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Après la restauration du capitalisme en Chine

Une classe ouvrière dépourvue de toute
organisation face à la nouvelle bourgeoisie

 

 

Feu d’artifices pour la télé, lait contaminé pour les bébés

Le 8 août, les Jeux olympiques ont débuté à Pékin en présence de Bush, Fukuda, Sarkozy, Poutine, Lula da Silva… consacrant la réussite économique de la Chine et conférant une légitimité patriotique au président Hu Jintao, au premier ministre Wen Jiabao et au régime issu de la restauration du capitalisme.

Une telle réussite avait un revers : il a fallu aux autorités chasser de leur habitat des milliers de travailleurs pour les grandioses chantiers, quadriller le Xinjiang, réprimer la révolte de Lhassa, interdire toute protestation étrangère ou chinoise à Pékin même. Bien sûr, il y eut quelques bavures durant le spectacle lui-même, la captation du sport et singulièrement des JO par le capitalisme conduisant inévitablement au dopage.

Mais le plus gros scandale fut étouffé. Depuis mai, la direction de l’entreprise, et aussi les autorités, savaient que le lait en poudre Sanlu pouvait intoxiquer les bébés en générant des calculs rénaux. Durant plusieurs semaines, le lait contaminé à la mélamine continua à être vendu. 4 bébés sont morts, 13 000 ont été hospitalisés. En outre, les hôpitaux privatisés veulent faire payer les soins coûteux aux familles. Ce scandale s’ajoute à la révélation, lors du séisme qui avait frappé le Sichuan en mai, de la mauvaise qualité des bâtiments scolaires : 7 000 « écoles en tofu » se sont effondrées, tuant 10 000 élèves et enseignants.

Ces abominations ne se seraient pas produites avant la restauration du capitalisme. Ces fraudes sont typiques de l’émergence du capitalisme, quand l’État bourgeois n’a pas encore soumis les entreprises à des règles qui assurent le fonctionnement du capitalisme dans son ensemble. Engels l’avait relevé, au moment de la transformation capitaliste de la Grande-Bretagne :

Les négociants et les industriels dénaturent atrocement toutes sortes de produits, et sans la moindre considération pour la santé des consommateurs. (Friedrich Engels, La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, 1845)

 

Comment la Chine supprima le capitalisme en 1950-1953

Après la défaite du Japon, en 1946, la dictature du parti nationaliste bourgeois, le Guomindang se retourne ouvertement contre le Parti communiste chinois, avec l’aide des États-Unis. Pour résister aux armées nationalistes, pour avoir le soutien des paysans pauvres, le PCC et son Armée populaire de libération (APL) sont contraints de s’en prendre aux propriétaires fonciers. Les armées paysannes à direction stalinienne s’emparent une par une des grandes villes, tout en appelant les ouvriers et les employés à continuer le travail. En 1949, Mao proclame la République populaire de Chine (populaire voulant dire avec la bourgeoisie nationale) et s’engage à respecter le capitalisme national.

Pourtant, toute l’Asie est ébranlée. Les États-Unis décrètent le blocus de la Chine. L’armée américaine, avec l’aide d’un contingent français, intervient en Corée au nom de l’ONU. Le nouveau régime chinois envoie l’APL, sous forme de « volontaires » chinois, l’affronter. Mais les capitalistes chinois et les débris du Guomindang, que Mao tentait de ménager et d’intégrer, sabotent la guerre. De 1950 à 1955, le PCC exproprie les propriétaires fonciers et les capitalistes. La plupart des propriétaires fonciers sont exécutés par les paysans pauvres. La plupart des capitalistes qui étaient restés après 1949 se réfugient à Hongkong ou à Taïwan. Pour autant, l’État chinois ne change pas de nom et reste la RPC.

 

L’impossibilité du socialisme dans un seul pays

La Chine ne devient pas à proprement parler socialiste, ce qui est impossible à l’échelle d’un seul pays, a fortiori arriéré, mais elle a jeté les premières bases du socialisme, elle constitue une formation sociale intermédiaire, un « État ouvrier ». L’industrie extractive, l’industrie manufacturière, l’industrie du bâtiment et des travaux publics, les transports des biens... sont désormais organisés à l’avance, suivant un plan autorisant un développement des forces productives de type non capitaliste. La Chine acquiert une base industrielle, éduque les enfants, émancipe les femmes, garantit l’emploi dans les campagnes et dans les villes.

