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Grâce à la collaboration des directions syndicales, le gouvernement poursuit la destruction de l’enseignement et de la recherche publics

Aux côtés des étudiants et des personnels non enseignants, les enseignants-chercheurs ont mené l’an passé un combat de plusieurs mois contre la mise en oeuvre de la loi « relative aux libertés et responsabilités des universités » (LRU), élaborée en concertation avec les directions syndicales et votée durant l’été 2007. Cette loi avait déjà donné lieu à des résistances de la part des étudiants et d’une partie des enseignants-chercheurs pendant l’automne 2007. Elles avaient été trahies par les directions syndicales, à commencer par celle de l’Unef qui avait été plus prompte à appeler à reprendre les cours qu’à engager le combat.

En 2009, dans l’isolement de grèves reconductibles, locales, ils ont cherché à empêcher la dislocation de leurs statuts, la casse des concours d’enseignement, la soumission des doctorants aux besoins du patronat local… La mobilisation de 2009 a été défaite parce que les directions syndicales, au premier chef le SneSup-FSU majoritaire, ont refusé de lancer le mot d’ordre de grève générale des universités jusqu’au retrait des décrets Pécresse, l’abrogation de la LRU.

Derrière un discours qui se donnait pour radical, la concertation avec le gouvernement était maintenue. Les responsables SneSup ou Unef participaient plus à diverses tables rondes qu’aux assemblées générales. Le combat a été phagocyté fac par fac, voire bâtiment par bâtiment, affaibli de grève des notes en grève administrative ; il a été isolé des autres secteurs de l’enseignement public et de toute la classe ouvrière, et il a définitivement pris fin avec des interventions policières sur plusieurs campus. Lors de ses vœux au « monde de l’éducation et de la recherche », Sarkozy a eu beau jeu d’insulter les étudiants et personnels des universités en ignorant l’ampleur de la résistance à sa politique, l’attachement au droit aux études, aux statuts des personnels, travestis en « corporatismes » par le patron de Pécresse :

Les freins à l’autonomie étaient à l’extérieur et non à l’intérieur [du monde universitaire]. Entre les présupposés idéologiques et les craintes de toutes sortes, on vous paralysait de l’extérieur… Ceux qui décrivent le monde de l’éduction comme un bastion de corporatismes ne vous connaissent pas. (Saclay, le 11 janvier 2010)

 

Vers une université au service du patronat

La loi LRU modifie profondément le mode d’organisation des universités, dans le sens d’une adaptation progressive aux intérêts du patronat. Des représentants de la classe capitaliste, pudiquement désignés comme « personnalités extérieures », sont dorénavant autorisés à siéger dans les Conseils d’administration des universités et même à co-élaborer des diplômes (par exemple Cap Gemini encadre un dispositif de « Diagnostic et conseil pour l’organisation et le pilotage de l’accompagnement de l’étudiant dans son parcours » à l’Université Paris 12 Créteil).

Elle contribue à briser le cadre national des universités en donnant au président de chaque université un pouvoir accru de mandarin, le transformant en directeur général. Les présidents peuvent dorénavant embaucher des enseignants, des chercheurs, des techniciens, des administratifs, avec un contrat privé, à la place de fonctionnaires. Ils ont également le pouvoir d’attribuer des primes individuelles au mérite, d’exercer un droit de veto sur les recrutements des personnels, renforçant ainsi le clientélisme, contribuant à accroître la concurrence entre collègues, à soumettre la production de connaissances aux besoins de capital et à faciliter la reproduction de la force de travail. Le CNRS est explicitement doté d’un « président directeur général ».

