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1 300 chômeurs
chaque jour
Les medias ont, pendant ces dernières années, seriné que la classe ouvrière avait disparu et qu’il n’y avait plus que des « classes moyennes ». Pour cela, ils réduisaient le prolétariat aux ouvriers de l’industrie. Ensuite, ils prétendaient que les ouvriers d’industrie étaient une espèce en voie de disparition. Les plus sophistiqués en donnaient la raison : l’économie était devenue immatérielle et la classe ouvrière avait fondu au soleil du progrès comme la paysannerie autrefois.
Il fallait en déduire que l’aspiration du prolétariat à l’égalité et au communisme, ainsi que la théorie marxiste qui l’exprime consciemment, étaient des utopies dépassées. Aux jeunes et aux travailleurs qui en doutaient, les chefs du Parti « socialiste », du Parti « communiste » français et de la Ligue « communiste » « révolutionnaire » confirmaient que la dictature du prolétariat était dorénavant à proscrire, que la Révolution russe de 1917 était aussi caduque qu’elle avait été vaine.
Le mythe de la disparition de la classe ouvrière et de la suprématie de l’immatériel n’empêchait nullement les chiens de garde intellectuels de la classe dominante de poursuivre leur existence quotidienne, généralement confortable, sur la base de biens et de services produits presque en totalité par des travailleurs salariés de plus en plus nombreux (et, pour le reste, fournis par des travailleurs indépendants dont le nombre diminuait).
Un tel discours servait surtout à dissimuler le maintien et l’accroissement de l’exploitation des ouvriers, des employés, des techniciens, etc. par leurs maîtres de la classe capitaliste (de moins en moins nombreux, eux) afin d’en tirer la plus-value, source des profits de tout type, y compris financiers. Grâce aux profits, la bourgeoisie, en investissant, pouvait poursuivre et augmenter la production capitaliste de marchandises, et aussi, en consommant l’autre partie, jouir d’un train de vie digne d’actionnaires et de managers : personnel domestique, Rolex, complets Armani, et aussi jets, yachts et villas comme ceux qui sont prêtés par ses amis reconnaissants à Sarkozy.
Patatras ! Face à la crise capitaliste, à la montée du chômage, les esclaves salariés se rebiffent. Et cela se voit : 2,5 millions dans la rue le 29 janvier, 3 millions dans la rue le 19 mars. Plus encore, ceux d’entre eux qui sont confrontés aux licenciements collectifs réagissent avec une colère grandissante, qui déborde bien souvent les appareils syndicaux : occupations, saccage d’une sous-préfecture par ceux de Continental (Oise), séquestration de dirigeants de l’entreprise par ceux de Sony (Landes), 3M (Loiret), Caterpillar (Isère), Scapa (Ain), Faurecia (Essonne), Molex (Haute-Garonne), FM Logistic (Moselle), etc.
Phénomène plus inquiétant encore pour l’ordre bourgeois, 200 ouvriers exaspérés de Caterpillar ont rejeté l’accord conclu en leur nom par les chefs syndicaux, obligeant les responsables CGT à tourner leur veste et à le dénoncer après l’avoir signé :
Les syndicats et la direction de Caterpillar réunis au
ministère de l'Économie avaient annoncé dimanche soir la conclusion d'un plan
de fin de conflit devant être soumis par référendum aux salariés avant mercredi
(…). Des salariés de Caterpillar, furieux des conditions de l'accord signé à
Paris, ont voté contre ce protocole lors d'une AG mouvementée lundi soir. (AFP, 21 avril
2009)
Le vent tourne. Des milliers de travailleurs empiètent sur la propriété privée, traitent leurs exploiteurs comme les ennemis qu’ils sont. Des milliers réalisent que les bureaucraties syndicales tiennent plus à cogérer avec les patrons qu’à défendre les salariés. Des millions pourraient les suivre. Voilà qui inquiète un ancien premier ministre :
Oui, il y a une forte colère qui s'exprime dans notre
