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Sarkozy veut faire payer la crise aux travailleurs

Expropriation de toutes les banques
et de toutes les sociétés financières !

 

 

Les prédictions fumeuses des apprentis sorciers

 

En septembre 2007, le président Nicolas Sarkozy, de retour de Hongrie, plastronnait :

Je veux 3 % de croissance économique !

Plus modestement, le 26 septembre 2007, lors de la présentation du projet de budget 2008 à l’Assemblée nationale, la ministre de l’économie Christine Lagarde tablait sur une croissance économique de 2,25 % :

Le gouvernement estime prudent de construire le projet de loi de finances pour 2008 sur une croissance comprise entre 2 et 2½ %.

La croissance de la France sera plus probablement de 1 % en 2008, le PIB ayant baissé au second trimestre. Le 18 août 2008, le premier ministre François Fillon a prétendu :

Il n'est pas raisonnable de parler de récession.

Aussi optimiste, la présidente du Medef Laurence Parisot, se confiant en septembre au magazine Capital, rassurait :

La crise financière aura bien sûr un impact… Pour autant, je ne crois pas que ce choc sera très difficile à amortir. Nous ne sommes pas dans un scénario catastrophe…

Quelques semaines plus tard, le « scénario catastrophe » écarté par Parisot semble se réaliser. Les faillites de banques et d’assurances se sont multipliées aux États-Unis, les Bourses européennes et américaines se sont effondrées.

Le 22 septembre, la ministre de l’économie a expliqué que les banques françaises étaient à l’abri d’une telle catastrophe :

Les banques françaises ont été affectées, comme toutes les banques du monde mais il n'y a pas d'inquiétude à avoir sur la solidité des banques françaises.

Le 30 septembre, le gouvernement a dépensé 3 milliards d’euros pour le groupe Dexia. Quelques jours avant, à Toulon, Sarkozy avait répété trois fois que le pire était derrière nous :

Nous venons de passer à deux doigts de la catastrophe…

Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain est que, tant que le capitalisme n’est pas renversé, il engendrera des crises financières dont les travailleurs feront les frais. S’il est une mesure d’urgence, c’est l’expropriation du système du crédit et des fonds spéculatifs de toutes sortes.

 

Des coupables qui ne sont pas nommés et qui ne seront pas inquiétés

 

Après un long silence, Sarkozy a fini par délivrer son message devant quelques milliers de responsables, d’élus et de sympathisants UMP, à Toulon, le 25 septembre. L’adepte du « je » a recouru à un déluge de pronoms impersonnels, vagues à souhait :

Pendant plusieurs décennies on a créé les conditions dans lesquelles l’industrie se trouvait soumise à la logique de la rentabilité financière à court terme. On a caché les risques toujours plus grands qu’on était obligé de prendre… On a mis en place des systèmes de rémunération… On a fait semblant de croire qu’en mutualisant les risques… On a laissé les banques spéculer… On a financé le spéculateur… On a obligé les entreprises, les banques, les compagnies d’assurance à inscrire leurs actifs dans leurs comptes aux prix du marché… On a soumis les banques à des règles comptables… C’était une folie dont le prix se paie aujourd’hui !

En fait de « on », toutes les mesures qu’énumère le président sont celles des principaux États bourgeois, de leurs pouvoirs exécutifs.

Mais le plus dur reste à faire : déterminer la liste de ces fauteurs de crise. Elle commencerait bien sûr par les banquiers d’affaires qui ont construit des tours d’endettement. Viendraient ensuite tous les intermédiaires qui ont poussé le système jusqu’à ses limites, comme les fonds qui ont spéculé sur les faillites ou les courtiers qui ont vendu des crédits à des ménages insolvables. L’énumération s’achèverait évidemment par tous ceux qui ont fixé les règles du jeu ou qui devaient les faire respecter… (Les Échos, 24 septembre 2008)

Et qu’a fait Sarkozy pour empêcher une telle « folie », « pendant plusieurs décennies » qui coïncident avec sa propre carrière politique ? En 1993, il est ministre du budget et porte-parole du gouvernement Balladur ; en 2002, il est ministre du gouvernement Raffarin ; en 2004, il est le ministre de l’économie du 3e gouvernement Raffarin ; en 2005, il est ministre du gouvernement de Villepin ; en 2007, il est élu Président de la république. À ce titre, il a privatisé des entreprises publiques et a mis leurs actions en Bourse ; il a réduit les pensions de retraite et les remboursements de soins et a ainsi encouragé les mutuelles, l’assurance privée et les fonds de pension qui placent l’argent des autres sur les marchés financiers.

