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L’élection
de Barack Obama aux États-Unis
Bien que sa puissance soit déclinante –il réalise 20 % de la production mondiale, contre 60 % au sortir de la deuxième boucherie interimpérialiste– l’impérialisme américain reste la principale puissance mondiale, principalement grâce à sa fonction parasitaire. Il dépense environ la moitié du budget militaire mondial ; il vit aux frais du reste de la planète, dont elle engloutit une partie des ressources, il attire les cerveaux des autres pays… En outre la bourgeoisie américaine pratique une forte discrimination raciale et ce pays est également l’impérialisme dans lequel les inégalités sont les plus élevées, la fraction des 10 % les plus riches détenant 70 % des ressources.
À partir du 20 janvier prochain, il sera présidé par Barack Obama, le candidat désigné par le Parti démocrate, l’un des deux partis de la bourgeoisie américaine issus de la guerre de Sécession. Il sera choisi par un collège électoral composé de 538 grands électeurs qui furent désignés à l’occasion des élections générales le 4 novembre dernier, qui ont également renouvelé la Chambre des représentants, un tiers du Sénat, et élu quelques représentants locaux. Selon cette logique du collège électoral –un archaïsme qui remonte au XIXe siècle et autorise l’élection d’un candidat minoritaire en voix– chaque État est doté d’un nombre de grands électeurs correspondant au nombre de ses représentants dans les deux chambres. Sur les 538 grands électeurs, 365 voteront pour Obama, correspondant à 69 457 159 voix (52,9 %), 173 voteront pour le candidat du Parti républicain McCain, sénateur de l’Arizona, correspondant à 59 935 404 voix (45,6 %), le reste se partageant entre quelques dizaines de candidats peu significatifs. C’est la 1e fois depuis l’élection de Lyndon Johnson en 1964 que le candidat démocrate s’impose aussi nettement.
La presse de la bourgeoisie du monde entier a également manqué de superlatifs pour saluer son nouveau chef : « un de ces moments de l’histoire qui mérite que l’on s’y attarde » (New York Times), « une opportunité de mettre le pays dans une nouvelle et meilleure direction » (Washington Post), « une Amérique nouvelle » (Hindustan Times), « une perestroïka Yankee » (L’Orient-Le Jour, Liban), « l’aube d’une nouvelle ère » (Haaretz, Israël), la presse de Chine, Japon, Russie, Irak étant plus réservée, compte tenu des tensions de ces États avec la puissance mondiale. Dès son élection, les dirigeants du monde entier se sont prosternés devant le nouveau dirigeant de la première bourgeoisie mondiale. Le chef de l’État français fut un des premiers à féliciter Obama pour « son engagement inlassable au service du peuple américain » (Sarkozy, Lettre à Obama, 5 novembre), comparant la victoire d’Obama avec la sienne en 2007. Gordon Brown, chef du gouvernement de l’allié historique de l’impérialisme américain, a salué les « valeurs progressistes » (AFP, 5 novembre) d’Obama. Horst Köhler, président de l’Allemagne, offrait les services de sa bourgeoisie en présentant son pays comme « un partenaire fiable et ami de longue date » (Communiqué, 5 novembre) de l’impérialisme américain.
