| Révolution Socialiste | ![]() |
|
Accueil |
CoReP |
CRP en el Perú |
Iran
Depuis l’élection présidentielle, le 12 juin 2009, l’Iran a connu une vague de protestations de masse et de confrontations entre d’une part les partisans des divers groupes islamiques et les opposants au régime théocratique des mollahs, et d’autre part les forces répressives (police, milices bassijis). Le président sortant Mahmoud Ahmadinejad aurait eu 62 % des voix, contre 33,8 % pour son principal opposant, Mir Hossein Moussavi. Dès le lendemain, ont eu lieu les premières contestations contre Ahmadinejad, qui donnèrent lieu à des affrontements avec les milices bassijis.
Un nombre croissant de rapports font état de tortures et d’assassinats dans les prisons, en particulier dans la tristement célèbre prison Evin à la périphérie nord de Téhéran et aussi au Kurdistan iranien.
Depuis 1979, un Guide de la révolution (Rahbar) est élu par les 86 membres du conseil des experts Majles-e-Khobregan. Le Conseil des gardiens de la constitution se compose de 12 membres,
six représentants religieux et six avocats. Les représentants religieux sont
désignés par le Rahbar. Le Conseil
des gardiens de la constitution décide quels sont les candidats admis à
participer à l’élection présidentielle. Cette année, 475 candidats se sont
présentés, dont 42 femmes. Le 20 mai, les Gardiens ont admis quatre candidats.
Le président sortant Mahmoud Ahmadinejad
et l’ancien commandant en chef des Gardiens de la révolution Mohsen Rezaï
étaient considérés comme des candidats « conservateurs ». Ce dernier
critiquait la politique internationale d’Ahmadinejad et lui reprochait ses
déclarations provocantes. Mehdi Karoubi se présentait comme un réformiste. Il
promettait de donner une existence légale à la minorité religieuse persécutée bahaïe et d’intégrer des femmes dans son
gouvernement. Mir Hossein Moussavi a commencé sa carrière politique sous le
règne de Khomeini comme éditeur du journal de l’ancien Parti de la république
islamique ; il fut désigné Ministre des affaires étrangères au début de
l’été 1981, et il devint Premier ministre l’automne de la même année. Durant
son mandat, des milliers de militants d’organisations ouvrières et de groupes
d’opposition furent arrêtés, torturés et assassinés ; pendant la guerre
contre l’Irak, il organisa l’extermination sanglante des Kurdes.
Les contestations ayant suivi l’annonce de la victoire électorale d’Ahmadinejad étaient à l’origine une mobilisation des partisans de Moussavi ; pourtant, elles ont rapidement pris de l’ampleur et ont conduit tous ceux qui n’étaient pas satisfaits à descendre dans la rue et à demander « Qu’est-il arrivé à mon vote ? », puis à crier des slogans comme « À bas le dictateur ! » et « À bas la République islamique ! ».
C’est moins pour exprimer leur
soutien à Moussavi que leur haine pour Ahmadinejad que les masses laborieuses et
la jeunesse scolarisée ont manifesté. Dans un tract rédigé par des travailleurs
de l’entreprise d’État Khodro Automobile, Ahmadinejad était accusé de distribuer,
pendant sa campagne électorale, de l’argent dans les quartiers pauvres de la
ville, une insulte pour la classe ouvrière, qui ne souhaite pas des aumônes,
mais des salaires décents. En même temps, les ouvriers de Khodro critiquaient
la politique économique du gouvernement qui alimente l’hyperinflation en
émettant sans arrêt plus de monnaie. Des ouvriers de l’industrie pétrolière
rappelaient dans des tracts le rôle décisif qu’ils avaient joué dans la chute
du régime du Chah. Ils n’espéraient pas des aumônes, mais une interdiction des
« contrats blancs » (CDD d’un mois). Les manifestations de masse du
15 juin se composaient largement de prolétaires et d’étudiants. À Téhéran,
trois millions de personnes ont défilé ; à Isfahan, Tabriz et Shiraz, des
centaines de milliers de manifestations exprimaient leur contestation. Une
attention toute particulière doit être portée sur la présence de jeunes femmes
dans les manifestations. Elles souffrent – comme étudiantes, comme
travailleuses, comme femmes – deux fois du régime religieux réactionnaire.