Il n’a envisagé qu’une seule sanction :

Les dirigeants ne doivent pas pouvoir prétendre à un parachute doré lorsqu’ils ont commis des fautes…

Même le Medef désavoue les indemnités de départ excessives des PDG, car elles n’incitent guère à l’efficacité et exaspèrent en outre les salariés :

Les parachutes dorés qui rémunèrent l’échec doivent être proscrits. (Laurence Parisot, Capital, juillet 2008)

Qu’est-ce qui a empêché Sarkozy, qui a trouvé le temps de faire payer un forfait d’un euro sur chaque consultation d’un médecin et celui de faire passer le temps de cotisation pour la retraite de 40 à 42 ans, d’interdire les « parachutes dorés » ? Le bonimenteur n’explique toujours pas qui va évaluer les « fautes » et encore moins quelles sanctions il compte prendre.

C’est le même Sarkozy qui s’était fait applaudir l’an dernier, debout, par les patrons lors de l’université d’été du Medef, quand il leur avait annoncé qu’il voulait supprimer la notion de délit les concernant :

La petite phrase a fait l'effet d'une bombe : « La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme », a déclaré hier Nicolas Sarkozy lors de l'université d'été du Medef à Jouy-en-Josas… Si l'on suit le raisonnement du chef de l'État, c'est une véritable révolution judiciaire qui se prépare : poursuivi devant un tribunal civil, un chef d'entreprise ne pourrait plus être poursuivi devant le juge pénal. (Les Échos, 31 août 2007)

Ils sont si méritants, aux yeux de Sarkozy :

Les dirigeants perçoivent des rémunérations élevées parce qu’ils ont de lourdes responsabilités.

Le président s’est fait lui-même augmenter de + 172 % au 1er janvier 2008 (il touche désormais plus de 240 000 euros par an).

 

Pour Sarkozy, le capitalisme est innocent

 

Quand Sarkozy se penche sur les raisons de la crise actuelle, c’est un véritable fourre-tout :

Le rêve s’est brisé sur le retour des fondamentalismes religieux, des nationalismes, des revendications identitaires, sur le terrorisme, les dumpings, les délocalisations, les dérives de la finance globale, les risques écologiques, l’épuisement annoncé des ressources naturelles, les émeutes de la faim.

En fait, c’est la faute aux autres. Son inventaire accuse les « fondamentalismes religieux » sauf ceux du roi d’Arabie saoudite, du pape ou du dalaï lama ; le « nationalisme », sauf celui des Etats-Unis et évidemment de la France (son discours se termine par : « Vive la France ! » puis il entonne La Marseillaise) ; le « terrorisme » sauf celui de la menace nucléaire française, l’action des armées américaine et britannique contre les Irakiens, des armées américaine et française contre les Afghans, de l’armée israélienne contre les Palestiniens…

Sarkozy se garde de mettre en cause les Etats-Unis qui ont mis fin unilatéralement en 1971 au régime des parités fixes qu’ils avaient décidé en 1944. Par contre, il attaque la Chine :

La monnaie est au cœur de la crise financière comme elle est au cœur des distorsions qui affectent les échanges mondiaux. Et si l’on n’y prend pas garde le dumping monétaire finira par engendrer des guerres commerciales extrêmement violentes et ouvrira ainsi la voie au pire des protectionnismes. Car le producteur français peut faire tous les gains de productivité qu’il veut, il peut à la rigueur concurrencer les bas salaires des ouvriers chinois, mais il ne peut pas compenser la sous-évaluation de la monnaie chinoise.

Bref, selon Sarkozy, tout peut expliquer la crise du capitalisme, sauf le capitalisme lui-même :

La crise financière n’est pas la crise du capitalisme. C’est la crise d’un système qui s’est éloigné des valeurs les plus fondamentales du capitalisme, qui a trahi l’esprit du capitalisme.