Les universités voient leur autonomie financière renforcées – elles peuvent désormais gérer 100 % de leur budget contre 25 % depuis la loi Faure en 1968 –, ce qui les conduit à orienter leur recherche en fonction de contrats avec des collectivités locales ou avec des entreprises, dont la temporalité des objectifs est bien sûr inadaptée à celle de la découverte des connaissances, mais correspond à des impératifs de rentabilité financière. Les universités sont autorisées à créer leurs propres diplômes, sur lesquels elles disposent d’une liberté plus large, notamment pour les frais d’inscription. L’Université Paris-Dauphine a donné l’exemple en les faisant passer de 231 euros à 4 000 euros pour certains masters (gestion, économie internationale, développement) :

La décision prise par le conseil d’administration de Dauphine n’engage que Dauphine et c’est une décision locale. L’autonomie des établissements universitaires, c’est aussi la liberté d’agir sur certains sujets, il faudra bien s’y faire. » (Laurent Batsch, président de l’Université Paris-Dauphine, Les Échos, 5 février 2010)

Vient s’ajouter à ces éléments le chantage gouvernemental du « grand emprunt » : seules pourront en bénéficier les universités appliquant « sur une base volontaire » la politique du gouvernement, notamment le regroupement des universités sous la forme de PRES (pôles de recherche et d’enseignement supérieur) qui s’inscrivent dans des rapports contractuels avec les collectivités locales et avec les entreprises privées, ce qui correspond à des fusions d’universités et donc à des réductions de postes.

Non seulement le gouvernement soumet les universités aux intérêts du patronat, mais il cherche même à encourager la soumission de la jeunesse au crétinisme religieux : Sarkozy a signé, le 18 décembre dernier avec la Vatican, un accord de « reconnaissance mutuelle des grades et des diplômes de l’enseignement supérieur délivrés sous l’autorité d’une des parties », ce qui signifie qu’un diplôme délivré par des curés pourra être reconnu, à niveau comparable, par l’État français.

 

Partout en Europe

Les sociaux-chauvins de tout poil ont évidemment tenté de rendre responsables des attaques contre le droit aux études non leur propre bourgeoisie (grecque, française, espagnole, italienne…) et leur propre Etat, mais l’Union européenne. Or, ce sont les membres des gouvernements nationaux, la réunion des ministres de l’enseignement supérieur (« conseils des ministres européens ») qui ont, plus ou moins, coordonnés les politiques universitaires. Leur « processus de Bologne » (1999-2009) vise officiellement à établir un « espace européen d’enseignement supérieur » (dont un système de reconnaissance mutuelle des études sous le forme de « crédits ») mais pour faciliter « l’employabilité » des étudiants, c’est-à-dire soumettre les universités aux besoins les plus immédiats de la valorisation du capital.

L’austérité, la privatisation de l’université, l’intensification de la concurrence et la mise au pas de la jeunesse ne sont pas propres à la France. Elles touchent particulièrement les universités des pays dominés. Dans les pays impérialistes, des mesures similaires (en termes de gestion des personnels, d’autonomie financière) à celles de Sarkozy-Pécresse sont également prises, et pas seulement dans les pays membres de l’UE. Par exemple, des grèves d’étudiants et de lycéens ont été menées en Californie en 2006 pour défendre les immigrés. Au Canada, des grèves d’enseignants-chercheurs et d’étudiants ont eu lieu en 2007 (contre l’augmentation des frais d’inscription) ou se déroulent actuellement (pour l’augmentation des salaire des chargés de cours). En Suisse, une protestation a touché l’université de Berne en novembre 2009.

En Allemagne, plusieurs centaines de milliers de personnes (principalement des étudiants et des enseignants) ont défilé dans tout le pays à l’occasion d’une « journée nationale de manifestation » en juin 2009, puis une « semaine nationale de grève » fut provoquée en novembre-décembre 2009, contre la concurrence croissante entre les universités, contre la détérioration des conditions d’enseignement, avec notamment pour exigence la suppression des frais d’inscription (ils sont de 500 à 1 000euros par étudiant par semestre), le refus de soumettre l’université à des impératifs de concurrence et de rentabilité :

Nous proposons une véritable alternative : l’autodétermination de nos savoirs et de nos modes de vie et non la compétitivité, le libre accès à l’éducation et la suppression de tous les frais imposés, comme les frais de droit d’inscription, les frais de formation et les frais de garderie et de crèche, le financement public de l’ensemble de l’enseignement, libéré de l’emprise de l’économie sur les contenus, sur la structure des études et sur la répartition des postes… (Alliance de la grève éducative, Heidelberg, Appel à la grève de 2009 contre le système de l’enseignement supérieur et contre le système éducatif en général, juin 2009)

