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Université
La guerre du gouvernement Sarkozy contre l’enseignement public porte sur toutes les étapes de l’éducation, de l’insulte aux professeurs des écoles maternelles accusés d’avoir pour principale fonction de « changer les couches » des élèves (Darcos au Sénat le 3 juillet), à la présente attaque contre l’université publique, en passant par l’offensive contre les lycées et contre les futurs enseignants.
L’université a pour rôle de faire progresser la connaissance, à la fois en la découvrant, par la recherche, et en la transmettant, par l’enseignement. Régulièrement, cette fonction sociale a été remise en cause par diverses contre-réformes, parmi lesquelles la loi LRU (Libertés et responsabilité des universités) constitue une étape majeure. Elle intègre comme fonction de l’université celle d’insertion professionnelle, ce qui signifie que l’université devient officiellement un outil de la bourgeoisie pour former la force de travail.
C’est avec la complicité des directions syndicales, en particulier l’UNEF mais aussi des directions enseignantes, que la LRU votée le 10 août 2007 s’applique aujourd’hui par décrets, avec notamment l’intégration des patrons dans les conseils d’administration des universités. Cette loi a pour vocation de rapprocher l’université des intérêts du patronat, ce qui passe notamment par la dislocation des statuts des universitaires, potentiel noyau de résistance. Précisément, à travers le « budget global », la LRU renforce, au détriment d’un cadre national, le pouvoir des présidents d’université, consolidant ainsi leur pouvoir de mandarin local. Ainsi, les présidents de l’université, avec un conseil d’administration à leur botte, peuvent contrôler les recrutements de titulaires, embaucher à leur guise des personnels précaires, moduler les rémunérations…
Il s’agit également d’une mise en concurrence des universités, les poussant à se regrouper, à se spécialiser, à délaisser certaines disciplines, au détriment des étudiants. La loi pousse les universitaires à être actifs, non seulement dans l’enseignement, dans la recherche – leur métier –, dans l’administration – depuis la loi Faure de 1969 – mais aussi dans la recherche de financement, une partie de leur activité étant alors dédiée à faire la manche auprès des capitalistes prêts à les financer.
Cette fonction est assurée par l’Agence nationale pour la recherche (ANR), qui centralise la recherche sur projet, en ne finançant qu’un dixième de ceux qui lui sont soumis, et encourage ainsi la constitution d’un volant de travailleurs précaires. La notion de recherche par projet est stupide par définition, car cette activité est telle que ceux qui la pratiquent ignorent ce qu’ils trouveront au moment où ils l’engagent, à moins que cette recherche ne consiste qu’à mettre en œuvre, au service d’intérêts déterminés, des questions précédemment développées, c’est-à-dire à ne pas innover. Certaines disciplines ont d’ailleurs été abandonnées, en sciences humaines et sociales mais également en sciences exactes (entomologie, toxicologie…).
Il s’agit précisément de mettre la recherche au service du capital comme en témoigne le « Comité de pilotage de la recherche et de l’innovation » installé par Valérie Pécresse le 13 octobre dernier, et composé de PDG (Thalès, Rhodia…) aux côtés de quelques universitaires. Pour la ministre, la recherche n’est pas suffisamment associée aux intérêts du capital, puisqu’elle déplore un « manque de proximité entre recherche, société et économie » (Les Échos, 3 septembre).
Le statut des universitaires (ils sont au nombre de 58 000), comme catégorie particulière de fonctionnaires, est géré par décret. C’est donc par un décret d’application la loi LRU que le gouvernement vise à en finir avec ce statut, relativement protecteur. Il leur donne droit, en début de carrière, à un salaire de 1600 à 1800 €, pour 192 heures d’enseignement, à comparer avec un salaire de 3000 € pour 60 heures d’enseignement dans des pays similaires.
Signé le 24 novembre 2008, ce décret a été rédigé à partir des travaux d’une commission qui « a travaillé dans une indépendance totale et légitime, après avoir reçu l’ensemble des organisations syndicales et des partenaires concernés et analysé leur contribution » (Valérie Pécresse, conférence de presse, 20 octobre). Il autorise les conseils d’administration, c’est-à-dire le président, à fixer les « principes généraux de répartition des services entre les différentes fonctions des enseignants-chercheurs ». Il s’agit concrètement d’accroître les services d’enseignement au bon vouloir du président d’université, qui ne sera contrôlé que par une « commission mixte » dépendant indirectement du conseil d’administration.
