergent les étrangers sans titre de séjour en transit pour la Grande-Bretagne et arrêté 150 personnes. La plupart viennent de l’Afghanistan, un pays ravagé depuis plus de 40 ans par des guerres, d’abord celles menées à partir de 1979 par des mouvements féodaux et cléricaux financés et armés par les services secrets américains et pakistanais, puis celles menées depuis 2001 par l’armée américaine, l’armée française et d’autres puissances impérialistes contre leurs anciens alliés islamistes. Le ministre de l'immigration Eric Besson, ancien dirigeant du PS, légitime l’opération policière au nom de la lutte contre les passeurs qui exploitent les migrants. Toutefois, si la Grande-Bretagne et la France ouvraient leurs frontières aux citoyens afghans, les réseaux mafieux de passeurs, souvent liés à la police de tel ou tel État, n’auraient plus de marché.

Le 12 octobre, des milliers de travailleurs sans titre de séjour, surtout africains, occupent des entreprises d’intérim, des restaurants, des chantiers, des entreprises de nettoyage où ils travaillent. Le mouvement va toucher au total 2 000 sites en Ile de France et jusqu’à 6 000 travailleurs. Les tribunaux, au nom du droit de la propriété, multiplient les décisions d’évacuation. Systématiquement, le gouvernement fait appliquer les jugements par la police. Quand il s’agit d’un grand ami de Sarkozy, comme Martin Bouygues, même pas besoin de décision de justice :

Les travailleurs sans-papiers qui ont investi lundi après-midi le chantier Bouygues de rénovation de la tour First à La Défense ont été évacués. « Le préfet a autorisé le concours de la force publique, à la demande de l'entreprise, car les manifestants ne font pas partie de ses salariés », a répondu la préfecture des Hauts-de-Seine, contactée par l'AFP. Certains ont affirmé à un journaliste de l'AFP, badges à l'appui, qu'ils travaillaient sur le chantier… (Libération, 23 novembre 2009)

Le 25 novembre, après plusieurs jours de négociation avec les syndicats, Besson pond une circulaire. Les préfets pourront accorder des titres de séjour provisoires, au cas par cas, aux travailleurs présents depuis plus de 5 ans en France, qui auront travaillé au moins 12 mois dans l’entreprise, en fonction de la « situation trimestrielle de l’emploi dans la branche et la région ». Besson précise que cela concerne environ 1 000 salariés dans toute la France.

Le 18 janvier, Besson se félicite devant la presse : les chiens de garde la 5e République ont expulsé 30 000 pauvres du pays.

Éric Besson présentait ce lundi son bilan annuel. 29 300 reconduites à la frontière, l'objectif de 27 000 reconduites fixé par Nicolas Sarkozy a été dépassé. (Le Figaro, 18 janvier 2010)

Le 22 janvier, la police de Sarkozy-Hortefeux-Besson arrête 123 Kurdes venus de Syrie, débarqués sur une plage du sud de la Corse, et les emprisonne dans un centre de rétention administrative. Comme le droit de déposer une demande d’asile ne leur a pas été notifié, une décision du « juge des libertés » les libère quelques jours plus tard. Le gouvernement prépare alors une modification des règles de droit. Il soumet au Parlement un projet de loi pour restreindre encore les droits des réfugiés et des travailleurs migrants, le 6e depuis 2002. Celui-ci confère à l’Etat le droit d’emprisonner tout arrivant illégal, d’augmenter les durées de rétentions dans les prisons (de 30 à 45 jours) et d’interdire de retour de ceux et celles qui sont expulsés. Le 1er avril, jour de la présentation du nouveau projet de loi, la police évacue le Fonds d'assurance formation des salariés du bâtiment et des travaux publics occupé par plus de 300 travailleurs « sans papiers ».

 

Le capitalisme décadent surexploite les immigrés et divise la classe ouvrière

Estimés entre 5 à 7 millions, les travailleurs forcés à la clandestinité sont une partie de la classe ouvrière d’Europe.

Le capitalisme entraîne inévitablement une mobilité de la population dont les régimes économiques antérieurs n’avaient pas besoin… (Vladimir Lénine, Le Développement du capitalisme en Russie, ch. 8)

En particulier, le capitalisme utilise la main-d’œuvre des campagnes ou d’origine étrangère pour augmenter le taux d’exploitation, par la mise en concurrence des travailleurs entre eux. L’alternative est l’installation d’unités de production là où la main-d’œuvre est moins chère et moins organisée. Mais, fréquemment, celle-ci est estimée plus risquée ou elle est techniquement impossible, dans les mines, l’agriculture, le bâtiment, le nettoyage, la restauration, les soins à la personne, etc.

