Révolution Socialiste  

Accueil

CoReP

CRP en el Perú

 

 

 

Combattre l’orientation de la direction confédérale CGT pour vaincre le gouvernement et sa politique

 

La CGT est la première confédération syndicale ouvrière par le nombre de ses syndiqués (600 000), par son score aux élections prud’homales (33,56 %) et par sa place dans l’histoire du mouvement ouvrier en France. Sa direction porte de lourdes responsabilités dans le maintien des capacités de Sarkozy et son gouvernement à frapper le prolétariat.

 

La participation aux États généraux
de l’industrie

Au mois de septembre, tandis que pleuvaient les plans de licenciements touchant des centaines de milliers de familles ouvrières, la direction Thibault ne s’est guère montrée aux côtés des travailleurs luttant contre leur mise au chômage. Elle a choisi d’entonner les grands airs patriotiques de l’association capital–travail, proposant ses services au gouvernement et au patronat, pour conseiller leur politique industrielle :

Le Président de la République, mesurant sans doute l’écart considérable entre les déclarations d’intention et la réalité des faits, a annoncé l’organisation d’états généraux de l’Industrie en s’inspirant d’une proposition de la CGT. (Thibault, 22 octobre 2009)

« On fera des états généraux de l'industrie avant la fin de l'année » a déclaré le chef de l'État lors d'une table ronde sur le thème de l'emploi, en rappelant qu'il s'agissait là d'une « très bonne idée » du secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. (L’Expansion, 3 septembre 2009)

Agissant en bon « partenaire social » de la bourgeoisie française, les dirigeants syndicaux essaient de vendre aux prolétaires, au travers de ces états généraux, une marchandise frelatée : l’idée que leurs intérêts ne sont pas irrémédiablement opposés à ceux des patrons et de l’État qui leur est tout dévoué ; qu’il est possible de garantir en même temps les besoins des travailleurs et ceux de l’industrie française. Comme si « l’industrie française », que Thibault et compagnie préfèrent d’ailleurs écrire avec une majuscule, ce n’était pas les capitalistes de toutes tailles, les accapareurs des moyens de produire et de distribuer : ces parasites qui extorquent la plus-value, qui licencient d’une main et intensifient, de l’autre, le travail de ceux qui restent, qui limitent les salaires, la couverture maladie, les retraites. Comment les empêcher de chercher plus de profit, un rapport plus élevé du capital investi ?

Personne n’a trouvé d’autre solution efficace que de les exproprier, de mettre sous contrôle ouvrier les moyens de production. La direction confédérale de la CGT déclare, elle, qu’elle a des propositions pour faire un meilleur business, remplissant à la fois le ventre du loup et de l’agneau !

Comme à SBFM, Sonas, Wagon Automotive, Faurécia, Mollex, Good-Year, Owens-Illinois, Continental et bien d’autres encore, nombreux sont les salarié(e)s avec leurs élus, porteurs de propositions constructives pour le maintien de l’emploi et l’activité de leur entreprise. (Tract confédéral, 22 octobre 2009)

Contrairement à ce que prétend la bureaucratie syndicale, la première exigence des ouvriers de ces entreprises est claire : Aucun licenciement ! Sans doute parce qu’il n’est pas « constructif » d’une entente avec le patronat mais conscient du nécessaire combat de classe, ce mot d’ordre ne figurait pas dans l’appel à manifester le 22 octobre « pour l’Emploi et l’Industrie ». Il n’a pas sa place non plus dans « les 5 priorités » de la CGT aux états généraux de défense de l’impérialisme français face à ses concurrents :

Notre première priorité c’est l’avenir des hommes et des femmes qui travaillent dans l’Industrie et de ceux qui sont appelés à y travailler […] Il s’agit de pérenniser les capacités, les compétences, les savoirs faire.

Notre seconde priorité va à l’innovation et à la recherche. L’objectif de consacrer 3 % du PIB à la recherche, soit 33 milliards d’euros (au lieu de 21 milliards annuels) doit enfin se concrétiser. Comment en effet prétendre préparer l’avenir sans avoir les moyens correspondants ?

Troisième priorité, mettre sur pieds un plan cohérent en faveur du développement durable, afin de prendre en compte les enjeux environnementaux et en particulier le changement climatique.