Le gouvernement a toutefois donné quelques indications sur l’évaluation du travail de recherche, puisque l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Aeres), dépendant directement du Ministère, propose un certain nombre de critères. Ainsi, pour être considérés comme chercheurs, les universitaires devront avoir publié sur certains supports (revues scientifiques) dont la liste est arrêtée par l’Aeres. De toute évidence, la bourgeoisie incite fortement les chercheurs à développer une recherche qui correspond à ses intérêts.
Ainsi, non seulement la recherche est formatée mais les universitaires sont incités à délaisser les enseignements pour favoriser leur carrière en pratiquant une recherche au service de la bourgeoisie. S’ajoute à cette pratique la possibilité de voir les enseignants jugés par les étudiants, ce qui en termes pédagogiques, est profondément contre-productif.
Le pouvoir du président mandarin de l’université portera également sur le recrutement. Jusqu’à présent, les enseignants-chercheurs sont recrutés, après qualification par un Conseil national des universités, par une commission composée d’universitaires élus. La LRU non seulement autorise le président à recruter du personnel précaire, mais elle remplace cette commission élue par un comité ad hoc nommé par le conseil d’administration. La prétendue lutte contre le localisme reviendrait surtout à donner au président la capacité de recruter des universitaires à sa botte, transformés en employés de l’université au service du prince.
Le projet de modification des concours d’enseignement dans le primaire et le secondaire constitue une offensive majeure contre la valeur de la force de travail des futurs enseignants et contre le contenu des enseignements. Il s’agit d’intégrer la préparation aux concours dans un diplôme de Master « enseignement ». Les candidats passeraient l’épreuve d’admissibilité en janvier, effectueraient un stage non rémunéré appelé « pratique accompagnée » au 2nd semestre, passeraient les épreuves d’admission en juin, et prendraient leur fonction à temps plein en septembre. Jusqu’à présent, les concours d’enseignement sont ouverts aux titulaires d’un diplôme au moins équivalent à bac + 3 et les reçus aux concours effectuent un stage rémunéré d’un an après obtention.
Par conséquent, les étudiants devront attendre une année supplémentaire avant d’être rémunérés, ce qui défavorisera les moins fortunés, sans pour autant avoir un meilleur niveau, puisque les exigences disciplinaires pour les candidats seront inchangées. En outre, le stage rémunéré l’année suivant l’obtention du concours est supprimé, ce qui, en plus d’être scandaleux d’un point de vue pédagogique, permet au gouvernement d’économiser 15 000 postes, en plus des suppressions prévues.
Une conséquence majeure sera également le développement massif des emplois précaires, en raison du phénomène des « reçus-collés », à savoir les candidats qui auront obtenu le Master mais échoué au concours, ou inversement. Ils n’auront d’autre choix que de venir renforcer le volant de plus en plus massif des enseignants précaires beaucoup plus malléables et flexibles, donc espérés moins combatifs, que les enseignants titulaires.
Là encore les directions syndicales aident le gouvernement tant qu’elles peuvent. La direction du SneSup ne s’oppose pas à la contre-réforme. Au contraire, elle revendique « une véritable mastérisation de la formation des enseignants » (Flash-infos n°44, 9 janvier), elle signe une lettre avec la direction de la FSU qui demande aux ministres Darcos et Pécresse « d’organiser une rencontre commune à nos organisations et aux deux ministres pour discuter de ce sujet » (Lettre à Darcos et Pécresse, 12 janvier). À vrai dire, la direction du principal syndicat de l’enseignement supérieur se plaint surtout de « l’absence de concertation qui a présidé à l’annonce… de mesures transitoires pour la mise en place des concours de recrutement des enseignants en 2010 » (Flash Infos n°48, 16 janvier).
La direction de l’UNEF n’exige pas plus le retrait, elle se satisfait des « premières réponses qui ont été obtenues », considérant que la rémunération annuelle du stage à 3 000 euros –contre 1 310 par mois jusqu’à présent– est un « premier geste ». De surcroît, elle demande à « être intégrée dans la commission nationale de la formation des maîtres chargée du suivi de la réforme » (Communiqué, 15 janvier).
Contre la casse des statuts, contre la tentative de destruction de l’enseignement public, contre les suppressions de postes, contre les budgets alloués aux universités, les travailleurs de l’enseignement supérieur public entrent en résistance.