L’ensemble de la classe dominante, et pas seulement son aile fasciste, tente aussi de consolider son hégémonie politique et idéologique en jouant une ethnie ou une religion contre une autre, en utilisant la présence d’une population étrangère. Tout en exploitant cette main-d’œuvre ou une partie d’entre elle, la bourgeoisie ne lui accorde pas les mêmes droits, ce qui affaiblit l’ensemble du prolétariat. Ainsi, les démocraties de l’Union européenne emprisonnent plus de 30 000 personnes dans des centres de rétention pour avoir cherché un asile ou un emploi. En France, tout un arsenal de lois, décrets et circulaires a réduit les possibilités d’obtenir le statut de réfugié, de regroupement familial et d’accès à la nationalité française depuis la création par Giscard en 1974 d’un secrétariat à l’immigration. En fait, l’Etat bourgeois crée les « sans papiers », comme l’avait noté une brochure du PS :

En d’autres termes, Nicolas Sarkozy fabrique des sans-papiers, lui qui prétend lutter contre l’immigration clandestine !» (Eric Besson, Les Inquiétantes ruptures de M. Sarkozy, 2007, p. 39)

La grande bourgeoise bourgeoisie tente de détourner le mécontentement des masses (les pauvres qu’elle rejette dans des ghettos sociaux, les petits-bourgeois qu’elle ruine, des travailleurs salariés qu’elle rejette de la production…) en accusant les travailleurs étrangers, voire leurs descendants, d’être responsables des méfaits du capitalisme comme le chômage et la pauvreté, la délinquance et la criminalité, l’insuffisance de la protection sociale, etc.

Autrement dit, le gouvernement Sarkozy-Hortefeux-Besson ne s’en prend pas aux immigrés ou à leurs descendants frappés par le chômage pour des raisons électorales, pour voler des voix au FN, selon le cliché partagé par tous les réformistes et semi-réformistes, du PS à LO en passant par le NPA, le PCF et le PDG. L’explication est un peu courte : d’où viennent les voix du FN lui-même ? La montée de la xénophobie n’a pas pour origine la concurrence électorale entre les partis bourgeois, mais la lutte entre les classes. Les partis fascistes profitent des périodes de crise, pour grossir et concurrencer les partis bourgeois traditionnels en exaspérant le nationalisme et le racisme afin de terroriser la partie la plus vulnérable du prolétariat et de paralyser celui-ci. Les besoins politiques de la bourgeoisie poussent de même les partis bourgeois à intensifier leur rhétorique patriotique et xénophobe, comme l’ont montré en France les propos racistes du ministre Hortefeux et du maire de Marseille Gaudin, le « Débat sur l’identité nationale » et les actuels projets de lois contre l’immigration et contre « la burka ».

 

La collaboration de classes aboutit à isoler la fraction immigrée de la classe ouvrière et à affaiblir le mouvement ouvrier tout entier

Les mêmes exigences de la bourgeoisie expliquent que les bureaucraties conservatrices des syndicats et les partis ouvriers bourgeois ne se situent pas sur un terrain très différent des partis bourgeois « démocratiques ». Cependant, les partis réformistes visent, contradictoirement, à conquérir (NPA, PDG) ou à conserver (PCF, PS) un électorat de travailleurs salariés. Quant à eux, les syndicats de salariés organisent des travailleurs étrangers, avec ou sans papiers, ainsi que de nombreux travailleurs dont les parents étaient immigrés.

Si bien que le PS et le PCF protestent contre l’opération « identité nationale » de Sarkozy, mais pas parce que les travailleurs n’ont pas de patrie. Si bien que le PS et le PCF s’indignent de la manière dont le gouvernement traite les ouvriers immigrés et les réfugiés politiques, mais en acceptant les restrictions à la circulation des travailleurs. Si bien que c’est un maire PCF, André Gérin, qui a pris la tête de la campagne anti-burqa en juin 2009 comme LO avait en 2004 demandé à Chirac une loi contre le foulard à l’école (Cahier Bolchevik n° 10).

La direction de la CGT qui prend en 2008 et en 2009 la tête de grèves et des manifestations de « sans papiers », s’efforce de les isoler des autres travailleurs, limite le mouvement à l’Ile de France et tente de les borner à « l’immigration choisie » de Sarkozy. Pour les chefs syndicaux, ne méritent un titre (très provisoire) de séjour que ceux qui sont utiles au capitalisme français. Le seul problème serait que les préfets ont des critères différents pour trier le bon grain de l’ivraie.

