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Sarkozy tire sa force de la collaboration de classes

 

Au début de l’année 2009, les travailleurs de la Guadeloupe avaient poussé le LKP à appeler à la grève générale. En dépit des dirigeants syndicaux, les ouvriers séquestraient des dirigeants de Sony, 3M, Caterpillar, Scapa, Faurecia, Molex… Dés l’été, les séquestrations ont cessé alors que les licenciements collectifs se poursuivaient. Que s’est-il passé ? Des défenseurs aguerris du capitalisme vendent la mèche :

Au premier semestre, les journées nationales d'action à répétition ont joué leur rôle de nécessaire exutoire. (UIMM, Actualité, octobre 2009)

Le gouvernement considère ces protestations bien organisées comme une façon normale, même utile, de laisser libre cours à la déception. (The Economist, 18 avril 2009)

Le « G8 » a surtout permis au mouvement syndical de canaliser les inquiétudes et les colères des salariés et d'éviter que les expressions de radicalité fassent tache d'huile. (Le Monde, 10 octobre 2009)

 

Les exutoires et les diversions des directions syndicales et des partis réformistes protègent le gouvernement et le capital

Alors que le gouvernement dépensait sans compter pour les banques, que la crise capitaliste frappait la classe ouvrière, les directions syndicales ont isolé les travailleurs des sites qui fermaient, ont empêché la grève générale qui, seule, aurait pu empêcher les licenciements, faire reculer le pouvoir, ranimer l’espoir au sein des exploités et des opprimés. Le bloc de toutes les bureaucraties syndicales (« G8 ») a « canalisé » à coup de « journées d’action à répétition » « les inquiétudes et les colères des salariés » : le 29 janvier, le 19 mars, le 1er mai, le 26 mai et le 13 juin.

Par ces « exutoires » inoffensifs, les bureaucraties syndicales se sont unies pour tourner le dos aux revendications ouvrières les plus urgentes et les plus minimales. Elles ont présenté l’État bourgeois comme neutre, au dessus des classes, en prétendant lui faire infléchir sa politique ou, pire encore, en le suppliant de l’appliquer :

Gouvernement et patronat doivent rapidement mettre en œuvre les mesures déjà prises et engager les négociations et les concertations pour répondre à l’ensemble des revendications (…) C’est pourquoi, dans la suite des journées du 29 janvier et du 19 mars et dans ce contexte exceptionnel, les organisations syndicales s’entendent pour faire du 1er mai un nouveau temps fort de mobilisation pour peser sur le gouvernement et le patronat. (CFDT, CFTC, CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires, UNSA, Un nouveau temps fort de mobilisation, 30 mars 2009)

Les mêmes, moins FO et la CFTC, ont appelé à une nouvelle « journée d’action interprofessionnelle » le 7 octobre, « pour le travail décent ». Pour compléter, les bureaucraties syndicales, depuis la rentrée, ont multiplié des initiatives dispersées pour « éviter que les expressions de radicalité fassent tâche d’huile » : à partir du 1er octobre, un mouvement limité aux travailleurs immigrés sans papiers (les syndicats ne s’adressent pas à leurs collègues de travail qui ont la nationalité française ou des titres de séjour) ; une journée d’action limitée aux « entreprises qui licencient », le 17 septembre, au Palais Brongniart (qui n’héberge plus la Bourse de Paris depuis… 1980) ; à la Poste, le 22 septembre et le 24 novembre ; aux hôpitaux le 30 septembre, le 20 octobre et le 15 décembre ; à la SNCF, le 20 octobre ; à l’Éducation nationale, le 24 novembre ; à la fonction publique territoriale, le 18 novembre ; au Pôle Emploi, le 20 octobre, etc.

Ce que les patrons intelligents appellent clairement « exutoire », les confusionnistes du NPA qui se targuent de marxisme le travestissent, eux, en instrument d’éducation des travailleurs, en « grèves qui, malgré leur durée fixée à 24 heures par les directions syndicales, peuvent contribuer à faire avancer la combativité et la conscience ». Comme a écrit un jour Marx, « l’éducateur doit être lui-même éduqué ».

