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Pour abroger la loi et les décrets contre l’enseignement supérieur, pour battre le gouvernement Sarkozy-Pécresse

Grève générale de l’Université !

 

Depuis trois mois, les universités sont en lutte contre le gouvernement qui veut mettre fin à leur rôle d’outil de construction et de transmission des savoirs pour les soumettre aux intérêts du capital. Des universités sont en grève depuis près de trois mois, le mouvement le plus long et le plus massif jamais engagé par des universitaires, à la fois les enseignants, les personnels non enseignants et les étudiants.

Pourtant, le 25 avril, le gouvernement publiait trois des décrets d’application de la loi LRU, dont celui sur le statut des enseignants-chercheurs et celui sur le contrat doctoral, s’appuyant sur la victoire obtenue l’an passé en réussissant à maintenir la loi LRU grâce à la complicité des directions syndicales. Nous avions décrit dans le précédent numéro de Révolution Socialiste les premières manifestations de cette lutte.

 

Un profond mépris pour la connaissance

 

L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves. Imaginez un peu le spectacle ! En tout cas, je l’ai lu il y a tellement longtemps qu’il y a de fortes chances que j’aie raté l’examen. (Discours de Sarkozy, 23 février 2006, Lyon)

Au-delà de la faiblesse de son expression française –subjonctif passé de la dernière phrase citée–, cette remarque témoigne de la médiocrité du personnage et de la bien faible estime qu’il porte à la fois aux agents du service public et à la littérature, comme au savoir non utile au capital en général. Il récidivait quelques mois plus tard en opposant le savoir à l’emploi :

Vous avez le droit de faire de la littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer si au bout il y a 1 000 étudiants pour deux places… Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’État doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes. (20 minutes, 16 avril 2007)

En s’exprimant ainsi, Sarkozy s’adresse à la fraction la plus arriérée de son électorat, et c’est certainement en pensant avoir mis fin à toute capacité de résistance qu’il a prononcé un discours « pour une stratégie nationale de recherche et d’innovation » le 22 janvier 2009 devant des ministres, des présidents d’université, des chefs d’entreprise… Ce discours, par son accumulation de mensonges et de caricatures, insultait toute une profession, a soulevé à juste titre l’indignation des universitaires et a précipité le mouvement de grève naissant en obligeant la direction du SneSup-Fsu à appeler au retrait et à la grève. S’appuyant sur le délirant classement dit de « Shanghaï », à l’origine réalisé par des chercheurs pour avoir des outils de comparaison mais à faible valeur scientifique, il évoque « un système d’universités faibles… une administration centrale tatillonne… un système infantilisant ». Pourtant, malgré des critères peu avantageux pour l’université française, en raison d’un volume d’enseignement relativement élevé pour les universitaires, elle est classée au 6e rang mondial dans ce classement.

À vrai dire, la qualité de la recherche est honorable pour un impérialisme de second rang comme la France –par exemple, le CNRS est le premier centre de recherche européen et le quatrième à l’échelle mondiale. Pourtant, Sarkozy le nie en décidant que « ces admirables chercheurs [détenteurs du prix Nobel et du prix Fields] sontl’arbre qui cache la forêt ».

Or, non seulement Sarkozy est méprisant à l’égard du savoir, mais il insulte une profession : en France, les universitaires, dont le niveau de salaire est sensiblement inférieur à celui de leurs collègues des pays similaires, auraient choisi leur métier parce qu’« il y a de la lumière, c’est chauffé ». Il fait preuve de sa méconnaissance totale d’un métier dont la légitimité se fonde sur l’évaluation par les pairs : « Je vois que cela peut être confortable. Je pourrais en tirer quelques conclusions pour moi-même. C’est un système assez génial d’ailleurs, celui qui agit est en même temps celui qui s’évalue ». Alors que plusieurs universités étaient déjà en grève, ce discours a précipité la masse des enseignants, des personnels non enseignants et des étudiants dans la lutte.

 

Une offensive contre l’enseignement supérieur public

 

Après avoir adopté au cours de l’été 2007 la loi LRU, une arme puissante pour soumettre l’université publique au capital, et après avoir étouffé la résistance des étudiants fin 2007 grâce à la complicité des directions syndicales, principalement de l’Unef, le gouvernement était bien décidé à savourer sa victoire en écrasant les personnels de l’enseignement supérieur par les décrets d’application de cette loi. Le principal d’entre eux, que Pécresse présente comme « le deuxième étage de la LRU », rendu public le 31 octobre 2008, a pour objet la modification du statut des universitaires (maîtres de conférence et professeurs d’université), les soumet au bon vouloir du président d’université transformé en directeur des ressources humaines, autorisé à obliger les enseignants à augmenter leur volume d’enseignement pour le même salaire, à pratiquer une recherche formatée, ce qui à la fois est paralysant pour l’activité des chercheurs et interdit toute recherche innovante.

