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Le capitalisme veut moins payer les jeunes… et moins payer pour les vieux

 

Seule la grève générale l’en empêchera

Les États européens, japonais et américain avaient concédé des réformes sociales aux travailleurs salariés, face aux vagues révolutionnaires du milieu des années 1940 et de la fin des années 1960. Depuis 30 ans, ils ont entrepris de revenir sur ces acquis. Cette réaction répond à des besoins objectifs de l’économie capitaliste et non à des lubies personnelles du personnel politique de la classe dominante, à « l’idéologie » comme disent les crétins réformistes. Les droits à la retraite des salariés ont été particulièrement visés, comme en France en 1993, 1996, 2003, 2008 et de nouveau cette année.

 

La collaboration de classes a permis à la bourgeoisie française de traverser la crise

La crise économique de 2008 aurait dû être l’occasion de tenter de chasser Sarkozy et d’instaurer un gouvernement ouvrier qui prenne des mesures d’urgence en faveur des travailleurs et s’appuie sur leur mobilisation. Pourtant, Sarkozy, qui prétendait aller « chercher la croissance avec les dents » et qui n’avait rien vu venir, a pu survivre à la récession, en y puisant de nouvelles justifications à ses mesures procapitalistes et à ses plans antipopulaires. Depuis, il utilise le déficit budgétaire, engendré par le sauvetage du capitalisme français et le refus des capitalistes de payer des impôts, pour s’en prendre de nouveau aux retraites et restreindre encore les services publics. Au passage, les riches s’enrichissent davantage :

L’argent que ces mêmes personnes ne se voient pas exiger de l’État en leur qualité de contribuables, sous forme d’impôts, elles l’avancent à ce même État sous forme de prêts rémunérés. Autrement dit, non seulement l’État ne leur soustrait pas la part de leur revenu qu’il serait en droit d’exiger d’elles et en capacité d’exiger d’elles. Mais, de plus, il rémunère cette part sous forme d’intérêts sur les bons et obligations d’État. (Alain Bihr, La Novlangue néolibérale, 2007, p. 41)

Tout au long de la récession, Sarkozy bénéficie de l’impuissance, de la couardise et de la complicité des syndicalismes « de proposition » et des partis « réformistes », incapables de le défier, de l’affronter et d’ouvrir une alternative, car celle-ci ne peut être que révolutionnaire et socialiste. Lors de ses vœux télévisés, le 31 décembre, il remercie les chefs syndicaux de leur collaboration tout au long de l’année précédente.

Je veux rendre un hommage particulier aux partenaires sociaux qui ont fait preuve d’un grand sens des responsabilités.

En effet, jamais, au moment où la crise capitaliste mondiale frappe, les directions confédérales ne remettent en cause le capitalisme, n’exigent l’expropriation des banques et des groupes de l’automobile, ne revendiquent l’interdiction des licenciements et la baisse du temps de travail pour l’embauche des chômeurs. En guise de diversion, pour contrecarrer l’aspiration à la grève générale, elles multiplient les « journées d’action »

Le gouvernement considère ces protestations bien organisées comme une façon normale, même utile, de laisser libre cours à la déception. (The Economist, 18 avril 2009)

Les journées d’action et les « grèves reconductibles » site par site protègent le gouvernement et laissent isolés ceux qui recourent à la grève et à la séquestration de dirigeants d’entreprise.

 

Thibault, Chérèque et Mailly sablent le champagne avec Parisot, Fillon et Sarkozy

Le bilan de Sarkozy comporte les exemptions d’impôts pour les plus riches, la montée du chômage (+ 18%), les suppressions de postes dans les hôpitaux et l’enseignement public, les subventions aux capitalistes, la concurrence exacerbée entre universités, la soumission de la recherche au profit et au militarisme, la répression policière et judiciaire des grévistes et des manifestants, la chasse aux travailleurs immigrés, les renforts envoyés en Afghanistan… Cela n’empêche pas les chefs syndicaux de trinquer avec lui à la nouvelle année, au palais de l’Elysée, le 15 janvier.

