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Désormais, ils sont tous keynésiens

Sarkozy et son « plan de relance »

 

Une combine nationale étriquée face à une grande crise mondiale

 

Contrairement au mythe entretenu par l’aile la plus rétrograde de la bourgeoisie, le FMI et l’Union européenne ont fait la preuve qu’ils ne dictent pas leur conduite à la bourgeoisie française et aux États nationaux. Cette vision nationaliste a été relayée durant des années par la plupart des bureaucraties sociales-patriotes du mouvement ouvrier et par leurs adjoints « d’extrême-gauche » (en particulier lors des référendums de 1992 et de 2005).

La présente crise capitaliste prouve une fois de plus ce qu’ont toujours affirmé les internationalistes : d’une part, les décisions importantes de l’UE ont toujours été prises par les exécutifs des pays membres et d’autre part, ils ont du mal à arriver à un consensus quand les intérêts de l’impérialisme allemand et de son partenaire et rival français sont trop opposés (voir Collectif Révolution Permanente, Manifeste pour les États-Unis socialistes d’Europe, 2005). Ainsi, il n’y a pas eu de plan bancaire européen, tout juste une concertation pour adopter des plans assez semblables, mais en fait nationaux et encore moins de « plan de relance » à l’échelle communautaire.

Donc, le président Sarkozy a annoncé, le 4 décembre à Douai, un plan de relance purement français de 26 milliards d’euros. Pourtant, le 8 janvier, il avait déclaré :

Qu'attendez-vous de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ou que je donne des ordres à des entreprises à qui je n'ai pas à donner d'ordre ? (« Les grandes dates de la présidence Sarkozy », Le Figaro, 23 avril)

Le plan vise à augmenter la croissance économique de 1 point, selon le premier ministre Fillon. Il comporte plusieurs volets, parmi lesquels de nouvelles exemptions de cotisations patronales (1), de véritables injections de type keynésien dans l’économie, surtout dans l’investissement (2, 3, 4) mais aussi dans la consommation (3, 5). D’autres enfin ne sont qu’un avancement de calendrier, mais cela permet d’améliorer la trésorerie des entreprises… et de gonfler le montant du total du plan (6).

 

Des miettes pour les travailleurs, de nouveaux cadeaux aux capitalistes

 

1.  Dans les entreprises de moins de 10 salariés, toutes les embauches seront exonérées de cotisations sociales au niveau du smic, soit une aide de 180 euros par mois. La mesure sera dégressive jusqu'au niveau de 1,6 fois le smic.

2. Les pouvoirs publics vont investir 10,5 milliards d'euros, dont les deux tiers en 2009. L'État va investir 4 milliards d'euros supplémentaires dans des projets qui avaient été gelés faute de financement. Sont concernés les infrastructures de transport, les « équipements de défense », l'université et la recherche… Les entreprises publiques financeront elles-mêmes 4 milliards d'euros d'investissements supplémentaires dans la production d'énergie, la rénovation et l'entretien du réseau électrique, gazier, postal et de la RATP. Les collectivités locales investiront 2,5 milliards d'euros supplémentaires. L'État les y aidera en accélérant le remboursement d'une créance de 5 milliards d'euros (TVA sur les investissements).

3. Le soutien aux groupes de l’automobile. En 2009, les particuliers qui mettront à la casse un véhicule de plus de dix ans pour acheter un véhicule neuf ayant le label écologique toucheront une prime à la casse de 1 000 euros. Les filiales de Renault et PSA spécialisées dans l'octroi de crédit automobile aux particuliers recevront un financement supplémentaire d'un milliard d'euros chacune. L'État compte aider la filière à financer la recherche et le développement. Il accordera des aides directes, sous forme de garantie de prêts, si les pays concurrents (États-Unis, Allemagne, Suède) continuent d'aider leurs constructeurs nationaux. L'État exigera en contrepartie que les constructeurs ne ferment pas de sites ou réduisent les contraintes imposées aux sous-traitants. Un fonds d'investissement de 300 millions d'euros aidera à restructurer la filière.

4. Le logement sera soutenu à hauteur de 1,6 milliard d'euros. Le prêt à taux zéro sera doublé en 2009 s'il est consacré à l'achat d'un logement neuf. Coût estimé : 600 millions d'euros. 70 000 logements supplémentaires vont être construits pour 600 millions d'euros.