pays, oui il y a un risque révolutionnaire en France. (Dominique de Villepin, 19 avril 2009)
Dans ces conditions, le parti fascisant essaie de détourner la colère ouvrière vers l’Union européenne et vers les ouvriers étrangers :
Moi je vais proposer aux ouvriers, plutôt que d'aller séquestrer tel ou tel manager, d'aller peut-être séquestrer leurs députés, parce qu'en réalité ce sont eux les responsables des délocalisations, ce sont eux les responsables des lois scandaleuses, des directives de l'Union européenne qui poussent à la destruction de l'industrie française. (Marine Le Pen, FN, 15 avril 2009)
Les séquestrations ont continué, malgré les menaces du Président de la République :
Qu'est-ce que c'est que cette histoire d'aller
séquestrer les gens ? On est dans un État de droit. Je ne laisserai pas faire
les choses comme ça. (Nicolas Sarkozy, 7 avril)
Peut-être que les travailleurs menacés de licenciement préfèrent agir eux-mêmes parce qu’ils se souviennent de mensonges des patrons et du gouvernement, qu’avaient cautionnés certains dirigeants syndicaux. Devant les caméras, Sarkozy avait garanti l’emploi à l’usine Arcelor-Mittal de Grandrange (Moselle) le 4 février 2008. Moins de quatorze mois plus tard, le 31 mars 2009, elle a fermé. Les travailleurs de l’usine Continental de Clairoix avaient consenti à travailler 40 heures hebdomadaires sans hausse de salaire, en janvier 2008, contre la promesse du maintien du site au moins jusqu’en 2012.
Face aux séquestrations, la principale organisation patronale a déclaré :
Dans un État de droit, on ne peut jamais légitimer ce
qui n'est pas légal. Il faut faire attention à certains discours qui consistent
à dire que l'injustice et le désespoir peuvent justifier ce qui est fait. (Laurence Parisot, Medef, 21 avril 2009)
Il est vrai que jamais les PDG n’ont séquestré quiconque pour bénéficier de revenus mirifiques, sans parler des parachutes dorés et des bonus exorbitants. Il leur suffit d’appartenir à la classe dominante. Voici deux exemples de la « moralisation » du capitalisme selon Sarkozy : Axel Miller, PDG sortant de la banque Dexia, va empocher une prime de départ de 825 000 euros (soit 625 SMIC bruts mensuels) ; Thierry Morin, PDG sortant de Valeo, va toucher une prime de départ de 3,2 millions d'euros (soit 2 422 SMIC mensuels). Valeo a reçu 19 millions d'euros de l'État au titre de l’aide à l’industrie automobile ; Dexia a reçu 6,4 milliards d'euros au titre du sauvetage des banques. Valeo va licencier 5 000 salariés dans le monde ; Dexia va licencier 900 salariés.
Tout cela est conforme à « l’État de droit », c’est-à-dire à l’État bourgeois qui promulgue le droit bourgeois. Cependant, la présidente du Medef ne se montre pas toujours aussi respectueuse du droit. Elle a couvert la « caisse noire » de la principale fédération du Medef (l’UIMM) qui servait à aider les patrons en cas de grève et à acheter les chefs syndicaux. Elle a dénonce le « droit du travail » qui témoigne, tout en restant compatible avec l’exploitation capitaliste, de concessions à la classe ouvrière :
La liberté de penser s’arrête là où commence le Code
du travail. (Laurence Parisot, 18 janvier 2005)
On chercherait en vain, en ce domaine, chez les présidents successifs du Medef ou de la CGPME, une quelconque protestation contre les multiples manquements à « l’État de droit » de la part des employeurs, en particulier le licenciement de centaines de militants syndicaux chaque année. Quand le droit prévoyait que les délits de patrons pourraient faire l’objet de poursuites comme des vulgaires voleurs de portables et de scooters, le Medef a exigé l’exemption pour les voyous en costume ou en tailleur. Dès son élection, Sarkozy s’est engagé, devant l’université d’été du Medef, à « dépénaliser le droit des affaires ».