Quatrième priorité, il faut faire avancer les droits d’intervention des salariés. Développement industriel, démocratie sociale et territoriale doivent aller de pair. La CGT revendique l’instauration d’un droit suspensif aux licenciements avec prise en compte des propositions alternatives. Nous voulons l’entrée de représentants des salariés dans les conseils d’administrations des entreprises et des groupes. Il faut créer des comités interentreprises entre donneurs d’ordres et sous traitants.

Cinquième priorité : le financement. L’Industrie est incompatible avec les taux de rentabilité à deux chiffres exigés ces dernières années. La CGT considère qu’un pôle public de financement du développement industriel est possible dès maintenant en utilisant un livret d’épargne industrie et emploi.

Un langage de bureau d’étude, des propositions de cogestion du capitalisme ; les grandes messes d’unité nationale s’opposent à la défense des revendications ouvrières, les « 5 priorités » débitées par la direction de la CGT le confirment amplement.

Au final, les patrons sortent des États généraux avec des cadeaux supplémentaires, comme par exemple la prime de 200 euros pour le recrutement d’un jeune métallurgiste en remplacement d’un ouvrier partant à la retraite, sans que rien même n’oblige à une embauche pour un départ. Le bureau confédéral ne peut cacher qu’il a participé à une opération de soutien au patronat bleu blanc rouge :

Ce sont les vieilles recettes qui refont surface : les nouveaux cadeaux fiscaux pour les entreprises avec l’extension du crédit impôt recherche vers l’innovation ; l’accroissement des aides publiques y compris pour inciter les entreprises à relocaliser. […] Ces mesures sont loin de répondre à l’urgence de la situation de l’industrie et de l’emploi industriel en France. Par contre le rapport se propose de pousser plus avant le modèle de « flexisécurité » et d’alléger une fois de plus les cotisations sociales des employeurs. C’est la reprise du programme du Medef ! (Communiqué CGT, 26 janvier 2010)

Il faut être un bureaucrate réformiste pour espérer un autre résultat. Les travailleurs, eux, savent que l’on ne peut attendre que des coups du gouvernement et du patronat. Les plus indulgents diront que la direction de la CGT s’est fait piéger et qu’elle a compris la leçon. Ils auraient tort, elle a l’intention de réitérer :

L’annonce [faite à l’issue des états généraux] de la « Conférence Nationale sur l’Industrie » peut être une piste intéressante. Pour la première fois les organisations syndicales y siègeraient. Ceci étant, sa définition présidentielle laisse perplexe. Il s’agit dit-il, de faire vivre le consensus social des Etats Généraux de l’Industrie. Or il n’y a pas eu de consensus. La CGT participera à cette conférence, s’il s’agit d’un lieu où nous pouvons débattre sur le fond, avancer nos propositions, travailler de manière contradictoire. (Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, 12 mars 2010)

La politique de participation des dirigeants de la CGT à l’élaboration et la mise en œuvre des plans de Sarkozy - Parisot affaiblit le camp des exploités.

Cette prétendue « lune de miel » entre Sarkozy et les syndicats fait sourire les organisations patronales. « Nos idées sont reprises comme sous aucun autre président auparavant. Suppression de la taxe professionnelle, crédit impôt recherche… » détaille Laurence Parisot, la présidente du Medef. (Paris Match, 3 mars 2010)

Le combat pour arracher la satisfaction des revendications passe par la dénonciation de la collaboration de classes, par l’exigence adressée aux directions des syndicats qu’elles rompent avec la bourgeoisie et sa représentation politique.

 

Le « syndicalisme rassemblé »

Le 10 avril 2008, les représentants de la CGT signaient avec la CFDT, le Medef et la CGPME une « position commune » qui a servi de base à la loi sur la représentativité syndicale, promulguée le 20 août 2008 et qui favorise dans les branches et les entreprises, les syndicats rassemblant, selon les élections, 10 % ou 8 % des suffrages. Autrement dit, une place prépondérante pour la CGT et la CFDT. L’appareil de la CGT vante cette alliance avec la centrale issue du syndicalisme chrétien, au nom d’un « syndicalisme rassemblé » qui fut très en vogue dans les textes soumis au congrès confédéral tenu en décembre. Moins apprécié par les délégués opposés à l’orientation de collaboration de classes :

Craignant que la présence du leader CFDT ne serve « de défouloir à une partie des délégués » au moment où ses propres détracteurs entretiennent « une ambiance hostile » au congrès, M. Thibault a prié M. Chérèque, avec « regret », de ne pas venir à Nantes. (Libération, 10 décembre 2009)

Le « syndicalisme rassemblé » est présenté comme la réalisation de l’unité syndicale pour la défense des revendications, ce à quoi aspirent tous les travailleurs. En réalité, c’est un cartel d’organisations, d’origine ouvrière ou bourgeoise, champion des appels aux « journées d’action pour l’emploi », sans exiger « aucun licenciement », « création de tous les postes nécessaires pour assurer un travail à tous ceux qui en cherchent et pour cela, réduction du temps de travail », champion des « temps forts pour les salaires », sans aucun chiffrage des augmentations, etc. Une « unité » qui permet de camoufler le refus de combattre réellement en accusant les autres de mollesse.