Plusieurs mois auparavant, le 2 juillet 2008, le projet de modification de la formation et du recrutement des enseignants était présenté en Conseil des ministres. La « mastérisation » obligerait les étudiants qui se destinent au métier d’enseignant (primaire et secondaire) de passer le concours à bac + 5 au lieu de bac + 3 comme c’est le cas aujourd’hui. A priori, il s’agit d’améliorer le niveau de qualification des enseignants. Or, c’est exactement le contraire que vise le gouvernement : le niveau disciplinaire des concours reste inchangé et le stage d’un an de formation suivant l’obtention du concours est supprimé –il est remarquable qu’en contrepartie d’une année de salaire perdue, la direction nationale de l’Unef revendique des bourses d’un montant dérisoire, ce qui lui a été évidemment accordé par le Ministère. En outre, les Masters enseignement viendraient à la fois concurrencer les Masters existants et alimenter le volet d’enseignants précaires (ceux et celles qui obtiendront leur Master en échouant au concours passé dans la foulée, et réciproquement) et conduirait à échéance relativement proche à supprimer les concours d’enseignement.

En octobre 2008, la ministre Pécresse présentait le projet de décret pour un contrat doctoral. Il s’agit de transformer les doctorants, déjà précaires, en employés de l’université avec un CDD de trois ans (la plupart des thèses méritent largement plus pour un travail de qualité) assorti d’une période d’essai de trois mois renouvelable une fois, durant laquelle le doctorant pourrait être licencié à tout moment, un CNE pour doctorants en quelque sorte. Il s’agit d’affaiblir sensiblement la qualité de la recherche en soumettant les doctorants aux désirs d’un potentat local.

La « réforme » dite d’allocation des moyens est également une offensive majeure, visant notamment à financer les universités non plus en fonction du nombre d’étudiants inscrits mais en fonction du nombre d’étudiants présents aux examens, ce qui pénalise particulièrement les universités accueillant des étudiants issus de milieux défavorisés. En outre, 92 députés proposaient un projet de loi pour une augmentation massive des frais d’inscription, comme c’est le cas en Grande-Bretagne, où les frais d’inscription peuvent dépasser 4 000 euros, et où les étudiants issus de milieux ouvriers ont déserté les bancs de l’université pour tenter d’intégrer directement le marché du travail. C’est ce que souhaite Valérie Pécresse, pour qui « les universités françaises devraient s’inspirer des Anglais pour augmenter leurs ressources » (Le Figaro, 17 janvier 2009). En tout cas, une telle augmentation sera rendue possible localement par l’application de la loi LRU, chaque président d’université étant maître de son budget.

Enfin, le gouvernement Sarkozy a décidé de supprimer des emplois dans l’enseignement supérieur, à hauteur de 1090 en 2009 (pour 30 000 à l’échelle de la fonction publique), et les universitaires en réclament le rétablissement.

 

Les étudiants et les travailleurs de l’enseignement supérieur engagent le combat

 

Les universitaires rejettent l’ensemble de ces contre-réformes, ils se sont réunis en assemblées générales dès fin 2008, et certaines universités sont entrées en grève à la rentrée de janvier. Se sont progressivement constituées une Coordination nationale universitaire, une Coordination nationale étudiante, une Coordination nationale des Biatoss (personnel non enseignant des universités), une Coordination nationale des doctorants, une Coordination nationale de formation des enseignants. Le 2 février 2009, la Coordination nationale des universités lance un appel à « la grève totale, reconductible, illimitée » sur la question du statut et de la formation des enseignants, le caractère reconductible de la grève constituant une protection pour les directions syndicales poussées à appeler à la grève par le caractère de plus en plus massif du mouvement.

Le 20 février, la Coordination nationale universitaire appelle à l’abrogation de la loi LRU. Le 25 février le premier ministre Fillon est contraint d’annoncer le gel des suppressions de postes pour 2010 et pour 2011 (mais pas pour 2009). Début mars, les étudiants rejoignaient le mouvement des personnels, parfaitement conscients de la convergence de leurs intérêts avec ceux des personnels. Sous leur impulsion, des dizaines d’assemblées générales ont voté le blocage de leur université depuis le début du mois de mars. Le 6 mars, le ministre Pécresse reçoit quatre directions syndicales de l’enseignement supérieur, dont le Snpress-Fo qui accepte de négocier avec la ministre. Toutefois, sous la pression des manifestants, la direction du SneSup-Fsu, syndicat majoritaire dans l’enseignement supérieur (40 % des voix), non sans hésitations (le secrétaire général, Jean Fabbri, était favorable à la négociation), cède à l’ampleur du mouvement et refuse de se rendre à la négociation.

Le 20 mars, le ministre Darcos repousse d’un an l’entrée en vigueur de la « mastérisation ». Des lieux de savoir ont été occupés (l’ENA le 16 mars, Sciences Po le 17 mars, Aeres le 18 mars, la Sorbonne et le CNRS le 26 mars…) et évacués sans ménagement par les forces de répression de l’État. Le 2 avril, Pécresse annonce la réouverture de 130 postes de chercheurs aux concours de recrutement. La huitième Coordination nationale réunie à Paris le 6 avril maintient que « le mouvement durera tant que nous n’aurons pas obtenu le retrait des réformes contestées » (Communiqué). Pourtant, sur l’essentiel, rien n’est obtenu, et le 7 avril, Sarkozy affirme que « c’est un choix sur lequel [il] ne reviendra jamais » (Table ronde sur la recherche, Venelles, 7 avril).