Tout en refusant d’appeler à la grève générale de La Poste pour garantir la sécurité de l’emploi pour tous, un certain nombre de chefs syndicaux (CGT, SUD, FO, CNT, UNEF…) ont constitué un « Comité national contre la privatisation de la poste » avec le NPA, le PdG, le PCOF et les partis qui ont démantelé les PTT en mai 1990 (PS, PRG), puis qui ont fait entrer France Telecom en Bourse en octobre 1997 (PS, PCF, PRG, MRC, Verts). Ce front populaire a organisé début octobre une « votation citoyenne ». Le but assigné à cette parodie était de « demander l’organisation d’un vrai débat public permettant l’implication des citoyens ». Après cette supplique, ses initiateurs ont renchéri dans la diversion en demandant aux « citoyens » d’envoyer des cartes postales à Sarkozy. Avec de tels adversaires et de telles méthodes « de lutte », celui-ci peut dormir tranquille.

 

La collaboration de classes conduit à la division des rangs ouvriers et aux défaites

Les coalitions entre organisations ouvrières et débris politiques bourgeois (PRG, MRC, Verts…) sont en elles-mêmes des exutoires et des leurres. Le Parti « socialiste » a participé à des gouvernements bourgeois depuis 1914. Le Parti « communiste » français, créé contre cette trahison mais vite stalinisé, s’est rallié à son tour à l’alliance avec la bourgeoisie en 1934. Le PS et le PCF ont géré loyalement ensemble le capitalisme à plusieurs reprises : en 1944, en 1981, en 1997. Plus récemment, les bureaucraties syndicales, le PS, le PCF et la LCR ont appelé à voter Chirac en mai 2002. LO et le PS se sont ligués avec l’UMP (alors  RPR) en 2003 pour obtenir une loi contre le « foulard » de quelques lycéennes.

En 2007, le Parti socialiste a fourni plusieurs ministres à Sarkozy. Des éminences du PS aident le gouvernement sans même quitter le vieux parti réformiste : Rocard, Mauroy, Attali, Lang… ont ainsi rédigé des rapports ou participé à des commissions qui préparent la politique réactionnaire et anti-ouvrière. Les dirigeants du PS et du PCF ont accompagné Sarkozy au Liban en juin 2008, alors que l’impérialisme français, sous sa direction, couvre la colonisation par Israël de la Palestine, participe aux menaces contre l’Iran et à l’occupation de l’Afghanistan.

En 2004, la direction de la CGT avait accepté la privatisation d’EDF-GDF, ce qui a propulsé la carrière politique du ministre de l’économie de l’époque, un dénommé Sarkozy. En 2007, la direction de la CGT a mis fin à la grève nationale de la SNCF et ainsi permis à Sarkozy et Fillon de liquider les « régimes spéciaux » de retraite. Tous les dirigeants syndicaux sont allés lui donner leur avis au Palais de l’Élysée avant la réunion du G20, comme s’il y avait des intérêts communs aux prolétaires et aux capitalistes, dès lors qu’ils seraient français, quoique Sarkozy ne cesse pas de mener une guerre de classe, au compte de la bourgeoisie, contre tous les travailleurs de ce pays, français et étrangers.

Certes, les syndicats (sauf FO qui ne tient pas à fâcher son aile UMP et FN) ont appelé des travailleurs africains  « sans papiers » à se mobiliser. Mais c’est pour harmoniser les conditions de régularisation de ceux qui sont utiles à l’économie capitaliste française (ce que d’autres appellent « l’immigration choisie ») par les préfets (nommés par Sarkozy et Hortefeux).

Les dirigeants de cinq syndicats (CGT, CFDT, Solidaires, FSU, UNSA), de cinq associations et du Réseau éducation sans frontières (RESF) se sont alarmés dans un courrier adressé, le 1er octobre, au premier ministre François Fillon : « Le traitement de chaque dossier est loin d'être similaire selon les départements et même entre les salarié(e)s de situation parfaitement identique, y compris au sein d'une même entreprise », écrivent-ils. Pour « en finir avec ces blocages [qui] persistent, voire grandissent et ces discriminations constatées », ces onze organisations demandent que soit édictée une circulaire de régularisation des salariés sans-papiers. (Le Monde, 13 octobre 2009)

Quand d’autres immigrés sans-papiers ont demandé, à juste titre, la régularisation de tous les travailleurs migrants, l’appareil de la CGT l’a refusée et les a même matraqués le 24 juin à la Bourse du travail (avec l’approbation du PCF et de LO).