Pas ingrat, Sarkozy reconnait de nouveau la dette de la bourgeoisie française à l’égard des bureaucraties de la CGT, de la CFDT, de FO, de l’UNSA, de la CFTC et de la CGC…

J'ai voulu que les partenaires sociaux soient associés à toutes les grandes décisions que nous avons prises au cours de l'année 2009… Notre pays ne s'est pas déchiré parce que nous avons agi vite, ensemble, avec un sens aigu des responsabilités qui sont les nôtres…

Alors, à quelle sorte de nouvelle année, Thibault, Chérèque et Mailly trinquent-ils avec Parisot, Fillon et Sarkozy ? Ce jour-là, Sarkozy confirme que 2010 sera l’année d’une nouvelle attaque de sa part contre les retraites, après celle qu’il avait déjà menée dès le début de son quinquennat.

La crise met à mal nos finances sociales, comme le reste d'ailleurs de nos finances publiques. Cela fait cinquante ans que nous gagnons un trimestre d'espérance de vie par an. C'est une formidable bonne nouvelle parce que nous vivons plus longtemps et en meilleure santé. Mais cette bonne nouvelle nous impose des décisions. Ces décisions doivent nous conduire à nous pencher sur notre système de retraite. Les Français d'ailleurs ne s'y trompent pas : plus des trois quarts d'entre eux se disent inquiets pour leur retraite. S'ils sont inquiets, on doit s'en occuper. On ne peut pas les laisser avec cette inquiétude.

Admirable logique : comme l’État bourgeois s’en prend en France depuis vingt ans au droit à la retraite des travailleurs, ceux-ci s’en inquiètent à juste titre ; puisqu’ils s’en préoccupent, affirme le charlatan, il convient de prendre la décision… de le diminuer davantage. À sa manière, Sarkozy dévoile la nature du capitalisme dont il est l’instrument politique : l’exploitation n’a d’autre limite que celle que lui impose le prolétariat, toute défaite du travail encourage une autre offensive du capital.

Il ne s’agit pas des exigences particulières des banques et des assurances, de la cupidité du seul capital de la finance, comme le prétendent LO, le NPA, le PDG, le PCF et le PS, mais des besoins de la totalité du capital face à la totalité des travailleurs salariés :

Chaque capitaliste individuel, tout comme l’ensemble des capitalistes dans chaque sphère de la production particulière, participe à l’exploitation de toute la classe ouvrière par l’ensemble du capital. (Karl Marx, Le Capital, III, ch. 10)

 

Le seul problème des régimes de retraites est le refus des capitalistes de les financer

Les attaques contre les retraites ne découlent pas du vieillissement de la population et de l’augmentation consécutive du rapport entre retraités et actifs (le « taux de dépendance »). Sinon, il faudrait déduire de l’augmentation du rapport entre population urbaine et agriculteurs l’exigence de diminuer la nourriture des citadins. Sarkozy affecte d’ignorer que la production peut augmenter.

Or, c’est le cas quand il y a des gains de productivité, quand la production est plus efficace. Grâce au progrès technique et à la formation des travailleurs, pour gagner plus, il n’est pas requis de travailler plus. Ce n’est pas parce que la population se soigne davantage qu’il fallait former moins de médecins, que les consultations, médicaments, les hospitalisations… doivent être moins remboursés. De même, ce n’est pas parce qu’il y a plus de travailleurs âgés que les pensions doivent baisser ou que l’âge de la retraite doit augmenter.

Les diagnostics habituels sur l’avenir des retraites ne reposent guère que sur un seul argument : le vieillissement de la population… Une fois que la dégradation inéluctable du rapport entre le nombre des actifs et celui des retraités a été placée au cœur de la question des retraites, il n’y a qu’une seule solution pour échapper à l’explosion des prélèvements et des déficits : la réduction des pensions ou le recul de l’âge du départ à la retraite. (Julien Duval, Le Mythe du « trou de la Sécu », 2008, p. 34)

Les gains de productivité devraient permettre à une société dont les producteurs contrôleraient l’économie d’assurer une augmentation de la richesse sociale (dont les moyens de subsistance des producteurs et aussi de ceux qui ne peuvent y participer : malades, enfants, vieux..) et une diminution simultanée du temps de travail des producteurs (sans laquelle ils ne pourraient pas contrôler effectivement l’économie).

Le « bon sens » de Sarkozy comme les variantes plus sophistiquées des « experts » ne sont que la justification de la réaction, du retour en arrière, l’habillage des exigences du capital : la force de travail de la classe ouvrière doit coûter moins, directement et indirectement, pour augmenter la plus-value, la source de tous les profits.

