| Révolution Socialiste | ![]() |
|
Accueil |
CoReP |
CRP en el Perú |
Tibet
Le 10 mars dernier, une marche en soutien au nationalisme tibétain partait d’Inde en direction du Tibet, encouragée notamment par de nombreuses manifestations de soutien devant les ambassades chinoises en Inde et au Népal. Quelques jours plus tard, le 14, un soulèvement touchait Lhassa, ville-préfecture de la « région autonome chinoise du Tibet ».
De jeunes Tibétains déchaînés ont caillassé
et battu des Chinois [non-Tibétains] et
ont mis le feu à des boutiques avant que l’armée ne restaure le calme à Lhassa,
la capitale du Tibet, ont raconté des touristes… Le gouvernement tibétain en
exil a affirmé aujourd’hui que le bilan « confirmé » du nombre de
victimes des récentes violences au Tibet s’élevait à 99 morts. Pékin a assuré
de son côté que « 13 civils innocents » avaient été tués et a affirmé
ne pas avoir tiré de coup de feu pour mettre fin aux émeutes. (AFP, 18
mars 2008)
Ce jour-là, la quasi-totalité des morts et blessés étaient des Hans et des Huis, principalement musulmans. Des personnes ont été brûlées vives, d’autres battues à mort ou lapidées, et les émeutes ont atteint des provinces frontalières de la Chine où résident des communautés tibétaines (Qinghai, Gansu, Sichuan, qui appartiennent au « grand Tibet » ou « Tibet historique », qui correspond au Tibet du 9e siècle et couvre le tiers de la Chine).
Il semble que ces événements étaient prévus depuis longtemps. En juin 2007, une conférence était organisée à New Delhi par l’association Amis du Tibet avec pour objectif la séparation du Tibet. En novembre 2007, la sous-secrétaire d’État américaine Paula Dobriansky, déjà impliquée dans les révolutions « colorées » en ex-URSS, rendait visite à Lhamo Dondump, le « dalaï lama ». Il est censé être la 14e réincarnation d’un être éclairé (un « bodhisattva »). À ce titre, il est à la fois la tête d’une des hiérarchies bouddhistes du Tibet et le chef du prétendu gouvernement tibétain en exil. En janvier 2008, plusieurs organisations pro-tibétaines, dont le Mouvement pour le soulèvement du peuple tibétain qui regroupe les principales fractions du gouvernement tibétain en exil (Nouveau parti démocratique et Congrès de la jeunesse tibétaine…), lançaient un appel au soulèvement le 10 mars :
Aujourd’hui, dans l’esprit du soulèvement de 1959 et
en mémoire de tous les courageux Tibétains qui ont sacrifié leur vie pour
l’indépendance du Tibet et tous ceux qui continuent de résister à la brutale
occupation chinoise, nous lançons un mouvement unifié pour en finir avec la
domination de la Chine au Tibet. (Tsewang Rigzin, président du
Congrès de la jeunesse tibétaine, 4 janvier 2008)
Le 10 mars 1959 fait référence au soulèvement à la suite duquel le dalaï lama fut exilé en Inde. Au moment où cet appel fut lancé, l’ambassadeur américain en Inde David Mulford rencontrait le dalaï lama.
Le président du Tibet Qiangba Puncog, aux ordres du gouvernement central, a justifié la répression en expliquant que « les émeutes du 14 mars ont été préméditées et organisées par la clique dalaï » (Agence de presse Xinhua, 24 mars). En réponse, le dalaï lama Lhamo Dondump a déclaré que « les événements au Tibet échappent à son contrôle » (Le Courrier de Genève, 27 mars 2008), avant de recevoir Nancy Pelosa, présidente du Congrès américain, pour une visite officielle.
Les journalistes étrangers ont immédiatement été expulsés du Tibet et les touristes étrangers interdits. Les media chinois, strictement sous contrôle du régime, ont montré des images choisies des émeutes, (attribuées comme en 1989 à des « lumpen » et des « houligans ») mais pas la répression qui a suivi. Pourtant, il est établi que des milliers de policiers et de soldats, avec des dizaines de véhicules blindés, sont entrés dans Lhassa pour rétablir l’ordre. 1 000 Tibétains auraient été arrêtés.