Mais, en même temps, le PCC devient l’outil politique d’une bureaucratie privilégiée qui, sur le modèle de l’URSS, usurpe le pouvoir des producteurs, impose un régime policier, exécute ou emprisonne les trotskystes. Le PCC modèle ouvertement la Chine sur l’État ouvrier dégénéré issu de la contre-révolution stalinienne, avec l’aide de conseillers venus d’URSS. Comme son mentor, le régime prétend grotesquement avoir réalisé le socialisme, alors qu’il reste inférieur économiquement et culturellement aux centres capitalistes.

La transition au socialisme aurait nécessité la libre activité des prolétaires, l’élévation de leur niveau culturel, la formation la plus complète possible de leurs enfants, le contrôle des travailleurs des villes et des campagnes sur le plan. Or, de 1949 à 1992, la bureaucratie de la Cité interdite a oscillé entre, d’une part, les concessions aux mécanismes de marché et l’ouverture au capital étranger et, d’autre part, la tentation de l’autarcie et l’encadrement totalitaire de la population. Cela a conduit à des déchirements périodiques en son sein dont des moments marquants furent la mise à l’écart de Mao après l’échec du « grand bond en avant » en 1961 et le déclenchement de la « révolution culturelle » en 1966 par celui-ci.

La transition au socialisme aurait exigé l’extension de la révolution mondiale, que la bureaucratie en place a entravé par sa collaboration avec la bourgeoisie des pays capitalistes et sa contribution au maintien de l’ordre mondial. La bureaucratie chinoise, pour se concilier l’impérialisme américain, a fait capituler le Parti communiste indonésien devant la bourgeoisie nationale. Le boucher Suharto, avec l’aide de la CIA et des islamistes, a écrasé la classe ouvrière ainsi désarmée en 1965. Cette défaite a ouvert la voie à l’intervention américaine en Indochine. En 1972, à l’apogée de l’agression impérialiste contre le Vietnam, Mao Zedong et Zhou Enlai ont reçu Nixon à Pékin. En 1973, Mao et Zhou ont refusé de condamner le coup d’État de Pinochet au Chili.

 

De 1978 à 1988, la bureaucratie ouvre la Chine au capital étranger

Mao mort en 1976, la bureaucratie de la RPC mesure les limites de l’autarcie, de la collectivisation prématurée des campagnes et du plan imposé d’en haut aux producteurs, d’autant que l’écart de croissance se creuse avec les Etats voisins qui intègrent la « mondialisation » capitaliste (Corée du sud, Taïwan, Hong Kong, Singapour…). Fin 1978, Deng Xiaoping prend le contrôle du PCC et introduit des éléments de marché dans l’économie collectivisée.

Le régime démantèle toutes les communes populaires dans les campagnes et ouvre quelques « zones économiques spéciales » aux entreprises étrangères (en particulier de Hong Kong et de Taïwan), dans le sud-est  du pays.

Deng a souligné le rôle capital que joueraient les investissements de la diaspora chinoise dans la réalisation des « quatre modernisations ». Sans l'aide de cette dernière, avait dit Deng, la RPC ne pourrait jamais réaliser pleinement son potentiel économique. À cet égard, Hong Kong, Taïwan et toute la zone économique du delta du fleuve des Perles sont devenus les moteurs de la croissance de la Chine. (Holly Porteous, La Stratégie du front uni de Beijing à Hong Kong, 1998, Service canadien du renseignement de sécurité)

Beaucoup de ces mesures s’apparentent à la « nouvelle politique économique » préconisée par Lénine en 1921. Il y a une différence de taille : la NEP était risquée, mais le pouvoir restait détenu en URSS par la classe ouvrière, par l’intermédiaire de son avant-garde, un parti internationaliste. La RPC n’a jamais connu de soviets, le pouvoir en Chine en 1978 est celui d’une bureaucratie nationaliste qui sert de courroie de transmission à la bourgeoisie mondiale.

