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Kanaky / Nouvelle-Calédonie

 

Liberté pour tous les militants syndicaux de l’USTKE ! Indépendance de la Kanaky !

 

Une intensification de la répression contre les syndicalistes en Kanaky

Le 16 janvier 2008, une manifestation pacifique de militants syndicaux de l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités) et de salariés en grève de l’entreprise de transport en commun Carsud (groupe Veolia) est attaquée, avec une grande violence, par la gendarmerie mobile, qui cause vingt blessés, dont cinq grièvement. À cela, s’ajoutent arrestations et emprisonnements préventifs, en attente d’un jugement pénal.

Le 21 avril 2008, le tribunal correctionnel de Nouméa condamne vingt-trois syndicalistes arrêtés le 16 janvier à des peines de prison ferme, allant de 1 mois à 1 an, associées à une privation des droits civiques pendant 3 ans.

Le jeudi 28 mai 2009, au cours du rassemblement devant l’aérodrome de Nouméa de soutien aux salariés d’Air Calédonie (Aircal) en lutte depuis 2 mois contre un licenciement abusif, les gendarmes mobiles et le GIPN interviennent brutalement, repoussant les manifestants sur le tarmac. Aircal, dont le président est un chef de clan kanak, président du LKS (Libération kanak socialiste), porte plainte pour détérioration de deux appareils dans lesquels les travailleurs se sont réfugiés. Le tribunal correctionnel condamne de nouveau des syndicalistes à de la prison ferme pour « entrave à la circulation d’un aéronef ».

Le 15 septembre 2009, la cour d’appel de Nouméa confirme les peines. Elle maintient en détention le président de l’USTKE, Gérard Jodar, condamné à 9 mois de prison ferme avec Michel Safoka et Sagato Uvéakovi. Deux autres militants écopent de 6 mois de prison ferme (Julien Vaiagina, Thierry Gnipate), un de 4 mois de prison ferme (Sele Lami), un de 3 mois de prison ferme (Lino Falelavaki). En outre, trois autres prévenus sont condamnés à des peines de 2 et 4 mois avec sursis et mise à l’épreuve pendant 2 ans, dix-huit syndicalistes à des peines de 4 mois de prison avec sursis simple.

Face au premier jugement, le 29 juin, l’USTKE appelle à la grève générale le 27 juillet. S’il n’y a pas de véritable grève générale dans les entreprises et les administrations, le port autonome est néanmoins bloqué, des manifestations et des barrages se multiplient, le tout perturbant l’économie durant une semaine. La jonction entre les travailleurs salariés et les déclassés préoccupe au plus haut point le représentant de l’État français :

« Ce n'est plus de l'action syndicale mais du banditisme », constate le haut-commissaire de la République, Yves Dassonville, qui conduit d'une main ferme l'action des forces de l'ordre. (Les Échos, 5 août 2009)

Le 4 août, à Saint-Louis, près de Nouméa, des dizaines de jeunes dressent un barrage et ripostent  à la gendarmerie qui venait les déloger.

Tôt dans la matinée, un barrage, aux alentours duquel flottait un drapeau USTKE, avait été dressé au niveau du pont de la Thy, interdisant toute circulation. Raison pour laquelle le haussariat [le haut commissaire de la République, note de RS] a décidé d’engager la gendarmerie. Un premier assaut a eu lieu aux environs de 9 heures. Parmi les détonations de grenades assourdissantes, d’autres sons, assez caractéristiques, eux aussi, ont été entendus : ceux de fusils… (Les Nouvelles Calédoniennes, 8 août 2009)

La nuit suivante, la cité populaire de Montravel, dans les quartiers nord de Nouméa, connait une nuit d’émeute. Le 7 août, la direction de l’USTKE suspend la grève générale.

Cela n’empêche pas, le 12 août, un « Collectif citoyen » de convoquer, avec succès, une manifestation réactionnaire de 25 000 personnes à Nouméa. L’USTKE appelle à manifester le 22 août. Il y a eu 3 000 manifestants, selon ses dires.