La Chine se compose de 56 nationalités, dont les Hans constituent la grande majorité (92 % de la population de toute la Chine, d’après le dernier recensement en 2000). Parmi les 55 autres, soit plus de 100 millions de personnes, on trouve les Zhuangs (16 millions), les Mandchous (10,7 millions), les Miaos (9 millions), les Ouïghours (8,3 millions), les Tujues (8 millions), les Yis (7,7 millions), les Mongols (5,8 millions), les Tibétains (5,4 millions)…
Historiquement, le Tibet a été rattaché à la Chine au 13e siècle lorsqu’il fut conquis par l’empire Mongol. Lorsque la Chine a repris le contrôle sur son empire au 14e siècle, le Tibet est resté annexé à la Chine. Au 18e siècle, les Mandchous se sont emparés de la Chine et l’ont divisée en 18 provinces parmi lesquelles le Tibet. Ce dernier fut longtemps l’objet d’une rivalité entre la Grande-Bretagne et la Russie. À la fin du 19e siècle, l’empire britannique s’en est emparé et y a installé ses comptoirs de commerce. Après un accord entre la Chine et la Grande-Bretagne à la conférence de Simla en 1913 après la première Révolution chinoise, le Tibet est placé sous l’autorité du gouvernement chinois, ce que reconnurent ultérieurement les puissances impérialistes via l’ONU.
D’après la Constitution chinoise de 1931, rédigée après la 2e révolution chinoise :
Tous les Mongols, Tibétains, Miaos, Yaos, Coréens et les autres vivant sur le territoire de la
Chine devraient jouir de pleins droits à l’autodétermination, c’est-à-dire ils
peuvent soit joindre l’Union des Soviets chinois soit se séparer d’elle et
former leur propre État. (in
Richard Poulain, La politique des nationalités de la République
populaire de Chine de
Mao Zedong à Hua Guofeng, 1984)
Avant la 3e Révolution chinoise en 1949, le Tibet était une région relativement arriérée. Avant 1959, une vaste majorité de la population vivait dans des conditions proches de l’esclavage, au profit d’une aristocratie répressive.
38 % des ménages n’avaient jamais eu de thé…
51 % n’avaient pas les moyens de s’offrir du beurre, et 75 % étaient
parfois forcés de se nourrir avec de l’herbe cuisinée avec des os de vaches… (Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet, 1996)
En 1959, la mortalité infantile était encore de 430 ‰ (elle est tombée à 24,5 ‰ en 2002), l’espérance vie de 35 ans et demi (elle était de 65 ans en 1998) et seuls 2 % des enfants étaient scolarisés (85,8 % l’étaient en 2000). Le premier hôpital moderne a été inauguré à Lhassa en 1997.
L’enseignement laïque au Tibet n’a été mis en œuvre que dans les années 1960 sous l’impulsion du gouvernement central, brisant le monopole des monastères. Les premiers universitaires ou ingénieurs tibétains n’ont commencé à travailler que dans les années 1980, en retard sur le reste du pays, ce qui explique pourquoi les postes plus qualifiés sont souvent occupés par des non-Tibétains.
Aujourd’hui, le Tibet connaît une explosion économique, du fait d’investissements centraux massifs, dont l’exemple typique est le premier train de passagers mis en circulation en 2006.
Il y a aujourd’hui 200 000 Chinois [non-Tibétains] pour 100 000 autochtones
dans la capitale tibétaine. Les investissements privés, chinois ou
internationaux, auraient fait un bond de 30 %. Le coût des transports,
humains ou fret, a baissé et le tourisme (60 % du PIB tibétain) a explosé…
(Libération,
19 mars 2008)
D’après le recensement chinois de 2000, 87 % des Tibétains vivent en zone rurale, et les Chinois non-Tibétains sont concentrés en zones urbaines. Du coup, les fruits de cette croissance profitent surtout aux Hans.
Tout l’argent qui afflue dans la zone arrive par
l’intermédiaire des sociétés chinoises, tout est contrôlé par des gens de
l’extérieur, dans ce contexte vous avez une croissance rapide mais la
population locale en est privée… Sur les dix à quinze dernières années, cette
stratégie économique a produit une inégalité croissante rapide, beaucoup plus
forte que dans le reste de la Chine. (Andrew
Fisher, State Growth and Social Exclusion in
Tibet, 2005).