En accusant « certains discours » d’inciter à séquestrer, Parisot fait écho au gouvernement et au parti présidentiel :
On ne dénonce pas assez ceux qui jettent de l'huile sur le feu, ceux qui comme Mme Royal ce week-end jouent les pompiers pyromanes, en disant qu'on est passé avec elle de l'ordre juste au désordre juste. (Yves Jégo, secrétaire d’État à l’outremer, 6 avril 2009)
M. Besancenot n'est autre que la vitrine légale des
casseurs. (Frédéric Lefebvre, porte-parole de
l’UMP, 6 avril 2009)
Les porte-paroles de la bourgeoisie dénoncent les dirigeants des partis politiques qui, vivant des votes des travailleurs, peuvent difficilement condamner les séquestrations (PCF, PS, PdG, LO, NPA). En fait, ils visent la classe ouvrière elle-même, accusée de « sabotage », d’être des « casseurs ».
La séquestration de certains dirigeants d'entreprises,
les coupures de courant sauvages qui ont eu lieu ces derniers jours :
c'est du sabotage, ça n'est pas la grève, ça n'est pas de l'action sociale. (François Fillon, premier ministre, 17 avril 2009)
Sarkozy revient aux thèmes de l’insécurité et de l’immigration pour diviser les exploités et justifier l’hypertrophie de l’appareil répressif de l’État. Pourtant, dans la conjoncture, le gouvernement des casseurs de vies ouvrières reste prudent et hésite à réprimer les occupations et les séquestrations, quoique illégales au regard du droit bourgeois. Par contre, dès qu’il le peut, il frappe les travailleurs plus vulnérables et aussi, à titre d’exemple, les révoltés qui s’isolent de la classe ouvrière.
Le 11 novembre 2008, 150 agents de la brigade anti-terroriste ont débarqué, à l’aube, dans le village de Tarnac (Corrèze), pour perquisitionner plusieurs maisons et interpeller brutalement une vingtaine de personnes. Considéré par la DCRI comme le chef du groupe, Julien Coupat est resté depuis emprisonné, sous l’accusation de « terrorisme » alors que la police secrète ne parvient pas à démontrer qu’il a saboté l’alimentation électrique de voies ferrées. De toute façon, causer des pannes de TGV est certes un acte imbécile de petits bourgeois, mais qui ne mettait en danger aucune vie. On ne peut en dire autant de l’envoi de troupes françaises en Afghanistan, ni de l’inauguration présidentielle d’un sous-marin nucléaire.
Le 21 janvier 2009, les gendarmes envoyés en masse en Guadeloupe ont commencé à attaquer les travailleurs qui avaient réussi à imposer la grève générale à leurs directions syndicales. La répression anti -ouvrière et coloniale n’a cessé qu’avec la signature d’un accord ambigu, le 26 février.
Le 18 mars 2009, le président de la République a annoncé seize mesures policières et judiciaires pour combattre le « phénomène des bandes violentes ». Dorénavant, « l’appartenance à une bande, en connaissance de cause, ayant des visées agressives sur les biens ou les personnes, sera punie d’une peine de trois ans d’emprisonnement ». Le Medef et l’UMP ne sont pas visés.
Les 1er et 2 avril, la police a déployé un énorme dispositif à Strasbourg (25 000 policiers de France et d’Allemagne), a violemment réprimé les manifestations contre l’OTAN (tout en contenant les affrontements à un quartier populaire, le Port-du-Rhin) et a arrêté 300 personnes (dont 3 sont encore détenues à cette date).