La direction de l’USTKE lance le mot d’ordre de grève générale pour le 15 septembre, jour de la décision de la cour d’appel : « L’USTKE réactivera sa grève générale dans la nuit de lundi à mardi prochain, à minuit exactement, pour mobiliser ses troupes au jour où doit être rendu l’arrêt de la cour d’appel… » (Les Nouvelles Calédoniennes, 11 septembre 2009). Elle le retire au dernier moment : « Dans l’immédiat, la grève est suspendue… » (Les Nouvelles Calédoniennes, 16 septembre 2009).

Le 13 octobre, le tribunal correctionnel de Nouméa condamne trois autres syndicalistes à 1 an de prison, dont 4 mois fermes, pour leur participation aux barrages du 5 août à Saint-Louis.

Honteusement, FO et la CFDT n’assument pas la plus élémentaire solidarité syndicale. Le PS, présent en Kanaky, ne proteste pas contre la répression répétée envers les syndicalistes. Le PCF, inexistant en Kanaky, tout en dénonçant le jugement, en appelle à ceux qui matraquent et emprisonnent : « Le gouvernement français doit agir vite avant que la situation ne connaisse de nouveaux développements de tension. » (Le Point, 17 août 2009).

 

L’USTKE et le Parti travailliste acceptent le calendrier fixé par l’État français

L’USTKE, créée en 1981, est aujourd’hui par son effectif le deuxième syndicat de Kanaky, derrière l’USOENC (liée à la CFDT), devant l’UT-FO. Elle se distingue des autres organisations syndicales par son orientation (elle est la seule à revendiquer l’indépendance), sa pratique (elle recourt souvent aux piquets de grève) et ses relations (elle ne cache pas ses liens avec la Confédération paysanne, la CGT, le NPA).

Pour ces raisons, non seulement elle regroupe des travailleurs salariés kanaks (Mélanésiens d’origine) et descendants d’immigrés (Européens, Polynésiens…), mais aussi des jeunes en formation et des chômeurs des quartiers pauvres (habités surtout par des Kanaks et des Wallisiens). En retour, l’USTKE s’attire le harcèlement de l’appareil répressif d’État (gendarmerie et tribunaux), à caractère anti-ouvrier et colonialiste à la fois, ainsi qu’une véritable haine d’une partie des « métros » (immigrés récents de France) et des « caldoches » (les descendants des colons).

La direction de l’USTKE a décidé en 2006 de fonder un bras politique, le Parti travailliste. Malgré son origine syndicale et son nom (elle a choisi celui du grand parti réformiste des deux pays capitalistes avancés de la région, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui seraient intéressés à supplanter la France en cas d’indépendance formelle), le PT est un parti nationaliste, sans aucune référence à la lutte des classes et au socialisme, fût-il le plus vague :

Il y a les indépendantistes qui piaffent face à ce qu’ils considèrent comme des atermoiements et des compromissions avec le système colonial et capitaliste. Ceux-là se retrouvent notamment au Parti travailliste, annexe politique de l’USTKE, que préside Louis Kotra Uregei et qui a obtenu 33 élus lors des élections municipales de 2008 et 7,97 % des suffrages lors des élections provinciales de mai 2009. À l’approche du référendum sur l’autonomie ou sur l’indépendance qui doit se tenir entre 2014 et 2018, les surenchères se multiplient dans le camp indépendantiste. (Jeune Afrique, 8 septembre 2009)

Le Parti travailliste avait tenu peu auparavant son premier congrès, en novembre 2008, avec des représentants des altermondialistes (José Bové), des Verts, de l’ex-LCR, du Syndicat des travailleurs corses, de la CGT et du Labour Party de Nouvelle-Zélande (l’organisation sœur du PS français, dont la présence est omise par le NPA). Il n’a même pas adopté de programme, se contentant de la revendication de l’indépendance… pour 2014. Pour le PT comme pour le NPA (la LCR s’est défroquée, entretemps, de toute référence au communisme, voir Révolution Socialiste n° 30), il suffirait de réformer le capitalisme, de l’apprivoiser, car il est actuellement trop « sauvage » :

Un syndicat qui a créé un parti politique, le Parti travailliste, pour lier lutte sociale au combat politique, qui pose le problème de l’avenir du territoire et lutte contre le capitalisme sauvage… (Tout est à nous ! 24 septembre 2009)