Le Tibet d’avant la révolution chinoise est souvent présenté comme un mythe, à l’image d’un paradis terrestre fondé sur la paix et l’harmonie, ce qui n’est pas sans rappeler les images idéalisées de l’Europe féodale présentées par des catholiques conservateurs pour qui le Moyen-âge était peuplé de paysans heureux attachés à l’Église et protégés par leurs seigneurs.
La société tibétaine se compose jusqu’au milieu du 20e siècle de deux classes principales : d’une part l’ancienne classe des propriétaires terriens, composée de moines (lamas), d’autre part le reste de la population, principalement des paysans. La première est surtout une aristocratie parasitaire :
Bon nombre de richesses ont appartenu aux monastères
et la plupart d’entre eux ont accumulé d’immenses richesses… De plus, certains
moines et lamas ont pu individuellement accumuler une grande richesse par la
participation active dans le commerce et le prêt d’argent. (Pradyumana P. Karan, The Changing Face
of Tibet, 1976)
Le Tibet portait les traits d’une monarchie absolue dirigée par le dalaï lama. Celui-ci, créé au 13e siècle, jouait le rôle d’un pape dirigeant tout le Tibet. L’idéologie théocratique, qui s’appuie sur le bouddhisme, jouant son rôle d’« opium » à force de superstitions et de rites religieux, assimilait la résistance à du satanisme et justifiait l’oppression de classe par la supériorité des seigneurs, représentés comme méritant leur richesse, et par l’infériorité des paysans, représentés comme méritant leur misère.
Les démons, dont les images dans les temples
bouddhistes sont entourées de squelettes humains, peuplent non seulement la terre
mais les 18 enfers où sont punis les pêcheurs. Les mauvaises actions, dont le
manque de respect envers les moines et les nobles, étaient punies par l'État de
l’énucléation de l’œil et la mutilation et, après la mort, de la torture,
infligées par les démons dans un des enfers. (Paul
N. Siegel, The Meek and the Militant, 1986)
Ainsi les paysans étaient obligés de travailler la terre toute leur vie, d’entretenir le confort matériel des seigneurs. Ils étaient taxés sur le mariage, sur la naissance de chaque enfant, sur chaque décès dans leurs familles, sur la possession d’animaux, sur les festivals religieux… si bien qu’en plus du travail forcé, 50 à 70 % de leur production était prélevée par les moines. S’ils ne pouvaient pas payer, les monastères leur prêtaient de l’argent à taux d’intérêt usuraires (20 à 50 %), les dettes passant de génération en génération.
Ce système de servage, son obscurantisme et sa barbarie ont été supprimés dans les années 1950, grâce à la Révolution de 1949. Les multiples taxes féodales ont été supprimées, des grands travaux ont été engagés, des écoles, des hôpitaux, des routes ont été construits. L’eau courante et l’électricité ont également été installées à Lhassa.
Après la 3e révolution
chinoise, le Traité de 1951 prévoyait l’autonomie du Tibet sous l’autorité du dalaï lama et sous contrôle, notamment militaire, du
gouvernement central. La révolution
chinoise de 1949-
Les zigzags de la bureaucratie ont touché particulièrement le Tibet lors du « Grand bond en avant », par la famine, et lors de la « révolution culturelle prolétarienne », par l’aveuglement bureaucratique. En 1967, les « gardes rouges », des Hans eux-mêmes adorateurs de Mao et du « petit livre rouge », envahirent les monastères et détruisirent nombre d’images bouddhistes et de textes sacrés. Ils répétèrent les erreurs pratiquées par les jeunes staliniens en 1928 en Russie, à l’opposé de l’attitude des bolcheviks au pouvoir :
La masse croyante est très sensible à toute blessure
faite à ses sentiments religieux et l’inoculation violente de l’athéisme,
jointe aux insultes et aux moqueries à l’égard des rites religieux et des
objets de culte, ne fait pas avancer mais ralentit plutôt la lutte contre la
religion. (Nikolaï
Boukharine et Evgueni Preobrajensky, ABC du
communisme, 1919)
Il faut éviter d’offenser les sentiments des croyants,
ce qui n’aboutit qu’au renforcement du fanatisme religieux. (Programme du Parti
communiste (bolchevik),
1919)
Seuls le développement économique, l’instruction de la jeunesse, l’émancipation des femmes et la participation à la vie politique des Tibétains eux-mêmes peuvent éradiquer progressivement l’illusion religieuse ; seuls le pouvoir des travailleurs et la démocratie des conseils permettront d’assurer l’égalité des peuples et d’affaiblir l’emprise du clergé et du dalaï lama.