En France, Obama était soutenu par touts les partis parlementaires, du PCF à l’UMP, en passant par le MoDem, le PRG, les Verts, le PS. L’avenir prouvera que le président américain saura autant que ses prédécesseurs piétiner les intérêts de l’impérialisme français quand ce sera utile à la bourgeoisie américaine. Laurent Wauquiez, actuel secrétaire d’État à l’emploi, s’était rendu fin août à la convention démocrate et un cadre de l’UMP glissait qu’« aux Etats-Unis, l’UMP serait plus à gauche que le Parti démocrate » (Les Échos, 4 novembre). Bayrou se prend à espérer :
L'élection de Barack Obama, elle montre au moins que
tout n'est pas décidé d'avance. Que quand un homme rencontre un peuple, avec ce
qu'il croit et ce qu'il est, à ce moment-là le peuple l'entend, et... ce qui
hier paraissait inimaginable, tout d'un coup devient la réalité. (AP, 5
novembre 2008)
Les principales organisations ouvrières se félicitaient ouvertement de cette victoire d’Obama. Pour le journal de la LCR, Obama pourrait s’en prendre aux « intérêts sociaux dominants » :
L’autre scénario verrait la mutation d’Obama, s’il est
élu, en nouveau Roosevelt, contraint à un New Deal bis allant à l’encontre des
intérêts sociaux dominants. Il n’est pas complètement exclu… (Rouge, 5
novembre 2008)
François Hollande, alors premier secrétaire du PS, voyait en Obama le candidat « de la rupture et du progrès » (Les Échos, 4 novembre). Pour Ségolène Royale, il s’agit d’« un extraordinaire message d’espoir » (AFP, 5 novembre) et pour Martine Aubry « le grand peuple américain a réalisé le formidable rêve de Martin Luther King » (idem). Le PCF a également exprimé sa solidarité avec le candidat bourgeois, en évoquant « une énorme attente de justice et de protection sociale, de démocratie et de paix… il faudra qu’il y réponde » (Communiqué, 5 novembre). Il ne fait aucun doute qu’il répondra aux attentes… de la bourgeoisie.
Le système politique américain est tel qu’il empêche la classe ouvrière de présenter son candidat et, hormis les candidatures légitimes mais marginales de quelques organisations se réclamant du socialisme, le prolétariat n’avait pas de choix. Ce qui reste du parti stalinien (CPUSA) a soutenu Obama, les différentes fractions de la sociale-démocratie (DSA, SD-SP) aussi et, surtout, les centrales syndicales (AFL-CIO, Change to Win…) lui ont même versé l’argent des travailleurs.
L’AFL-CIO et les autres ont envoyé 450 millions de
dollars et 250 000 volontaires pour la campagne. (Liaisons Sociales, janvier
2009)
Pourtant, au même titre que le Parti républicain, le Parti démocrate est le parti des patrons et des banquiers, au point que ces deux partis portent des positions similaires sur quasiment tout. Tous deux légitiment la présence de soldats américains sur le territoire irakien, ils défendent le « libre marché », c’est-à-dire le droit pour les capitalistes d’exploiter à leur guise, ils refusent la régularisation de millions d’immigrés surexploités, ils refusent l’accès aux soins pour tous au profit des compagnies d’assurance…
Les campagnes d’Obama et de McCain ont toutes deux reposé sur un populisme visant à convaincre les travailleurs de s’unir derrière le candidat d’un parti bourgeois, ont tous deux dénoncé « Washington », alors que les deux candidats font partie, depuis des années pour le premier et des décennies pour le second, des chambres parlementaires qui siègent dans la capitale et des appareils des deux partis qui dirigent le pays depuis la fondation des USA.
La différence majeure entre les deux principaux candidats tenait au symbole : Obama est le premier président non blanc sur 43 administrations et 220 ans. Il a entretenu cette image à travers sa rhétorique, son langage corporel. Une agence publicitaire (Advertising Age) ne s’y est pas trompée en le nommant meilleur vendeur de l’année (« Marketer of the year 2008 »).
Ainsi, c’est le candidat démocrate qui a réussi à rassembler sur son nom les voix des catégories les plus exploitées de la classe ouvrière américaine, précisément les Afro-américains, qui ont acquis le droit de vote grâce à une longue lutte au cours des années 1950 et 1960, qui supportent les plus forts taux de chômage, de mortalité et d’incarcération, l’espérance de vie la plus faible. Comme les maires noirs démocrates de nombreuses métropoles, comme les ministres Rice et Powell du gouvernement républicain précédent, Obama est issu de la bourgeoisie noire qui a émergé dans les années 1970-1980. Celle-ci est très minoritaire mais se révèle utile en vue de contrôler le prolétariat afro-américain, qui est de loin la fraction la plus combative de la classe ouvrière américaine.
Obama a ainsi bénéficié d’une plus forte participation : 66 % des électeurs inscrits ont voté –un record, le précédent remontant à l’élection de Kennedy en 1960 (63 %)–, phénomène lié au vote massif des travailleurs les plus exploités et des jeunes. L’électorat noir a voté à 70 % –le précédent record étant à 58 % en 1968 pour l’acquisition du droit de vote–, a constitué 13 % des voix, contre 11 % en 2004, et s’est prononcé à 95 % pour Obama. La jeunesse a aussi massivement voté Obama : si les électeurs de plus de 30 ans ont donné une proportion de voix équivalente aux deux candidats, 70 % des primo-électeurs ont voté Obama. Le vote hispanique a également favorisé Obama, ce qui était loin d’être acquis puisqu’en 2004 il avait plutôt penché en faveur de Bush.