En Autriche, les universités étaient occupées dans toutes les villes où elles sont présentes. Début novembre 2009, 40 000 étudiants et lycéens défilaient à Vienne avec pour mot d’ordre : « De l’argent pour l’enseignement, pas pour les banques et les entreprises ! »

En Grande-Bretagne, des centaines de suppressions de postes, l’austérité budgétaire (« Les budgets devraient diminuer de 6 % dans les trois prochaines années », The Guardian, 7 février 2010), des suppressions de filières, des fermetures de campus, des suppressions de bourses destinées aux étudiants les plus pauvres des remplacements d’enseignants statutaires par des étudiants avancés… là aussi sous prétexte d’autonomie, ont provoqué des grèves étudiantes, puis des grèves des personnels, et des occupations dans plusieurs universités.

Ces grèves font écho aux mouvements puissants qui se sont développés en 2008 en Grèce et en Italie, dans l’enseignement supérieur et primaire.

 

La modification des concours de l’enseignement public

Un aspect majeur de la mobilisation en France, à l’université l’an passé, était dirigé contre le projet du gouvernement Sarkozy – Fillon de casser les concours d’enseignement primaire et secondaire, sous prétexte d’élever le niveau de compétences requis de la licence (bac +3) au master (bac +5), ce qui a permis à la direction du Snes-Fsu d’accepter le projet en prétextant, de manière totalement frauduleuse, une hausse du niveau de qualification. Or, cette « mastérisation » est assortie en fait d’une diminution sensible de la place laissée à la connaissance (des épreuves disciplinaires sont ainsi supprimées) en faveur des compétences « transversales », de la « connaissance du système éducatif », et surtout de la capacité à « agir en fonctionnaire de l’État de façon éthique et responsable ».

En outre, les masters enseignement viennent souvent remplacer les masters recherche, ce qui tend à réduire la place accordée à la connaissance. Le ministère de l’enseignement supérieur demande aux enseignants des universités d’élaborer les « maquettes » des masters enseignement, en d’autres termes de préparer les conditions de la destruction du savoir que leurs collègues du primaire et du secondaire ont à transmettre.

Pour les étudiants, ces décrets du 27 juillet 2009 représentent de nouveaux coups : nécessité de financer 5 années d’études universitaires au lieu de 3 ; suppression de l’année rémunérée comme professeur stagiaire ; en cas d’échec au concours (ou au master), recrutement en contrat court, comme remplaçant.

C’est un des objectifs de la modification des concours : tandis que le gouvernement supprime des postes à tours de bras dans l’enseignement public (16 000 en 2010, après 13 500 en 2009 et 11 200 en 2008), alors qu’il multiplie par deux le nombre de postes offerts aux concours externes d’enseignement privé (Cafep), il entend disposer, à la place des professeurs titulaires, d’une masse de contractuels non protégés par les statuts de la fonction publique, qu’il emploiera selon son bon vouloir, comme remplaçants.

 

La destruction de la formation des enseignants

Le concours en poche, les professeurs stagiaires vont se trouver atomisés, coupés les uns des autres. Plus question de se former, s’informer, collectivement, au sein d’une structure dédiée, dans laquelle interviennent des maîtres-formateurs qualifiés, des chercheurs, des représentants de courants pédagogiques, mais aussi les enseignants en stage de formation continue, les syndicats de l’enseignement public. Plus question d’apprendre son métier dans un collectif capable de s’approprier les acquis et l’histoire de sa profession, de s’organiser, de revendiquer. Les jeunes enseignants seront surtout poussés à reproduire, à obéir. Place au « compagnonnage » du stagiaire avec un enseignant et un seul : il s’agit de parer au plus pressé, d’apprendre des techniques, des gestes. C’est la « formation » sur le tas, avant la prise de responsabilité d’une classe dès novembre. Les nouveaux recrutés, comme les élèves, sont sacrifiés.

 

L’enseignement primaire malmené

Le ministre Chatel a annoncé qu’il comptait « installer d’ici la fin juin, la conférence nationale sur les rythmes scolaires ».