 

Le mythe d’un capitalisme sans finance et sans spéculation

 

Sarkozy n’est pas à un paradoxe près. Comme les « altermondialistes », depuis deux ans, il s’en prend à la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) alors que la politique de baisse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine (Fed) a largement contribué à la recrudescence récente de l’inflation mondiale et à l’orgie de spéculation qui vient de déboucher sur la culbute financière. Dans ce même discours de Toulon, il pousse les banques et les sociétés d’assurance à l’irresponsabilité, puisqu’il leur promet qu’elles ne feront pas faillite :

Quoi qu’il arrive, l’État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier français.

Tout d’un coup, l’État bourgeois que Fillon disait en faillite trouve les ressources nécessaires pour pallier l’éventuel effondrement des banques.

Sarkozy prétend séparer le bon capitalisme (« l’entrepreneur » ou « le producteur ») du mauvais (« le spéculateur »).

On a financé le spéculateur plutôt que l’entrepreneur… Le capitalisme ce n’est pas la primauté donnée au spéculateur. C’est la primauté donnée à l’entrepreneur…

Par nature, l’argent qui fonctionne comme capital n’est pas intéressé par la création de valeurs d’usage, de biens ou de services utiles à la société, mais par son augmentation, par la plus-value, par le surcroit de valeur qui est issu en dernière analyse de l’exploitation du prolétariat dans le processus de production capitaliste. En ce sens, pour tous les capitalistes, même ceux dont les entreprises créent vraiment des marchandises, la production n’est qu’un mal nécessaire pour faire de l’argent.

Dans les moments où la suraccumulation du capital raréfie les occasions de production rentable, les capitalistes multiplient les efforts pour faire plus d’argent au détriment d’autres capitalistes, voire des autres classes sociales qui détiennent de l’argent.

Les économistes qui prétendent expliquer les secousses répétées de l’industrie et du commerce par la spéculation ressemblent à l’école périmée de la biologie qui considérait la fièvre comme cause de toutes les maladies. (Karl Marx, « La crise commerciale en Angleterre », New York Tribune, 15 décembre 1857)

Comment distinguer le « spéculateur » de « l’entrepreneur » ?

Qui peut imaginer un capitalisme sans sociétés de capitaux (SA, SAS…) et de telles sociétés de capitaux sans la séparation entre d’une part des actionnaires qui se contentent de toucher des dividendes et d’autre part des managers qui dirigent réellement l’entreprise tout en se servant copieusement ? Qui saurait empêcher les groupes qui disposent de liquidités de les placer d’une manière ou d’une autre pour augmenter leur profit, en ajoutant des « produits financiers » aux « produits d’exploitation » ?

Qui peut imaginer un capitalisme sans banque et une banque sans qu’elle courre de risque en prêtant ou sans qu’elle puisse refuser d’accorder le crédit ? Comment distinguer une opération de crédit « normale » d’une opération qui a un aspect « spéculatif » ? Qui peut imaginer un capitalisme sans compagnie d’assurance et une compagnie d’assurance sans placement, le plus rentable possible ? Qui peut imaginer un capitalisme sans Bourse et une Bourse sans spéculation, c’est-à-dire sans l’espoir, pour les acheteurs de titres, que leur cote s’élèvera ? Comment les « entrepreneurs » qui veulent se protéger contre des variations de prix ou de taux feraient-ils sans des « spéculateurs » qui prennent le risque (sur les « marchés de produit dérivés »)  ?