L’élection du candidat démocrate doit également à la profonde répulsion dont fait l’objet l’administration Bush. Deux guerres de spoliation en Irak et en Afghanistan, une crise bancaire et une récession économique, un appauvrissement absolu de la classe ouvrière, en sont des illustrations éclairantes.
Le candidat républicain John McCain est actuellement dirigeant de l’Institut républicain international, fondé en 1983 sous l’impulsion de Reagan, financé par la Dotation nationale pour la démocratie (un pare-feu de la CIA, qui finance également l’opposition à Chavez, l’opposition à Castro, le régime réactionnaire tibétain…), par Chevron, par Exxon Mobil… Elle a récemment attribué son Prix de la liberté à Antonio Saca, actuel Président du Salvador, associé aux escadrons de la mort assassins de militants ouvriers. Pendant la présidence Reagan, McCain avait rendu visite à Pinochet, ce qui fut récemment révélé avec la parution de documents jusqu’alors tenus secrets par le Département d’État, pour une rencontre qu’il qualifia d’« amicale et parfois chaleureuse », au cours de laquelle ils discutèrent des « dangers du communisme » (Département d’État américain, Congressman McCain’s Discussion with Pinochet).
Pour sa campagne, McCain était accompagné de Sarah Palin, une bigote sénatrice de l’Alaska, qui s’est distinguée par des positions profondément réactionnaires et explicitement obscurantistes. Membre à vie du lobby des armes à feu (NRA), elle est hostile au droit à l’avortement, partisane du créationnisme, persuadée que les hommes ont cohabité avec les dinosaures… Dans la ville d’Alaska dont elle fut maire (Wasilla), elle a cherché à interdire l’étude des œuvres de Shakespeare, Twain, Steinbeck… dans les écoles.
Dans un premier temps, l’oligarchie a tenté, comme en 2000 et 2004, de favoriser le candidat républicain en empêchant certains électeurs de voter ou même en truquant les votes, certaines machines transformant certains votes démocrates en votes républicains. Depuis 2003, selon la Commission d’assistance électorale, au moins 2,7 millions de nouveaux électeurs, principalement des Noirs et des Hispaniques, se sont vus refuser leur inscription sur les listes électorales. Il pouvait s’agir d’élimination d’électeurs par des fonctionnaires en droit de rayer le nom de toute personne jugée illégitime, d’exigence de pièces d’identité inutiles, d’obstruction aux campagnes en faveur de l’inscription…
Puis, c’est sans regret que la grande bourgeoisie s’est finalement tournée vers le candidat démocrate : Obama a reçu 640 millions de dollars pour sa campagne, contre 360 millions seulement à McCain. Ces financements ont joué un rôle majeur, dans la mesure où « les candidats les mieux financés ont gagné neuf fois sur dix » (Centre pour une politique réactive, 5 novembre). Parmi les financements d’Obama, 400 millions sont le fait de groupes financiers, à commencer par Goldman Sachs, une des banques d’affaires au cœur du présent krach financier, et dont Henry Paulson, actuel secrétaire d’État au Trésor, fut PDG.
Il est révélateur que Warren Buffet, classé par le magazine Forbes comme l’homme le plus riche du monde, ait apporté son soutien à Obama, aux côtés d’autres capitalistes notoires comme George Soros, Eric Schmidt (Google), William Daley (JP Morgan Chase), Penny Pritzker (Hyatt)… Il a également été soutenu par Paul Volcker, ancien directeur de la Fed, dont le rôle était alors de pousser à la réduction des salaires, à la destruction des emplois… en témoignent les vives félicitations qu’il adressa au président Reagan en août 1981 lorsque ce dernier autorisait le licenciement de 11 000 contrôleurs aériens en grève depuis des semaines.