Lors des élections du printemps, le bras politique de l’USTKE a confirmé, par sa profession de foi, qu’il partageait avec tous les partis en compétition le mythe bourgeois d’un « intérêt général » qui serait commun aux capitalistes et aux prolétaires :

Le Parti travailliste sera un vrai parti novateur, totalement différent des autres, qui se battra pour défendre tout ce qui va dans le sens de l’intérêt général. (PT, Liberté, unité, égalité, respect, 7 mai 2009)

Le PT et la direction de l’USTKE mettent leurs espoirs, avec la plus grande naïveté, dans l’échéancier fixé par l’État colonial, qui serait un « partenaire » :

L’Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE) réitère sa volonté de voir l’État français jouer pleinement son rôle de partenaire de l’Accord de Nouméa et tenir ses engagements dans ce dossier. (USTKE, Communiqué, 12 janvier 2007)

L’Accord de Nouméa (1998) prolonge l’Accord de Matignon (1988), tous deux rédigés par le PS et tous deux approuvés par le PCF. Ils résultent d’une abdication du mouvement nationaliste, le FLNKS, après une poussée révolutionnaire que « la République » et la « démocratie » bourgeoises ont écrasée de manière brutale et même barbare.

 

Le nationalisme kanak a émergé au cours de la précédente vague révolutionnaire mondiale

De 1944 à 1961, le second empire colonial du monde s’est disloqué, non sans manifester la même barbarie dans sa vaine tentative de préservation (en particulier en Indochine et en Algérie) que lors de sa constitution. Dès lors, le rapport de la puissance impérialiste avec les minuscules restes de l’empire est infléchi :

Cela ne signifie pas pour autant que la France entend renoncer à ses derniers territoires ultramarins qui font d’elle une puissance présente sur tous les océans. Toute la politique gaullienne puis gaulliste vise au « maintien » des « confettis de l’empire »… Cela se traduit par d’importants transferts financiers de la métropole au profit de ses territoires… Au cours des années 1990, se crée un consensus des forces politiques successivement au pouvoir quant à l’avenir des outremers… L’accord de Nouméa du 5 mai 1998, qui donne une forte autonomie à la Nouvelle Calédonie, manifeste bien cette unité retrouvée. (Jean Garrigues, La France sous la 5e République, Colin, 2008, p. 551-2)

Grâce à « l’outremer », l’État français conserve le troisième domaine maritime du monde. La « Nouvelle-Calédonie » est, parmi les confettis de l’ex-empire colonial, le plus proche d’une colonie traditionnelle. Contrairement aux Antilles « françaises », la population indigène n’a pas été exterminée et l’archipel dispose aussi de richesses naturelles considérables.

En 2002, en Guadeloupe, à la Réunion, les taux de couverture des importations par les exportations étaient inférieurs à 10 %, la Martinique n’atteignait pas 20 %… La meilleure performance revient à la Nouvelle-Calédonie qui atteint parfois les 50 % de taux de couverture. (Jean-Yves Faberon, L’Outre-mer français, La Documentation française, 2004, p. 11)

Vu l’emplacement stratégique, ses richesses minérales et maritimes, l’État bourgeois, qui restreint et précarise l’immigration en France, l’encourage en Kanaky. Une lettre du 19 juillet 1972 du Premier ministre Messmer, sous la présidence de Pompidou, recommande au secrétaire d’État aux DOM-TOM, Deniau, de tout mettre en œuvre en Nouvelle-Calédonie pour « empêcher une revendication nationaliste de populations autochtones », en favorisant l’« immigration massive de citoyens français métropolitains ou originaires des départements d’outre-mer » et en faisant « réserver des emplois aux immigrants dans les entreprises privées ». En 1887, les Kanaks représentaient 68 % de la population ; en 1946, 49 % ; en 1996, 44 %.