Les réformes lancées en 1978 ne procèdent pas d’un schéma d’ensemble, au départ elles ont seulement l’ambition de stimuler la production et la productivité. Mais, entraînées par leurs succès, elles se propagent progressivement… (Françoise Lemoine, L’Économie de la Chine, La Découverte, 2006, p. 17)

En 1984, l’État crée un double système de prix, supprime la planification impérative, accorde l’autonomie aux entreprises, assouplit le commerce extérieur…

 

En 1989, la bureaucratie écrase la révolte de la jeunesse et de la classe ouvrière

Le mécontentement des masses devant la corruption et l’inflation, les risques grandissants de restauration capitaliste se réfractent dans la bureaucratie, sous forme d’une lutte au sein du PCC. Zhao Ziyang est écarté en 1988 au profit de Li Peng qui gèle les réformes et rétablit le contrôle des prix.

Mais l’irruption des masses sur la scène publique, d’abord étudiantes puis ouvrières, va déchaîner en 1989 la panique de la bureaucratie. Deng va faire réprimer de manière sanglante par l’APL les étudiants et surtout les ouvriers qui avaient protégé les étudiants et osé constituer leurs propres organisations.

La marche au socialisme n’aurait pu avoir lieu que par la révolution politique, c’est-à-dire le renversement de la caste des nouveaux mandarins et de ses forces répressives, l’instauration de la démocratie soviétique, la défense de l’État ouvrier par la préparation de la révolution mondiale, en particulier par l’extension de la révolution politique en URSS et de la révolution sociale en Asie. Or, toute tentative par les masses de diriger leurs affaires s’est heurtée à la répression de l’APL et du PCC, lors de la chute de Jiang Jieshi (1949), des « Cent fleurs » (1957), de la Commune de Shanghai (1967) et du soulèvement de Tiananmen (1989).

 

En 1991, le PCC décide la restauration du capitalisme

La fraction de la bureaucratie qui tente de préserver le plan et son pouvoir économique est marginalisée. En novembre 1991, le CC leur donne tort.

Le parti communiste change de l’intérieur, se transformant d’une force politique nettement et implacablement anticapitaliste en une force, furtivement mais toujours plus ouvertement, pro-capitaliste. Il y a interpénétration entre le parti communiste, le pouvoir de l’État au niveau central et surtout local, et la couche supérieure des milieux d’affaires du secteur privé. Une couche de cadres, devenus bourgeois et capitalistes, est en train d’émerger. Il est courant pour un fonctionnaire du parti de monter une affaire tout en conservant son poste dans le parti. Là où ce n’est pas le cas, une femme, un frère, une sœur ou un enfant peuvent le faire à sa place, si bien que les pouvoirs politique et commercial restent littéralement « dans la famille ». (Janos Kornai, « Du socialisme au capitalisme » in Capitalisme et socialisme en perspective, La Découverte, 1999, p. 333)

Comme en Russie, 1991-1992 marque le début d’une contre-révolution sociale. Le pouvoir d’Etat a désormais pour rôle de supprimer la résistance des ouvriers, de faire émerger une classe bourgeoise et de consolider les rapports d’exploitation. Son idéologie est plus que jamais le nationalisme, voire le confucianisme, sans plus s’encombrer de prétentions égalitaires. Deng va exprimer les aspirations de la classe capitaliste en gestation à restaurer le capitalisme et à constituer la Chine en puissance mondiale :

En janvier 1992, Deng Xiaoping, lors d’un déplacement en Chine du Sud, donne le coup d’’envoi officiel à la relance des réformes et, à l’automne, le 14e congrès du Parti leur assigne un nouveau but : « l’économie sociale de marché ». (Françoise Lemoine, L’Économie de la Chine, La Découverte, 2006, p. 19)

En novembre 1993, le régime reconnaît la diversité des formes de propriété et permet la création de SARL et de SA. En 1994, il réforme le système bancaire, la fiscalité, le change. En 1997, l’Etat se désengage de la plus grande partie de l’industrie. En 1997, l’enclave capitaliste Hong Kong est intégrée à la RPC sans problème ; en 1999, c’est le tour de Macao. En 1999, le régime reconnaît officiellement le rôle des entreprises privées. En décembre 2001, la Chine rentre à l’OMC. Le 16e congrès du PCC ouvre officiellement en 2002 le parti aux « entrepreneurs ». En 2004, la propriété privée est déclarée inviolable. À partir de 2002, les groupes étrangers peuvent investir dans les banques et les assurances. L’interdiction faite aux entreprises privées d’intervenir dans certains secteurs (infrastructures, services publics, services financiers) est levée en 2005. Comme le constate un journal de Hong Kong :