N’en déplaise à Rouge ou à L’Humanité, il est invraisemblable, avec de tels soutiens, qu’il condamne les licenciements de masse ou l’expulsion des salariés victimes des prêts hypothécaires, qu’il prenne position contre la peine de mort ou contre le massacre des Palestiniens par l’armée d’Israël, qu’il retire ses soldats d’Afghanistan… Même en Irak:
Une force résiduelle restera en Irak et dans la région pour mettre en œuvre des missions ciblées de contre-terrorisme contre Al-Qaeda en Irak. (Programme Obama-Biden).
La bourgeoisie ne s’y est pas trompée :
L’élection de Barack Obama à la présidence des
Etats-Unis a été largement anticipée et déjà célébrée par la Bourse de New
York… Alors que les Américains se rendaient aux urnes, le Dow Jones avait fini
en hausse de 3,28 %. (Les Échos, 5 novembre 2008)
Obama avait soutenu la loi de restriction des libertés (« Patriot Act »), a pleinement soutenu le plan de sauvetage des banques, laissant le pouvoir économique entre les mains des responsables immédiats de la débandade financière. Il envisage même d’en rajouter avec un plan de relance, qui pourrait atteindre plus de 700 milliards de dollars, au moment où les États réclament une aide de 136 milliards, où un détenteur de crédit immobilier sur dix est menacé de saisie, où le marché du crédit est gelé, où deux millions de travailleurs ont perdu leur emploi en 2008 (la moitié dans les trois derniers mois)…
Il a également évoqué, à propos de l’industrie automobile, au bord de la faillite, « un partage des pertes des bénéfices et des charges », ce qui signifie que les travailleurs devront aussi payer pour les capitalistes de ce secteur, mais qui est surtout un non-sens, dans la mesure où les capitalistes s’approprient la totalité de la plus-value. Les « big three » (General Motors, Chrysler, Ford) sont au bord de la faillite. General Motors et Ford ont accumulé à eux deux 30 milliards de dollars de pertes nettes en 2008, General Motors a d’ailleurs suspendu le remboursement des frais médicaux pour 100 000 retraités sur 480 000, les assurances-crédit, utilisées en cas de non-remboursements des créances, ne veulent plus les prendre en charge.
Tout ceci est facilité par la bonne volonté de la direction du syndicat des travailleurs de l’automobile (UAW), prête à « revenir à la table des négociations » (Ron Gettelfinger, président de l’UAW, CNN, 30 novembre 2008) pour discuter d’un plan de licenciements et réduction des salaires. Ce que veut discuter la direction de l’UAW, qui a déjà concédé la suppression d’une disposition autorisant les salariés en chômage technique à percevoir leur salaire, c’est un salaire qui correspond en pouvoir d’achat à la moitié de ce que touchaient les ouvriers de Ford pendant les années 1960.
Il a également évoqué, à propos de l’industrie automobile, au bord de la faillite, « un partage des pertes des bénéfices et des charges », ce qui signifie que les travailleurs devront aussi payer pour les capitalistes de ce secteur, mais qui est surtout un non-sens, dans la mesure où les capitalistes s’approprient la totalité de la plus-value. Les « big three » (General Motors, Chrysler, Ford) sont au bord de la faillite. General Motors et Ford ont accumulé à eux deux 30 milliards de dollars de pertes nettes en 2008, General Motors a d’ailleurs suspendu le remboursement des frais médicaux pour 100 000 retraités sur 480 000, les assurances-crédit, utilisées en cas de non-remboursements des créances, ne veulent plus les prendre en charge.
Tout ceci est facilité par la bonne volonté de la direction du syndicat des travailleurs de l’automobile (UAW), prête à « revenir à la table des négociations » (Ron Gettelfinger, président de l’UAW, CNN, 30 novembre 2008) pour discuter d’un plan de licenciements et réduction des salaires. Ce que veut discuter la direction de l’UAW, qui a déjà concédé la suppression d’une disposition autorisant les salariés en chômage technique à percevoir leur salaire, c’est un salaire qui correspond en pouvoir d’achat à la moitié de ce que touchaient les ouvriers de Ford pendant les années 1960.