En France, le débat sur le financement de la protection sociale part d’un diagnostic partagé : les dépenses pour les retraites et la santé augmentent plus vite que le PIB. On en conclut le plus souvent à la nécessité de réformes de la protection sociale. Mais pourquoi ? D’autres dépenses (tourisme, culture, loisirs) augmentent plus vite que le PIB. En déduit-on pour autant qu’il faut absolument « réformer » les secteurs correspondants ? (Michel Husson, Un pur capitalisme, 2008, p. 98)

L’essentiel des richesses de la société capitaliste est produit par la classe ouvrière (ouvriers, employés, techniciens…) sous la forme de « biens et de services marchands » et de « services non marchands ». La somme de tous les salaires individuels nets, du salaire socialisé (perçu sous forme de « prestations sociales », incluant les pensions de retraites) et de la production socialisée (les « services publics ») que la classe ouvrière utilise gratuitement est simplement la portion de la richesse sociale qui lui revient. Toute diminution d’une de ces composantes est donc une augmentation de l’exploitation qu’elle subit comme classe. Le capital vivant de l’exploitation du travail salarié, il cherche en permanence à augmenter celle-ci.

La productivité du travail ne cesse d’augmenter… Dès lors, un nombre plus faible d’actifs peut produire plus de richesses. On calcule ainsi que d’ci 2040, la production par habitant aura doublé en France. Se pose ici la question de la répartition du surplus de richesse engendré par les gains de productivité entre salaire net, cotisations sociales et revenus du capital. Au cours des années 1980 et 1990, les gains de productivité ont surtout servi à augmenter la rémunération du capital, la part des salaires dans la valeur ajoutée ayant diminué de presque 10 points en Europe. (Bruno Palier, La Réforme des retraites, 2003, p. 40)

En trente ans, le capitalisme français et la 5e République en charge des ses intérêts généraux ont réussi à recreuser l’écart entre les plus riches et les plus pauvres, à diminuer la part des salaires individuels dans la valeur ajoutée (en 1982, grâce un gouvernement « union de la gauche » comprenant le PCF et le PS), à baisser relativement les dépenses consacrées à l’enseignement (rapportées au PIB) et à faire baisser le rapport entre la pension et l’ancien salaire. À la suite des précédentes mesures réactionnaires, le « taux de remplacement » sera de 53,3 % pour le salaire médian, en dessous de la moyenne des pays riches (ODCE, Pensions at a glance, 2009).

 

Le refus acharné de la grève générale a conduit à défaite sur défaite

En 1982, le gouvernement Mitterrand-Mauroy (s’appuyant sur une majorité absolue de députés PCF et PS) bloque les retraites en même temps que les salaires. En 1991, le gouvernement Mitterrand-Rocard commande à Charpin un « livre blanc sur les retraites » que Rocard préface. Ce rapport « d’experts » comporte déjà toute la thématique de la bourgeoisie (le déficit des régimes de retraite est inévitable à cause de la démographie) et il préconise déjà les mesures qui seront prises par les gouvernements du RPR-UDF et de l’UMP (le nom que prend le parti gaulliste en 2002).

En 1993, le gouvernement Balladur-Veil (qui comprend aussi Juppé et Sarkozy) met en œuvre le « livre blanc » : il augmente la durée de cotisations du « régime général », celui des travailleurs des entreprises privées (180 trimestres soit 40 annuités, au lieu de 150 trimestres, soit 37,5 annuités) et s’en prend au montant des pensions (calcul sur les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures, indexation sur les prix et non plus sur les salaires), au nom de la survie du régime et de la démographie, sans grande réaction syndicale.

Cette réforme n’a pas soulevé beaucoup d’opposition… Toutefois, les femmes qui ont longuement interrompu leur activité professionnelle… sont très pénalisées par la réforme. (Arnaud Parienty, Protection sociale, le défi, 2006, p. 41)

En 1995, le gouvernement Chirac-Balladur-Juppé lance une attaque globale contre la sécurité sociale. Devant la conjonction de la mobilisation de la jeunesse scolarisée, des travailleurs de la fonction publique et des travailleurs des entreprises publiques (dont la SNCF et la RATP), le gouvernement recule partiellement, abandonnant le volet de l’assurance vieillesse (voir Cahier Bolchevik n° 2).