Les dirigeants de cinq syndicats (CGT, CFDT, Solidaires, FSU, UNSA), de cinq associations (Droits devants !, Ligue des droits de l'homme, Cimade, Femmes Egalité, Autre monde) et du Réseau éducation sans frontières se sont alarmés dans un courrier adressé, le 1er octobre, au premier ministre François Fillon, de la situation : « Le traitement de chaque dossier est loin d'être similaire selon les départements et même entre les salarié(e)s de situation parfaitement identique, y compris au sein d'une même entreprise », écrivent-ils. Pour « en finir avec ces blocages qui persistent, voire grandissent et ces discriminations constatées », ces onze organisations demandent que soit édictée une circulaire de régularisation des salariés sans-papiers. (Le Monde, 13 octobre 2009)

Quand une organisation de travailleurs africains, comme la Coordination des sans papiers de Paris (CSP 75), née en avril 2008, revendique, à juste titre, des papiers pour tous les sans papiers, les nervis de la CGT les évacuent en juin 2009, chasse à coups de matraque et de gaz lacrymogène de la Bourse du travail de Paris, avec le soutien du PCF, de LO et de la LCR (voir Révolution Socialiste n° 31).

Quand Besson répond à l’intersyndicale (CGT, CFDT, FSU, UNSA et Solidaires) qu’il n’y a que « 1 000 salariés régularisables », la direction de la CGT estime que c’est un premier pas. De janvier à mars, les dirigeants de l’intersyndicale discutent avec les représentants du patronat (CGPME, ETHIC, Syndicat national des activités du déchet…) comment appliquer « l’immigration choisie ». Patronat et directions confédérales aboutissent à une « approche commune » :

Les organisations adhérant à ce texte considèrent qu’il est urgent de formuler des critères objectifs de délivrance d’autorisation de travail et de séjour pour les étrangers qui en sont dépourvus, mais qui d’une façon ou d’une autre s’acquittent et se sont acquittés de leurs cotisations et impôts, de même que leurs employeurs. Il est essentiel que la démarche employeur/salarié soit commune et conjointe. C’est une occasion de lutter réellement contre le travail illégal et c’est une démarche éthique. (Approche commune employeurs et organisations syndicales, 10 mars 2010)

Les bureaucrates, en accord avec les patrons, et proposent au gouvernement une longue liste de conditions à remplir, parmi lesquelles :

Pouvoir apporter la preuve d’une activité salariée, chez un ou plusieurs employeurs, d’au moins 12 mois, au jour de la demande. Le salarié dont la compréhension de la langue française est considérée comme insuffisante, s’engage à suivre des cours de langue française dès la délivrance du premier titre de séjour. (Approche commune employeurs et organisations syndicales, 10 mars 2010)

Tant pis pour ceux qui ne sont pas déclarés, qui le sont depuis moins d’un an. Pour ceux qui remplissent les critères, les chefs de la CGT, des SUD et compagnie font confiance aux préfets de « la République », nommés par Sarkozy et Hortefeux, pour défendre l’intérêt de « notre pays » :

L’« approche commune » a pour vocation de résoudre la situation des travailleurs-euses sans papiers déclarés, en opposant à l’arbitraire des préfets, contraire aux valeurs de la République, des critères objectifs, clairs, garantissant l’égalité de traitement entre les salariés concernés quel que soit leur lieu de travail. Notre pays et ses comptes sociaux ont tout à y gagner ! (Communiqué, 16 mars 2010)

Preuve qu’il faut bâtir un parti ouvrier révolutionnaire et non une contrefaçon qui est subordonnée à la bureaucratie CGT et court après les staliniens défroqués du PCF, le NPA et LO soutiennent la honteuse collaboration de classes de la direction de la CGT et couvrent son refus de défendre tous les ouvriers sans papiers :

Le ministre Éric Besson refuse toujours d'appliquer des critères de régularisation réalistes… Mais comme le dit la CGT, qui soutient ce mouvement avec d'autres organisations : « On n'évacue pas une réalité économique avec une descente de police ». (Lutte Ouvrière, 9 avril 2010)

Les onze organisations qui soutiennent ce mouvement revendiquent une nouvelle circulaire permettant une régularisation globale des travailleurs sans-papiers. Le NPA soutient totalement cette exigence. (NPA, Communiqué, 1er avril 2010)

 

Pour l’unité de la classe ouvrière, pour les droits les plus élémentaires des ouvriers et des employés de toutes les ethnies, quelque soit leur pays d’origine

La première  revendication des travailleurs sans titre de séjour est simple : des papiers pour tous les sans papiers. Ce n’est pas l’affaire des seuls sans papiers, mais de tous les travailleurs. Les organisations ouvrières doivent reprendre leurs revendications et rompre, par conséquent, avec la « politique de l’immigration », avec « l’immigration choisie », avec le gouvernement anti-immigré et anti-ouvrier.

Front unique ouvrier pour la régularisation de tous les sans-papiers ! Autodéfense des luttes contre les polices et les bandes patronales !

À bas le projet de loi Sarkozy-Besson ! Abrogation de toutes les lois anti-immigrés !

Fermeture des centres de rétention ! Retrait des poursuites contre les travailleurs immigrés et les militants qui les défendent ! Suppression du ministère de l’immigration !

Liberté de circulation et d’établissement des travailleuses, des travailleurs, de leurs familles, des étudiants ! Mêmes droits, y compris politiques, pour tous les travailleurs !