Avec les réformes économiques des 20 dernières années en Chine, on peut dire qu’il n’y a qu’un système, celui du capitalisme et de la globalisation. (South Morning Post, 1er juillet 2007)

 

La suppression du « bol de riz en fer »

Les travailleurs des villes sont maintenant majoritairement des salariés du secteur privé qui produisait déjà 63 % du PIB chinois en 2004. Le secteur industriel d’État garantissait « le bol de riz en fer » : emplois, logements, garde des enfants, pensions de retraites. La garantie de l’emploi et la protection sociale ont été sacrifiées sur l’autel du profit :

C’est à partir de 1994 que le rythme des restructurations et des faillites s’est accéléré. En 1997, le nombre des licenciés s’élève à 6 millions, l’année suivante à 7 millions, l’année d’après à 8 millions… On estime qu’au total 68 millions de personnes auraient ainsi été privées d’emploi et de salaire entre 1995 et 2004. (Marie-Claire Bergère, Capitalismes et capitalistes en Chine, Perrin, 2008, pp. 250-251)

Le processus de privatisation se poursuit, n’épargnant que quelques secteurs considérés comme stratégiques (armement, électricité, pétrochimie, aviation…), dont les entreprises sont aussi restructurées :

Le nombre d’entreprises appartenant entièrement à l’État devrait continuer à décliner de 161 à la fin de cette année jusqu’à 80 à 100 d’ici 2010. Après cela, le gouvernement espère que 30 à 50 conglomérats internationalement compétitifs émergeront. Les entreprises d’État qui n’ont aucun espoir de réaliser des profits « sortiront du marché » d’ici 2008. (The Economist, 10 mars 2007)

De même, à la campagne, les « communes populaires » garantissaient l’emploi, l’école et les soins. Ces acquis sociaux ont disparu.

Aujourd’hui, le revenu paysan moyen représente le tiers de celui versé aux ouvriers —pourtant mal payés— dans les usines de la côte. Les plus pauvres sont contraints de leur louer la terre, les équipements des plus riches ou de leur vendre leur force de travail. L’alternative est l’exode rural vers l’est et vers les grandes villes, qui fournit 15 millions d’ouvriers et d’employés nouveaux chaque année. Au total, il y aurait plus de 200 millions de migrants intérieurs (les mingong), dont la précarité pèse sur la valeur de la force de travail de toute la classe ouvrière, vu qu’ils n’ont aucun droit en dehors de leur région d’origine, ni allocation chômage, ni soins, ni revenu minimum, ni scolarisation de leurs enfants.

Les ouvriers et ouvrières chinois travaillent 10 à 14 heures par jour, souvent 7 jours sur 7. Le salaire ouvrier est de 80 à 120 euros par mois. La protection sociale est réduite :

Seuls 14 % des salariés chinois ont une assurance-chômage d’entreprise et seulement 11 % une assurance du système public, datant des années Mao. En 2005, seuls 17 % cotisaient pour la retraite du système public. La pension versée aux retraités est faible et la même pour tous : 20 % du salaire moyen local, quel que soit le salaire du bénéficiaire quand il était actif. (Le Monde, 26 novembre 2006)

L’inflation en 2007 a été de 7,7 %, en particulier le prix des aliments de base a augmenté de 18 %, alors que l’alimentation correspond à 33 % des dépenses de consommation des familles chinoises.

Les licenciements de masse des entreprises publiques, l’exode rural, les aléas de la production marchande ont engendré une « armée de réserve » de 8,25 millions de chômeurs urbains d’après des chiffres officiels, soit 4 % de la population active. Il est probable que ces nombres soient sous-estimés.

La marchandisation de la force de travail, le rétablissement d’un marché du travail et de son corollaire, le chômage, sont des traits caractéristiques du mode de production capitaliste. À l’autre pôle de la société, les capitalistes accumulent la richesse sur la base de l’exploitation des travailleurs salariés.