La caste au pouvoir de 1949 à 1991 n’a eu ni le souhait ni la capacité de résoudre positivement la question nationale tibétaine. Les trotskystes chinois, exécutés, emprisonnés ou exilés, en étaient, au contraire, soucieux :
Depuis que votre parti a pris le pouvoir en 1949, il a toujours eu à résoudre le problème des minorités nationales sur la base des principes de Lénine.
Officiellement, le parti a établi des régions autonomes au Tibet et en Mongolie du Sud ; pour autant, en pratique, les minorités nationales restent gouvernées dans la tradition de la « grande race Han » et ne jouissent pas du droit d’autodétermination, sans parler de désigner leur propre gouvernement. Les vieux antagonismes persistent, sous la surface, et peuvent déclencher une nouvelle guerre civile…
Pour unifier le pays, il est donc nécessaire d’accepter, dans les textes et dans les faits, le droit pour les minorités nationales de former leur gouvernement indépendant, au Tibet, en Mongolie et au Xinjiang. C’est la seule voie pour obtenir la collaboration sincère des minorités nationales, d’établir une Union des soviets de la Chine et ainsi d’aboutir à l’unification socialiste de la nation.
La reconnaissance de l’auto-détermination des
minorités nationales est donc un point important de tout programme socialiste. (Peng Shuzi, Lettre ouverte aux membres du
Parti communiste chinois, 1967)
Le clergé bouddhiste sert de levier
pour l’impérialisme américain contre la révolution chinoise
Le clergé bouddhiste et le dalaï lama se font volontiers passer pour non-violents en Europe de l’Ouest ou en Amérique du Nord. Historiquement, les régimes bouddhistes n’ont pas été plus pacifiques que les régimes chrétiens. La tradition théocratique du Tibet ne fait pas exception. La plupart des prédécesseurs du dalaï lamas n’ont d’ailleurs pas survécu aux intrigues de palais et le pouvoir était souvent exercé par des régents. Ceux-ci et les dalaï lamas ont fait plus d’une fois la guerre aux monarques du Népal ou du Ladakh voisins.
Lhamo Dhondrub, l’actuel dalaï lama, qui d’ailleurs n’est pas né au Tibet mais, en 1935, dans la province d’Arndo administrée par le Kuomintang, a fréquenté les dirigeants les plus réactionnaires de la planète. Dans ses mémoires, il rend hommage à Heinrich Harrer, un ancien officier nazi qui fut son précepteur, sachant que des « volontaires » tibétains ont combattu aux côtés du 3e Reich. En 1995, il était photographié donnant l’accolade au sénateur républicain Jesse Helms, sous le titre « Le bouddhiste fascine le héros des droits religieux » (News & Observer, Raleigh). En avril 1999, aux côtés de Thatcher, Reagan et Wojtyła (Jean-Paul 2), il demandait au gouvernement britannique de libérer Augusto Pinochet.
En cas de succès des séparatistes, le Tibet serait devenu un État croupion à la solde de l’impérialisme américain, contre la Chine. Un rapport de l’Office des affaires étrangères des Etats-Unis est d’ailleurs explicite sur ce point :
Le Tibet devient stratégiquement et idéologiquement
important. Puisque l’indépendance du Tibet peut servir la lutte contre le
communisme, il est de notre intérêt de le reconnaître comme indépendant…
Toutefois, ce n’est pas le Tibet qui nous intéresse, c’est l’attitude que nous
devons adopter vis-à-vis de la Chine. (Office
des Affaires étrangères des Etats-Unis, avril
En 1951, un frère du dalaï lama, Gyalo Thondup, collabore avec la CIA. La Société américaine pour une Asie libre, une couverture de la CIA, défendait la « cause tibétaine » avec Thubtan Norbu, un autre frère du dalaï lama. En 1956-1957, des Tibétains armés, entraînés par la CIA, s’attaquent à l’Armée populaire de libération (APL) chinoise et fomentent le soulèvement de Lhassa en 1959. L’APL écrase la rébellion ; le dalaï lama, la noblesse, les marchands et le haut clergé se réfugient en Inde (et dans une moindre mesure au Népal). C’est alors que la bureaucratie chinoise abolit le servage, confisque et distribue les terres des exilés.
