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Massacre en Guinée

 

À bas la dictature, dissolution de l’armée néocoloniale !

 

Le 28 septembre, l’armée tire sur les civils

Le 16 septembre, le chef de la junte au pouvoir en Guinée annonce sa candidature présidentielle. Le 18 septembre, une délégation de la junte est reçue à Paris par Claude Guéant, le secrétaire général de l’Élysée, et Patrick Balkany, un repris de justice et aussi un intime du président français.

Le 25 septembre, une manifestation de 20 000 personnes hostiles à la junte militaire a lieu à Labé, deuxième ville de Guinée, à l’appel du Forum des forces vives guinéennes. Il s’agit d’un front populaire qui regroupe les deux principales centrales syndicales (CNTG, USTG) et tous les partis (UFC, RPG, PEDN, UFDG, PUP, MDP…), la plupart bourgeois et même ethniques.

Le FFVG appelle aussi à un meeting dans le Stade du 28 septembre, à Conakry, la capitale, le jour de la fête nationale, pour protester contre la candidature à la présidence du capitaine Moussa Dadis Camara, le chef de la junte. La veille, la junte au pouvoir, avec le soutien des autorités religieuses musulmanes et catholiques, interdit le meeting. Le FFVG maintient son rassemblement, sans mettre en place la moindre protection.

Le matin du 28, l’armée inflige 3 morts et plusieurs blessés aux cortèges de milliers de jeunes qui se rendent su stade en criant : « Non à Dadis ! » et : « À bas l’armée au pouvoir ! ». Malgré tout, descendant des quartiers populaires de Conakry, plus de 40 000 personnes se rassemblent. Sur ordre de Dadis Camara, le dictateur de la Guinée, les « bérets rouges » du commandant Toumba Diakité, une unité spécialisée dans la répression sanglante des travailleurs, a fait feu dans le stade rempli de manifestants. Le bilan est d’au moins 150 morts et des centaines de blessés. L’armée commet des dizaines de viols, traque les manifestants jusque dans les hôpitaux, séquestre illégalement au moins 80 personnes et les torture probablement dans les sinistres camps militaires. L’armée a fait disparaître des dizaines de cadavres.

L’ONU prévoit une commission d’enquête et l’UE a décidé de sanctions symboliques contre les chefs d’une armée formée par l’armée française depuis « l’indépendance » de 1958. Cela n’empêche pas la junte de continuer à réprimer toute opposition en organisant des descentes dans les quartiers populaires ayant soutenu la manifestation, en gardant au secret des dizaines de prisonniers.

Pas grand-chose n’a changé en Guinée depuis que les militaires ont pris le pouvoir en décembre 2008, juste après la mort du dictateur Lassana Conté qui avait fait massacrer par la même armée bourgeoise les grévistes en janvier et février 2007.

 

Fin 2008, le capitaine Dadis a pris le pouvoir avec le soutien de l’armée et des « Forces vives »

Les partis bourgeois et les fronts populaires avec eux paralysent le prolétariat et fraient la voie aux pires dictatures. Ainsi, le FFVG a systématiquement négocié avec le putschiste Dadis Camara et son « Comité national pour la démocratie et le développement » qui avaient prétendu en décembre 2008 sauver le pays et promis de rétablir la « démocratie » par l’organisation d’élections. Durant toute l’année suivante, le capitaine Dadis Camara s’est présenté en sauveur du peuple et affirmé qu’il ne se présenterait pas aux élections.

L’indépendance politique n’a jamais empêché les groupes capitalistes étrangers de profiter des ressources naturelles, de continuer à exploiter la main-d’œuvre locale et à s’approprier une partie de la plus-value. Pour la France : carburants (Total), transport maritime (Bolloré…), banque (BNP, Société Générale…), télécommunications (Alcatel), travaux publics, médicaments, hôtellerie, transport aérien, assurances…

Dadis Camara a prétendu qu’il allait renégocier, au bénéfice du pays, certains contrats avec les multinationales (russes, américaines, françaises, japonaises et chinoises), notamment dans le secteur minier (bauxite, fer, or et diamants). Il n’en a rien été et le gradé a suspendu les libertés politiques et syndicales (ce qui n’a certainement pas mécontenté les investisseurs étrangers). Début septembre, après avoir reçu 8 millions d’euros d’aide de l’Union européenne (dont 2,6 millions de la France), le capitaine Dadis a annoncé sa candidature, ce qui a mis le feu aux poudres, car une grande partie de la population est exaspérée par la persistance des dictatures néocoloniales, par l’accroissement de la pauvreté et par le sous-développement, alors que le pays est riche de ressources agricoles et minières (dont les plus grandes réserves de minerai d’aluminium du monde).