 

L’affirmation de la classe des capitalistes

Une nouvelle bourgeoisie chinoise, composée d’actionnaires, de dirigeants d’entreprises et de propriétaires terriens se reconstitue, à partir de l’accaparement des entreprises collectives par les anciens bureaucrates ou leurs enfants, de l’intégration de Hong Kong, du retour des capitalistes han « d’outre-mer » et des activités illicites et lucratives de la mafia (les « triades ») qui se sont développées, en Chine comme ailleurs, dans le sillage de la restauration du capitalisme.

Comme dans tous les pays capitalistes, l’activité bancaire s’est développée, avec à sa tête des « managers » qui rejoignent la nouvelle bourgeoisie :

Chaque grande banque d’affaires compte désormais des managers d’origine chinoise dont les salaires peuvent approcher les 10 millions de dollars par an. Si les ouvriers des usines qui travaillent pour le marché mondial voient leur salaire décroître en termes réels depuis environ une décennie, les revenus de ces nouveaux dirigeants s’envolent. (Questions Internationales n° 32, juillet 2008)

La restauration du capitalisme de la fin du 20e siècle s’est partout accompagnée de la réapparition de bourses de valeurs mobilières. Comme la Russie, la Chine en héberge deux, mais de plus grande taille : une qui existe de longue date, grâce à la rétrocession de Hong Kong, une plus récente à Shanghai, la capitale économique du pays. Fin décembre 2007, la Bourse de Shanghai occupait le 2e rang mondial en termes de capitalisation, assez loin derrière New York (15 650 milliards de dollars) mais devant Tokyo (4 330 milliards). La Bourse de Hong Kong sert à la privatisation des entreprises industrielles rentables du continent et des banques, si bien que la moitié de la capitalisation boursière de Hong Kong concerne désormais les groupes capitalistes chinois continentaux.

Désormais, 10 % de la population possède 45 % des richesses. L’indice Gini qui estime le degré d’inégalité sociale (il est compris entre 0 et 1) est passé de 0,25 en 1980 à 0,47 en 2006 (celui de la France est de 0,36, celui des États-Unis de 0,45). En 2007, la Chine comptait au moins 66 milliardaires en dollars, et elle serait au 5e rang mondial du nombre de millionnaires en dollars (après les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, mais devant la France et la Grande-Bretagne).

Parmi eux, un ancien « garde rouge » devenu cadre de la principale entreprise publique de construction de Pékin, qui s’est reconverti en 1991 en promoteur immobilier :

Zhang Yuchen, promoteur immobilier qui a fait fortune en bâtissant des lotissements aux alentours de Pékin a récemment défrayé la chronique en faisant construire, à une heure de la capitale, une réplique du château de Maisons-Laffitte, baptisé Zhang-Laffitte, assortie d’une fabuleuse cave à vin de 2 000 bouteilles de « grands crus » français. (Le Monde, 27 octobre 2006)

Pour l’instant, la plus grande partie de cette nouvelle bourgeoisie s’accommode du parti unique, malgré son appellation déplaisante héritée du passé.

 

Le PCC, garant de l’ordre capitaliste

Le PCC a longtemps été la couverture politique de la bureaucratie stalinienne han. Habitué à diriger, à réprimer les masses et à opprimer les minorités nationales, le parti unique est devenu un instrument de la nouvelle bourgeoisie chinoise.

Son organisation de jeunesse passe même des accords pour cela avec des entreprises américaines comme Ogilvy & Mather :

Ogilvy a formé plus de 3 500 membres de la Ligue de la jeunesse communiste à la vente et au management. (The Wall Street Journal, 25 janvier 2005)

Non content de comporter de nombreux membres qui ont pillé les entreprises collectives, le PCC recrute des patrons qui n’en étaient pas membres. Il comptait dans ses rangs 75 000 « entrepreneurs » à l’ouverture du dernier congrès du Parti « communiste ».