Je souhaite traiter le problème dans sa globalité, en abordant le rythme pendant la journée, pendant la semaine, pendant l’année. (Le Monde, 14 avril 2010)

Quand on sait que le même Chatel ne trouve rien à redire à l’entassement des élèves dans les classes, à la suppression des postes d’enseignants spécialisés dans le traitement de l’échec scolaire (1 500 rayés de la carte en 2010, 8 000 postes RASED menacés), à la destruction de la formation au métier d’enseignant, à la politique générale du gouvernement auquel il appartient, sa sollicitude pour « les rythmes scolaires » sent fort l’arnaque. Ils serviront de prétexte à une nouvelle attaque contre le cadre national de l’enseignement public et les garanties statutaires de ses maîtres : horaires variables, allongement et annualisation du temps de travail, intervention de « prestataires » associatifs, municipaux, sur temps scolaire, emploi des enseignants à d’autres tâches que l’enseignement (« accompagnement éducatif »)…

La tentative (projet de loi du député UMP Reiss) de relancer la mise en place d’EPEP (établissement public d’enseignement primaire) vient compléter le tableau de démantèlement du cadre national de l’instruction publique : regroupement de plusieurs écoles, dirigé par un gestionnaire ayant compétence pour embaucher, gérer les crédits de fonctionnement ou les chercher, ayant une fonction d’autorité hiérarchique sur les enseignants. La soumission aux collectivités locales, qui financent, ne pourraient que s’accroître ; le projet prévoit d’ailleurs qu’un élu de la commune présidera le conseil d’administration de l’EPEP.

Cette main mise des municipalités ou des régions est également contenue dans les attaques contre l’école maternelle (Éducation nationale) au profit des « jardins d’éveil » qui, eux, relèvent de « la petite enfance », une compétence des collectivités territoriales ou du secteur privé (type crèche d’entreprise ou associative).

À l’intérieur même des écoles, la politique de l’Etat patron essaie de diviser les enseignants, en introduisant des différences de rémunérations, alors qu’il bloque les augmentations du point indiciaire, accentuant encore les pertes de pouvoir d’achat : prime de 400 euros aux enseignants de CE1 et CM2 contraints de faire passer les nouvelles évaluations nationales (comme si les enseignants devaient être payés à la prestation !), stages de remise à niveau pendant les vacances, payés en heures supplémentaires, revalorisation des salaires de début de carrière (1/4  de la profession concernée).

 

L’attaque contre les lycées

Avant tout, il s’agit d’une réduction de l’enseignement et pas seulement de la suppression de l’histoire-géographie en terminale S. Tous les lycéens auront deux heures en moins de cours en classe de seconde, deux heures de moins en classe de première, deux heures de moins en classe de terminale. Ces heures de cours seront remplacées par « deux heures d’accompagnement personnalisé ».

C’est évidemment moins coûteux que la réduction des effectifs qui est pourtant une nécessité dans les classes de seconde et les classes de première et terminale des filières technologiques. Les dédoublements n’obéiraient plus aux règles actuelles qui découlent des disciplines et de l’effectif de la division (groupe classe) : « les heures actuellement affectées aux dédoublements par discipline sont maintenues, elles sont globalisées ».

D’ailleurs, les textes adoptés par le gouvernement contribuent à disloquer le « groupe classe » qui assure pourtant une certaine stabilité aux élèves, surtout les plus fragiles. Outre les deux heures d’accompagnement personnalisé déjà mentionnées, toutes les langues vivantes seraient enseignées par « groupes de compétences ». Les autres heures ne sont pas à l’abri de regroupements puisque la « réforme » renforce le « tronc commun », « les enseignements communs ». D’ores et déjà, pour la classe de première, est mentionnée « la possibilité de constituer des classes de différentes séries ».

Les élèves pourront être évalués sur d’autres critères que les disciplines enseignées et même sur leur vie en dehors de l’établissement scolaire : « Les responsabilités prises au lycée et en dehors deviennent un élément d’appréciation ». Une des tâches des enseignants serait d’envoyer leurs élèves en entreprise, afin que les jeunes prennent tôt l’habitude de travailler gratuitement ou quasi-gratuitement : « Tous les élèves sont encouragés à effectuer des stages en entreprise de courte durée ».