De 1959 à 1961, le tristement célèbre sénateur McCarthy dirigeait la Tibet Task Force. Pendant les années 1960, le gouvernement tibétain en exil a reçu 1,7 million de dollars de la part de la CIA, comprenant une subvention annuelle de 186 000 dollars au dalaï lama (Jim Mann, « CIA Funded Covert Tibet Exile Campaign in 1960s », The Age, Melbourne, 16 septembre 1998).
Durant des décennies, l’impérialisme hégémonique a utilisé le clergé tibétain, affronté la Chine ou collaboré avec sa bureaucratie dirigeante pour refouler la révolution en Asie et pour rétablir le capitalisme en Chine même.
Ce but a été atteint. Mais les bourgeoisies impérialistes en place utilisent toujours la question tibétaine, « les droits de l’homme » et la pression militaire pour empêcher l’apparition d’une rivale, au vu du potentiel que représente ce pays dans l’économie capitaliste mondiale. La part chinoise du revenu mondial est passée de 2,6 % en 1980 à 6 % aujourd’hui. L’impérialisme américain met en œuvre à l’égard de la RPC la tactique de diabolisation qu’il a appliquée à l’Irak en 1991 et en 2003, à la Yougoslavie en 1999, qu’il applique aujourd’hui au Venezuela et à l’Iran, en présentant la Chine comme une dictature répressive.
Les travailleurs des États-Unis, d’Europe et du Japon doivent récuser cette campagne. D’une part, les libertés démocratiques sont en déclin partout. Le taux de population carcérale semble même plus élevé aux Etats-Unis (738 pour 100 000 habitants en 2004, US Bureau of Justice Statistics ») qu’en Chine (118 pour 100 000 en 2003, Asia Pacific Annual Conference). D’autre part, les États qui se posent en défenseurs des droits de l’homme en Chine ont souvent été moins sensibles face aux dictatures militaires qui leur convenaient. Tous flattent le régime monarchique, clérical et misogyne d’Arabie. Quant au souci du droit des peuples, comment le prendre au sérieux de la part des puissances qui, historiquement, ont colonisé l’Amérique, l’Afrique et l’Asie et qui occupent présentement l’Afghanistan et l’Irak ?
Aujourd’hui, la « Charte du dalaï lama », portant valeur de constitution, énonce que la « politique [est] guidée par le Dharma » (article 3), qui équivaut à la Charria dans l’Islam, et dans laquelle il est écrit :
Tous les Tibétains, dans le Tibet et en exil, sont et restent profondément reconnaissants à sa Sainteté le dalaï lama, et s’engagent à nouveau à établir notre foi et notre allégeance à la direction de sa Sainteté le dalaï lama, et à prier avec ferveur pour qu’il puisse rester avec nous à jamais comme notre chef spirituel et temporel.
Il existe un pouvoir législatif qui, selon la Charte, « réside dans l’Assemblée ». Toutefois « les décisions de celle-ci requièrent l’approbation de sa Sainteté le dalaï lama pour devenir des lois » (article 36). D’ailleurs, 16 des 46 membres de cette assemblée ne sont pas élus, mais désignées par les autorités religieuses, à commencer par le dalaï lama lui-même. Quant au pouvoir exécutif, il « est dévolu à sa Sainteté le dalaï lama, et doit être exercé par lui, soit directement soit par l’intermédiaire d’officiers qui lui sont subordonnés » (article 19).
