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Développement de la crise financière

 

Le capitalisme traversé par des convulsions de plus en plus violentes

 

Le système du crédit dont le centre est constitué par les banques centrales et les prêteurs et usuriers qui tournent autour représente une centralisation énorme et il confère à cette classe de parasites un pouvoir fabuleux, le pouvoir d’intervenir de la façon la plus dangereuse dans la production réelle… (Karl Marx, Le Capital, livre III, ch. 33)

Le précédent numéro de Révolution Socialiste faisait état des développements de la crise immobilière qui a éclaté aux Etats-Unis au cours de l’été 2007. Tout a confirmé ses analyses. Comme le lui dicte son rôle de « prêteur en dernier ressort », autrement dit de béquille du capital, l’État bourgeois avait alors tâché de sauver son soldat par divers moyens :

les banques centrales, principalement la Réserve fédérale des États-Unis (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE), ont prêté des dizaines de milliards de dollars aux banques pour leur fournir de l’argent propre,

la Fed a massivement diminué les taux directeurs,

deux fleurons de la finance mondiale, Northern Rock et Bear Sterns, ont été nationalisées,

le gouvernement Bush mettait en œuvre un plan de 150 milliards de dollars…

C’était loin d’être suffisant et, alors que les pertes étaient estimées à 50 milliards de dollars au cours de l’été 2007, les autorités financières ont vu la facture grossir de façon exponentielle, pour atteindre 2000 milliards de dollars.

 

La bourgeoisie aux abois

 

Les jours qui viennent de s’écouler furent le théâtre d’un nouvel épisode des convulsions récurrentes du capitalisme, sous la forme d’un krach boursier d’une ampleur rarement égalée, la « plus grave crise financière depuis un siècle » (Alan Greenspan, ancien président de la Fed, Les Échos, 16 septembre). Toutes les banques avaient contourné les règles (telles le ratio Mac Donough) par des astuces comme sortir les créances (prêts immobiliers et autres) de leur bilan, les mélanger et revendre le tout sous forme de titres nouveaux (certificats, obligations…) à d’autres banques et à d’autres sociétés financières qui toucheront des intérêts :

La banque transforme les crédits en titres négociables, ce que l’on appelle titriser. (Georges Pauget, Jean-Paul Betbèze, Les 100 mots de la banque, 2007)

Le risque est ainsi transféré. Quand il s’avère que certaines des dettes d’origine ne valent rien, les titres qui les recouvrent se déprécient et la contagion est internationale. La crise financière initiée dans le crédit immobilier aux États-Unis s’est rapidement propagée dans le monde entier, puisqu’en un an, le marché français de l’investissement immobilier d’entreprise a chuté de 54 %, et au 15 septembre, les dépréciations d’actifs des banques, qui correspond approximativement aux capitaux qu’elles ont perdu, s’élèvent à 514 milliards de dollars, dont la moitié aux États-Unis, où trois des cinq grandes banques d’affaires ont fait faillite (une banque d’affaires, contrairement à une banque de dépôt, ne repose pas sur un réseau d’agences, mais a pour clients des entreprises ou des grandes fortunes…). Seules Goldmann Sachs et Morgan Stanley ont, très provisoirement, survécu.

Au cours de l’été 2008, une dizaine de banques régionales américaines ont fait faillite. Un plan de 300 milliards de dollars était engagé par Bush pour sauver le marché immobilier. 117 banques, un record, étaient classées dans la « liste noire » du FDIC, un organisme fédéral de supervision des banques de dépôt aux États-Unis. Le 7 septembre, deux opérateurs de refinancement hypothécaire, Freddie Mac et Fannie Mae, ont été renationalisés, ou plus précisément mis sous tutelle gouvernementale, ce qui a eu pour effet de rassurer la bourgeoisie, d’autant que le Trésor s’est dit prêt à injecter 200 milliards de dollars. Si l’État américain est intervenu, c’est pour sauver le capital, mais aussi parce que ces agences sont largement financées par des capitaux étrangers (la Chine à hauteur de 395,9 milliards de dollars, le Japon pour 228,2 milliards, la Russie pour 75,3 milliards, la Corée du Sud pour 63 milliards, Taïwan pour 54,9 milliards…).