5. Les conditions d'indemnisation du chômage, partiel ou total, seront améliorées, à hauteur de 500 millions d'euros. Le gouvernement va verser fin mars 2009 une prime de 200 euros aux 3,8 millions de personnes éligibles aux minima sociaux (760 millions d'euros).

6. L'État va rembourser, début 2009, 11,5 milliards d'euros aux entreprises. Le crédit d'impôt recherche, normalement remboursable sur trois ans, sera reversé début 2009 en une seule fois (3,8 milliards d'euros). Il en sera de même pour les crédits de TVA (3 milliards d'euros). Les déficits enregistrés par les entreprises en 2008 donneront lieu à un remboursement de 2 milliards d'euros dès 2009. S'y ajoute une autre mesure de trésorerie sur l'impôt sur les sociétés : les entreprises paient en décembre un acompte fondé sur les prévisions de bénéfices ; le trop-versé, habituellement remboursé en avril, le sera dès janvier 2009.

 

Des illusions sur l’État bourgeois partagées par tous les partis installés dans la 5e République

 

La nouvelle secrétaire du PS trouve que Chirac et Sarkozy auraient pu aider auparavant les patrons, comme s’ils ne l’avaient pas fait !

Le plan de relance de la France consiste à faire ce que la France n’a pas fait depuis trois ans envers les entreprises. (Martine Aubry, Conférence de presse, 4 décembre)

La plupart des sommes sont allouées en partie (3), voire totalement (1, 6), aux capitalistes… qui feront ce qu’ils voudront. Peu concernent les travailleurs (5) ou même la consommation (3). C’est le seul reproche que font les partis et organisations réformistes, qui avaient antérieurement approuvé le plan bancaire de 360 milliards d’euros. Aucun ne met en cause le surcroît de dépenses militaires (2).

Tous accréditent l’illusion que l’État bourgeois pourrait assurer, avec un peu de bonne volonté ou de pression des travailleurs, la garantie de l’emploi et la prospérité :

Mais les mots seront-ils suivis des faits ? Rien n’est moins sûr… Une véritable politique de relance s’appuie sur l’augmentation des salaires. (PCF, Communiqué, 4 décembre)

En fait, cette annonce n'est qu'un tour de passe-passe destiné à faire croire à la population que Sarkozy et son gouvernement s'attaquent vraiment à la crise… en annonçant quelques dépenses qui étaient souvent prévues depuis longtemps. (Lutte Ouvrière, 12 décembre)

La France n’a pas de plan de relance à la hauteur de la crise. (Martine Aubry, Conférence de presse, 4 décembre)

Ce plan de relance ne permettra pas aux salariés et à la population de sortir la tête hors de l’eau. (LCR, Communiqué, 4 décembre)

Les directions syndicales n’ont pas dit autre chose :

Cela ne correspond pas au degré d'urgence que l'on constate dans les entreprises. (Bernard Thibault, Le Monde, 4 décembre)

Les salariés et la consommation sont les grands oubliés du plan de relance présidentiel. (CFDT, Communiqué, 4 décembre)

L’ampleur de la récession appelait une politique de relance cohérente et resserrée bâtie sur deux piliers, l’investissement et la consommation, moteur dont l’épuisement signifierait une lourde aggravation de la situation économique. Pour FO, les annonces du Chef de l’État à l’occasion de son discours de Douai ne sont pas à la hauteur des enjeux… la communication présidentielle esquive soigneusement la question du soutien des dépenses de consommation. (FO, Communiqué, 4 décembre)

Un danger, dont les réformistes de tout poil n’ont cure, est le recours des gouvernements au protectionnisme, dont la généralisation ne ferait qu’accroitre la crise capitaliste au détriment des masses et déboucherait sur des affrontements entre impérialismes. Un signe de cette tentation rétrograde est le soutien de chaque État bourgeois à ses propres banques et, désormais, les subventions à ses propres groupes automobiles (4)…

 

Le seul keynésianisme qui ait significativement stimulé le capitalisme est l’économie d’armement et l’économie de guerre

 

Les « plans de relance » d’aujourd’hui et d’hier, en France ou ailleurs, n’ont jamais comporté d’augmentation généralisée et significative de tous les salaires, contrairement à ce que prétend le PCF. Toute  concessions salariale significative, au demeurant précaire si la bourgeoisie conserve le pouvoir, est le résultat d’une lutte de la classe ouvrière, dans le cadre d’une phase de prospérité ou d’une crainte de la révolution. L’augmentation des salaires n’est guère souhaitée par la classe des capitalistes, d’autant moins quand le taux de profit baisse. Par conséquent, Keynes préconisait, face à la difficulté de faire baisser les salaires brutalement, ce qu’il estimait souhaitable mais socialement risqué, de faire baisser insidieusement les salaires réels en recourant à l’inflation (sans toucher aux salaires nominaux).