En 1997, le PS et le PCF remportent les élections législatives. Jospin met en place un gouvernement PS - PCF - MRG (aujourd’hui PRG) -  Verts - MdC (aujourd’hui MRC) qui comprend Kouchner (actuellement ministre de Sarkozy), Buffet, Aubry, Strauss-Kahn, Chevènement, Royal, Fabius, Moscovici, Mélenchon… Il ne reviendra jamais sur la loi Veil et la loi Juppé, ni sur les privatisations antérieures qu’il va au contraire poursuivre.

En 2003, Chirac (élu en 2002 avec l’appel à voter pour lui du PCF, du PS, de la LCR et des directions syndicales) et Fillon alignent la durée de cotisation des fonctionnaires sur celle des travailleurs des entreprises privées, au nom bien sûr de « l’équité », et la durée de cotisations pour tous, au nom de la sauvegarde du régime des retraites (41 annuités à partir de 2012 et 42 annuités à partir de 2020). La résistance est massive, mais la CFDT soutient ouvertement le projet de loi et les autres directions syndicales refusent obstinément d’appeler à la grève générale pour le retrait pur et simple du projet, avec l’aide de la LCR (aujourd’hui NPA) et de LO (voir Révolution Socialiste n° 9). En outre, la loi Fillon crée des fonds de pension pour la plus grande satisfaction des groupes de l’assurance et de la banque :

La baisse des pensions va obliger ceux qui en ont les moyens à épargner davantage en vue de leur retraite. Deux dispositifs sont prévus, calqués sur ce qui existe aux États-Unis : le PERP est un mécanisme d’épargne individuelle, le PERCO un mécanisme collectif abondé par les employeurs. Les deux bénéficient d’importants avantages fiscaux. (Arnaud Parienty, Protection sociale, le défi, 2006, p. 48)

En 2007, le gouvernement Sarkozy-Fillon-Bertrand s’en prend aux travailleurs des entreprises publiques. Pas aux « régimes spéciaux » des policiers et des militaires, bien sûr. La résistance est importante, mais les directions syndicales, avec l’aide de la LCR et de LO, refusent d’appeler à la grève générale. La direction Thibault de la CGT saborde le mouvement à la SNCF en acceptant, la veille de la grève, de discuter le plan du gouvernement entreprise par entreprise (voir Révolution Socialiste n° 26). Une revue spécialisée affirme que plus d’une direction syndicale approuve en fait la mesure :

La plupart des acteurs reconnaissent aujourd’hui que faire disparaître les régimes spéciaux était un préalable à la « grande réforme ». (Liaisons Sociales Magazine, mars 2010)

 

Un projet de plus contre les retraites annoncé de longue date

L’allongement de la durée de la vie de la population n’est pas l’unique cause du déficit des régimes de retraite, au demeurant très limité au regard du déficit de l’État puisque le déficit de cette année serait de 10 milliards d’euros, alors que celui de l’État atteindra probablement 140 milliards. Le chômage de masse (depuis la crise capitaliste mondiale de 1973), la multiplication des stages (1,2 million de jeunes au travail avec une paye dérisoire, voire nulle), les exemptions multiples de cotisations sociales patronales, la progression moins rapide des salaires (depuis 1982), les restrictions à l’immigration… en sont aussi la cause. Sarkozy a trouvé, fin 2008, 360 milliards pour les banques, mais 10 milliards poseraient un énorme problème… En fait, il n’y a pas de trou. Ou plus exactement, il n’y a de difficultés de financement que par le refus du capital de payer suffisamment le travail. Rien n’empêche de rétablir et d’augmenter les cotisations patronales au fur et à mesure que les besoins augmentent, sinon la préservation des intérêts du capitalisme français.