Un tiers des 100 personnalités les plus riches du pays sont membres du Parti communiste chinois… (Questions Internationales n° 32, juillet 2008)

Dans son discours au congrès, Hu Jintao a tendu la main à Taïwan armé par les pays impérialistes, la France notamment. Le PCC avait déjà rencontré en 2005 le Guomindang ; après le congrès, en 2008, les deux partis se retrouvèrent à nouveau.

De la période maoïste, le PCC a hérité du contrôle de la seule confédération syndicale autorisée sur le continent. Elle s’efforce de ne pas perturber l’accumulation du capital :

Nous n’encourageons jamais à cesser le travail, celui nuit à la stabilité sociale. (Liu Weixin, Liaisons Sociales n° 83, juin 2007)

Le parti unique s’efforce, face aux multiples révoltes sociales et à la tendance à la dislocation du pays, de maintenir la cohésion nationale en complétant l’appareil de répression (police en uniforme, polices auxiliaires, police secrète, armée, prisons…) de premières concessions aux salariés et, surtout, de l’idéologie nationaliste. Reste que son monopole entrave l’expression des intérêts des différentes fractions de la classe dominante et prive l’État bourgeois de la soupape de la démocratie bourgeoise, face aux classes exploitées ou semi-exploitées.

 

Face à la récession capitaliste mondiale

Le taux de profit du capitalisme mondial avait été redressé par les reculs des classes ouvrières des pays  capitalistes avancés, par la restauration du capitalisme dans les pays à économie planifiée, à l’exception de la Corée du Nord et Cuba (qui commencent à s’engager dans la « voie chinoise »). Si la Russie a échoué à s’insérer véritablement dans la division internationale du travail, la Chine semble avoir réussi, au point que nombre d’idéologues occidentaux superficiels ont prédit sa suprématie mondiale et que les puissances impérialistes, au premier chef les États-Unis, ont commencé des manœuvres pour limiter, sur tous les plans, son expansion.

Troisième exportateur mondial derrière l’Allemagne et les Etats-Unis, quatrième État de la planète par son produit intérieur brut (PIB) en 2006, la Chine est devenue « l’atelier du monde » qui crée à elle toute seule 6 % de la production industrielle mondiale. C’est en grande partie le résultat d’une entrée ininterrompue de capitaux des pays capitalistes d’Asie, d’Amérique du nord et d’Europe de l’ouest, à hauteur de 70 milliards de dollars par an en moyenne d’IDE. Ces investissements sont parfois productifs, mais une partie est simplement financière :

Les deux tiers des 500 plus grandes entreprises du pays sont à capitaux étrangers et 50 % des investissements étrangers ne créent pas d’emplois mais consistent en de simples fusions-acquisitions. (Hsi Hsuan-Wou et Charles Reeves, China Blues, Gallimard, 2008, p. 68)

Les excédents commerciaux ont été en grande partie recyclés sous forme d’achat de titres américains, ce qui revient à un prêt de la Chine aux États-Unis pour financer leur déficit des échanges et leur déficit budgétaire. Mais l’effondrement financier américain, s’il ouvre l’opportunité d’acheter des banques de ce pays, déprécie ces avoirs.

Les salaires ont augmenté, ce qui réduit l’avantage comparatif de la Chine, d’autant que le yuan tend à s’apprécier par rapport au dollar américain, mais aussi à l’euro. Les exportations de marchandises pâtissent de la récession américaine alors que les importations augmentent (la Chine est aussi le 3e importateur du monde). Pour la première fois, la production industrielle décélère en juillet 2008, montrant que le ralentissement de la demande mondiale touche les exportations chinoises.

La Fédération des industries de Hong Kong estime que 10 % des 60 000 à 70 000 entreprises hongkongaises établies dans le delta de la rivière des Perles (région de Canton qui compte la zone économique spéciale de Shenzhen et ses 15 millions d’habitants, NB) seront contraintes de cesser leurs activités en Chine en 2008. Trop souvent confinée dans la production de produits à faible intensité technologique, la Chine reste à la merci de la concurrence des pays à bas coût de main d’œuvre. (Questions Internationales n° 32, juillet 2008)

L’indice de la Bourse de Shanghai qui avait augmenté de 300 % en deux ans vient de perdre plus de 50 % depuis le début l’année. À la surproduction industrielle et à la crise boursière, s’ajoute l’éclatement de la bulle immobilière avec des dizaines de millions de mètres carrés inoccupés (rien qu’à Pékin, 700 000 logements seraient vides).