Première souricière. Les quelque 10 000 anti-Otan, asphyxiés par les gaz lacrymogènes, veulent démarrer. Seule issue, un étroit passage dans un chantier sous une voie ferrée. Les manifestants piétinent mais gardent leur calme, y compris lorsqu’ils longent des cars de CRS à moitié vides et curieusement postés sur le passage. Un peu plus loin, bloquée à nouveau par les barrages policiers, la manifestation doit bifurquer… vers l’hôtel en flammes évacué par des policiers de la BAC. Les derniers marcheurs sont visés par des flash-ball, tirés par des CRS depuis leurs fourgons. (…)
Deuxième souricière. À 16 h 20, les CRS chargent,
semant la panique. Ça court dans tous les sens sous les tirs de flash-ball et des gaz. Devant les questions angoissées de
manifestants, des pompiers secouent la tête : « Ils ne vous ont laissé aucune
issue ». Les organisateurs tentent de faire faire demi-tour au cortège, NPA en
tête. Mais à la sortie, nouvelle salve de gaz. « Pour passer, nous avons été
contraints d’enlever tous nos insignes, tous nos drapeaux », indique
Guillaume d’Alternative libertaire. (Le
Monde, 7 avril 2009)
Le 7 avril, la justice bourgeoise a jugé 10 des manifestants de Strasbourg en « comparution immédiate » et a infligé plusieurs peines lourdes (3 à 6 mois de prison fermes). D’autres procès sont prévus les 5 et 12 mai.
Le 16 avril, la ministre de l’intérieur Alliot-Marie (qui avait décoré en 2006 un lot de tortionnaires de la guerre coloniale en Algérie) a annoncé un décret interdisant le port des cagoules lors des manifestations.
Le 20 avril, la police s’en est pris à Paris à une manifestation de Tamouls qui protestaient contre les massacres perpétrés par l'armée à Sri Lanka. Elle a arrêté 210 personnes.
Le 21 avril, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale Besson (un ancien responsable du PS) a fait rafler à Calais 200 migrants afghans, érythréens, soudanais…
Le mode de production capitaliste enfonce l’humanité dans la dépression économique. En France, la production devrait chuter de 3 % en 2009. Les politiques « keynésiennes » se révèlent aussi inefficaces à sortir de la crise économique que les politiques « néolibérales » à l’éviter (voir Révolution Socialiste n° 27, 28, 29). En un an, le chômage a déjà augmenté de 16 %. Rien que le mois de mars a apporté 64 000 chômeurs supplémentaires. Le pays compterait 3 millions de chômeurs officiels avant la fin de l’année et dépasserait le taux de 10 % de la population active en 2010. Comme bien d’autres, Sarkozy et son gouvernement n’avaient pas vu venir la crise.
La crise économico-financière qui ravage la planète
n’a pas épargné l’Europe, contrairement aux premières proclamations de la
plupart de ses dirigeants, selon lesquels le naufrage était avant tout une
affaire américaine. (Alternatives
Internationales, mars 2009)
Dans l’urgence, le gouvernement Sarkozy-Fillon-Lagarde a pris des mesures pour sauver les banques françaises et les groupes automobiles français et, du même coup, pour accroître leurs chances d’absorber des concurrents étrangers.
La crise nous rend notre liberté. Elle nous donne la possibilité de renouveler notre corpus idéologique, ça nous fait réfléchir. La période est formidable. C'est nous qui conduisons le bateau. On n'a pas le droit d'avoir peur. Je me fais taper dessus, mais j'ai la banane. On a besoin de nous et ça paiera. (Sarkozy aux parlementaires UMP, 25 mars 2009)
Le « on » de « on a besoin de nous » désigne en termes codés la bourgeoisie française que s’efforce de servir Sarkozy avec son « plan de sauvetage des banques », soit 360 milliards d’euros potentiels, et son « plan de relance de l’économie », soit 26 milliards d’euros. Fillon et Sarkozy disaient que les caisses de l’État étaient vides, mais l’argent public coule à flot pour les grands groupes capitalistes.