Misant sur la poursuite de la collaboration de classes, Sarkozy n’a jamais caché son intention de poursuivre les attaques contre les retraites des travailleurs :

Nous serons au rendez-vous de la réforme des retraites. 2010 sera un rendez-vous capital. Il faudra que tout soit mis sur la table : l'âge de la retraite, la durée de cotisation, bien sûr la pénibilité. Toutes les options seront examinées. Les partenaires sociaux feront des propositions. Je n'ai nullement l'intention de fermer le débat alors même que je commence à l'ouvrir. Mais quand viendra le temps de la décision, à la mi-2010, que nul ne doute que le gouvernement prendra ses responsabilités… (Déclaration devant le Parlement, 22 juin 2009)

Quand Sarkozy convoque un « sommet social », le 15 février, aucune travailleuse consciente, aucun travailleur conscient, n’en attendait rien de bon. Par contre, les chefs syndicaux se sont tous rendus à l’invitation en tant que « partenaires » du pouvoir exécutif et du Medef. Sagement, ils écoutent Sarkozy raconter comment il compte s’y prendre :

Si nous voulons sauver notre système de retraites, nous ne pouvons plus différer les décisions. Celles-ci seront donc prises au début de l'automne sur la base d'un texte que le gouvernement déposera sur le bureau des deux assemblées.

Sarkozy fait appel à eux :

J’ai dit aux partenaires sociaux que le moment était venu de décider, même si je souhaite que du temps soit réservé pour le dialogue et pour le débat. Nous allons donc engager la discussion sur la base des travaux que le COR (Conseil d'orientation des retraites), organisme au sein duquel les partenaires sociaux sont représentés, doit remettre… La réforme des retraites est trop importante pour qu’elle ne soit pas conduite de manière concertée, ouverte et sur la base d’un diagnostic partagé.

 

Sur la base d’un diagnostic partagé

Le calendrier est fixé par le chef de l’État. Même si des moutons racontent qu’ils vont où ils veulent et que c’est leur berger qui les suit :

L’annonce par Sarkozy d’un calendrier se prolongeant jusqu’en septembre pour le dépôt d’un projet de loi au Parlement a recueilli la satisfaction des syndicats. « Nous n’y sommes pas pour rien et l’opinion publique non plus », dit Nadine Prigent, secrétaire confédérale de la CGT. « C’est un acquis de notre intersyndicale », insiste Jean Grosset, dirigeant de l’UNSA. (L’Humanité Dimanche, 18 février 2010)

Contre toute vraisemblance, le Parti de gauche voit dans le « sommet social » un recul du pouvoir.

La relative prudence de Sarkozy devant les syndicats n’a pas manqué d’être interprétée. « Il bat en retraite ; le Sarkozy triomphant est fini », s’est réjoui le fondateur du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon. (L’Humanité Dimanche, 18 février 2010)

Sarkozy n’a pas besoin de « battre en retraite », du moins tant que l’opposition se limite à des Mélenchon, Aubry, Buffet, Besancenot Chérèque, Mailly, Thibault. En fait, toutes les directions syndicales acceptent le cadre fixé par la classe dominante : il y aurait un problème des retraites.

Depuis 2000, le « Conseil d’orientation des retraites », qui rémunère grassement les représentants syndicaux qui y participent, a toujours servi à préparer les attaques gouvernementales contre les retraites des travailleurs.

Ce fut le cas en 2003 :

La loi portant réforme des retraites est promulguée dans le courant de l’été 2003. Les projections et les propositions établies par le COR ont été au cœur des discussions entre pouvoirs publics et partenaires sociaux. (Liaisons Sociales Magazine, octobre 2005)

Comme en 2007 :

Le 11 janvier, le Conseil d'orientation des retraites (COR) remet au Premier ministre un rapport sur la réforme des retraites de 2003 qui est loin d'avoir résolu tous les problèmes, que ce soit sur le plan financier ou sur celui de l'égalité entre cotisants. Dans ce rapport, le COR propose d'allonger la durée de cotisation dans les régimes spéciaux (SNCF, EDF-GDF, RATP), qui ont échappé à la réforme. (Les Échos, 15 février 2007)

Malgré l’annonce par Sarkozy de ses intentions et son invocation de l’autorité du COR, les bureaucraties syndicales et les partis réformistes continuent à y siéger. Une fois le « diagnostic partagé », le ministre du travail Woerth ouvrira la farce des consultations avec les « partenaires ». Ensuite, Sarkozy tranchera.

Au lieu d’affronter le gouvernement sur la base des revendications des travailleurs, les directions syndicales lui font des « propositions » qui ne changeront évidemment rien à ses plans.

Rendez-vous Retraites 2010 : la Cgt a des propositions (CGT, 20 janvier)

Il faut permettre au pays d’avoir une période de débat nécessaire suffisamment longue avant que les décisions ne soient prises. (CGT, 15 février 2010)

Le débat est lancé. (FSU, Pour, mars 2010).