En Kanaky, la première grande grève date de 1956, pour la parité de salaires entre ouvriers asiatiques et ouvriers européens dans les mines à ciel ouvert de nickel. Dans le cadre de la montée révolutionnaire mondiale des années 1960-1970, la jeunesse kanake commence à se révolter et à s’organiser : Foulards rouges en 1969, Groupe 1878 en 1971, Parti de libération kanake (Palika, la fusion des deux précédents) en 1977, Libération kanak socialiste (LKS, une scission du précédent) en 1981, autant d’organisations qui se réclament du marxisme. Même l’Union calédonienne (UC), pourtant d’origine cléricale, se rallie à l’indépendance en 1977.

En dépit de circonstances géographiques et politiques défavorables, le mouvement nationaliste petit-bourgeois est tenté par la guérilla, après avoir soutenu en 1981 le candidat du PS, Mitterrand. En septembre 1984, le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) est créé pour fédérer l’ensemble des organisations indépendantistes. Il boycotte les élections locales. Les Kanaks commencent, légitimement, à s’armer sous la direction d’Éloi Machoro qui prend le contrôle de la zone minière. Le 25 novembre 1984, le FLNKS proclame l’indépendance de la Kanaky et désigne un « gouvernement provisoire ».

 

La 5e République a imposé les Accords de Matignon et de Nouméa en massacrant les combattants kanaks

Alors, l’armée française entre dans les réserves kanakes. Le 5 décembre, à Hienghène, dix militants kanaks sont assassinés lors d’une embuscade tendue par des « loyalistes » qui seront acquittés en 1987 par la cour d’assises de Nouméa. Le président du gouvernement provisoire, Jean-Marie Tjibaou, appelle à lever les barrages.

Le 12 janvier 1985, Éloi Machoro et Marcel Nonaro sont liquidés par le GIGN, une unité de la gendarmerie constituée officiellement contre le grand banditisme et le terrorisme (comme le GIPN au sein de la police nationale). Les gendarmes laissent Machoro agoniser durant des heures sans lui porter secours. Le président de la 5e République est Mitterrand, le premier ministre est Fabius dont le gouvernement est soutenu au parlement par le PS, le PCF et le PRG.

Le 5 mai 1988, l’armée, le GIGN et les services secrets (DGSE) assassinent 19 militants kanaks, dont au moins 2 blessés achevés à coups de botte et de crosse. Alphonse Dianou meurt, faute de soins. Le président est toujours Mitterrand, le premier ministre est Chirac dont le gouvernement est soutenu par le RPR (UMP aujourd’hui) et l’UDF (aujourd’hui MoDem). Parmi les chargés de mission du ministre de l’intérieur Pasqua, figure son poulain, un certain Sarkozy.

Confrontée à la répression sanglante par la « République » française, son armée et sa gendarmerie, la direction du FLNKS cède. Tjibaou renie la proclamation de l’indépendance et négocie avec le RPCR du capitaliste Lafleur (rebaptisé en 2004 Rassemblement-UMP). Les discussions se déroulent sous les auspices du premier ministre PS Rocard (Accords de Matignon, 1988), puis du premier ministre PS Jospin (Accord de Nouméa, 1998). Ils ont doté l'archipel d'un cadre transitoire qui doit prendre fin avec un référendum d'autodétermination (où voteront tous ceux qui résident depuis 10 ans en Nouvelle-Calédonie) qui est repoussé à une date éloignée (entre 2014 et 2018). C’est à cette étape institutionnelle que se fient les différentes fractions du FLNKS, la direction de l’USTK et le Parti travailliste.

En attendant, la Kanaky d’à peine 200 000 habitants alors (245 000 en 2009) est découpée en 3 « provinces » avec chacune son gouvernement, de manière à limiter une éventuelle indépendance à une seule partie de l’archipel.

La colonie doit être divisée en trois provinces, une pour les colons blancs, deux pour les indigènes mélanésiens appelés Kanaks. (The Economist, 2 juillet 1988)

L’ensemble du « territoire », sauf pour la monnaie, la justice et le maintien de l’ordre, est géré par un « gouvernement » issu du « congrès », une assemblée élue par les élus des trois provinces :

Le texte 2 des Accords de Matignon décrit la future organisation institutionnelle : trois provinces (Iles Loyauté, province Sud, province Nord) ; un congrès ; une répartition des compétences limitant l’État aux domaines régaliens. Des contrats de développement sont prévus entre l’État et les provinces, ainsi que le Territoire. (Alain Christnacht, La Nouvelle-Calédonie, La Documentation Française, 2003, p. 57)

La première conséquence politique de la signature des accords est que le FLNKS éclate aussitôt. La deuxième est que certaines de ses composantes (LKS, FCCI, UC), vont même former ultérieurement des blocs, dans certaines municipalités et provinces, avec le Rassemblement (ex-RPCR, le correspondant de l’UMP) ou sa scission Avenir ensemble, ce qui aurait été impensable avant 1988. La troisième est que le Rassemblement est majoritaire au « gouvernement ».

