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La lutte des « sans papiers » affaiblie par la coopération de la direction de la CGT avec le patronat et le gouvernement

Non au cas par cas, régularisation de tous les « sans papiers » !

 

Nombreux sont les militants ouvriers de toutes tendances qui interviennent quotidiennement dans les écoles, dans les entreprises et dans la rue pour défendre les étrangers venus chercher protection ou travail, ainsi que leurs enfants. La plupart d’entre eux, hommes et femmes, s’intègrent à la classe ouvrière tout en subissant une surexploitation, particulièrement quand ils sont démunis de titres de séjour.

Alors que les autres grandes confédérations syndicales ne bougent pas le petit doigt, la CGT est apparue, au printemps, comme l’organisation qui se mettait à défendre ces travailleurs.

Cependant, la profonde intégration de l’appareil de la centrale à l’État bourgeois et sa défense de la « France », c’est-à-dire du capitalisme français, n’est pas sans conséquence nuisible sur l’unité de la classe ouvrière et sur les ouvriers et employés sans titre de séjour.

Le jour de l’occupation du restaurant La Tour d'Argent par des travailleurs sans papiers, la dirigeante de la CGT Francine Blanche a prévenu :

Ce n'est pas une troisième vague, on aurait pu lancer des grèves dans 30, 40 entreprises… On veut arriver à une application banalisée, harmonisée et simplifiée de la circulaire du 7 janvier et ne pas être obligés de faire partir systématiquement en masse des grèves dans des entreprises. (AFP, 19 septembre)

La direction de la CGT avait fait de cette revendication élémentaire l’affaire des seuls concernés sans jamais en appeler aux autres travailleurs, y compris ceux qui travaillent avec eux. Elle est passée de la régularisation de tous les « sans papiers », votée au 48e Congrès de la CGT, à la régularisation des seuls… dont le patronat a besoin, collaboration de classe oblige.

De fait, la bureaucratie syndicale s’aligne sur les positions du gouvernement et se charge de « l'application harmonisée » des exigences de la 5e République et de l’Union européenne. La politique « d’immigration choisie » ou « d’immigration de travail » adoptée par les ministres de la justice et de l’intérieur de l'Union européenne, qu'elle reprend à son compte, permet la division des travailleurs en restreignant le droit d’asile, le droit de circuler, de vivre en famille, d’être soigné. Pour la bureaucratie de la CGT, le travailleur régularisable est celui qui peut être utile à la « France », à son économie, c'est-à-dire, au cas par cas, celui qui saura se montrer le plus rentable, le plus corvéable et le plus docile.

Je le dis aux employeurs et au gouvernement : vous feriez mieux de ne pas tergiverser davantage et examiner les cas où la régularisation est incontournable. (Bernard Thibaut, Le Monde, 28 septembre 2008)

En pratique, depuis le début du mouvement dans les restaurants, les entreprises de nettoyage, les dirigeants CGT ont collaboré avec les patrons et le gouvernement : ils ont organisé le dépôt de dossiers limité aux demandes de l’employeur, conformément aux lois anti-immigrés de Sarkozy et Hortefeux, en collaboration avec les préfectures et le ministère de l’intégration nationale et de l’immigration.

Épaulés dans l’intérim par ceux de SUD, les dirigeants de la CGT se sont efforcés de négocier la sortie des grévistes qui occupaient véritablement leur lieu de travail.  Ils ont décrété la fin des grèves alors qu’une partie seulement des travailleurs obtenait des autorisations de séjour, parfois de très courte durée. Ils ont poussé les sans papiers à quémander des titres de séjour dépendant complètement du contrat de travail, avec la menace pour les travailleurs du licenciement et donc de l’expulsion. Aujourd’hui, la direction de la CGT se vante d’avoir fait aboutir 950 dossiers (sur 1 700 !) alors que ces autorisations de séjour sont temporaires.

Le rejet en septembre des dossiers présentés par la Coordination des Sans Papiers de Paris (CSP 75) a illustré cette collusion entre la direction du syndicat et la Préfecture de Paris.