Plus d’un économiste a affirmé que les pays émergents d’Amérique et d’Asie garantiraient la poursuite de la croissance mondiale, malgré les difficultés des vieux pays industriels. Cet optimisme risque d’être démenti et les rêves des dirigeants chinois pourraient être également douchés.

Oubliant ses 11,9 % de 2007, la croissance fondait à 10,6 % au 1er trimestre, de 10,1% au 2nd : l’Etat espère la maintenir à 9 % pour l’année. Le 16 septembre, pour calmer les peurs d’une bourse effondrée des 2/3 depuis janvier (1 980 milliards de dollars de transactions le 14 septembre, repassée 4e mondiale derrière Paris), Pékin annonce la 1e coupe des taux d’intérêt en 6 ans, de 0,27 % (à 7,20 %), et celle de 1 % des réserves de la plupart des banques, à 16,5 % de leurs actifs. Puis le 18, elle annonce l’abolition de la taxe de 0,1 % sur les achats d’actions : tentative (pour l’instant vaine) d’enrayer l’hémorragie, et de rasséréner 100 millions de petits agioteurs ayant tout perdu… Pour bientôt, Pékin peaufine un plan de sauvetage, comparable à celui du Japon : 40 milliards d’euros, en dépenses publiques, baisses d’impôt, crédit aux PME. (Le Vent de la Chine n° 31, 22 septembre 2008)

La crise financière née aux États-Unis, la récession économique au Japon et en Europe exacerberont inévitablement les contradictions du capitalisme chinois profondément intégré à l’économie mondiale. Comme les autres, la classe ouvrière de la RPC pourrait en faire les frais, à moins qu’elle s’engage dans la voie de la révolution prolétarienne.

 

Pour la révolution sociale du premier prolétariat du monde contre la nouvelle bourgeoisie

D’après le rapport 2006 de la Confédération syndicale internationale, le nombre de grèves pour des raisons salariales serait passé de 1 482 en 1994 à 11 000 en 2003. Une statistique officielle dénombrait plus de 87 000 « troubles sociaux de masse » en 2005. En voici un exemple récent :

Plus d’un millier de travailleurs migrants ont attaqué récemment, et trois jours durant, le poste de police de Kanmen, une ville d’un comté de la province du Zhejiang, située au sud de Shanghai… La victime, Zhang Zhongfu, protestait contre le refus de lui attribuer un permis de résident. L’incident a d’abord provoqué une manifestation d’une centaine de personnes autour du commissariat. Les policiers ne voulant rien entendre aux doléances des ouvriers protestant contre le passage à tabac de leur camarade, l’affaire a tourné à l’émeute. (Le Monde, 16 juillet 2008)

La classe ouvrière la plus nombreuse du monde doit unir ses rangs (entre toutes les provinces, entre mingongs et salariés à emploi plus stable…). Elle doit prendre la tête de tous les exploités et opprimés contre l’inflation et le chômage, contre les tarifs des universités et des hôpitaux, contre la pollution et les aliments frelatés, contre les expropriations des pauvres des villes et des campagnes, contre la répression policière, contre l’infanticide des filles et les mariages forcés, pour les libertés démocratiques, incluant le droit à l’autodétermination des Tibétains et des Ouïgours.

Elle ne peut le faire que par l’organisation, ce que redoute par-dessus tout le parti unique devenu l’instrument du capitalisme. En édifiant des syndicats indépendants, en regroupant ses éléments les plus conscients dans un parti révolutionnaire, le prolétariat aura la capacité de libérer le pays du régime autoritaire, d’imposer son contrôle sur les entreprises, d’établir un gouvernement ouvrier et paysan, de mettre fin à l’usure et à l’exploitation dans les campagnes, de supprimer l’exploitation de la majorité par la minorité bourgeoise et le capital étranger, d’émanciper les femmes, de liquider le grand banditisme, de donner un avenir et un idéal à toute la jeunesse.

La révolution prolétarienne en Chine sera un coup important au système capitaliste mondial et un pas décisif vers l’établissement des États unis socialistes d’Asie de l’est.

27 septembre 2008