Le gouvernement américain s’appuie à la fois sur le dalaï lama et sa cour, via son discours pacifiste centré autour des « droits de l’homme », de la « démocratie »… et sur la fraction radicale séparatiste du gouvernement en exil. Les deux fractions sont financées par la CIA depuis plus d’un demi-siècle. En outre, la Dotation nationale pour la démocratie, qui est soutenue par le Département d’État américain et par la CIA, et finance l’opposition à Chavez au Venezuela, a auparavant financé l’opposition fasciste à Aristide à Haïti, l’opposition cubaine, la guerre contre les sandinistes au Nicaragua… alloue plus de deux millions de dollars par an au gouvernement tibétain en exil en Inde depuis 1995. Elle finance également la Campagne internationale pour le Tibet, le Fonds Tibet, le projet Tibet Voice, le Réseau d’information tibétain, l’Association littéraire tibétaine… qui militent toutes pour l’indépendance du Tibet. Par ailleurs le dalaï lama perçoit également de l’argent de la part du milliardaire George Soros…
En 1989, le dalaï lama recevait le « prix Nobel de la paix » comme en 1983, Walesa. En 2007, le président Bush décorait celui-ci de la « médaille d’or du Congrès », qu’ont reçue auparavant Ridgway, Graham, Wojtyla, Blair, Reagan...
En France, les hommages à « sa Sainteté » ne manquent pas non plus :
Carla Bruni-Sarkozy, Bernard Kouchner et Rama Yade ont rencontré vendredi le dalaï-lama au pied du Causse
du Larzac, où le chef spirituel des Tibétains consacrait un temple bouddhique.
L'épouse du président de la République, le ministre des Affaires étrangères et
la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme se sont joints aux centaines
d'adeptes venus rencontrer le 14e dalaï-lama... (Midi Libre,
22 août 2008)
Ces représentants du pouvoir exécutif ont participé à la cérémonie religieuse. Lhamo Dhondrub qui avait déjà été reçu solennellement en 2003 par Bertrand Delanoë, le maire PS de Paris, a été fait « citoyen d’honneur de la ville de Paris » en avril 2008. Le 18 août, Ségolène Royal, l’ancienne candidate PS à l’élection présidentielle a rencontré le dalaï lama à Nantes avec le maire, qui est aussi le président du groupe PS de l’Assemblée nationale.
Le Parti socialiste regrette la décision du Président
de la République Nicolas Sarkozy de ne pas rencontrer personnellement le dalaï lama. (PS, Communiqué, 7 août 2008)
Le PS, ainsi que la LCR, ont sollicité des sanctions plus vigoureuses contre la Chine de la part de leur impérialisme, le même qui persécute les immigrés hans en France et qui occupe l’Afghanistan :
La réaction des différents gouvernements, à l’image de
celle de N. Sarkozy est d’une grande timidité, en se bornant à demander au
gouvernement chinois « davantage de retenue ». (LCR, Communiqué,
25 mars 2008)
Le Népal et l’Inde servent de base aux nationalistes féodaux tibétains, mais la lutte des classes se déroule en Inde sous une forme de plus en plus capitaliste, entre bourgeoisie et classe ouvrière, et le Népal lui-même vient d’abolir la monarchie.
En avril 2006, des manifestations ont obligé le roi Gyanendra à abdiquer et à remettre le pouvoir à une alliance composée de tous les partis politiques. Ce gouvernement provisoire rassemblait les partis monarchistes, bourgeois (Congrès népalais) et régionalistes avec les deux partis d’origine stalinienne, le « Parti communiste du Népal marxiste-léniniste unifié » (PCN-MLU) et le « Parti communiste du Népal maoïste » (PCN-M) qui a cessé en contrepartie la guérilla.
Ces deux partis font tout pour limiter la révolution à une « étape démocratique » qui se bornerait à liquider le féodalisme, remettant le socialisme à un avenir éloigné et justifiant la collaboration avec la « bourgeoisie nationale », comme si le capitalisme pouvait encore être progressiste à notre époque. Les élections à l’Assemblée constituante ont donné le 10 avril une majorité au PCN-M qui a aussitôt déclaré :
Quand nous disons que nous voulons en finir avec le
féodalisme, cela ne signifie pas que nous voulons mettre fin à la propriété
privée. Notre développement économique est, dans notre langage, la révolution
démocratique bourgeoise, en d'autres termes, la collectivisation, la socialisation
et les nationalisations ne font pas partie de nos objectifs immédiats. Pour une
économie faible et arriérée comme la nôtre, l’État doit jouer un rôle
régulateur et facilitateur… Il protégera le secteur privé national et le libre
marché. Nous voudrions assurer à chacun qu'une fois les maoïstes arrivés au
gouvernement, le climat sera encore plus favorable aux investissements. (Nepali Times, 16 avril 2008)
S’il est un pays où les héritiers de Mao sont favorables aux « investissements », c’est-à-dire à l’exploitation capitaliste, c »est la Chine. En complément idéologique, comme dans tout État bourgeois, le pouvoir recourt à l’opium du peuple. Il encourage le confucianisme, le taoïsme et même le bouddhisme pour que les travailleurs se résignent à leur sort :
Le président de l’Administration des affaires
religieuses a expliqué que « le bouddhisme est une religion qui propose
des idées d’harmonie et de paix, réduit le stress des individus et renforce le
consensus social… la religion est une des forces sociales qui contribuent à la
puissance de la Chine ». (Hsi Hsuan-Wou et Charles Reeves, China
Blues, Gallimard, 2008)
Le gouvernement de Hu Jintao renoue aussi des liens avec le Vatican.