Pour effacer, en dix ans, le supplément de dette
publique généré par la crise, il faudrait, dans le même temps, augmenter les
prélèvements obligatoires de 6 à 8 % par an ! Les ménages n’ont pas
fini de payer la crise. (Enjeux - Les
Échos, avril 2009)
Bref, les « ménages » de la classe ouvrière paient aujourd’hui la crise par le chômage ; demain, ils supporteront les hausses de « prélèvements obligatoires ». Les impôts qui rembourseront la dette de l’État gonflée par les « plans de sauvetage des banques » et les « plans de relance » retomberont avant tout sur la classe ouvrière et la petite bourgeoisie (les classes moyennes du travail indépendant et de l’encadrement des salariés). D’où le « bouclier fiscal », le refus d’abaisser la taxe sur la valeur ajoutée, les allègements de l’impôt de solidarité sur la fortune, la réduction du caractère progressif de l’impôt sur le revenu…
En France, on avait trois handicaps : les 35 heures, les grèves et la fiscalité. On a réglé les 35 heures. Quand il y a une grève comme celle du 19, le pays n'est pas paralysé. Sur le bouclier, ma capacité à reculer n'est pas d'un millimètre. (Sarkozy aux parlementaires UMP, 25 mars 2009)
Sarkozy poursuit le démantèlement réactionnaire de tous les acquis des travailleurs et le renforcement de l’appareil répressif :
Intervenant mardi 24 mars à Saint Quentin (Aisne),
Nicolas Sarkozy (…) a tenu, devant une salle acquise, un discours de
droite : défense du bouclier fiscal et réfutation des hausses d’impôts. Il
en est resté aux rodomontades sur les stock-options et sur la rémunération des
patrons. Annonçant que « personne ne sera abandonné », il a annoncé
pour avril un « plan d’urgence en faveur des jeunes », vantant
l’apprentissage « qui n’est pas un gros mot ». (…) Pour M. Sarkozy,
la liberté a le visage de la sécurité, thème cher à l’ancien ministre de
l’intérieur. (Le Monde, 26 mars 2009)
En guise de sécurité, la délinquance (que subissent avant tout les quartiers populaires) augmente déjà en conséquence inévitable du chômage de masse. L’État bourgeois a toujours été incapable de former toute la jeunesse ; il relègue une grande partie des descendants des immigrés dans des véritables ghettos. Il habitue les futurs salariés à la précarité par la systématisation des stages faiblement rétribués, voire gratuits. En outre, la crise capitaliste frappe particulièrement les jeunes travailleurs : soit ils ne sont pas embauchés (la « défiscalisation » des heures supplémentaires par Sarkozy y contribue), soit ils font partie des premiers licenciés (en tant que contrats à durée déterminée ou intérimaires).
Sarkozy en tire prétexte pour diminuer les libertés, renforcer les polices, affaiblir l’enseignement public, précariser la jeunesse (pas celle de Neuilly), exempter une fois de plus de cotisations sociales les patrons :
C'est 1,3 milliard d'euros qui seront mis sur la table
pour former et insérer plus de 500.000 jeunes, particulièrement menacés par la
hausse du chômage, a annoncé Nicolas Sarkozy, dans un discours prononcé au
Campus Veolia, à Jouy-le-Moutier, dans le Val-d'Oise, ce vendredi 24 avril. (…)
Pour parvenir à ce résultat, Nicolas Sarkozy parie sur l'implication des
entreprises. Pour la provoquer, il propose un certain nombre d'aides. Il a
ainsi promis qu'elles auraient "zéro charge" si elles embauchaient un
apprenti avant le 30 juin 2010. De même, une prime de 3.000 euros sera versée à
celles qui embaucheront en CDI avant la fin septembre 2009 un jeune déjà en
stage. (La Tribune, 24 avril 2009)
Sarkozy s’est engagé à réduire le nombre de fonctionnaires. Cela ne concerne évidemment pas la police. Qui plus est, l’administration doit servir davantage les employeurs et les riches, doit être modelée sur le modèle de l’entreprise capitaliste, les statuts des fonctionnaires (qui protégeaient les travailleurs de l’Etat) doivent être démantelés. C’est le contenu des « réformes » du « pôle emploi », de l’administration des impôts, de l’inspection du travail, des hôpitaux, des universités et des lycées, etc.
La fermeture de services d’urgence, de services de chirurgie et de maternités se poursuit. La loi Bachelot-Sarkozy soumet l’hôpital public à une logique de rentabilité, le subordonne aux cliniques capitalistes (voir Révolution Socialiste n° 27).