Les propositions de Solidaires. (Solidaires, 2 février, 25 avril)

Toutes s’inscrivent dans le « syndicalisme de proposition » que complète le « réformisme » des partis issus de la classe ouvrière. D’ailleurs, le PCF est très lié à l’appareil CGT (auquel s’intègrent progressivement LO et le NPA) et à l’appareil FSU (en collaboration avec le NPA), le POI à l’appareil FO, le NPA à l’appareil Solidaires, le PS à l’appareil UNSA et, dans une moindre mesure, à celui de toutes les vieilles confédérations (CGT, FO, CFDT).

Les différents partis ouvriers bourgeois (PS, PCF, PDG) ne se distinguent entre eux que par leur chauvinisme : le PS accepte que la survie de l’impérialisme français passe par l’Union européenne (l’alliance avec l’impérialisme allemand) alors que le PCF et le PDG utilisent davantage le nationalisme français archaïque. En fait, tous les exploiteurs électoraux des travailleurs ont gouverné hier ensemble sans remettre en cause les mesures de Balladur contre les retraites et feront de même s’ils gèrent demain les intérêts du capitalisme français sous l’étiquette de « gauche plurielle », « union de la gauche » ou « nouveau front populaire ».

Les organisations centristes (LO, NPA) n’accusent pas les bureaucraties syndicales de trahir la classe ouvrière et de collaborer avec la bourgeoisie. Les responsables des défaites sont pour eux les travailleurs qui ne « luttent pas assez ». Pour les renégats du bolchevisme, il suffirait qu’il y ait plus « de luttes » pour que la situation des travailleurs s’améliore radicalement, sans toucher au capitalisme, à l’Union européenne, à la 5e République, ni même à Sarkozy. Diffusant les mystifications politiques de la classe dominante qui masquent la lutte entre les classes, ces demi-réformistes prétendent qu’il y a une « droite » et une « gauche » (dans laquelle le PCF vaudrait mieux que le PS). D’ailleurs, LO et NPA ont plus d’une fois soutenu « la gauche » (partis bourgeois inclus) et prennent de plus en plus souvent leur place au sein de « la gauche » (avec le Parti radical, le MRC gaulliste, les Verts…). LO était dans des listes « de gauche » dès le premier tour aux élections municipales en 2008 et le NPA a fait de même au second tour. Si ces organisations le font à l’échelle locale, elles le feront un jour à l’échelle nationale, comme leurs homologues du Brésil et d’Italie.

 

Les dernières élections n’ont en rien freiné le plan contre les retraites

Incontestablement, le président et l’UMP ont subi un échec lors des deux tours des élections régionales, les 14 et 21 mars. L’UMP ne conquiert que la Réunion et perd la Corse. Le PS semble triompher, puisqu’il dirige toutes les régions métropolitaines, à l’exception de l’Alsace.

Concernant les partis bourgeois, l’UMP, avec 26 % des voix au premier tour, perd 6 millions de voix comparativement au 1er tour de la présidentielle de 2007, 3 millions si on se réfère aux régionales de 2004. La crise a regonflé les voiles du Front national (11,4 % des suffrages) avec des voix de prolétaires réduits au chômage à la recherche de boucs émissaires et de petits bourgeois déçus par Sarkozy, ce qui permet au parti fascisant de se maintenir dans 12 régions au second tour, ce qui fait perdre à l’UMP Champagne-Ardennes, Franche-Comté, Loraine, Haute-Normandie, Picardie, Provence-Alpes-Côte d’azur. Le Modem reçoit 4,2 % des voix. Le bloc Europe Ecologie fait moins qu’à l’élection européenne, mais obtient un bon score (12,2 %). Au second tour, il choisit l’alliance avec le PS.

Concernant les partis ouvriers, dans plusieurs régions, on trouve des candidats du PCF sur deux listes concurrentes au premier tour (des listes avec le PS, le PRG et le MRC ou des listes avec le PDG ou avec le PDG et le NPA). Les listes « Front de gauche » (PCF et le PDG) obtiennent 5,8 % des votes, mais le PCF perd la moitié de ses conseillers régionaux puisqu’il doit partager avec le PDG les sièges que le PS leur a concédés. Le Front de gauche se rallie presque partout au second tour aux listes de coalition dirigées par le PS. La victoire du PS est en trompe-l’œil. Il perd des voix par rapport à la précédente consultation régionale (2004) et des voix dans les quartiers ouvriers par rapport à l’élection présidentielle (2007). Les listes LO et celles du NPA obtiennent au total 3,4 % des voix, alors que LO et LCR avaient obtenu ensemble 4,9 % en 2004.