Loin d’être un progressiste, Obama a été éduqué à la soupe réactionnaire servie par les économistes de l’Université de Chicago –Friedman et les Chicago Boys amis de Pinochet– et, dans son livre L’Audace d’espérer, il vante « l’intuition majeure de Ronald Reagan, selon laquelle l’État-providence progressiste [NDLR : les acquis des luttes de la classe ouvrière, notamment durant les années 1960-70] est devenu complaisant et excessivement bureaucratique ». Il écrit également que « le marché [NDLR : le capitalisme] est le meilleur mécanisme jamais inventé pour allouer efficacement les ressources dans l’objectif de maximiser la production ». Il ne manque pas non plus de verser dans l’obscurantisme : « Je crois que le Christ est mort pour mes pêchés et qu’Il est ma rédemption. C’est une source de soutien et d’inspiration quotidienne » (Washington Post, 17 août 2008). Il a condamné le droit au mariage des homosexuels.
Le nouveau président est un serviteur de l’impérialisme américain :
Je construirai une armée du XXIe siècle et
un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la
guerre froide, afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à
Kandahar. (Foreign Affairs, juillet 2007)
Afin d’assurer la prospérité sur notre territoire et
la paix à l’étranger, nous partageons tous le désir de maintenir la plus forte
puissance militaire de la planète. (The
Telegraph, 3 décembre 2008)
Il envisage d’accroître de 100 000 soldats le contingent militaire américain et de maintenir à (au moins) 850 milliards de dollars les dépenses militaires annuelles –soit plus de 50 % des dépenses militaires mondiales. À ce titre, il envisage de s’inspirer de la politique étrangère « réaliste et bipartisane du père de George Bush, de John Kennedy et, à certains égards, de Ronald Reagan » (Greensburg, 28 mars 2008).
Il augmenterait de manière significative le
financement de la Dotation nationale pour la démocratie et d’autres
organisations non gouvernementales afin de soutenir les activités civiques dans
des sociétés répressives. (Washington
Post, 2 mars 2008)
Alors candidat au Sénat, il menaçait de lancer des missiles contre l’Iran puis, à l’occasion de l’offensive israélienne contre le Liban en 2006, il a défendu au Sénat une résolution accusant l’Iran et la Syrie d’être responsables de la guerre. Il a également soutenu l’attaque aérienne perpétrée par Israël contre la Syrie le 6 septembre 2007. Au cours de la campagne, il a chargé Dennis Ross, ancien collaborateur du tristement célèbre Paul Wolfowitz, de gérer le dossier iranien. Ross fait partie des fondateurs de l’Institut Washington pour la politique au Proche-Orient, qui développe une propagande pro-israélienne. Il a dirigé la rédaction d’un document sur l’Iran, aux côtés d’« experts » qui ont inventé les fausses preuves d’armes de destruction massive en Irak. Ce rapport préconise notamment de :
Mettre en place dans la région des forces militaires
américaines et alliées plus importantes, déployer des groupes de porte-avions
et des navires démineurs, implanter dans la région des stocks de matériel de
guerre (y compris des missiles), augmenter localement le nombre de bases
militaires, conclure des partenariats stratégiques avec des pays comme
l’Azerbaïdjan et la Géorgie pour pouvoir être opérationnels contre l’Iran en
plusieurs endroits. (Centre de politique
bipartisane, Meeting the Challenge – US Policy Toward Iranian
Development, septembre 2008)
Par ailleurs, les réticences
d’Obama sur la guerre en Irak ne tiennent pas à une opposition de principe à
cette invasion, mais à ce qu’il la juge comme une « erreur
stratégique » (Plate-forme de la Convention nationale du Parti
démocrate, 13 août 2008) ; il s’agirait alors de redéployer les forces
armées américaines vers l’Afghanistan. Il n’est certainement pas moins
belliqueux que son prédécesseur :
Je n’hésiterai jamais à défendre cette nation. J’ai
clairement exprimé, dès le début de cette campagne, que nous aurons plus de
troupes et que nous augmenterons nos investissements dans la meilleure armée de
l’histoire mondiale. (Denver, 28 août 2008)
Déjà, en juin 2008, il votait en faveur des interceptions non autorisées par un juge, en soutenant que « la capacité de surveiller et pister des gens qui veulent attaquer les Etats-Unis est un outil vital de l’anti-terrorisme » (reproduit dans Il Manifesto, 2 novembre).