Les mesures de carte scolaire de l’enseignement primaire et les dotations horaires globales des établissements secondaires concrétisent les 13 500 suppressions de postes du budget 2009. À la prochaine rentrée, le baccalauréat professionnel sera préparé en 3 ans au lieu de 4. Le projet contre les lycées est en cours de réécriture, soi-disant à partir de consultations des lycéens. La loi d’autonomie des universités (LRU) est retoquée, mais maintenue. La modification du recrutement des professeurs du primaire et du secondaire est suspendue, mais les syndicats enseignants sont en train de la reprendre, avec le même ministre de l’éducation Darcos, et les postes de concours restent restreints. Avec la concurrence généralisée, les « petites » universités sont en sursis, nombre de lycées professionnels et de collèges des quartiers populaires agonisent.
Le ministre du travail Hortefeux, qui a fait ses preuves contre la fraction la plus vulnérable de la classe ouvrière, a annoncé le 26 avril que le gouvernement allait généraliser le travail le dimanche. Avant de faire adopter au parlement une loi, prévue en juillet, il va consulter « les autorités religieuses » et les « partenaires sociaux » :
Le gouvernement doit gérer dans la durée
l’amplification de la crise et ses rebonds imprévisibles, tout particulièrement
les dangers d’une radicalisation hors des rails syndicaux. Il a besoin des
syndicats. (Ouest France, 19 mars 2009)
Loin de faire de suspendre sa politique, le pouvoir profite de la crise pour redoubler ses coups contre la classe ouvrière. Dans ces conditions, envisager que Sarkozy va « changer de cap politique » est invraisemblable. Pourtant, les « partis de gauche », du MRC néogaulliste au caméléon NPA, en passant par les sociaux-démocrates du PS et du PdG et les staliniens défroqués du PCF et du PCOF, prétendent qu’une manifestation un jour férié y parviendra :
Nos organisations, comme elles l'ont fait lors des
précédents rendez-vous de mobilisation sociale, appellent à la réussite d'un
1er mai 2009 historique. Elles seront aux côtés des salarié-e-s, de tous les
travailleurs, de toute la population pour amplifier la mobilisation populaire
afin d’obtenir les changements de cap politiques nécessaires. (Pour un grand premier mai de convergences des
luttes, 25 avril 2009)
Les partis « réformistes » et leurs émules « anticapitalistes » font passer pour un acte « historique » (sic) la troisième « journée d’action » nationale organisée pour « peser sur le gouvernement » :
Gouvernement et patronat doivent rapidement mettre en
œuvre les mesures déjà prises et engager les négociations et les concertations
pour répondre à l’ensemble des revendications (…) C’est pourquoi, dans la suite
des journées du 29 janvier et du 19 mars et dans ce contexte exceptionnel, les
organisations syndicales s’entendent pour faire du 1er Mai un nouveau temps
fort de mobilisation pour peser sur le gouvernement et le patronat. (CFDT, CFTC, CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires,
UNSA, Un nouveau temps fort de mobilisation, 30 mars 2009)
« L’appel unitaire » appelle le gouvernement et le patronat à « mettre en œuvre les mesures déjà prises ». Donc, les chefs syndicaux donnent pour objectif à la manifestation du 1er mai le soutien à la politique de Sarkozy, qui aurait favorablement évolué (« un début de remise en cause du système actuel »). Pour faire bonne mesure, ils rappellent, sous l’appellation de « concertations » et « négociations », qu’ils restent disponibles pour s’associer aux mesures du gouvernement et des plans patronaux qui sont, en réalité, le blocage des salaires, le chômage technique, les licenciements collectifs, les fermetures de sites. D’ailleurs, l’appel ne mentionne pas une seule revendication ouvrière.
