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Aucune suppression de poste et rétablissement des postes supprimés ! Boycott de la « négociation » de la « réforme des lycées » !

 

L’enseignement public, une cible permanente du gouvernement Sarkozy-Fillon-Darcos

À la fin de la l’année scolaire 2007-2008, la carte scolaire a été de nouveau assouplie, alors que la première année a montré quel serait son aboutissement : aggravation des ghettos et menaces de fermeture de petits établissements (des quartiers pauvres). Dans un rapport gardé secret par le ministère, mais éventé par Le Monde le 18 juin, deux inspecteurs généraux de l’éducation relèvent :

C’est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l’épreuve, dans les établissements les plus convoités, il y a peu d’élèves de condition modeste ; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu. (Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux)

Durant l’été, la loi restreignant le droit de grève des travailleurs de l’enseignement primaire a été promulguée, le 20 août. Le gouvernement semble aussi méditer une attaque contre l’école maternelle, si on en juge par une déclaration du ministre de l’Éducation lors d’une réunion confidentielle (une audition le 3 juillet à la commission des finances du Sénat) qui circulé largement depuis sur internet :

Est-il logique, alors que nous sommes si soucieux de l'utilisation des crédits de l'Etat, que nous fassions passer des concours bac +5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? (Xavier Darcos)

À la rentrée, les réseaux d’aide sont étranglés et les nouveaux programmes réactionnaires s’appliquent dans le primaire. Les conséquences de la suppression de 11 200 postes au budget 2008 se sont fait sentir dans les collèges et les lycées : baccalauréat professionnel en 3 ans au lieu de 4, suppression d’options, effectifs inacceptables dans certaines divisions, multiplication des nominations de professeurs sur plusieurs établissements.

Le projet de budget 2009 prévoit la suppression de 13 500 postes supplémentaires dans l’éducation. Cela impose d’accentuer la flexibilité des professeurs et de diminuer le droit de la jeunesse à se former, d’où l’annonce de ce qui est nommé, par antiphrase, une « réforme des lycées ».

 

Une offensive annoncée contre les lycées, avec l’aide des directions syndicales de l’enseignement et des « syndicats lycéens »

Contre toute vraisemblance, la direction du SNES-FSU, le principal syndicat des professeurs de collège et de lycée, présente cette décision du gouvernement comme une avancée :

En annonçant une réforme du lycée général et technologique, le ministre X. Darcos prétend répondre à la mobilisation qui se poursuit depuis des mois dans le second degré… (L’US, 14 juin 2008)

Xavier Darcos vient de proposer aux organisations syndicales une « feuille de route » qui servira de point d’entrée à une discussion sur la réforme du lycée. Son contenu a été rédigé sous la pression des mobilisations en particulier le succès de la grève du 15 mai et de la manifestation nationale du 18 mai. (La Lettre Flash Actualité du Snes, 4 juin 2008)

Le gouvernement avait soumis une « feuille de route » en 16 points qui prévoyait de faire éclater d’une part, les programmes, les horaires et les classes (« cadrage » : points 4, 6, 7, 16…) ; d’autre part, les droits et les statuts des enseignants (« cadrage » : points 11, 16…). La plupart des syndicats concernés (SNES-FSU, SGEN-CFDT, SE-UNSA, SNEP-FSU, SNPDEN-UNSA, SNALC-CSEN…) ont signé le 11 juin. La CGT s’est jointe depuis à la « négociation » du plan.

Darcos mise aussi sur les prétendus syndicats de lycéens tous deux dirigés par le PS. L’UNL et la FIDL n’ont aucune existence dans les classes, mais participent à toutes les instances de cogestion, CA, CVL, CAVL et CNVL, comme le font tous les syndicats étudiants (UNEF, SUD, FSE, CE…) et enseignants (FSU, UNSA, CGT, FO, SUD, CFDT…) :

Pour faire passer son projet de réforme du lycée, Xavier Darcos mise sur les lycéens eux-mêmes et les invite à « s’emparer » du débat. Le ministre de l’éducation veut pour cela organiser, à la fin du mois d’octobre, une réunion nationale de délégués élèves de tous les lycées de France… (Le Monde, 13 septembre 2008)

Fort de toutes ces complicités, le gouvernement a pu annoncer une première application de sa « réforme », un « dispositif de réussite scolaire au lycée » qui ne consiste pas à imposer la « mixité sociale » ni à diminuer les effectifs, mais à faire travailler plus les professeurs et les agents, y compris durant les vacances :