La CGT a joué un rôle central dans cette construction unitaire en valorisant tout ce qui fait convergence et en refusant de globaliser les désaccords. Elle a rejeté toute logique des blocs opposant artificiellement un prétendu « syndicalisme radical » à celui qui négocierait. (Rapport d’orientation, partie II)

Le « syndicalisme rassemblé » appelle à « un grand 1er mai unitaire », dans un texte signé le 15 avril par CFDT, CGT, FSU, Solidaires, UNSA qui ne comporte pas une seule revendication ouvrière, précise, chiffrée. Contre un appel à la mobilisation ouvrière pour affronter et vaincre le gouvernement, est dressée l’illusion que les rencontres avec Sarkozy, « les concertations » avec Fillon-Woerth, sur leur attaque contre les retraites, peuvent donner un résultat positif pour le prolétariat :

Interpellation commune en vue du Sommet social 

Dans les semaines à venir, le Président de la République va réunir un « sommet social ». Dans le même temps, les concertations sur la réforme des retraites ont commencé. Les salariés sont en droit d’en attendre des mesures efficaces et de progrès social améliorant leur situation et donnant espoir en l’avenir.

Au « syndicalisme rassemblé », organisateur de défaites, il faut opposer le front unique des organisations ouvrières, partis et syndicats, désignant le gouvernement comme l’ennemi et non le partenaire, énonçant les revendications urgentes (aucun licenciement, augmentation de 300 euros pour le SMIC et répercussion sur les retraites, les grilles salariales, les minima sociaux, 37,5 annuités pour toucher une retraite pleine…) et les moyens de les arracher : manifestation centrale à Paris, grève générale pour empêcher Sarkozy d’appliquer sa politique, l’obliger, en particulier, à remballer sa « réforme des retraites ».

 

La « maison commune des retraites »

Alors que l’un des objectifs du gouvernement est d’aligner les retraites sur la règle la moins avantageuse, en instaurant, entre autres, le calcul de la pension sur les 25 meilleures années et non sur les 6 derniers mois dans la Fonction publique, la direction Thibault qui proclame que « les 37,5 annuités ne sont plus un mandat de la CGT depuis 2 congrès » n’hésite pas à faciliter encore davantage la tâche de Sarkozy, en prônant la « maison commune des retraites ». Dans les textes préparatoires au dernier congrès (décembre 2009), la défense des statuts et code des pensions de la Fonction publique était d’ailleurs totalement absente. La « maison commune » légitime les discours de Fillon-Woerth sur un prétendu traitement plus égalitaire des salariés du privé et du public ; elle porte la marque du syndicalisme d’accompagnement des attaques anti-ouvrières.

Cette innovation est de la même veine que le « nouveau statut du travail salarié » ou que la « sécurité sociale professionnelle », vedettes du 48e congrès et toujours à l’honneur au 49e qui constituent une offensive contre les statuts, contre les conventions collectives, contre les dispositions qui subsistent en matière de Droit du travail. L’intitulé n’est pas choisi au hasard : en opposition aux garanties collectives qui témoignent de la puissance sociale des salariés, d’un rapport de forces à un moment donné entre les deux classes fondamentales, le nouveau statut s’attache à l’individu. Le prolétaire qui est contraint de vendre sa force de travail n’est plus adossé aux autres travailleurs de son entreprise, de sa branche professionnelle mais se retrouve seul face à l’ensemble des exploiteurs et de l’État à leur service. Il est plus étroitement soumis aux exigences de « l’efficacité économique » chère à l’équipe dirigeante de la CGT et n’a plus de droits garantis nationalement, autant de « statuts » que de sites :

Notre bataille pour l’emploi et le nouveau statut du travail salarié s’ancre dans les territoires. (II-36)

La direction de la confédération CGT s’aligne sans vergogne sur les besoins du capitalisme français : réduire le secteur public, liquider ses statuts (réforme de l’État, Révision générale des politiques publiques), poursuivre les licenciements dans les secteurs non rentables de son point de vue, restructurer pour rendre compétitifs ses secteurs de pointe. Pour ce faire, baisser la valeur de la force de travail en diminuant le salaire différé, le salaire direct par l’augmentation de la durée du travail ; en réduisant les quelques limites qui subsistent aux licenciements ; en rognant encore les indemnités de licenciements, les indemnités de chômage ; en imposant aux travailleurs de se porter sur les branches déficitaires, sans tenir compte de ses qualifications, flexibilité et mobilité étant les maîtres mots.