Mais la principale idéologie est le nationalisme. Le parti unique de la nouvelle bourgeoisie joue du plus en plus sur le chauvinisme pour tenter de contenir les contradictions de classe qui s’accentuent avec la marchandisation de la force de travail, la généralisation de l’exploitation capitaliste et la précarisation du prolétariat. S’il n’est pas dénué d’influence sur les Hans, le nationalisme exacerbé rebute probablement les minorités nationales. L’armée et la police de la RPC ont plus d’une fois réprimé les travailleurs salariés, les paysans pauvres et les étudiants. Mais au Tibet, s’ajoute le fait que les véhicules sont envoyées par Pékin et que les policiers et les militaires sont des Hans, ce qui confère un aspect national à l’oppression.
Il n’est pas prouvé que la majorité des Tibétains soit favorable à l’indépendance, que ce soit de l’actuelle région du Tibet ou du « grand Tibet ». L’actuel dalaï lama lui-même a officiellement abandonné sa revendication d’indépendance depuis 1987, même s’il déclarait récemment que « les Tibétains ne font plus confiance aux Chinois » (Der Spiegel, 12 mai 2008). Néanmoins, les travailleurs chinois doivent garantir le droit des Tibétains à leur langue, à la religion de leur choix et à l’auto-détermination, jusqu’au droit de se séparer de la RPC, ce qui n’implique en aucun cas de soutenir le chef politique clérical qu’est le dalaï lama ou les fractions séparatistes plus réactionnaires encore. C’est le plus sûr moyen de couper l’herbe sous le pied de l’impérialisme, d’unifier les travailleurs de toute la Chine contre la nouvelle bourgeoisie, son parti unique et son État au service du capital. 200 étudiants de Pékin ont protesté en mars contre la répression au Tibet.
Les media d’Europe et d’Amérique du nord s’intéressent moins aux grèves et aux manifestations du reste de la Chine qui ont les mêmes racines sociales, à savoir le mécontentement grandissant des exploités de toute la Chine par les capitalistes hans et les groupes étrangers, les laissés pour compte de la restauration du capitalisme.
La classe ouvrière de RPC est désormais la plus importante du monde (environ 380 millions de personnes) et elle a des ramifications, à travers l’immigration, au sein des classes ouvrières de nombreux autres pays. Par son nombre, par sa concentration et par sa place comme créatrice de la plus grande part des richesses et comme adversaire de la bourgeoisie, elle a la capacité de maintenir l’unité du pays en reconnaissant les droits (y compris de se séparer) des minorités nationales en établissant une planification qui profite à toutes les régions.
En dépit de l’intimidation et de
la répression, les travailleurs les plus
conscients doivent se regrouper, bâtir leur parti, en tissant des liens avec
ceux des autres pays et en s’appuyant sur le véritable héritage marxiste de la
Chine, celui de la fondation de la section de l’Internationale communiste, de
la lutte de l’Opposition de gauche pour redresser le parti communiste, du
combat de la section de la Quatrième
internationale pour créer un nouveau parti communiste et prolétarien.
Union des travailleurs et
travailleuses de toute la Chine ! Droit des peuples tibétain et ouigour à
disposer d’eux-mêmes ! Non au retour au pouvoir du clergé bouddhiste et de
son chef le dalaï lama !
Révolution sociale en Chine et
au Népal !Fédération socialiste d’Asie de
l’Est !
21 septembre 2008