Sous prétexte que l’Iran s’arme (air déjà entendu pour justifier
l’invasion de l’Irak et qui, curieusement, ne vaut pas pour les États-Unis, la
France, ou leur protégé Israël, tous dotés de l’arme atomique), la pression des
puissances impérialistes, la France en premier, ne s’est pas relâchée sur
l’Iran, fournissant la meilleure aide au régime qui prend des poses
nationalistes.
Par conséquent, le mouvement ouvrier international doit être vigilant et
prêt à s’opposer à une possible agression impérialiste contre l’Iran. En aucun
cas, cela n’implique une solidarité avec la « République islamique »
ou avec un des groupes qui sont au sommet de l’État théocratique bourgeois. Il
s’agit plutôt de défendre un État dépendant contre l’impérialisme.
Les dernières années virent un nombre croissant de mouvements de la classe ouvrière, dont la plupart furent violemment réprimés, et aussi de femmes et d’étudiants. Plus de 200 militants ouvriers ont été arrêtés pendant la période autour du 1e mai 2009. Toutes ces luttes montrent que la classe ouvrière iranienne est prête à se constituer en « classe pour soi ».
Mais la capitulation devant Khomeiny et le clergé du parti stalinien (le Parti Tudeh), des organisations de guérilla castristes (Fedayin, Peykar) et du groupe centriste (HKS) ont laissé le prolétariat sans direction. Leurs successeurs sociaux-démocrates de tout type n’en ont tiré aucune leçon, puisqu’ils s’alignent aujourd’hui sur Moussavi . Pourtant, les conflits internes de la classe dominante ouvrent une voie à la classe ouvrière, si elle se dote de son parti propre pour donner une réelle perspective à la vaste colère des masses opprimées.
D’abord, il faut organiser la lutte contre la répression : Liberté pour tous les prisonniers politiques ! Auto-défense des grèves et manifestations, création de milices ouvrières ! Cette lutte ne peut être menée que si les ouvriers des villes et des campagnes peuvent s’organiser librement : Liberté de réunion et droit de constituer des syndicats ! Liberté de la presse ouvrière ! L’exigence légitime d’une assemblée constituante souveraine ne doit en aucun cas s’opposer à la lutte pour la constitution d’organes prolétariens d’auto-défense. Avec les shoras, les travailleurs iraniens disposent d’une tradition avec laquelle il faut renouer.
Alors que de plus en plus d’ouvriers sont employés avec des contrats de travail précaires, qu’ils doivent souvent attendre des mois avant d’être payés et sont confrontés à un taux officiel d’inflation de 13,9 %, les « mollahs millionnaires » et les bureaucrates d’État s’enrichissent sans pitié. L’exigence d’échelle mobile des salaires, et d’expropriation sans indemnité des principaux groupes et « fondations » religieuses dispensées de tout impôt s’imposent.
Les travailleuses sont particulièrement opprimées en Iran. Leur situation est directement liée au caractère clérical et réactionnaire du régime. La tâche des ouvriers ne peut pas être de « réformer » la République islamique, ce que revendiquent les ex-staliniens du Tudeh et les ex-guerilléristes des Fedayin, mais de séparer l’État et la religion. Un parti ouvrier révolutionnaire reconnaîtra également les droits de toutes les minorités persécutées et opprimées (Kurdes, Baloutches, Turcs, Arabes) et les protègera.
La véritable démocratie pour le plus grand nombre, l’égalité des femmes, les droits des minorités nationales, la fin de l’exploitation ne seront réalisés que lorsque le prolétariat, soutenu par les masses laborieuses, aura établi sa propre domination, la dictature du prolétariat, et aura construit un État ouvrier qui fera partie de la fédération des États socialistes du Moyen-Orient.
22 novembre 2009