Lors du congrès de décembre, l’appareil a avancé une adaptation de ses structures à l’offensive contre les garanties collectives, en ouvrant la porte au dépérissement des unions locales au profit des unions régionales et surtout à la destruction des fédérations, c'est-à-dire du syndicalisme d’industrie ou d’administration, appuyé sur des métiers par branche professionnelle. Là encore, cela coïncide avec les menées de la bourgeoisie qui visent à réduire le nombre de branches, à faire sauter les statuts attachés aux métiers :

La CGT revendique de longue date le regroupement des conventions collectives. Les pouvoirs publics ont commandé un rapport parlementaire sur la recomposition des branches professionnelles. (Préambule)

Depuis le 48e congrès, il a été proposé de réfléchir autour de champs d’activité tels que l’industrie, le commerce, les transports, la communication, les services à la personne, les activités financières, l’agriculture, etc. (III – 107)

Quant à la « sécurité sociale professionnelle », il suffira de comparer l’article CGT et l’intervention d’un certain Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et chef de l’UMP :

Des droits transférables lors de la mobilité des salariés d’une entreprise à l’autre ; une sécurité sociale professionnelle pour tous les salariés du privé comme du public, pour que leur contrat de travail soit maintenu même si leur emploi est supprimé ; une protection sociale élargie et démocratisée, au financement garanti par une réforme de la cotisation patronale ; une démocratie participative en territoire, avec des lieux d’intervention dotés de réelles prérogatives. (48e congrès, II-42-45)

Il nous faut adapter les protections du salarié aux besoins d’aujourd’hui. Alors que les parcours professionnels sont discontinus et marqués par des périodes de chômage plus ou moins longues, par des reconversions et l’acquisition de compétences nouvelles, les protections doivent désormais être attachées aux salariés et non aux emplois qu’ils occupent. C’est cela le cœur de la Sécurité sociale professionnelle. (Sarkozy à l’usine Métaleurop, 13 avril 2006)

Dans le rapport d’activité du dernier congrès en décembre, l’aveu de cette honteuse collusion se comprend malgré le style aussi limpide qu’un jus de chique :

Nous avons affirmé au 48e congrès que la sécurité sociale professionnelle et le nouveau statut du travail salarié étaient des revendications « brevetées CGT ». De fait, si ce concept a été repris et utilisé par beaucoup d’acteurs, y compris pour habiller une « flexisécurité » à la française, il peine à trouver une traduction concrète en termes de droits nouveaux pour les salariés.

Défense des droits acquis par les luttes des travailleurs qui nous ont précédés ! Assez de ces formulations qui n’ont rien à voir avec les exigences des travailleurs et qui font bon ménage avec celles des patrons et du gouvernement à leur service ! Place aux revendications ouvrières !

 

Régularisation de tous les travailleurs sans papiers !

Il n’y a pas d’autre revendication pour qui cherche à défendre les intérêts du prolétariat, à garantir son unité, à protéger les travailleurs les plus exposés. La direction de la CGT prétend qu’elle prend en charge cette revendication centrale et qu’elle est à la pointe de la lutte des travailleurs sans papiers. En réalité, l’appareil syndical épouse, sur cette question comme sur toutes les autres, la politique du gouvernement Sarkozy. Il a accepté « le cas par cas », « l’immigration choisie ». Il a parlé de victoire quand est parue le 24 novembre, la circulaire Besson déclinant les critères « cumulatifs » de régularisation : 5 ans de présence en France, exercice d'un emploi dans les métiers en tension, ancienneté égale ou supérieure à 12 mois dans l'entreprise avec un CDD ou un CDI, justifier de capacités d’intégration (en particulier, parler le français). Combien de milliers d’hommes et de femmes laissés sur le carreau ? Combien de travailleurs algériens et tunisiens exclus du dispositif à cause du respect des accords passés entre les pays d’origine et la France ?