 

Le langage de Sarkozy et celui de Buffet ou de Hollande coïncident parce qu’ils défendent tous le capitalisme

 

Sarkozy défend l'État et bouscule à nouveau le clivage droite-gauche. En appelant à « refonder le capitalisme », Nicolas Sarkozy a brouillé à nouveau les frontières idéologiques, tout en s'inscrivant dans une tradition française d'intervention de la puissance publique, face à une tempête financière qui bouleverse toutes les donnes. (Les Echos, 26 septembre 2008)

En réalité, Sarkozy s’inscrit dans une tradition aussi ancienne que le capitalisme lui-même, dont le spectre politique va des fascistes aux altermondialistes, en passant par les populistes et les sociaux-démocrates :

Après les renflouages de Bear Stearns en avril dernier, de Fannie Mae et Freddie Mac récemment, la faillite de la banque Lehman Brothers (n° 4 des banques d’affaires américaines) est le symptôme de l’idéologie ultralibérale telle que nous l’ont imposé les élites mondialistes. Le marché devait soi-disant se réguler lui-même, dans les faits il implose. (Marine Le Pen, Communiqué, 15 septembre 2008)

Parce que les bureaucraties syndicales, le PCF, le PS et la LCR se situent sur le terrain de l’amélioration du capitalisme, de « l’antilibéralisme », du keynésianisme et de l’étatisme bourgeois, voire du protectionnisme et de la nostalgie du général De Gaulle, Sarkozy peut facilement voler leur programme et imiter leurs tremolos contre « le marché » :

L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laissez-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini.

Pour ces propos, Sarkozy a reçu les félicitations du président vénézuélien Hugo Chavez, que la plupart des courants « trotskystes » présentent comme un phare de « l’altermondialisme » et de l’« anticapitalisme ». L’appel à la « régulation » du capitalisme n’empêche pas le gouvernement Sarkozy-Fillon de poursuivre la privatisation de la Poste, l’étranglement des hôpitaux publics et de l’enseignement public, dont la production échappe justement aux lois du marché. Par-dessus tout, la force de travail doit rester une marchandise sur le « marché du travail » qu’achètent (ou pas) ceux qui détiennent les moyens de production, c’est-à-dire les entreprises capitalistes :

Renouer avec le collectivisme qui a provoqué dans le passé tant de désastres serait une erreur historique… Le capitalisme c’est la propriété privée…

Sarkozy joue sur du velours : il sait, et c’est ce qui fait sa force depuis des années, qu’aucune organisation significative ne défend le « collectivisme », ni même la grève générale pour bloquer ses projets.

 

La palette de renégats du collectivisme

 

Toute organisation ouvrière digne de ce nom devrait avoir pour mot d’ordre l’expropriation immédiate des banques :

Le Parti socialiste ne doit pas être le parti du rachat, mais de l’expropriation. (Jules Guesde, Discours au congrès de St Quentin, 1911)

La nationalisation des banques, grande production, transports et assurances, est la condition préalable d'une économie dirigée vers le bien-être des grandes masses travailleuses, du peuple tout entier. Cette nationalisation doit se faire sans aucune indemnisation des grands capitalistes qui se sont enrichis en saignant les prolétaires pendant des dizaines d'années, et qui n'ont pu engendrer que la misère et l'anarchie économique. (Pierre Naville, Programme d’action du Groupe bolchevik-léniniste, 1934)

Mais les partis réformistes et leurs alliés semi-réformistes n’osent plus porter attient au droit de propriété, même quand il s’oppose manifestement à l’intérêt de la société :

La classe capitaliste tentera de faire payer partout la faillite de son système économique à toute la population, à commencer par la classe ouvrière. La question qui nous est posée est la suivante : nous laisserons-nous faire ? (Arlette Laguiller, Lutte Ouvrière, 26 septembre 2008)

La majorité des travailleuses et des travailleurs ne veulent certainement pas se laisser faire. Ce qui les entrave est que les organisations de masse de la classe ouvrière les trahissent parce qu’elles sont aux mains d’agents de la bourgeoisie. La solution est de construire un nouveau parti qui permettra aux producteurs de renverser la minorité exploiteuse et de prendre le pouvoir.