Le gouvernement a d’abord adopté la tactique du pourrissement, en espérant que les enseignants décident eux-mêmes de reprendre les cours. Faute d’y parvenir, il use de la menace, en faisant peser sur les enseignants grévistes le risque d’un semestre perdu pour les étudiants. « Désormais, la seule préoccupation de ceux qui aiment l’université, c’est la reprise des cours et le bon déroulement des examens » (Pécresse à l’Assemblée nationale le 8 avril). « Il est temps de se remettre au travail » (L’Express, 10 avril). Il exerce une pression, via certains présidents d’université qui menacent d’imposer des sanctions aux enseignants (Lille 2, Nancy) ou qui agressent physiquement les étudiants (Nice).

Le gouvernement fait usage du mensonge, notamment lorsque Fillon prétend que la réécriture du texte sur les statuts est « parfaitement conforme aux attentes de la communauté universitaire », que les enseignants en grève constituent une « petite minorité » (France Inter, 22 avril), ce qui est rapidement réfuté par l’ampleur des mobilisations. Pécresse ment également lorsqu’à Orléans, elle raconte que « les étudiants et les enseignants ont voté… la reprise des cours » (LibéOrléans, 5 avril 2009), puisqu’un tel vote n’a jamais eu lieu. Elle cherche à opposer enseignants et étudiants : « Cela nécessite une volonté de la communauté universitaire de sauver cette année, de penser d'abord aux étudiants » (RTL, 26 avril). Le gouvernement fait usage aussi de la répression policière, envers les étudiants et les enseignants-chercheurs.

 

Les directions syndicales interdisent de
gagner, en empêchant la grève générale de l’Université

 

D’après la neuvième Coordination nationale des universités réunie le 29 avril, 53 établissements sont en grève, dont plus de 40 en grève totale, et 44 sont bloqués, si bien qu’au total 73 d’entre eux resteraient mobilisés. Or, jamais les directions syndicales, à commencer par la principale d’entre elles, le SneSup-Fsu, n’ont appelé à la grève générale, jamais elles n’ont réellement organisé de manifestation centrale à Paris. Si la direction du SnesUp a refusé de négocier avec Pécresse, contrairement à la direction du Snpress-Fo, elle refuse de centraliser le combat. La direction U&a (Pcf) et Ee (Npa) de la Fsu a refusé de combattre contre les 13 500 suppressions d’emplois dans l’enseignement primaire et secondaire, a refusé d’organiser la lutte contre la loi LRU, prétend mensongèrement que le gouvernement avait changé de politique : le 20 mars, un communiqué de la Fsu et de ses syndicats, dont le SneSup, se félicitait des « évolutions qui prennent en compte les mobilisations ». Elle oppose enseignants et non-enseignants, elle organise des referendums pour court-circuiter les décisions prises en assemblées générales…

De même, alors qu’un nombre important d’universités sont bloquées, la direction nationale de l’Unef, qui ne s’est pas opposée à la loi LRU, ni au décret sur le recrutement et la formation des enseignants, s’est opposée aux assemblées générales en appelant à des blocages partiels. La tendance TUD (contrôlée par le Npa) protège la direction Ps de l’Unef en s’opposant à la grève générale. Chacune à sa manière, la Fse, en détournant les étudiants de l’affrontement contre les directions syndicales, et Sud-Étudiant, en participant de l’isolement local des assemblées générales, empêchent les étudiants d’affronter le gouvernement.

Les directions syndicales des personnels et des étudiants et leurs complices politiques (Ps, Pcf, Lo, Npa…) sont parvenus à éclater le mouvement en grèves reconductibles, laissées isolées les unes des autres, ont fourvoyé le mouvement dans des substituts impuissants qui protègent le gouvernement, qui divisent, qui ridiculisent : des « grèves administratives » consistant à ne pas rendre les copies des examens du premier semestre au détriment des étudiants, la menace de ne pas tenir les jurys du bac au détriment des lycéens, des « procès » contre Sarkozy et Pécresse, des occupations symboliques, des « rondes « , des « freezings », des « lâchers de ballons » et autres pitreries…

Pour gagner, pour infliger une défaite à ce gouvernement, il manque l’appel des directions syndicales de l’enseignement supérieur à la grève générale de l’université, à une gigantesque manifestation centrale au ministère de l’enseignement supérieur.

Abrogation de la LRU ! Retrait du projet de décret modifiant les statuts ! Retrait du projet de mise en cause des concours d’enseignement ! Retrait du projet de contrat doctoral ! Rétablissement des 1 030 postes supprimés !

Directions syndicales étudiantes et de l’enseignement, appelez à la grève générale jusqu’à satisfaction des revendications !