La « réforme » des lycées est incompatible avec les statuts qui protègent les enseignants. Jusqu’à présent, grâce aux décrets du 25 mai 1950, les professeurs sont chargés d’enseigner un champ du savoir pour lequel ils sont compétents, selon un calcul hebdomadaire (15 heures ou 18 heures) et en présence collective des élèves (par classe ou demi-classe).

Le gouvernement entend déroger, en demandant de remplacer des professeurs absents d’une autre discipline, en « invitant à changer de discipline, voire de métier » (Le Parisien, 26 février 2010). 600 enseignants (en secrétariat et comptabilité) du rectorat de Créteil et maintenant avec « l’accompagnement personnalisé » qui est autre chose que de l’enseignement ; en outre, ces heures échapperaient explicitement au cadre hebdomadaire : « l’accompagnement spécialisé n’a pas nécessairement une forme hebdomadaire ». L’extension des tâches ne s’arrête pas là : « Des séances de cinéma sont organisées dans tous les lycées, plusieurs fois par mois, en fin de journée ou les week-ends ». Et il faudrait aussi faire le travail des conseillers psychologues dont les postes sont massivement supprimés :

L’orientation fait partie intégrante de l’accompagnement personnalisé… Un tutorat est mis en place pour suivre individuellement chaque élève volontaire, dès la classe de seconde… Le tuteur aide l’élève dans ses choix.

Enfin, les professeurs seraient soumis aux organismes de cogestion (CP, CA) et à l’autorité du chef d’établissement : « C’est l’équipe pédagogique qui élabore le projet d’accompagnement personnalisé. Ce dernier est ensuite soumis au conseil pédagogique, avant d’être présenté par le proviseur au conseil d’administration ».

Sarkozy et Chatel présentent leur « réforme » comme donnant plus de liberté de choix à la jeunesse, mais elle procède en fait à la diminution de l’enseignement qui lui sera délivré, à l’accentuation de la concurrence entre lycées et à la flexibilité des travailleurs de l’enseignement, tandis qu’augmente la masse des travailleurs précaires dans l’Éducation nationale (105 000 AE, AVS, EVS… en 2010). Elle complète la réduction généralisée des services publics et de la protection sociale : 100 000 postes de fonctionnaires supprimés en trois ans, 34 000 de plus annoncés pour 2011 (Les Echos, 15 avril), plus de 50 000 suppressions de postes en 4 ans à l’école.

 

Les sommets syndicaux ont aidé l’offensive contre l’enseignement public

Les directions des principaux syndicats avaient préparé la « réforme » des lycées avec le ministre qui les consultait en permanence, comme il l’avait annoncé dès sa nomination : « Je vais discuter cette semaine avec les organisations syndicales des modalités de mise en place de ce projet » (Le Monde, 25 août 2009). Aujourd’hui, les dirigeants de l’UNSA et du SGEN-CFDT l’approuvent et le SNES-FSU supplie le gouvernement de reprendre la « négociation » pour aboutir à une meilleure « réforme des lycées ».

Les élèves et les travailleurs de l’enseignement ont, eux, des revendications, des exigences, dont les premières sont le maintien des postes, la baisse des effectifs par classe, le respect des statuts de 1950, le rétablissement de la formation pédagogique des professeurs stagiaires, l’abrogation de la loi Sarkozy-Chatel contre les lycées.

Que sont allés faire les représentants des syndicats les 7 et 8 avril aux « États généraux de la sécurité à l’école » sinon légitimer ce gouvernement qui a supprimé des milliers de postes de surveillants, qui envoie sa police quand les lycéens revendiquent, qui les contrôle au faciès ? Assez de tables rondes avec Sarkozy et ses ministres ! Dirigeants des syndicats, boycottez la « conférence nationale sur les rythmes scolaires » qui préparera une nouvelle atteinte au temps de travail des enseignants et à leur mission.