Afin de répondre dès à présent à la demande exprimée par les lycéens et leurs familles, d’une amélioration de la continuité du service public qui se traduise par une offre élargie permettant un meilleur accompagnement des élèves dans leur parcours, un dispositif de réussite scolaire au lycée sera mis en place à titre expérimental dans deux cents lycées d’enseignement général et technologique ou professionnel. Ces établissements ont été identifiés comme accueillant des élèves faisant face à des difficultés scolaires particulières. Cette offre éducative nouvelle constitue la première étape de la réforme du lycée. (Circulaire, 5 juin 2008)

Depuis, le gouvernement a précisé son projet. Le 16 septembre, le recteur Jean-Paul de Gaudemar a présenté la première étape, visant la classe de 2e dès septembre 2009 : réduction des moyens alloués par élève de 1 152 à 972 heures annuelles, éclatement du calendrier scolaire en 18 modules semestriels de 3 heures.

La suppression massive de postes prévue par le budget 2009 du gouvernement, la réduction de la formation des jeunes et la mise en cause des statuts des professeurs sont liées. Les « enseignements exploratoires » et les « activités d’accompagnement » autorisent les lycées, qui seront davantage « autonomes », à en finir avec le groupe classe et débouchent sur des « parcours » d’élèves hors de tout programme disciplinaire national et hors de tout cadre statutaire définissant les obligations de service des personnels. La série du bac ES, qui irrite le patronat, serait de fait supprimée et le contrôle continu supplanterait l’examen.

Parallèlement, dans l’enseignement professionnel, le SNETAA et le SGEN-CFDT ont approuvé le « protocole » contre les bacs pro qui permettront d’économiser environ 10 000 postes en privant les jeunes d’un an de formation.

 

Comment empêcher l’attaque contre les lycées et l’adoption du budget 2009 ?

Les mêmes bureaucrates syndicaux qui acceptent de discuter du plan de Darcos continuent à appeler à des « journées d’action » impuissantes tout en permettant à Sarkozy, son gouvernement et sa majorité UMP de poursuivre leurs attaques contre les salariés qui ont un emploi et les chômeurs : le 11 septembre, c’était une prétendue « journée d’expression nationale » (sic) avec concerts de casseroles, lâchers de ballons, déguisements, chaînes humaines… ; le 7 octobre, « construction » (sic) d’une journée d’action interprofessionnelle avec « des initiatives dans les départements, les professions... » ; le 19 octobre, un dimanche, une manifestation « pour la défense d'un service public d'éducation ». Avec de telles « actions », Sarkozy n’a pas fini de se moquer des salariés…

Si elles jouaient leur rôle, les organisations syndicales devraient se prononcer pour la levée des poursuites judiciaires contre les lycéens et professeurs qui ont manifesté l’an dernier, le rétablissement des postes supprimés, la défense des statuts de 1950 pour les certifiés et les agrégés et de 1992 pour les professeurs de lycée professionnel, l’augmentation des salaires et leur indexation sur les prix, le retrait du projet contre les classes de 2e, le maintien des diplômes nationaux et du bac pro en 4 ans, la titularisation des personnels précaires, le rattachement des personnels non-enseignants à la fonction publique d’État, l’interdiction de l’expulsion des élèves étrangers et de leurs parents, le retour aux 37,5 annuités de cotisation retraite pour tous… Les organisations syndicales devraient, sur cette base, appeler ensemble à manifester à l’Assemblée pour empêcher l’adoption du budget de l’enseignement 2009.

La première condition à remplir pour que les travailleuses et les travailleurs de l’enseignement puissent se défendre et avoir une chance de vaincre est la rupture de leurs organisations syndicales avec le gouvernement qui manigance toutes les attaques contre eux et les jeunes : boycott de la réunion nationale de délégués lycéens de Darcos, retrait des signatures du protocole de Darcos, boycott de toutes les « réunions bilatérales » et « tables rondes » sur la « réforme des lycées » du gouvernement.

Sur les lieux de travail et dans les réunions syndicales, il faut imposer la fin de la connivence avec le ministre, la convocation d’assemblées générales qui discutent de la situation et une centralisation des AG par la mise en place de coordinations entre les représentants élus par les établissements, pour surmonter les obstacles que les directions syndicales mettent sur la voie de la mobilisation et de la lutte collective contre le gouvernement et ses plans réactionnaires.

25 septembre 2008