Dans une veine similaire, la direction de la CGT a organisé une bien curieuse « journée d’action » le 22 octobre, non pas sur les revendications, mais pour « l’avenir de l’industrie française ». La collusion avec Sarkozy est flagrante : « Sarkozy a accédé à la demande de la CGT d’États généraux de l’industrie. » (Le Monde, 18 septembre). Le 2 novembre, il installait un « comité organisateur des états généraux pour une politique industrielle » présidé par un patron de Sanofi-Aventis, comprenant Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, des représentants du patronat français, des parlementaires UMP, PS… La défense de « l’industrie française » désigne comme ennemi commun l’étranger (inclus les travailleurs des autres pays), elle débouche fatalement sur des concessions des producteurs aux exploiteurs (pour assurer l’avenir des entreprises nationales).

 

La bourgeoisie française, son président et son principal parti pensent avoir les mains libres grâce à la corruption des sommets du mouvement ouvrier officiel

Voici un siècle, la bourgeoisie a commencé à corrompre les appareils des organisations édifiées par la classe ouvrière, pour en faire des bureaucraties « réformistes » à son service.

Les institutions politiques du capitalisme moderne : la presse, le Parlement, les syndicats, les congrès, etc. ont créé à l'intention des ouvriers et des employés réformistes et patriotes, respectueux et bien sages, des privilèges et des aumônes politiques correspondant aux privilèges et aux aumônes économiques. Les sinécures lucratives et de tout repos dans un ministère ou au comité des industries de guerre, au Parlement et dans diverses commissions, dans les rédactions de « solides » journaux légaux ou dans les directions de syndicats ouvriers non moins solides et d'obédience bourgeoise, voilà ce dont use la bourgeoisie impérialiste pour attirer et récompenser les représentants et les partisans des « partis ouvriers bourgeois ». (Vladimir Lénine, L’Impérialisme et la scission du socialisme, 1916)

Le 3 septembre, au moment où des travailleurs de Continental passaient en procès, Thibault était une fois de plus au Palais de l’Élysée. Quand des militants syndicaux s’en sont indignés, celui-ci a répondu :

Lorsque je rencontre le chef de l’État, j’assume mes responsabilités comme le font des milliers de délégués syndicaux face à leur employeur. (Le Monde, 18 septembre 2009)

Que le secrétaire national de la CGT considère le président de la République comme son employeur en dit long. Bien sûr, toute militante syndicale, tout militant syndical est amené/e à rencontrer son employeur ou ses représentants. Quand il est permanent, comme Thibault, il est au service du syndicat qui l’indemnise (syndicat qui, lui-même, devrait être au service des travailleurs, au premier chef des précaires, des mal payés, des discriminés…).

Les multiples organisations syndicales, qui ne syndiquent ensemble que 5 % des travailleurs, sont largement subventionnées par l’État. Les « partenaires sociaux » se partagent 4 milliards d’euros par an au titre de la formation permanente. Tous les syndicats siègent dans les CA des grandes entreprises, dans le Conseil économique et social, etc. autant de postes grassement rémunérés pour peu d’heures de présence. Des affaires judiciaires ont fait apparaître que l’UIMM (la principale fédération du Medef) finançait la CFDT, FO et la CFTC, que Chirac, maire de Paris, a fourni un chauffeur à Blondel, secrétaire national de FO, de 1990 à 2001. Trois secrétaires nationaux de la CFDT Maire, Kaspar et Notat avaient le leur payé par le Crédit lyonnais.