Il apportait également son « soutien sans faille » à toute politique israélienne et a fait état de son « soutien à l’auto-défense d’Israël » (Programme Obama-Biden), c’est-à-dire à l’occupation et au massacre régulier de civils. Il s’était opposé en janvier 2006 à l’organisation d’élections en Palestine, en raison de la présence du Hamas. Il a promis au moins 30 milliards de dollars d’aide militaire à Israël au cours de la prochaine décennie, s’est opposé au droit au retour des réfugiés palestiniens (Jerusalem Post, 29 janvier 2008), a affirmé que « Jérusalem restera la capitale d’Israël », a posé la garantie de « l’identité d’Israël » comme condition à « tout accord avec le peuple palestinien » (Discours devant le Comité des affaires publiques américano-israéliennes, 4 juin 2008). Après un long silence complice, il n’a laissé aucune ambigüité sur la politique qu’il mènera à l’égard de la question Palestine, un soutien au massacre de Gaza :
L’Amérique est attachée à la sécurité d’Israël, et
nous soutiendrons toujours le droit à l’auto-défense d’Israël contre des
menaces légitimes. Depuis des années le Hamas a tiré des milliers de roquettes
contre des citoyens israéliens innocents. Aucune démocratie ne peut tolérer un
tel danger pour son peuple. (Adresse aux
employés du Département d’État, 22 janvier
2009)
L’équipe de laquelle s’est entouré Obama, composée de voleurs et de criminels de guerre qui pour beaucoup ont participé aux gouvernements Clinton, est révélatrice d’une continuité avec les gouvernements précédents.
Joe Biden, son vice-président, est un fervent soutien de l’invasion de l’Irak.
Emanuel Rahm sera Secrétaire général de la Maison blanche, premier poste ministériel attribué après l’élection. Surnommé « Rahm-Bo » pour son penchant belliqueux, il est également très favorable à la guerre en Irak et un soutien inconditionnel d’Israël.
Hillary Clinton est nommée aux Affaires étrangères. Elle soutient Israël dans la guerre contre les Palestiniens et n’exclut pas l’option militaire contre l’Iran.
Robert Gates, actuel secrétaire d’État à la Défense, un ancien directeur de la CIA, restera à son poste, ce qui est d’ailleurs une première.
Lawrence Summers dirigera le Conseil économique national. Il a travaillé comme conseiller économique pour Reagan, puis pour Clinton. Il fut également économiste en chef de la Banque mondiale et à ce titre fut notamment responsable de la dislocation de l’économie mexicaine en 1995 –en élevant les taux d’intérêt à un niveau ingérable–, de l’éclatement de la crise asiatique en 1997 –en faisant gonfler la dette… Lorsqu’il était président de l’université d’Harvard, il prétendait que les femmes ne pouvaient pas réussir en raison de leurs gènes.
Timothy Geitner sera secrétaire au Trésor. Il est un proche collaborateur de Ben Bernanke, Ben Bernanke, directeur de la Fed, et un des principaux artisans du plan Paulson, des opérations Bear Sterns, Fannie Mae, Freddie Mac…
James Jones, un commandant de l’OTAN qui a soutenu McCain, sera Conseiller à la Sécurité nationale.
John O’Brennan, qui a qualifié les opérations de torture d’« outil indispensable [pour obtenir des informations qui peuvent] sauver des vies » (New York Times, 2 octobre 2008), sera Conseiller dans les affaires du renseignement.
Pour ces choix, Obama fut chaleureusement félicité par la fraction de la bourgeoisie américaine regroupée autour du Parti républicain. À en croire la criminelle de guerre Condolezza Rice, « le pays sera entre de bonnes mains » (AFP, 26 novembre). Pour Karl Rove, l’un des maîtres d’œuvre de la politique de Bush, Obama « a réuni une équipe économique de 1e classe » (Wall Street Journal, 28 novembre). Le candidat battu, McCain, a « applaudi » les choix de son rival (Conférence de presse, 26 novembre). Henry Kissinger, de son état artisan de coups d’État et ami de dictateurs, a jugé que certains des choix d’Obama sont « remarquables » (Forum économique mondial, New Delhi, 16 novembre).