Mais la direction de LO est trop alignée sur le PCF et trop intégrée à l’appareil de la CGT pour oser désigner les responsables et elle préfère s’en prendre aux travailleurs eux-mêmes qui ne lutteraient pas assez. La LCR aussi, même si, à la différence de LO, elle vient d’abandonner la perspective de redressement du PCF en déconfiture et qu’elle tente désormais de le supplanter avec le NPA :

La seule alternative crédible face au désastre capitaliste, ce n’est pas l’aménagement ni la réforme. C’est la rupture. Le capitalisme ne se moralise pas. Il se combat et doit être remplacé par une nouvelle organisation de la société, le socialisme démocratique et écologique. C’est notre projet. Le NPA doit devenir une grande formation politique utile à la fois pour tenir tête à Sarkozy et au Medef, pour défendre les intérêts de la majorité de la population, pour faire vivre l’espoir et développer les luttes contre ceux qui exploitent, qui précarisent et qui licencient. (LCR, Communiqué, 26 septembre 2008)

Le « socialisme démocratique » cher autrefois au PS ou la « rupture avec le capitalisme » chère aujourd’hui au PCF sont conçues sans révolution, sans destruction de l’État bourgeois, sans expropriation. Qu’est-ce d’autre que le vieux réformisme recyclé au goût du jour ? En réalité, il ne s’agit que de « tenir tête », en pratique d’appuyer les « journées d’action » des bureaucraties syndicales à la botte du capitalisme français et de la 5e République. Le PS et le PCF prétendent que ce sont tous « les Français » qui vont subir, « ensemble », les conséquences d’une mauvaise politique :

Loin de les protéger, Nicolas Sarkozy fait aux Français la promesse du pire. Le pire pour les salaires, le pire pour la croissance, et au final, le pire pour l’ensemble des Français. (PCF, Communiqué, 25 septembre 2008)

Mais la lutte des classes ne disparaît pas avec la crise, elle s’intensifie. L’objectif de Sarkozy est de faire supporter la crise du capitalisme aux travailleurs : « le pire » serait réservé aux prolétaires de ce pays, qu’ils soient étrangers ou de nationalité française.

 

Un budget anti-ouvrier prévu bien avant la crise bancaire

 

Sarkozy, qui n’a rien prévu, qui n’a rien compris, brigue pourtant de guider le pays, voire le monde entier :

Nous pouvons sortir plus forts de cette crise. Si nous acceptons de changer nos manières de penser et nos comportements. Si nous faisons l’effort nécessaire pour nous adapter aux réalités nouvelles qui s’imposent à nous… Nous avons le choix de subir ce changement ou d’en prendre la tête. Mon choix est fait. Françaises, Français, au milieu des difficultés nous devons précéder la marche du monde et non la suivre.

Pour les travailleurs, « l’éthique » chère à Sarkozy signifie plus d’effort et plus de travail :

La crise actuelle doit nous inciter à refonder le capitalisme sur une éthique de l’effort et du travail… Je veux dire aux Français qu’il n’existe aucune solution miracle qui permettrait à notre pays de se dispenser des efforts nécessaires pour surmonter la crise…

Les travailleurs savaient déjà qu’il leur fallait travailler plus, voilà qu’ils apprennent que ce ne sera pas pour gagner plus. Le gouvernement prétendait que sa politique assurait la baisse du chômage, les travailleurs savent que les plans de licenciement se multiplient et que cette plaie inévitable du capitalisme s’intensifie avec la récession (40 000 chômeurs supplémentaires rien qu’en août). Pour Sarkozy et la classe sociale qu’il représente, les chômeurs ne sont que des fainéants que la suppression du RMI au profit du RSA, les sanctions aggravées et la diminution des allocations permettront de remettre au travail.

La crise bancaire sert de justification à un budget qui est préparé depuis des mois :

En accablant le système financier américain, Nicolas Sarkozy désigne un coupable idéal au moment où le gouvernement doit traverser une série noire : il annonce aujourd’hui, avec le budget 2009, une croissance deux fois moindre que prévu, et des déficits à la dérive. Et il s’apprête à faire face, dans les prochains mois, à une remontée du chômage. (Les Échos, 26 septembre 2008)

Le projet de budget 2009 de l’État a été adopté le 26 septembre au conseil des ministres. Côté dépenses, il y aurait 30 000 emplois de moins, dont 13 500 à l’éducation nationale. Seul le ministère de la justice voit ses effectifs augmenter. Bref, moins de professeurs, plus de juges et surtout de gardiens de prison. Les « missions » qui augmentent le plus sont celles qui correspondent au cœur de l’État bourgeois, son appareil répressif : l’armée passerait à 37,4 milliards d’euros et la police nationale à 16,2 milliards. Le remboursement des emprunts et le paiement d’intérêts atteindra 46 milliards. Par contre, baissent les budgets des ministères de la ville et du logement, du travail et de l'emploi. 