 

Si elle rompt avec les « démocrates » bavards et capitulards de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, la classe ouvrière sera capable de renverser la junte et d’ouvrir un avenir au pays

Les grèves spontanées qui ont suivi le massacre ont été laissées sans consigne. Le FFVG s’en est remis à son véritable maître, l’impérialisme, cette « communauté internationale » qui a soutenu le coup d’État de l’an passé comme elle avait protégé les précédents dictateurs. Le FFVG en appelle aux massacreurs des travailleurs et des jeunes :

Nous enjoignons solennellement la junte militaire à revenir sur la voie de la raison et à tourner le dos à la violence. Son obstination à vouloir s’accrocher illégalement au pouvoir, malgré la volonté du peuple de Guinée, unanimement soutenu par toute la communauté internationale, est une voie sans issue, porteuse de souffrances supplémentaires et de déchirements pour notre pays. (FFVG, Déclaration, 4 octobre 2009)

Pour que la répression cesse, il ne faut aucunement compter sur les « sanctions » et « enquêtes » de Sarkozy (qui vient de faire élire peu démocratiquement Ali Bongo au Gabon), Obama, Merkel ni les « médiations » de vieux dictateurs africains comme Compaoré du Burkina Faso. La solidarité prolétarienne devrait conduire les organisations ouvrières du monde entier, et surtout des puissances impérialistes comme la France, à protester contre la dictature anti-ouvrière, les massacres et la complicité de leur propre État avec la dictature sanglante.

Début 2007, la classe ouvrière avait pris la tête de la mobilisation contre le précédent dictateur, Lansana Conté, ami de l’État français, tortionnaire et meurtrier. Elle avait déclenché une grève générale qui avait embrasé tout le pays, dont les mines de bauxite. Durant plus de 20 jours, les travailleurs et les jeunes ont posé la question du pouvoir en cherchant à chasser le vieux dictateur (voir Révolution Socialiste n° 22).

Mais la direction du mouvement, « l’intercentrale » constituée par les directions des deux principaux syndicats du pays n’a jamais organisé la défense des manifestations et des grèves par l’armement des travailleurs et de la population. Elle a de même empêché la mise sur pied d’organes démocratiques des masses en lutte. Alors que les masses voulaient chasser le dictateur, l’intercentrale a accepté de négocier avec Conté. Au cas où celui-ci aurait été renversé malgré tout, les chefs de l’USTG et de la CNTG s’engageaient à remettre le pouvoir à la bourgeoisie, sous forme d’un « gouvernement d’union nationale ». À cause de ces trahisons, la grève générale a reflué sous la répression des militaires qui ont tué plus de 120 grévistes et manifestants, blessé des centaines d’autres.

Les masses qui cherchent à chasser la nouvelle dictature n’ont toujours pas la direction politique qu’elles méritent. Face aux massacreurs à la tête de l’État et de l’armée, les travailleurs des villes et des campagnes peuvent imposer les libertés démocratiques, paralyser les forces de répression, diviser la classe dominante, chasser la junte par la grève générale, le contrôle ouvrier et paysan, l’autodéfense, l’auto-organisation.

Les chefs syndicaux transforment les travailleurs en force d’appoint des opposants bourgeois, qui sont incapables de lutter efficacement contre la junte, sans parler de satisfaire les revendications ouvrières.

Pour empêcher de nouveaux massacres et chasser la dictature, pour garantir les libertés démocratiques et améliorer leur sort, les travailleurs des villes et des campagnes, la jeunesse sans emploi ou en formation ne doivent plus être paralysés par les partis de leurs exploiteurs. Les travailleurs doivent exiger la rupture des organisations syndicales avec le FFVG et bâtir leur propre parti, un parti ouvrier, anti-impérialiste et révolutionnaire, apte à prendre la tête des luttes de tous les opprimés et exploités et ouvrir la perspective d’un gouvernement des ouvriers et des paysans pauvres.

29 octobre 2009