Les directions syndicales sont également associées aux choix d’Obama, puisque Jared Bernstein, membre de l’Institut de politique économique financé par l’AFL-CIO, sera Conseiller économique en chef.
À vrai dire, l’élection d’un Afro-américain issu de la bourgeoisie noire ayant bénéficié de la « discrimination positive » n’est pas plus symbolique que celle d’une femme de la caste des intouchables, Kumari Mayawati, à la tête de l’Uttar Pradesh, un État du nord-est de l’Inde, ni que celle d’un indigène, Evo Morales, à la tête de l’État bolivien.
Le racisme est loin d’avoir disparu, tant il est un des fondements de la constitution des États-Unis d’Amérique comme un État bourgeois (les fondateurs et les premiers présidents étaient des maîtres d’esclaves) puis de son développement (un des atouts de la bourgeoisie américaine a été d’entretenir la division de la classe ouvrière par la xénophobie et le racisme). Pendant quatre siècles, les Afro-américains ont été victimes d’esclavage, de ségrégation, de lynchages… et en conséquence les luttes qui ont menacé le capitalisme furent très largement menées par des travailleurs noirs.
Pour être élu, Obama a promis des réductions d’impôts pour la plupart des contribuables, et une expansion du système de santé –46 millions de personnes ne sont pas assurées–, ce qui est bien maigre, même en comparaison avec le New Deal du bourgeois démocrate Roosevelt, dont les mesures sociales furent imposées par de puissantes grèves et des luttes des chômeurs. Il est favorable au soutien aux banquiers pourris et aux patrons de l’industrie automobile. Il envisage de doubler le financement public des écoles privées où il va envoyer ses propres enfants pour 29 000 dollars (23 000 euros) chacun…
Les travailleurs n’ont rien à espérer du gouvernement Obama. Ils doivent s’organiser pour construire un parti révolutionnaire et imposer à leurs organisations syndicales la rupture avec le pouvoir et avec tous les partis bourgeois, sur la base des mots d’ordre suivants :
Relogement immédiat, dans des conditions similaires, de toutes les personnes expulsées ;
Expropriation des banques et des assurances sous contrôle des travailleurs ;
Aucun licenciement, diminution du temps de travail, des emplois pour tous ;
Une couverture santé pour tous, des écoles et des universités de bonne qualité gratuites pour tous, des crèches et des garderies gratuites ;
Liberté d’immigrer, mêmes droits pour tous les travailleurs, halte à l’emprisonnement de masse et aux méthodes racistes de la police, autodéfense des grévistes, des Noirs, des Hispaniques ;
Fermeture immédiate de Guantanamo et de tous les centres de torture, restitution de Guantanamo à Cuba ;
Retrait des troupes d’Irak et d’Afghanistan, fermeture de toutes les bases militaires à l’étranger, désarmement des sous-marins nucléaires et des porte-avions ;
Fin des menaces envers l’Iran et la Corée du Nord, fin de l’embargo sur Cuba ;
Aucune immixtion de l’État dans les syndicats ;
Gouvernement ouvrier, États-Unis socialistes d’Amérique du Nord avec le Canada et le Mexique.
Un tel parti fusionnera l’héritage révolutionnaire des États-Unis avec l’apport indispensable du mouvement ouvrier international :
La nouvelle révolution devra compléter le travail entrepris par les hommes de 1776 qui ont assuré l’indépendance nationale. La deuxième révolution américaine des années 1860, connue sous le nom de Guerre civile, a liquidé le système de l’esclavage, unifié le pays et ouvert la voie à son développement industriel. La tâche de la troisième révolution est de confisquer cet appareil industriel à une clique parasitaire qui l’utilise à son compte, et la mobiliser dans l’intérêt de tous… Pour cela, les travailleurs ont besoin d’une carte et d’une boussole. Ils ont besoin d’une généralisation des expériences du passé et d’une ligne théorique pour l’avenir. C’est ce qu’est le marxisme… Karl Marx, un Juif allemand, qui a vécu en Angleterre et y a élaboré cette théorie, est chez lui partout. L’analyste suprême du capitalisme est chez lui en particulier dans le pays où le capitalisme a atteint son apogée. (James Cannon, The Militant, 16 juillet 1951)
29 décembre 2008
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