Côté recettes, le projet reconduit la quasi-suppression des droits de succession, le bouclier fiscal (50 % maximum de prélèvements sur le revenu fiscal) qui protège les plus riches, le taux élevé de TVA (19,6 %) qui touche proportionnellement davantage les pauvres. Il comporte l’augmentation du coût de la carte d’identité, du passeport et du certificat d‘immatriculation. Par conte, il entame la suppression sur trois ans de l'impôt forfaitaire annuel que paient les entreprises et inaugure un crédit impôt recherche qui accordera quelque 2 milliards d'euros aux entreprises et plus encore les années suivantes.

 

Pour une solution ouvrière à la crise

 

La survie du capitalisme implique la détérioration de l’environnement, la précarisation des producteurs, le pillage du reste de la planète par les puissances impérialistes, les crises économiques à répétition, le retour de l’obscurantisme et du cléricalisme, le chauvinisme et les affrontements ethniques… La nouvelle crise financière est une manifestation des contradictions économiques du capitalisme. Les rivalités entre les puissance impérialistes vont s’accentuer. Ni la confiance dans « le marché » et la politique économique libérale, ni « la régulation » et la politique keynésiennes ne peuvent empêcher les crises et les guerres.

La lutte contre la débâcle économique ne doit pas aboutir à la confiance en l’État ; elle doit aboutir à la revendication d’un État dirigé par les prolétaires et les semi-prolétaires. (Vladimir Lénine, La Débâcle économique et la façon prolétarienne de la combattre, 1917)

Après avoir ruiné des centaines de milliers de travailleurs américains qui avaient cru pouvoir devenir propriétaires de leur logement, le système bancaire des Etats-Unis s’est effondré, si bien que les deux grands partis bourgeois, le Parti républicain et le Parti démocrate, n’hésitent pas à faire supporter par la masse de la population (la classe ouvrière, les travailleurs indépendants et les cadres) les malversations d’une poignée de vautours qui les financent tous deux, comme ils sont d’accord pour lui faire supporter le poids du militarisme et de l’occupation impérialiste de l’Afghanistan.

Les banques de toute l’Europe occidentale sont désormais touchées. Sarkozy utilise la crise pour accentuer l’offensive contre la classe ouvrière, tout en préparant un sauvetage analogue à celui du plan Paulson-Bush-Obama-McCain. La classe ouvrière a les capacités de se défendre, de prendre la tête de tous les opprimés et d’éradiquer les racines des crises, des guerres et de la destruction de l’environnement. Cela commence par la rupture avec Sarkozy, le gouvernement, la 5e République, l’auto-organisation et l’auto-défense de tous les exploités et opprimés, pour déboucher sur un gouvernement des conseils de travailleurs qui mettra en place un plan d’urgence qui n’hésitera pas à exproprier les groupes capitalistes et ouvrira la voie des Etats-Unis socialistes d’Europe.

Il va de soi qu’une telle tâche exige un nouveau parti ouvrier, collectiviste et internationaliste. Un tel parti défendrait au sein des masses laborieuses et de la jeunesse en formation un programme d’urgence :

Nationalisation sans indemnité, ni rachat des banques, des organismes de crédit, des compagnies d’assurance et de toutes les sociétés financières, sous contrôle de leurs travailleurs et de leurs clients !

Manifestation unie de toutes les organisations qui se réclament des travailleurs contre le projet de budget 2009 de l’État, contre le projet de budget de la Sécurité sociale !

Retrait immédiat des troupes d’Afghanistan ! Fermeture des bases militaires à l’étranger !

Abrogations des lois contre les immigrés ! Mêmes droits pour tous les travailleurs !

Augmentation uniforme des salaires et indexation des salaires sur les prix ! Blocage des prix et des loyers ! Remboursement intégral des soins !

Arrêt des licenciements ! Interdiction des stages non payés! Diminution du temps de travail sans baisse de salaire !

Respect de la laïcité ! Aucun financement public des cultes et des établissements religieux, quels qu’ils soient !

1er octobre 2008