En fait, 23 millions d’électeurs se sont abstenus (au premier tour, 53 % des inscrits ; au second, 48,8 %), surtout dans les quartiers ouvriers et les villes populaires, surtout les jeunes. Ils ne se sont pas reconnus dans les listes proposées par le PS, le PCF et le Parti de Gauche, le NPA, LO. La secrétaire du PS, Aubry, a annoncé, à la veille des élections, qu’il fallait reculer l’âge de la retraite à 63 ans. Le PCF se garde bien de demander l’augmentation des cotisations patronales car il ne veut pas nuire à la compétitivité des entreprises françaises. L’abandon des références au communisme et à la révolution par la LCR, la proclamation d’un parti attrape-tout et électoraliste n’ont pas payé cette fois-ci. Le NPA a constitué des listes avec le « Front de gauche » (PCF-PDG) ou avec une fraction particulièrement réactionnaire du mouvement écologiste (ceux qui prônent « la décroissance »). En outre, il a présenté sur une liste une candidate qui arborait un signe d’appartenance religieuse et d’oppression des femmes (un foulard). Le NPA a obtenu seulement 2,8 % des voix. Depuis cet échec électoral, il est entré en crise, un an après sa fondation triomphale.

Les tiraillements s’accentuent dans l’UMP. Beaucoup de ses députés commencent à penser que Sarkozy pourrait échouer à l’élection présidentielle de 2012 et les entraîner dans sa débâcle aux législatives qui suivront. Du coup, Coppé, Juppé et Villepin affichent leurs ambitions. La bourgeoisie prodigue ses consignes :

Les bonnes réformes sont celles qui concilient le besoin d’action avec celui d’une vision à long terme. De ce point de vue, le dossier emblématique des retraites constitue l’occasion idéale de passer aux travaux pratiques. (Les Échos, 22 mars 2010)

Le moment est venu pour le président de la République d’envoyer des signes forts au peuple de droite. Cela tient à une feuille de route simple et limpide. Compenser l’ouverture à gauche par l’ouverture à toutes les sensibilités de la majorité. Recentrer les réformes sur l’essentiel, retraite… Saisir à bras-le-corps le problème de la dette et des déficits… Rétablir la compétitivité des entreprises par la baisse des charges…. Durcir la politique contre l’immigration et la répression contre les sans-papiers… (Le Figaro, 22 mars 2010)

Sarkozy réagit en précédant à un réaménagement du gouvernement (un proche de Villepin et un proche de Juppé y entrent), en abandonnant ses prétentions écologiques (la « taxe carbone » est renvoyée aux calendes grecques), en ravivant le thème récurrent de la « sécurité » (alors que la crise capitaliste et la montée du chômage, sans révolution, ne peuvent qu’alimenter la délinquance) et en proposant une loi contre le hidjab (alors que le chômage, le racisme et la répression policière au faciès font le lit du fondamentalisme religieux).

S’il veut assurer son avenir politique, Sarkozy doit avant tout montrer à son véritable employeur, la bourgeoisie française, qu’il est capable de porter un nouveau coup, décisif, aux retraites (probablement en reculant l’âge légal à 62 ans, en alignant les fonctionnaires sur la règle des 25 années, peut-être en étendant à la retraite de base le système de points qui permet au gouvernement de décider chaque année du montant des pensions). Tant que les travailleurs ne débordent pas les directions syndicales, il peut être confiant.

 

Le simulacre des « journées d’action » est le pendant de la concertation avec Sarkozy et Woerth

Au lendemain des élections, le 23 mars, se déroule à l’appel des directions confédérales une « journée qui donne lieu à des grèves ». Le pluriel à « grèves » n’est pas choisi au hasard pour cette parodie de lutte. Il n’y a aucune revendication ouvrière dans l’appel, dont la fonction affichée est de soutenir la concertation contre les retraites.