 

Les racines sociales du nationalisme kanak...

Mais l’objectif décisif a demandé plus de temps, car il s’agissait de l’intégration d’une couche de Kanaks à la classe dominante locale et à son appareil d’État.

Les petits bourgeois et les capitalistes ne sont pas lésés par l’autonomie qui a fait de la Kanaky un « pays de rêve libéral » :

Une île qui émargeait jusqu’en 2008 à 5 % de croissance annuelle. Où le BTP fait fortune. Où créer son entreprise en son nom propre est l’affaire d’une journée. Pas d’Urssaf, des charges sociales avantageuses, un barème d’impôt sur le revenu qui est très favorable. Un système de « double défiscalisation » également très attractif. (Le Monde, 26 août 2009)

Les Accords de Matignon-Nouméa ont permis l’émergence d’une bourgeoisie kanake, analogue à la bourgeoisie noire en Afrique du Sud après 1994. La bourgeoisie kanake se constitue à partir de l’intégration à la gestion des provinces et du territoire et par accumulation d’un capital aux mains de Kanaks. C’est le cas dans les transports avec Aircal, (l’entreprise d’un dirigeant du LKS) ou la SODIL (l’entreprise d’un dirigeant du PT), déjà cités, mais aussi dans le secteur minier :

Longtemps tenus à l’écart de l’industrie du nickel, les Kanaks de Nouvelle-Calédonie, qui ont inauguré lundi 3 novembre une usine métallurgique en Corée du Sud, ont effectué une extraordinaire ascension dans ce secteur. Cette réussite, ils la doivent à André Dang, le PDG de la société minière du sud Pacifique, mais aussi à l’État qui, depuis 20 ans, accompagne le rééquilibrage économique de ce territoire d’Outre-mer en faveur de la population autochtone du Caillou. L’entrée des Kanaks dans l’industrie du nickel remonte à 1990, au lendemain des accords de Matignon qui ont ramené la paix après plusieurs années de violences entre indépendantistes et loyalistes calédoniens. (RFO, 4 novembre 2008)

 

...et leur portée réactionnaire

Lors d’une grève à la SMSP, animée par le SOENC (Union des syndicats des ouvriers et des employés de Nouvelle-Calédonie), le parti nationaliste Palika dénonce les mineurs et demande à l’État colonial de les réprimer :

En s’attaquant à l’outil de développement, d’émancipation économique, de fierté du peuple Kanak et de ceux qui veulent construire avec lui un pays souverain, les membres du SOENC-Mines ont commis des actes de barbarie qui manifestement, visent à la déstabilisation et à la destruction pure et simple de la SMSP. Le Bureau politique du PALIKA demande aux autorités compétentes de prendre des mesures qui s’imposent pour que les auteurs et les véritables instigateurs de tels actes ne restent pas impunis. (Palika, Communiqué, 5 février 2002)

Par la transformation de nombre de ses dirigeants en gouvernants et en capitalistes, le FLNKS d’origine petite-bourgeoise est devenu un mouvement véritablement bourgeois, ce qui en éloigne plus que jamais les travailleurs non-kanaks.

Le PCF, LO et le NPA (y compris ses « ailes gauches ») camouflent tous que certains dirigeants de l’USTKE sont devenus eux aussi des capitalistes, comme un certain nombre d’autres chefs indépendantistes. En effet, le fondateur de l’USTKE et chef du PT, Louis Kotra Uregei, est aussi le patron de la SODIL (transport maritime). Le président de l’USTKE, Gérard Jodar, est aussi membre du conseil d’administration de la TAS (Tontouta Air Service), gérant de la SCP (Société civile de participation), de la STP (Société de transport particulier) et de la société SCAJ. Jodar émarge aussi au Conseil économique et social de Nouvelle-Calédonie au titre de l’USTKE. Au total, « il dit gagner 5 000 euros par mois » (Le Monde, 26 août 2009).