Le 3 mars 2010, la direction confédérale ose signer une « approche commune entre employeurs et organisations syndicales sur les conditions d’obtention d’autorisation de travail et de séjour correspondant pour les salariés étrangers » qu’elle présente comme une avancée pour les travailleurs sans papiers :

Au siège du mouvement ETHIC (Entreprises à Taille Humaine Indépendantes et de Croissance) se sont rencontrés le 3 mars 2010 des représentants de la CGT, de la CFDT, de l’UNSA, de la FSU, de Solidaires, de la CGPME, d’ETHIC, du Syndicat national des activités du déchet, de Véolia Propreté et d’autres entreprises. Lors de cette rencontre, ils sont arrivés à une approche commune, concrétisée par un texte commun. Il s’agissait d’établir les conditions précises et objectives d’obtention d’autorisation de travail et de séjour correspondant, pour les salariés étrangers « sans papiers » mais qui s’acquittent, de même que leurs employeurs, de leurs cotisations et impôts. Ce texte commun, soumis en priorité aujourd’hui à M. Xavier Darcos, Ministre du Travail, n’a pas vocation à prendre position sur la question de la régulation des flux migratoires en France. Il se veut pragmatique, constructif et positif. Il est souhaitable et urgent que les parties intéressées puissent rencontrer M. Xavier Darcos sur les propositions avancées. Ils appellent les différents acteurs du monde de l’entreprise à rejoindre cette démarche. (Communiqué CGT, 8 mars 2010)

Hormis la répugnante « non prise de position sur la question de la régulation des flux migratoires » qui donne quitus à la politique des frontières fermées pour les pauvres, le texte, en prenant même bien soin de séparer le sort des « salariés intérimaires », des « salariés de professions exigeant une habilitation ou un agrément » (!), avance les mêmes critères de régularisation que le gouvernement (à part les 5 ans de travail déclarés qui deviennent 1 an). Il les justifie en soutenant ouvertement les intérêts des patrons : nécessité de « combattre les distorsions de concurrence entre les entreprises », « reconnaître de façon apaisée les besoins de certains secteurs d’activité », « lutter efficacement contre le travail illégal ».

Alors que chaque jour, des milliers de travailleurs d’origine étrangère sont exploités au travail ou contraints à la misère parce que l’État français leur refuse des papiers, sont contrôlés au faciès, humiliés, arrêtés, expulsés par la police de Sarkozy, alors que les grévistes subissent la violence d’État contre les piquets de grève, les représentants de Thibault et des autres syndicats signataires volent au secours… des patrons !

L’employeur ne devra, en aucun cas, subir une sanction rétroactive s’il se présente pour régulariser la situation des salariés pour lesquels il a payé des cotisations patronales pendant toute la période où il les a employés.

À bas la collaboration avec le ministère de l’immigration et de l’identité nationale ! À bas la collusion avec les patrons ! Des papiers pour tous ! Abrogation de toutes les lois et circulaires qui entravent la circulation et l’établissement des opprimés, des exploités, de quelque région du monde qu’ils viennent ! Dirigeants des syndicats, au service des prolétaires pas des patrons ! Unité de la classe ouvrière contre la bourgeoisie française, ses frontières, ses critères, ses accords impérialistes avec les pays dominés !

Les travailleurs sans papiers utilisent les méthodes de la classe ouvrière pour obtenir leurs justes droits : les occupations, la grève, les manifestations. Comme tous les travailleurs, ils ont besoin d’être organisés pour gagner. C’est la responsabilité des syndicats que de prendre en charge leur lutte. Les dirigeants de la CGT disent le faire, alors qu’ils les enferment dans le carcan de la légalité Sarkozy-Hortefeux et les isolent du reste du prolétariat.

 

La division des rangs ouvriers

Cette division est déclinée par les appareils syndicaux à coups de journées d’action par catégorie, par secteur, par région. Elle vise à empêcher que le prolétariat prenne conscience de sa force et se dresse, classe contre classe, face à la bourgeoisie, son gouvernement, ses institutions. Le saucissonnage des luttes vient de trouver une nouvelle illustration à la SNCF. La direction de la CGT cheminots a déposé sept préavis de grève (distincts de ceux de SUD) dont quatre pour une grève reconductible dans le fret, l’exploitation, chez les contrôleurs et les agents de conduite. La clique de Le Reste (secrétaire général de la CGT cheminots) a donné, dès le départ, un caractère morcelé au mouvement d’un des secteurs les plus organisés du prolétariat, en instaurant une collection de grèves locales. Selon les dépôts, les régions, elle a duré jusqu’au 21 avril et entraîné un tiers des personnels. 15 jours de grève pour la fraction la plus déterminée des cheminots.