L’effort des entrepreneurs pour réviser les contrats de salaires dans le sens de la baisse rencontrera beaucoup plus de résistance que la baisse graduelle et automatique des salaires réels qui résulte de la hausse des prix. (John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1935, Payot, p. 268)

Tous les gouvernements avaient justifié les attaques des décennies précédentes au nom du libéralisme. En France, le dernier gouvernement PS-PCF-PRG-Verts, celui de Jospin-Buffet-Zuccarelli-Voynet-Mélenchon, avait ainsi privatisé à tour de bras, multiplié les policiers et réduit la fiscalité pesant sur les hauts revenus. Aujourd’hui, tous recourent au paravent du « keynésianisme », pour accorder des centaines de milliards d’euros aux banquiers escrocs, aux patrons automobiles pollueurs tandis que par millions dans le monde entier, les ouvriers et les employés sont jetés à la rue.

Dans ce contexte, ceux qui demandent des plans de relance par la consommation et un encadrement rigoureux du crédit pour favoriser la croissance -certains allant jusqu’à parler d’un nouveau « New-deal »- ne sont toujours pas entendus. C’était pourtant la réponse que le capitalisme avait fini par adopter à l’issue de la grande dépression de 1929. (Pierre Chaillan, «Sans relance de la croissance, le monde s'enfonce dans la crise », L’Humanité, 8 octobre)

Bref, selon les anciens staliniens, toujours partisans du protectionnisme et de l’étatisme, le capitalisme a une solution à sa propre crise : il suffit de « relancer ».

Il est vrai que, dans le cadre de la politique des fronts populaires, le Parti « communiste » américain (CPUS) a soutenu à partir de 1935 le Parti démocrate et le président Roosevelt. En fait, l’administration Hoover (Parti républicain) avait précédemment augmenté elle-même le déficit budgétaire sans grand résultat. Une fois élu, une des premières décisions de Roosevelt fut, en mars 1933, de baisser les salaires des fonctionnaires. En outre, son plan de relance (New Deal), comme celui de Sarkozy, était basé sur l’investissement et non la consommation. Il s’est montré peu efficace :

L’administration américaine consacra de larges sommes d’argent à la construction de routes, de villes, de ports, de réseaux d’irrigation… le chômage ne redescendit pas au dessous de 14 % et remonta même jusqu’à 19 % en 1938… C’est seulement à l’occasion des programmes massifs de réarmement dans lesquels les États-Unis s’engagèrent à la fin des années 1930 que le chômage recula massivement…

En Allemagne, le chômage massif fut résorbé par des travaux publics à grande échelle. Quand les nazis prirent le pouvoir en 1933, ils stimulèrent puissamment les dépenses publiques : des routes et des chemins de fer… et, dans le secteur privé, des subventions furent accordée aux entreprises pour encourager leurs investissements. Ces mesures entraînèrent une réduction massive du chômage qui fut menée à son terme lorsque le réarmement fut entrepris en 1935. (Michael Stewart, Keynes, 1967, Seuil, p. 135-137)

La leçon de l’histoire est que le seul « keynésianisme » qui marche, et à quel prix pour l’humanité, c’est l’économie d’armement et la guerre. Pourtant, le président du groupe parlementaire du Parti « socialiste », à une question d’un journaliste qui lui demandait s’il se félicitait du retour de Marx et de Keynes, s’est exclamé :

Ce n’est pas le retour de Marx, c’est le retour de Keynes ! (Jean-Marc Ayrault, France Culture, 13 décembre)

Le spectre du communisme hante de nouveau les bourgeois et leurs valets réformistes. Saisi d’effroi devant la crise, tous les gavés et les nantis se réfugient dans le culte du gourou de l’interventionnisme, abandonnant brusquement leurs anciennes idoles, les charlatans Friedman et Hayek. Ce n’est pas si difficile, car Lord Keynes avait en commun avec ces derniers d’être un ennemi juré de la révolution socialiste et même du Parti travailliste, pourtant respectueux du capitalisme britannique, du christianisme et de la monarchie :