De même, le PS, le PCF, le NPA, le PdG, LO et le POI, sont rétribués par la 5e République au prorata des suffrages obtenus. Les indemnités de président de conseil régional, de sénateur, de député, de maire de grande ville sont sans commune mesure avec les salaires de travailleurs, même qualifiés. En outre, certains les cumulent sans vergogne.

Voilà qui explique l’assurance qu’affiche Sarkozy, alors même que la crise capitaliste mondiale a ridiculisé ses rodomontades sur la croissance. Voilà qui explique que Sarkozy puisse garder comme ministre de l’intérieur un Hortefeux qui tient des propos racistes. Voilà qui explique que Sarkozy, le gouvernement Fillon et la majorité UMP poursuivent la guerre en Afghanistan, leurs cadeaux aux riches (bouclier fiscal, taux IRPP, droits de succession…), aux petits et grands patrons (exonération de cotisations sociales, réduction de la TVA des cafés-restaurants, réduction de l’IS, de la taxe professionnelle…), diminuent les effectifs de la fonction publique, détruisent la formation des enseignants, déremboursent les soins, attaquent les retraites, privatisent la Poste, renforcent la télésurveillance, suppriment les juges d’instruction, persécutent les réfugiés afghans, étranglent les hôpitaux publics, généralisent le travail le dimanche, durcissent la répression des manifestants et des grévistes…

 

Pour mener la lutte de classe efficacement et jusqu’au bout, il faut un programme et un parti révolutionnaires

Les premières tensions se font jour au sein de l’UMP, de la majorité parlementaire, de la bourgeoisie française à cause du déclin du capitalisme français par rapport à ses concurrents que Sarkozy ne saurait endiguer.

Surtout, patrons et ministres n’oublient pas la menace potentielle de millions de prolétaires, de jeunes, de chômeurs… qui n’ont aucune confiance dans Sarkozy et de moins en moins dans le capitalisme, même si, pour l’heure, ils sont entravés par la collaboration de leurs organisations avec la bourgeoisie. À cette étape, la classe ouvrière reste sur la défensive. Pas seulement à cause des licenciements et du chômage de masse, mais aussi parce qu’elle n’a aucune perspective collective. Elle est découragée par l’isolement de ceux qui entrent en lutte, par la dispersion de la combativité dans des « journées d’action » dont les bureaucraties syndicales portent la responsabilité. Elle est atterrée par le vide politique des Aubry, Fabius, Royal, Buffet et compagnie. Elle n’a pas oublié leur politique quand PS, PCF et leurs alliés bourgeois ont gouverné. Ce désarroi est accentué par le rétablissement du capitalisme en URSS et en Chine, par la campagne incessante contre le socialisme, assimilé à la contre-révolution stalinienne et ses conséquences.

Mais le prolétariat n’a d’autre choix que se défendre face aux attaques des capitalistes. L’histoire de la lutte des classes a déjà montré et montrera encore, que la solidarité, le courage, la spontanéité, la capacité à s’organiser ont vaincu les obstacles mis par les organisations réformistes, par les institutions bourgeoises.

Le regroupement des éléments les plus conscients et les plus combatifs de la jeunesse et du prolétariat en une organisation communiste peut contribuer dès maintenant à la lutte de la classe ouvrière. Elle aurait pour but de bâtir un véritable parti ouvrier révolutionnaire, section d’une internationale ouvrière révolutionnaire, nourri du marxisme, mais aussi de bâtir une fraction révolutionnaire dans les syndicats, de les unifier, d’œuvrer à la rupture de toutes les alliances avec la bourgeoisie et au boycott des organes de cogestion, pour la grève générale, pour l’auto-organisation, pour l’autodéfense des luttes et des organisations.

Parmi ses revendications pour préparer l’insurrection et donner le pouvoir aux conseils de travailleurs, premier pas vers les États-Unis socialistes d’Europe, figureraient le contrôle ouvrier et paysan, l’interdiction des licenciements, la diminution du temps de travail, la rémunération des stages, l’indexation des salaires, la liberté de circulation des travailleurs, la gratuité des soins médicaux, le désarmement des forces de répression de la bourgeoisie, l’armement de la population, l’expropriation des groupes capitalistes, dont les banques.

25 novembre 2009