Les sommets syndicaux ne répondent pas à la guerre de classe que mène la bourgeoisie par la guerre de classe du prolétariat, mais multiplient les signes d’allégeance à la classe dominante et à sa représentation politique, qui les subventionne en retour largement. Avant d’appeler à une troisième journée d’action, cette fois-ci sans grève, ils étaient allés donner des conseils à Sarkozy, guère différents des discours officiels tenus à de la rencontre des pays impérialistes du G20 :
Les syndicats avaient demandé à être entendus dans le
cadre de la préparation du G20. Nicolas Sarkozy a reçu hier matin à l’Élysée
les leaders des cinq confédérations représentatives, CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT
et FO. Toutes adhérentes de la Confédération européenne des syndicats, les cinq
organisations ont pu poser des exigences communes : programmes de relances
concertées au niveau mondial, réglementation des marchés financiers… (L’Humanité, 31
mars 2009)
Contre l’aspiration grandissante à la grève générale, à en découdre avec Sarkozy, les appareils syndicaux, flanqués des pseudo-trotskystes et des anarchistes, ont isolé chaque grève spontanée, ont dispersé l’énergie des étudiants et des salariés en de multiples « journées d’action » sectorielles, ont fait diversion avec de ridicules « chaînes humaines », « freezings », « pique-niques », « rondes », etc. annoncées par « l’appel unitaire » :
Pour préparer le 1er Mai, les organisations syndicales conviennent de faire du mois d’avril un mois de mobilisations ponctué d’initiatives visant à soutenir les actions engagées et à organiser les solidarités. (Un nouveau temps fort de mobilisation, 30 mars 2009)
Les travailleurs n’ont pas besoin de ce genre d’unité, mais du front unique ouvrier, de l’unité pour empêcher les licenciements et les mesures de Sarkozy. Le titre même de l’appel syndical indique qu’il n’est pas question d’affronter et de vaincre le patronat et Sarkozy le 1er mai. C’est seulement « un temps fort de mobilisation ». Donc, il y en a eu d’autres et il y en aura d’autres. Quoi d’étonnant si Sarkozy n’est pas si inquiet ?
Il y a eu deux journées de manifestations et de grèves
massives cette année, dont une a rassemblé 3 millions de personnes dans le
pays. Les chiffres sont impressionnants. Mais le gouvernement considère ces
protestations bien organisées comme une façon normale, même utile, de laisser
libre cours au mécontentement. (The Economist, 18 avril 2009)
Loin de dénoncer le sabotage des luttes et la collaboration de classes des bureaucraties syndicales, de proposer une alternative révolutionnaire, toutes les organisations issues de la révision du léninisme-trotskysme et de la destruction de la 4e Internationale (NPA, POI, LO…) ont appelé au succès des « journées d’action » qui servent d’exutoire à la colère des masses et qui protègent, en dernière analyse, le capitalisme français, l’État bourgeois et Sarkozy lui-même.
Face à l’effondrement du capitalisme, les partis et les directions syndicales qui respectent la propriété privée et mettent par-dessus tout « la France » n’ont à proposer que la régression protectionniste, l’accompagnement des licenciements et les diversions des « journées d’action ». D’un côté, ils conseillent le patronat, la majorité parlementaire et le président, qu’ils présentent comme des partenaires. De l’autre, ils isolent tous ceux qui luttent, les travailleurs des Antilles, les immigrés sans papiers, les étudiants et les universitaires, les hospitaliers, les ouvriers licenciés…
Pour avoir une chance de sauver les emplois, de vaincre les patrons et le gouvernement à leur service, la classe ouvrière doit recourir à la grève générale, déployer toute sa force collective, prendre conscience de sa capacité révolutionnaire par son mouvement même.
La grève en masse n'est pas un moyen ingénieux,
inventé pour donner plus de force à la lutte prolétarienne; elle est le mode de
mouvement de la masse prolétarienne, la forme de manifestation de la lutte
prolétarienne dans la révolution. (Rosa
Luxemburg, Grève de masse, parti et syndicat, 1906)
Pour se défendre de manière conséquente, les travailleurs se dirigent spontanément vers la voie révolutionnaire, vers l’interdiction des licenciements, l’échelle mobile du temps de travail, le contrôle ouvrier et populaire sur les entreprises, l’augmentation des salaires et des pensions, l’expropriation des banques, la libre circulation des travailleurs, les droits égaux pour tous les travailleurs, le remboursement intégral des soins médicaux, le droit au logement, etc. Pour éradiquer la plaie du chômage et sauver un environnement propice à l’épanouissement de l’espèce humaine, pour mettre fin aux crises capitalistes et aux guerres impérialistes, il faut renverser le capitalisme. Quoique de plus en plus parasitaire et anachronique, la bourgeoisie ne s’effacera pas pacifiquement de la scène de l’histoire. Une révolution est nécessaire.