C’est un parti de classe, et cette classe n’est pas la mienne. Si je dois revendiquer des avantages pour une fraction de la société, ce sera pour celle à laquelle j’appartiens... Je peux être sensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la guerre de classes me trouvera du côté de la bourgeoisie cultivée. (John Maynard Keynes, « Suis-je un libéral ? », 1925, La Pauvreté dans l’abondance, Gallimard, p. 18)

Ceux qui gagnent leur vie en travaillant ou qui sont écartés de l’emploi ne peuvent accorder leur confiance à feu Lord Keynes et à l’État de la classe dominante. Pour comprendre ce qui arrive et comment en sortir, ils doivent se tourner plutôt vers Karl Marx et vers la lutte pour abolir le capital…

 

La crise du capitalisme menace le prolétariat de déchéance

 

Le plan de relance de Sarkozy, pas plus que celui d’Aso au Japon, d’Obama aux États-Unis, de Zapatero en Espagne, de Wen en Chine, de Merkel en Allemagne, de Brown en Grande-Bretagne, ne donnera pas de foyer aux mal-logés et aux SDF, n’empêchera pas la récession économique ni la montée du chômage. Il ne le peut pas car, comme son plan de sauvetage des banques et son premier plan de relance, il ne touche en rien la propriété privée des moyens de production et s’en remet totalement au capitalisme, qui engendre inévitablement les crises, le chômage, la dilapidation de la nature et la guerre.

La même offre de travail qui était jusque là normale devient désormais anormale, surabondante, de sorte qu’une fraction plus ou moins considérable de la classe salariée, ayant cessé d’être nécessaire pour la mise valeur du capital, et perdu sa raison d’être, est maintenant devenue superflue, surnuméraire. (Karl Marx, Le Capital, livre I, ch. 25, 1867, Éditions Sociales, p. 453)

Si la nouvelle crise capitaliste mondiale a débuté par l’effondrement de banques et de compagnies d’assurance américaines, elle découle avant tout d’une suraccumulation du capital mondial par rapport à la plus-value ou survaleur tirée de l’exploitation de la classe ouvrière mondiale. Le ralentissement de la croissance avait commencé avant la crise bancaire de l’été, les licenciements aussi, car la rentabilité du capital diminuait et donc les incitations pour les patrons à investir et à embaucher. C’est la baisse du taux de profit qui a fait éclater la bulle financière qui prétendait faire de l’argent à partir d’opérations spéculatives et qui était alimentée depuis des années par les bas taux d’intérêt des banques centrales (une préconisation keynésienne).

Aucune politique « keynésienne » ne saurait bénéficier au prolétariat ni à la jeunesse en formation. Tout plan de sauvetage des banques ou de « relance » de l’économie par un gouvernement bourgeois consiste avant tout à socialiser les pertes pour privatiser les gains, vise à sauver les rapports d’exploitation et la propriété privée des moyens de production et de crédit, au détriment des exploités.

 

L’avenir est dans la résistance, l’insurrection, la collectivisation, le socialisme mondial

 

Or, les besoins de ces derniers s’opposent aux « plans de sauvetages des banques », aux « plans de relance » de l’État bourgeois autant qu’aux « plans sociaux » et aux « plans de restructuration » des entreprises. Les travailleurs salariés et les travailleurs indépendants en feront inévitablement les frais par l’inflation ou l’impôt. L’interdiction des licenciements et le paiement intégral du chômage partiel, la levée du secret commercial et l’ouverture des livres de compte par leurs travailleurs dans tous les groupes qui ont sollicité l’aide publique ou reçu des subventions, le contrôle par les travailleurs de l’affectation de ces fonds et l’expropriation des gros actionnaires sont indispensables.

Seul un gouvernement ouvrier appuyé sur une telle mobilisation saura adopter un plan d’urgence qui n’hésitera pas à exproprier et à collectiviser pour garantir la production et la répartition pour satisfaire les besoins des larges masses. Seule la révolution socialiste mondiale permettra de supprimer les crises et le chômage, de dépasser les frontières archaïques, de développer les richesses de la société humaine et de préserver son environnement.

La lutte contre la débâcle économique ne doit pas aboutir à la confiance en l’État ; elle doit aboutir à la revendication d’un État dirigé par les prolétaires et les semi-prolétaires. (Vladimir Lénine, « La débâcle économique et la façon prolétarienne de la combattre », 1917, Œuvres t. 25, p. 42)

19 décembre 2008