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Réunion appelée par le SNES du lycée Vial de Nantes le 10 décembre 2009

Présentation du projet Sarkozy - Chatel contre les lycées

Si l’on en croit le Président de la République (13 octobre) et le ministre de l’Éducation nationale (19 novembre), le pouvoir exécutif aurait entrepris une « réforme du lycée » dès la rentrée 2010-2011 pour améliorer la formation et l’orientation de la jeunesse.

Évidemment, nous ne sommes pas forcés de croire sur parole ceux qui diminuent les pensions des  anciens salariés en invoquant le sauvetage du système de retraite par répartition, ceux qui persécutent les travailleurs immigrés en prétendant qu’ils s’en prennent aux passeurs, ceux qui trouvent l’argent pour les banquiers mais pas pour les chômeurs ou les hôpitaux, ceux qui transforment la Poste en société anonyme en jurant que c’est pour ne jamais la privatiser…

Le contexte : 16 000 nouvelles suppressions de postes, suppression des IUFM…

Les enseignants et les lycéens doivent examiner le texte du projet tel que le ministère le publie sur son site (hmedia.education.gouv.fr/file/11_novembre/06/8/Conference_de_presse_lycee_127068.pdf). Les décrets seraient sans doute plus concrets, mais, tel qu’il est, il est loin de se borner à la suppression de l’histoire-géographie en terminale S, comme on pourrait le croire à écouter les médias.

La lectrice ou le lecteur percevra la cohérence du projet ainsi que son articulation avec l’ensemble de la politique du gouvernement dès lors qu’elle/il mettra en regard l’assouplissement de la carte scolaire, la baisse du pouvoir d’achat, les allégements de programme du primaire, le projet de suppression de 16 000 postes à l’Éducation nationale inclus dans le budget 2010 pour la 4e année successive, le projet de liquidation des IUFM et de toute formation pédagogique des nouveaux professeurs, le tarissement du recrutement des co-psy, la division des travailleurs et la précarisation d’une partie d’entre eux (105 000 AE, AVS, EVS… en 2010), etc.

 

Six heures de cours en moins au total

Avant tout, il s’agit d’une réduction de l’enseignement, de la transmission du savoir aux élèves. Ils auront deux heures en moins de cours en classe de seconde, deux heures de moins en classe de première, deux heures de moins en classe de terminale. Ces heures de cours seront remplacées par « deux heures d’accompagnement personnalisé » (p. 6, p. 11, p. 12, p. 13, p. 14, p. 16, p. 17, p. 18, p. 19).

C’est évidemment moins coûteux que la réduction des effectifs qui est pourtant une nécessité pédagogique dans les classes de seconde et les classes de première et terminale des filières technologiques. Les dédoublements n’obéiraient plus aux règles actuelles qui découlent des disciplines et de l’effectif de la division (groupe classe) : « les heures actuellement affectées aux dédoublements par discipline sont maintenues, elles sont globalisées » (p. 7).

 

Une désagrégation du groupe classe

Par ailleurs, le projet contribue à disloquer le « groupe classe » qui assure pourtant une certaine stabilité aux élèves, surtout les plus fragiles. Outre les deux heures d’accompagnement personnalisé déjà mentionnées, toutes les langues vivantes seraient enseignées par « groupes de compétences » (p. 8, p. 15, p. 18). Les autres heures ne sont pas à l’abri de regroupements puisque projet renforce le « tronc commun » (p. 3), « les enseignements communs » (p.4). D’ores et déjà, pour la classe de première, le projet mentionne « la possibilité de constituer des classes de différentes séries » (p. 15).

Les élèves pourront être évalués sur d’autres critères que les disciplines enseignées et même sur leur vie en dehors de l’établissement scolaire : « Les responsabilités prises au lycée et en dehors deviennent un élément d’appréciation » (p. 10).

La mise en cause des conseilleurs psychologues

Les conseillers psychologues, en charge actuellement de l’orientation, deviendraient  superflus : « L’orientation fait partie intégrante de l’accompagnement personnalisé » (p. 6) ; « Un tutorat est mis en place pour suivre individuellement chaque élève volontaire, dès la classe de seconde… Le tuteur aide l’élève dans ses choix… » (p. 5).

Une des tâches des enseignants serait d’envoyer leurs élèves en entreprise, afin que les jeunes prennent tôt l’habitude de travailler gratuitement ou quasi-gratuitement : « Tous les élèves sont encouragés à effectuer des stages en entreprise de courte durée » (p. 5).

 

Une atteinte aux statuts qui protègent les enseignants

Bien que prétendant s’adresser, à cette étape, au volontariat des professeurs, le projet est incompatible avec les statuts qui les protègent. Jusqu’à présent, grâce aux décrets du 25 mai 1950, les professeurs sont chargés d’enseigner un champ du savoir pour laquelle ils sont compétents, selon un calcul hebdomadaire (15 heures ou 18 heures) et en présence collective des élèves (par classe ou demi-classe).

Or, les heures de « l’accompagnement personnalisé » seraient autre chose que de l’enseignement ; en outre, elles échapperaient explicitement au cadre hebdomadaire : « l’accompagnement spécialisé n’a pas nécessairement une forme hebdomadaire » (p. 7) ; enfin, les professeurs seraient soumis aux organismes de cogestion (CP, CA) et à l’autorité du chef d’établissement : « C’est l’équipe pédagogique qui élabore le projet d’accompagnement personnalisé. Ce dernier est ensuite soumis au conseil pédagogique, avant d’être présenté par le proviseur au conseil d’administration » (p. 7).

L’extension des tâches ne s’arrête pas là : « Des séances de cinéma sont organisées dans tous les lycées, plusieurs fois par mois, en fin de journée ou les week-ends » (p. 9).

 

Comment bloquer l’offensive du gouvernement ?

Sarkozy et Chatel présentent leur projet comme plus de liberté de choix pour la jeunesse, mais il procède en fait de la diminution de l’enseignement qui leur sera délivré, à l’accentuation de la concurrence entre lycées et de la flexibilité des travailleurs de l’enseignement. Il complète la réduction généralisée des services publics et de la protection sociale (plus de 50 000 suppressions de postes en 4 ans pour l’école) et il s’inscrit dans l’obscurantisme présidentiel (« l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche », 20 décembre 2007).

Les directions des principaux syndicats avaient préparé le projet avec le ministre qui les consultait en permanence, comme il l’avait annoncé dès sa nomination (« Je vais discuter cette semaine avec les organisations syndicales des modalités de mise en place de ce projet », Le Monde, 25 aout 2009). Aujourd’hui qu’il est rendu public, certaines directions syndicales l’approuvent et les autres supplient le gouvernement de reprendre la « négociation » pour aboutir à une meilleure « réforme des lycées ».

Les élèves et les travailleurs de l’enseignement ont, eux, des revendications, des exigences, dont les premières sont le maintien des postes, le respect des statuts de 1950, le rétablissement de la formation pédagogique des professeurs stagiaires et le retrait pur et simple du projet Sarkozy-Chatel contre les lycées.