Les objectifs fixés portaient sur « les réductions d’effectifs, la réorganisation du fret, les salaires, la montée des souffrances au travail ». Mais comment croire que les personnels de la SNCF pouvaient, seuls, obtenir les embauches nécessaires quand l’État-patron découpe à la tronçonneuse dans tous les services publics (hôpitaux, enseignement, etc.), maintient les salaires en dessous de l’inflation ? Pourquoi les cheminots tout seuls ? Comment comprendre que le combat pour arracher les revendications se change, dans la bouche des dirigeants syndicaux, en satisfecit parce qu’une « table ronde sociale » se tiendra à la mi mai, en demande de « discussions » qui plus est, régionales ?

Question : Où en est le conflit social ?

Didier Le Reste : Tout d’abord, il aurait pu être évité, si la SNCF n’avait pas retiré sa proposition de négociation transverse faite le 31 mars et que nous avions acceptée. De la même manière, ce conflit aurait pu être écourté si la direction avait accepté de négocier dès le début. […] Le mouvement a permis de faire sauter un verrou puisque, contrairement à la fermeté affichée, les directions ont été contraintes de s’asseoir autour de la table. […] La table ronde d’aujourd’hui ne sera pas suffisante. Si on veut une véritable négociation en rapport avec les raisons du conflit, alors il faut traiter autrement de la question de l’emploi, des restructurations, de la situation du fret, de la politique salariale, de la revalorisation des primes de travail et des revendications spécifiques à chaque métier. Il faudra donc plusieurs rendez-vous placés au cœur d’un environnement revendicatif. (L’Humanité, 21 avril 2010)

15 jours de grève et Le Reste est content parce qu’il pose ses fesses à côté de celles de Pépy (PDG de la SNCF) qui a gardé la main, tout du long, non confronté à la grève générale des cheminots. 15 jours de grève et Le Reste avoue que les tables rondes se tiennent sur l’ordre du jour initialement prévu par la direction de la SNCF qui n’a rien lâché. Le Reste qui déclenche (avec SUD Rails) puis qui fait rentrer, en faux cul, en laissant croire que les AG décident.

Le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Didier Le Reste, a déclaré, lundi 19 avril sur RMC, que son organisation s'orientait « vers la suspension de la grève ». « Je pense qu'aujourd'hui, les cheminots vont décider dans un certain nombre d'endroits de suspendre leur action. Nous sommes sur cette trajectoire à condition que l'entreprise joue le jeu », a-t-il ajouté. (Le Monde, 20 avril 2010)

Le Reste et son équipe ont mis les cheminots en situation de ne rien gagner après 15 jours de grève ; ils épuisent les forces d’une section du prolétariat qui sera très importante dans la bataille pour la défense des retraites, contre le gouvernement Sarkozy-Fillon.

 

Pour une CGT réunifiée et lutte de classe

Participation à tous les organes de cogestion, bradage des revendications, division, cette politique ne se retrouve pas à la seule CGT. Toutes les bureaucraties syndicales sont corrompues, domestiquées par la bourgeoisie, alors que l’offensive capitaliste contre les acquis arrachés précédemment par les luttes ouvrières rend plus que jamais nécessaire l’existence du syndicat, d’une organisation permanente qui regroupe l’ensemble des travailleurs salariés pour se défendre collectivement.

Pour ne pas laisser les syndicats aux mains des appareils traîtres, qui les vident (8 % de syndiqués en France) et les impuissantent, il faut défendre à l’intérieur et à l’extérieur, l’orientation dont le prolétariat a besoin : énoncer les revendications correspondant aux besoins des masses, exiger de ceux qui disent parler en leur nom qu’ils les reprennent, qu’ils rompent leurs liens avec le gouvernement et le patronat ; contre les journées d’action, l’émiettement des forces, formuler la voie par laquelle la mobilisation peut passer pour obtenir satisfaction ; favoriser l’organisation indépendante des travailleurs mobilisés (assemblées générales, piquets, comités de lutte et de grève révocables et centralisés).

Ce combat participe pleinement aux efforts pour construire un parti ouvrier révolutionnaire, une internationale ouvrière révolutionnaire.