Las, ce répit fut de courte durée, puisque trois jours plus tard, Lehman Brothers, 4e banque d’affaires américaine, annonçait des pertes colossales. Un spéculateur « aguerri », Michael Holland, 64 ans, président fondateur d’un fonds spéculatif, affirme « être à Wall Street depuis des années et n’avoir jamais vu un week-end comme celui-là » (Bloomberg, 15 septembre). Il fait allusion au week-end au cours duquel a été prononcée la faillite de Lehman Brothers. Alors qu’en avril dernier, Richard Fuld, son PDG, disait aux actionnaires qu’« en matière d’impact des marchés financiers, le pire est derrière nous » (The Wall Street Journal, 15 avril), Kenneth Bogoff, ancien directeur du FMI rétorquait que « le pire est à venir » (Reuters, 19 août) après que Lehman Brothers a vu ses cours chuter de 70 % au cours de la semaine du 8 septembre. Les épées en plastique que Richard Fuld a fait distribuer à certains salariés pour défendre la banque (Les Échos, 12 septembre) n’ont rien pu y faire, et la banque était liquidée, placée en redressement judiciaire, et ses actifs furent gelés.

Ces difficultés ont des répercussions sur d’autres établissements. Notamment, Washington Mutual, première caisse d’épargne américaine et 4e banque de dépôt américaine, a vu son cours chuter de 48 % en deux jours. Les banques japonaises ont octroyé plusieurs centaines de millions de dollars de crédits à Lehman Brothers, ainsi qu’à Dexia, pour 500 millions. La BNP, quant à elle, chiffre à environ 400 millions d'euros son exposition à la banque d'affaires américaine, contre 479 millions pour la Société générale. En un an, les banques commerciales et institutions d’épargne ont vu leurs gains chuter de 86,5 %, passant de 36,8 milliards de dollars à 5 milliards de dollars, le niveau le plus faible depuis 1991.

Le choc à Wall Street est à la mesure de ces images inconcevables du 11 septembre 2001. (Les Échos, 16 septembre)

 

L’État béquille du capital

 

Pourtant, les bourgeois n’étaient pas au bout de leurs frayeurs, puisque 48 heures plus tard l’assureur américain AIG (2e assureur mondial, 110 milliards de dollars de chiffre d’affaires), coupable d’avoir assuré des produits liés au marché de l’immobilier pour plus de 500 milliards de dollars, voit le cours de son action chuter de 60 %, et elle risquait d’être également mise en faillite, jusqu’à la décision de la Fed de lui octroyer 85 milliards de dollars de prêt en échange d’une participation de 79,9 %, c’est-à-dire d’une nationalisation, « la plus radicale intervention dans le secteur privé dans toute l'histoire de la banque centrale » (New York Times, 17 septembre).

Au passage, la Fed contourne ses propres règles puisqu’il n’est pas dans ses attributions de refinancer des assureurs, mais « les temps sont difficiles pour nos marchés financiers » (Henry Paulson, secrétaire au Trésor, Le Monde, 17 septembre). Compte tenu de sa taille, la faillite d’AIG aurait entraîné des conséquences autrement plus graves que celle de Lehman Brothers, abandonnée par l’État bourgeois -« si AIG fait faillite, le monde n’est plus assuré » (The Australian, 17 septembre) et les pertes du marché financier s’élèveraient à 180 milliards de dollars. Pourtant, le jour même, le cours perd de nouveau 35 % (97 % depuis le début de l’année).

Le 18 septembre, la Fed injecte 50 milliards de dollars supplémentaires, et indique avoir, comme en mars lors du sauvetage de Bear Sterns, passé avec la BCE, la Banque Nationale de Suisse, la Banque d'Angleterre, la Banque du Japon et la Banque du Canada, des accords d’autorisation de prêts réciproques, en injectant jusqu’à 180 milliards de dollars pour endiguer la panique des marchés financiers internationaux.

Il est amusant de voir que les capitalistes, qui rejettent fermement le droit à l’emploi, réclament partout aux gouvernements un soutien public. (Karl Marx, Lettre à Engels, 8 décembre 1857)

L'administration Bush a même demandé les pleins pouvoirs au Congrès américain pour racheter les créances douteuses des banques et des établissements financiers à hauteur de 700 milliards de dollars. Selon une étude de Barclays Capital, le gouvernement américain risque de devoir emprunter jusqu'à 1 000 milliards de dollars, soit l'équivalent du coût direct total de l'intervention en Irak, pour financer « le plus grand plan de sauvetage financier de l'histoire des États-Unis » (New York Times, 22 septembre).