Les rendez-vous fixés par le président de la République et les négociations avec le patronat doivent être l’occasion d’apporter des solutions aux salariés. La situation économique et sociale nécessite l’intervention convergente des salariés du public comme du privé, des retraités, des privés d’emplois, pour porter avec force leurs attentes et défendre leurs intérêts communs. C’est pourquoi les organisations syndicales décident d’une mobilisation interprofessionnelle unitaire afin de peser sur ces différents rendez-vous. Elles décident ensemble d’une journée qui donne lieu à des grèves et des manifestations dans tout le pays le 23 mars. (Communiqué commun CFDT, CGT, FSU, Solidaires, UNSA, 17 février 2010)

Tous les partis qui cautionnent les «négociations » approuvent aussi cette parodie de lutte (journées d’action sans revendication, pétition citoyenne) dont la fonction est de donner le change aux travailleurs et de servir de contrefeu à la grève générale.

Le Parti socialiste rappelle qu’il a demandé, notamment sur le dossier des retraites, une vraie concertation sociale entre le gouvernement, les organisations syndicales et les représentants du patronat pour une réforme juste… Cette manifestation est l’occasion de rappeler le gouvernement à ses responsabilités » (PS, Communiqué, 23 mars 2010)

Dès mardi prochain, 23 mars, nous manifesterons avec les salariés du privé et du public qui seront dans la rue, unis syndicalement autour d’exigences fortes sur les retraites, les salaires, l’emploi, les conditions de travail et le service public. (PCF, Déclaration, 21 mars 2010)

La première mobilisation du 23 mars doit être l’occasion pour toutes et tous de montrer notre volonté de faire reculer le gouvernement. (NPA, Communiqué, 23 mars 2010)

Le 23 mars pourrait être un début. Lutte ouvrière appelle à participer le plus massivement possible aux grèves et aux manifestations ! (Lutte Ouvrière, 22 mars 2010)

Le même éditorial signé par Laguiller prétend qu’on peut garder Sarkozy sans problème :

Pour le moment, il s’agit de se défendre. Cela signifie obliger le gouvernement à revenir sur toutes ces mesures imposées depuis Balladur. (22 mars 2010)

Le PS et le PCF légitiment les menées de Sarkozy :

Le Parti socialiste rappelle qu’il a demandé, notamment sur le dossier des retraites, une vraie concertation sociale entre le gouvernement, les organisations syndicales et les représentants du patronat pour une réforme juste… (PS, 23 mars)

Le débat doit être public, non bâclé. Pas de bonne réforme des retraites avec le pistolet sur la tempe ! (PCF, 14 avril)

Le PDG estime que « la seule question posée est de savoir comment sera partagée la richesse produite » (14 avril). Mais si c’est « la seule », alors la question d’arracher la production à la minorité capitaliste qui conduit l’humanité droit dans le mur ne se pose pas. De même, le NPA préconise : « D’autres choix sont possibles » (15 avril). Comme le PCF et le PDG, il préconise de revoir et corriger « le partage des richesses » avec la classe capitaliste. Le PCF, le NPA et le PDG soutiennent tous trois l’appel de la Fondation Copernic qui propose en guise de « mobilisation citoyenne » une… pétition. Pendant ce temps-là, le gouvernement poursuit sa route et les dirigeants syndicaux se rendent chaque semaine à ses convocations.

 

Le premier pas pour gagner : imposer la rupture de la négociation des mauvais coups contre les retraites

Sans un gouvernement à eux, sans la prise du pouvoir par la classe ouvrière, sans l’expropriation des groupes capitalistes, sans les États-Unis socialistes d’Europe, rien ne sera assuré pour les producteurs et leurs enfants. Dés maintenant, pour infliger une défaite au gouvernement, il faut que les travailleuses et les travailleurs imposent la rupture de la collaboration éhontée, avec Sarkozy, des organisations qui parlent en leur nom ; il faut exiger que les représentants syndicaux quittent les « négociations » contre les retraites, que les syndicats appellent à la grève générale pour :

Annulation de toutes les mesures réactionnaires antérieures contre les retraites !

Maintien des 60 ans (55 ans pour les travaux pénibles) !

Retour aux 37,5 annuités pour tous !

Calcul pour tous sur les 6 meilleurs mois !

Prise en compte des périodes de chômage et de stage !

Indexation des pensions sur les salaires !

28 avril 2010