Elle a d’abord pris la forme, dès le mois d’octobre, de votes de motions dans les départements, principalement de lettres et sciences humaines, contre la « mastérisation » des concours qui touche précisément les étudiants de ces disciplines dont beaucoup se destinent à l’enseignement. Elle a donné lieu en novembre et décembre à des assemblées générales d’enseignants, parfois accompagnés d’étudiants, organisées par les directions syndicales enseignantes (principalement SneSup) sous la pression des travailleurs –la direction de l’UNEF étant parvenue à étouffer provisoirement un mouvement étudiant naissant– dans plusieurs universités (Amiens, La Rochelle, Nanterre, Paris 13, Dijon, Besançon, Tours, Reims, Poitiers, Dauphine, Clermont-Ferrand, Le Mans, Lille, Pau, Perpignan…) demandant à la fois le retrait du décret disloquant le statut des universitaires, l’abandon de la « mastérisation » des concours de l’enseignement, l’arrêt des suppressions de postes, dénonçant le budget de l’enseignement supérieur…
Les chercheurs s’opposent également au démantèlement de la recherche publique et, le 27 novembre, après une manifestation ayant réuni quatre mille chercheurs et une assemblée générale spontanée, 200 d’entre eux ont occupé le siège de l’ANR, sous la banderole « ANR, usine à précaires », pendant dix heures avant d’être expulsés par les forces de l’État bourgeois. Le matin même, 500 chercheurs avaient cherché à occuper le CNRS pour empêcher la tenue d’un conseil d’administration devant décider la dislocation en plusieurs pôles, avant que le gouvernement informe qu’il se tiendrait… dans les locaux du Ministère de la recherche –une première !
Le 22 janvier, les enseignants chercheurs et doctorants se sont réunis en coordination nationale et malgré les manœuvres des bureaucraties syndicales qui ne voulaient à aucun prix d’un appel à la grève générale, ils ont adopté la motion suivante :
Si le ministère ne retire pas, sans préalable, le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs (et) la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants du premier et du second degré, l'Université française se mettra en grève totale, reconductible ou illimitée le 2 février.
Pour des raisons qui tiennent à la loi LRU, des dizaines d’IUT sont en grève depuis plusieurs semaines. Au nombre de 116 en France, ils regroupent 140 000 étudiants, et proposent des formations courtes étroitement liées avec le secteur privé, lui livrant ainsi une main-d’œuvre formée de la manière la plus adéquate pour répondre à ses besoins. Traditionnellement non combatif, ce secteur de l’enseignement supérieur voit son existence menacée par le « budget global » contenu dans la LRU. Il s’agirait de confier le budget des IUT aux universités, ce qui a provoqué la colère des directeurs de ces instituts qui sont parvenus à mobiliser les étudiants, et plusieurs dizaines de manifestations ont eu lieu partout en France, regroupant en tout des dizaines de milliers de manifestants. Ce mouvement, parti des directeurs des IUT, a donné lieu à une coordination nationale le 10 décembre dernier, avec pour revendications principales le maintien de leur diplôme et l’attribution de moyens suffisants pour le garantir. Comme la masse des autres jeunes en formation, les étudiants des IUT s’inquiètent de leur avenir ; le développement du chômage, la crise capitaliste signifient que l’adéquation tant vantée de leur formation au marché du travail est une illusion. Ils comprennent que les Sarkozy-Pécresse et la loi LRU ne leur veulent aucun bien.
Assez de « concertation » avec le gouvernement ! A bas la participation des dirigeants syndicaux à toutes les instances de participation qui mettent en pratique sa politique, en commençant par les conseils d’administration des universités !
Il faut isoler le gouvernement : dirigeants du SNESUP, de l’UNEF, et de tous les syndicats, affichez votre rupture avec Sarkozy-Pécresse en appelant étudiants, enseignants, personnels, dans tout l’enseignement supérieur, à des assemblées générales unitaires pour l’abrogation de la loi LRU, pour le retrait du projet de « mastérisation » des concours, pour le rétablissement de tous les postes d’enseignants supprimés, contre la suppression de 900 postes à l’université et au CNRS.
Dans toutes les facs, tous les instituts universitaires, tous les labos, répandez l’appel de la coordination nationale, partout les AG doivent voter :
Grève générale des universités si le
gouvernement ne retire pas ces attaques contre l’enseignement supérieur
public !
Comités de grève pour l’organiser !
Centralisation nationale des comités de
grève !
24 janvier 2009