Le nationalisme, même dans un pays opprimé, est source de collaboration de classes et de division du prolétariat. Le FLNKS et la direction de l’USTKE l’ont déjà prouvé. Les 4 et 17 novembre 1997, 110 Chinois arrivent, épuisés, par bateau en Kanaky.

Le RPCR, RPR local, propose de « les rapatrier dans leur pays ». De son côté, Roch Warnytan, le patron du FLNKS, déclare « les accepter, c’est mettre un doigt dans l’engrenage ». Un communiqué suit, intitulé « Manifestation aujourd’hui contre l’immigration ». Le Palika, le LKS, le FDIL (Front de développement des îles) et l’USTKE y « appellent à la mobilisation contre l’immigration clandestine et imposée des boat people, et contre l’immigration organisée en provenance de l’Europe, de la Métropole, et des territoires et pays du Pacifique ». (Le Monde Libertaire, 27 novembre 1997)

Le 22 mars 1998, les immigrés montent sur les toits de la caserne désaffectée où ils sont parqués, pour protester contre leur expulsion imminente. Ils sont tirés comme des lapins par les gendarmes mobiles. Neuf d'entre eux sont blessés, dont deux grièvement. Les nationalistes, en assimilant des travailleurs chinois et leurs familles aux colons européens, ont facilité l’ignominie française. Des gendarmes qui tirent sur des immigrés chinois ne peuvent que matraquer, au moins, des grévistes kanaks ou français. En mai 2005, le GIPN est intervenu en France contre des postiers en grève ; en septembre 2005, le GIGN et l’armée sont intervenus contre des marins en grève.

 

Pour la révolution socialiste

L’indépendance est un droit irréfutable que le mouvement ouvrier français, ses partis et ses syndicats, doit défendre sans aucune réserve, de manière à affaiblir son principal ennemi, la bourgeoisie française.

Mais le nationalisme kanak bourgeois et petit-bourgeois est lui-même un frein à l’indépendance, sa xénophobie permettant aux «loyalistes » de trouver un écho parmi les Polynésiens et les Asiatiques de l’archipel. C’est pourquoi l’attitude des néo-réformistes du NPA et de LO, qui s’alignent sur le nationalisme petit-bourgeois en Kanaky comme en Guadeloupe, est étrangère au bolchevisme-léninisme (sans parler du silence scandaleux, face à la répression, des sociaux-chauvins du POI, les tenants de la « République une et indivisible »).

Le prolétariat de Kanaky a crû numériquement et représente un plus grand potentiel révolutionnaire que dans les années 1970, ce qui explique la répression dont les militants et les cadres de l’USTKE sont l’objet, malgré la participation de l’appareil syndical à tous les organismes de cogestion et la volonté du PT de respecter le capitalisme et les accords réactionnaires de Matignon-Nouméa.

Pour unir leurs rangs, s’émanciper et libérer la Kanaky, les travailleurs doivent rompre avec toutes les fractions de la bourgeoisie. Seul un parti ouvrier révolutionnaire, multiethnique et marxiste, est capable, par le rassemblement de tous les exploités et opprimés, de conduire la Kanaky à une véritable indépendance, qui ne pourrait être économiquement viable que par l’extension de la révolution socialiste à la Polynésie « française », à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande, à l’Indonésie…

Solidarité des confédérations et des syndicats de France avec l’USTKE ! Libération immédiate de tous les syndicalistes emprisonnés en Kanaky !

Retrait immédiat de l’armée et des gendarmes ! Armement du peuple ! Fermeture des bases militaires de Tontouta, de Nouméa, de Mont-Dore et de Bourail !

À bas les accords de Matignon-Nouméa ! Indépendance sans condition et sans délai de la Kanaky ! Gouvernement ouvrier et paysan en Kanaky ! Expropriation des grandes entreprises françaises, brésiliennes ou kanakes ! Fédération socialiste de l’Océanie !