Qui plus est, la classe ouvrière, qui est la première confrontée aux conséquences de la dépression économique, a la capacité de renverser la bourgeoisie, par son nombre et par sa place centrale dans la production capitaliste. En établissant son propre pouvoir (la dictature du prolétariat), elle pourra développer les forces productives, qui sont actuellement entravées par la propriété privée et les frontières étatiques, et ouvrira la voie du socialisme mondial.
Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L'heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés. (Karl Marx, Le Capital, I, 1867)
Un tel programme est incompatible avec le maintien au pouvoir de Sarkozy, l’appartenance à l’OTAN, les institutions gaullistes de la 5e République, les corps armés de défense de la propriété capitaliste, de répression des luttes sociales et d’oppression des pays dominés (armée, police, gendarmerie, services secrets)…
La classe bourgeoise, consciente du danger, combine l’intimidation, la division, la persuasion et la corruption pour empêcher les exploités de s’unir et de la mettre en cause. Ses armes idéologiques les plus classiques sont la religion et le nationalisme. Depuis la fin du 19e siècle, elle utilise tous les moyens dont elle dispose, comme classe exploiteuse et comme classe dominante, pour détruire ou, à défaut, contrôler les organisations dont s’est doté le prolétariat. Voilà pourquoi les mutuelles des travailleurs salariés et les coopératives ouvrières disparaissent ou s’identifient aux entreprises capitalistes ; voilà pourquoi les syndicats s’opposent à la grève générale et cogèrent les entreprises (y compris les SUD qui participent aux conseils d’administration de La Poste ou et de France Telecom) ; voilà pourquoi les partis traditionnels de la classe ouvrière (PS, PCF) servent loyalement la bourgeoisie depuis des décennies ; voilà pourquoi ceux qui sont candidats à leur succession (PdG, NPA) se préparent à le faire et le prouvent déjà, tant par leur programme d’aménagement du capitalisme que leurs alliances actuelles avec des partis bourgeois (PRG, MRC, Verts…).
Le prolétariat français a fait plus d’une fois la preuve de solidarité, d’énergie et même de bravoure. Pour réussir ce qui a échoué en 1848, en 1871, en 1936, en 1944, en 1968, il lui faut exiger la rupture de toutes ses organisations avec la bourgeoisie et se doter, au-delà, d’organes démocratiques capables de postuler au pouvoir (de type Commune de Paris, soviets, conseils) et, par-dessus tout, construire un nouveau parti, apte à mener à son terme la lutte des exploités et des opprimés, d’affronter la bourgeoisie, de détruire son État.
Face aux agressions des mercenaires du capitalisme et des nervis de la réaction, avec ou sans uniforme, sans écouter les gémissements des curés de toute sorte et des bavards pacifistes, la classe ouvrière, la future classe ouvrière, les minorités opprimées doivent se défendre au moyen de services d’ordre, de forces d’autodéfense, etc.
Face aux patrons, malgré les capitulations, aux sabotages des directions syndicales, elles doivent s’organiser pour contrôler leurs luttes, par la constitution de fractions lutte de classe dans les syndicats, par la systématisation des assemblées générales qui décident, par l’élection de comités, par la centralisation des comités élus.
Face à la bourgeoisie et à ses agents au sein des masses, face aux partis ouvriers bourgeois et à leurs flancs-gardes « d’extrême-gauche » qui détournent les masses de la grève générale et de la prise du pouvoir, les travailleurs et les étudiants les plus conscients et les plus aguerris doivent se regrouper en un parti ouvrier révolutionnaire, internationaliste, sur le modèle du Parti bolchevik qui a conduit la première révolution prolétarienne victorieuse en Russie en 1917. Le temps presse.
28 avril 2009