Il faut dire que la CSP 75, malgré toutes ses limites, est un début d’auto-organisation des travailleurs africains, ce qui est intolérable pour la bourgeoisie française, et qu’elle n’avait pas obéi aux consignes conciliatrices de la CGT. Elle avait osé occuper en avril 2008 la Bourse du travail à Paris pour exiger que tous les « sans papiers » soient régularisés. Lors de la Fête de L'Humanité, le service d’ordre de la CGT a même agressé les militants de la CSP75 :

Dans l’après-midi de vendredi 12, une douzaine d’« armoires à glace » du service d’ordre de la CGT (assurant le « service de sécurité » de la fête, ont-ils déclaré à la responsable du stand) ont tout à coup encerclé les quatre représentants de la coordination 75 qui étaient présents. Ils ont déchiré les tracts et jeté par terre les cartes postales de l’occupation, essayé de renverser la table de presse malgré l’opposition de nos camarades, ils les ont empêchés par la contrainte physique, accompagnée de menaces verbales, de filmer la scène. Ils ont dit à nos camarades qu’ils allaient occuper le stand en réplique à notre occupation de la Bourse du travail ; ils leur ont hautement proclamé que, de ce fait, les sans-papiers de la coordination 75 « n’obtiendraient rien » en matière de régularisations. (CSP75, Communiqué, 18 septembre)

Mais toutes les associations dites « antiracistes » comme RESF ou l'UCIJ se sont couchées devant la direction de la CGT. La LCR et LO avaient condamné en mai la CSP 75. Pour LO, l'application harmonisée de la circulaire Hortefeux-Lefèvre est « un premier pas ». Quant aux déclarations de la LCR , elles en disent long sur son « Nouveau parti anticapitaliste » :

La série de grèves avec occupations, débutée le 15 avril par plusieurs centaines de travailleurs sans papiers, a ouvert une magnifique brèche dans la politique de Sarkozy et du ministre de l’Identité nationale, Brice Hortefeux. L’engagement du mouvement syndical, notamment de la CGT, est un fait majeur. (Rouge, 9 mai)

Toutes les organisations réformistes et semi-réformistes, chacune à sa manière, laissent en somme le gouvernement aggraver ses quotas d’expulsion, multiplier les interpellations et les rafles, organiser le fichage des étrangers (fichier Eloi), adopter la directive européenne qui systématise l’enfermement des migrants, construire des centres de rétention (CRA) dans toute la France, exporter les lieux de rétention hors des frontières de l’Union européenne.

L'appareil répressif tourne à plein régime. Accusés de l’incendie du CRA de Vincennes, 6 retenus sont poursuivis ou incarcérés. Hortefeux a interdit toute manifestation devant les CRA. Le porte-parole de l’UMP Lefèvre, avec qui Francine Blanche n'hésite pas à s'afficher dans le journal de la CGT, a lancé une chasse aux sorcières contre les organisations de soutien aux sans-papiers, « y compris au plan judiciaire », et a appelé à la dissolution de RESF.

Le ministre de l’immigration a même retiré à la très chrétienne Cimade (qui a eu le tort à ses yeux de rendre publiques les conditions ignobles de détention), son monopole d'accès aux centres de rétention, au profit d'associations à ses ordres, respectant « confidentialité » et « neutralité », chargées de mettre ses textes en musique et de préparer les étrangers au retour. Rogner sur les maigres moyens de défense des immigrés, tarir les audiences et les recours devant les magistrats, contrôler sans partage les conditions d'enfermement pour seul délit d'identité nationale, voilà le pendant de « l'immigration choisie ».

Les attaques contre les travailleurs immigrés et ceux qui les défendent font partie intégrante de l’offensive du patronat contre les salaires, le niveau de vie et les conditions de travail de tous les travailleurs et entretiennent la xénophobie et le racisme.

Front unique ouvrier pour la régularisation de tous les sans-papiers !

Retrait des poursuites contre les immigrés et les militants !

Fermeture des centres de rétention !

Abrogation des lois Sarkozy-Hortefeux et de toutes les lois anti-immigrés de tous les gouvernements passés !

Liberté de circulation et d’établissement des travailleuses, des travailleurs, de leurs familles, des étudiants !

Mêmes droits, y compris politiques, pour tous les travailleurs !

30 septembre 2008