La participation incessante des directions syndicales à la discussion des attaques gouvernementales, à leur application, dans toutes sortes d’instances, affaiblit la capacité de riposte des personnels.

Dans les discussions avec le ministère, le SNUipp-FSU avait manifesté son hostilité à un schéma qui aurait placé d’emblée le stagiaire en responsabilité seul dans sa classe. Par ce dispositif, le ministre a reconnu le bien-fondé de cette critique. (Fenêtres sur Cours, 8 mars 2010)

Non seulement le syndicat majoritaire dans le primaire a accepté de « discuter » la liquidation de la formation des maîtres, mais il trouve que la copie n’est pas si mauvaise : le stagiaire aura, au mieux, deux mois d’accompagnement ! Au lieu de dénoncer les régressions pour ce qu’elles sont, d’appeler à la mobilisation pour faire reculer le gouvernement, les directions des syndicats essaient d’engluer les personnels par le vote de motions dans les organes de cogestion dans lesquels elles siègent (conseils de gestion, conseils de département, conseils d’administration, Cneser…) ; ou encore par la signature de pétitions, comme celle qui réclame « une autre formation pour les enseignants » et se conclut par la demande d’une « concertation et d’états généraux de la formation » (SNUipp-FSU). Pour vaincre Sarkozy, Chatel, il faut organiser le face à face avec ces ennemis de la jeunesse et des enseignants ; quand ceux qui devraient organiser la bataille se tiennent assidûment en interlocuteurs ou conseillers du camp adverse, c’est difficile de gagner… À bas la participation à tous les organes qui peaufinent les coups contre l’école et leur mise en oeuvre !

Une autre tactique est de baptiser « victoire » une défaite : le 9 mai 2009, la direction du syndicat majoritaire chez les personnels de l’enseignement supérieur SneSup-FSU présentait, de manière mensongère, le décret d’application portant sur les statuts des enseignants chercheurs comme un « recul du gouvernement » (Lettre Flash, 7 mai 2009). Le dernier congrès de la FSU, la principale fédération syndicale de l’enseignement fut l’occasion de poursuivre le mensonge. Jean Fabbri, le secrétaire général sortant du SneSup, osa y affirmer que la mobilisation « a marqué des points contre les logiques du pouvoir » (3 février 2010), relayant ainsi les propos tenus quelques jours plus tôt par le nouveau secrétaire général, Stéphane Tassel, pour qui la lutte « a permis des avancées » (L’Humanité, 25 janvier 2010).

En réalité, leur refus d’appeler à la grève générale, de rompre avec le gouvernement lui a permis de maintenir l’ensemble de sa politique contre la recherche et l’enseignement supérieur public, les étudiants, les personnels.

 

Front unique pour la défense de l’enseignement public et de ses personnels !

Comme tous les autres travailleurs, les personnels de l’enseignement public ont besoin de syndicats à leur service, organisés pour défendre leurs revendications et pas de « partenaires sociaux » de Sarkozy – Fillon – Chatel. Pour bloquer l’offensive contre l’école, il faut priver le gouvernement de l’appui qui lui est donné par les appareils syndicaux ; il faut l’isoler.

L’exigence adressée aux directions syndicales qu’elles rompent avec le gouvernement, qu’elles boycottent les organes de participation à l’élaboration et la mise en place de sa politique est indispensable : elle dévoile qui affaiblit le camp de la résistance aux attaques de la bourgeoisie, elle établit qui porte la responsabilité de l’inaction ou de l’inefficacité.

Assez de décréter des journées d’action par catégorie, des « grèves » de 24 heures égrenées chaque mois ! Front unique des syndicats de l’enseignement public pour l’abrogation des lois LRU contre l’enseignement supérieur et la recherche, des lois Fillon – Darcos contre l’école primaire, de la « réforme » des lycées et de la formation des enseignants ; rétablissement de tous les postes supprimés et création pour répondre aux besoins des jeunes en formation, des enseignants, des personnels ouvriers et administratifs.

Dirigeants des syndicats, ce gouvernement mène la guerre contre l’enseignement public : appelez à la grève générale pour le battre et ouvrir la voie à la satisfaction des légitimes revendications des élèves et des professeurs !