 

Vers une récession à court terme, d’autres crises à long terme

 

De telle sommes peuvent provenir : 1) d’emprunts des États aux banques centrales, ce qui est interdit par les règles de l’UE et aboutirait à déclencher une inflation galopante, vu les sommes en jeu ; 2)  d’emprunts sur les marchés de capitaux, au risque de contribuer à augmenter les taux d’intérêt à long terme (qui échappent à tout contrôle) et de susciter la défiance envers les titres de dette publics comme les obligations qui servent actuellement de valeur refuge à l’épargne ; 3) de prélèvements sur les entreprises, au risque de plomber leur rentabilité, ou sur les travailleurs, au risque de nuire à la consommation… et de nourrir un légitime mécontentement contre le capitalisme.

L'économie tourne tellement au ralenti actuellement que sa capacité d'amortir des chocs comme ceux des récents renflouages et banqueroutes est des plus faibles… L'économie se bat pour toucher enfin le fond et trouver l'impulsion pour se rétablir. Les turbulences sur les marchés financiers compliquent la donne, en limitant l'accès au crédit. Au vu des indicateurs, il y a peu de raisons d'espérer de meilleures conditions économiques d'ici quelques mois… Il pourrait bien ne pas y avoir de signe d'amélioration avant que le second semestre de 2009 soit déjà bien entamé. D'ici là, la plus positive des prévisions est celle d'une croissance très lente. (La Tribune, 18 septembre)

Les effets sur l’activité économique se font sentir depuis plusieurs mois, et ils sont aggravés par ces derniers développements.

À moins d'un nouveau mécanisme pour retirer les cellules malades du système, l'infection va se répandre, la confiance se détériorer et nous devrons faire face à la plus grande contraction de crédit jamais connue… Cela affecterait tout le système financier et l'économie, qui a jusque-là plutôt bien résisté. (The Wall Street Journal, 18 septembre)

D’après Goldman Sachs, la moitié de l’économie mondiale risque d’entrer en récession, soit officiellement une baisse de la production pendant deux trimestres consécutifs. Même la ministre Lagarde, si sûre l’été dernier que l’éclatement simultané de la bulle immobilière et de la bulle financière serait sans impact sur l’économie, admet que « c'est véritablement un bouleversement dans le paysage financier international » (Les Échos, 16 septembre).

À terme, les gigantesques financements publics qui sont versés aux banques et aux compagnies d’assurance risquent d’alimenter la masse mondiale du capital argent, alors que le faible niveau des taux d’intérêt à court terme (déterminés en temps ordinaire par les banques centrales) avait déjà contribué aux spéculations des dernières décennies.

 

Pour en finir avec les maux du capitalisme, il faut éradiquer le capitalisme

 

Pendant que les guerres se poursuivent en Irak et en Afghanistan, les faillites des fonds d’investissement, des banques et des compagnies d’assurances, qui ont déclenché de la part des gouvernements des plans de sauvetage qui se chiffrent en dizaines, voire en centaines de milliards d’euros ou de dollars, ont succédé aux émeutes de la faim, face auxquelles les États et les organisations internationales déclaraient ne rien pouvoir faire.

La misère est à la fois cause et conséquence des crises et, depuis qu’il existe, le capitalisme est régulièrement frappé par des crises, de par son existence même. De la crise des tulipes en 1637 à la crise des subprimes, en passant par la crise de 1929, quelles que soient leurs spécificités, la classe des travailleurs en est la principale victime, à coups de hausses des prix des marchandises indispensables, de licenciements, de chômage…

Actuellement, la cause ultime d'une crise réelle se ramène toujours à l'opposition entre la misère, la limitation du pouvoir de consommer des masses, et la tendance de la production capitaliste à multiplier les forces productives, comme si celles-ci avaient pour seule limite l'étendue absolue de la consommation dont la société est capable. (Karl Marx, Le Capital, livre III, ch. 30)

Pour mettre fin à l’instabilité chronique de l’économie mondiale qui voit des milliards de travailleurs souffrir des états d’âme d’une poignée de bourgeois, il ne s’agit pas de rétablir la moralité dans les conseils d’administration de ces vautours, ni de taxer les transactions financières, ce qui est aussi efficace qu’un pansement collé sur une jambe de bois, mais il faut en finir avec la propriété privée des moyens de production qui fait du profit le principal moteur de l’activité. Il s’agit d’établir une économie fondée sur une propriété collective des moyens de production, de manière à ce que cette production soit déterminée par les travailleurs.

26 septembre 2008