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60 ans après la fondation d’Israël

Pour une Palestine laïque et multiethnique !

 

Le sionisme

 

Quand Theodor Herzl publie L’État juif en 1896, sa position est extrêmement minoritaire parmi les populations de religion ou de traditions israélites présentes partout dans le monde, nombreuses en particulier en Russie et aux États-Unis. S’appuyant sur des artisans et boutiquiers, il prône la constitution d’un État indépendant pour les Juifs, autour de Jérusalem (Sion est l’ancien nom de la citadelle de Jérusalem), alors possession de l’Empire ottoman. Cette terre est habitée depuis des siècles par des Arabes, qui sont 565 000 à cette époque. Herzl appelle à émigrer pour développer un « foyer national juif », avec pour ciment l’hébreu (alors que les Juifs d’Europe parlent surtout le yiddish) et la religion israélite.

Le projet sioniste va entrer en résonance avec les menées des puissances impérialistes, essentiellement Royaume-Uni et France, actives pour hâter la chute de l’Empire ottoman, et s’en disputer les meilleures parts. En 1917, Balfour, ministre britannique des affaires étrangères, donne son aval au « foyer national juif » en Palestine qui pourrait aboutir à « un État du Commonwealth ». Dans sa déclaration, les Arabes de Palestine (90 % du peuplement) ne sont pas même nommés explicitement. Le « mandat » colonial officiellement confié à l’impérialisme britannique en 1922 par la Société des nations (ancêtre de l’ONU), stipule qu’il aidera l’établissement de ce nationalisme en Palestine. La coopération entre l’administration britannique et le sionisme est étroite, des structures préfigurant les institutions d’un État s’édifient à l’ombre du protectorat : une armée (Haganah) ; l’Agence juive (Yishuv) qui va organiser différentes assemblées de type parlementaire, décidera de lever des impôts sur place et de recueillir des fonds à l’étranger où elle établira une représentation officielle et travaillera à renforcer l’émigration ; la Histradout dont l’appellation de « Fédération générale des travailleurs d’Eretz Israel » n’en fait pas pour autant un syndicat ouvrier. Cette agence devient propriétaire de moyens de production et de distribution : coopératives agricoles (à cette époque, la plupart des terres sont achetées, elles seront occupées ou prises de force ensuite) et entreprises industrielles, de travaux publics, banque. Elle gèrera les contrats de travail, l’assurance maladie des migrants, les logements.

À la veille de la deuxième guerre mondiale, la population juive en Palestine est passée de 85 000 (11 % du total) en 1918 à 416 000 (29 %), le nombre d’agglomérations juives de 79 à 200. Les Arabes de diverses origines ou confessions ne se sont d’abord pas opposés aux migrants, car les mouvements de populations, juives comprises, autour du bassin méditerranéen étaient traditionnellement fréquents. Mais la mise en place de la séparation des communautés organisée par les sionistes pour leur projet, l’oppression coloniale, le mépris des droits des Arabes largement partagé par les puissances impérialistes, la collusion des sionistes avec l’occupant britannique, le transfert de milliers d’hectares de terres arabes aux Juifs, nourrissent une révolte légitime. Entre avril et octobre 1936, l’armée britannique avec le renfort d’auxiliaires sionistes réprime sauvagement le soulèvement des Palestiniens. L’état-major anglais, via l’officier Wingate, organise des commandos spécialisés dans l’attaque nocturne des villages arabes, qui vertèbreront ensuite l’armée sioniste.

 

La défaite de la révolution prolétarienne en Europe explique le succès du sionisme

 

Jusqu’au déchaînement de la barbarie nazie, l’immense majorité des Juifs aspire à vivre de plein droit dans les pays où ils sont nés ou qu’ils ont choisis. La révolution socialiste d’Octobre 1917 en Russie a conforté cette volonté, en émancipant les israélites, victimes de discriminations et de pogroms sous le tsar, qui forment la communauté juive la plus nombreuse au monde. Dans toute l’Europe un espoir s’est levé, les rangs du prolétariat révolutionnaire comptent des milliers de militants d’origine juive qui misent sur le socialisme et non sur le nationalisme. Mais la république des soviets va rester isolée.

Face à la révolution prolétarienne en Allemagne, en Hongrie, en Finlande, en Bulgarie, en Italie, en Espagne, en Pologne… la bourgeoisie européenne a recouru à la réaction et à la contre-révolution les plus extrêmes, incluant l’antisémitisme. Le fait que les exploités et les opprimés ont échoué à l’ouest, faute de parti révolutionnaire de type bolchevik, puis à l’est, en Chine, en 1927, a démoralisé le prolétariat soviétique et a permis à la bureaucratie de l’État ouvrier, incarnée par Staline, de s’émanciper de tout contrôle de sa part. Le règne de la bureaucratie s’est accompagné d’antisémitisme.

Si la vague révolutionnaire a réveillé les plus nobles sentiments de la solidarité humaine, la réaction thermidorienne a attisé tout ce qui est bas, obscur et arriéré… La bureaucratie n’hésite pas recourir de façon à peine voilée aux tendances chauvines et surtout à l’antisémitisme. (L. Trotsky, Entrevue avec l’ITA et Der Weg, 18 janvier 1937)

Dans les années qui suivent, partout en Europe le prolétariat recule, trahi ou laissé l’arme au pied par les partis dits socialistes et communistes. La persécution qui grandit conduit de nombreux Juifs à tenter de fuir leur pays d’origine, en particulier l’Allemagne et l’Autriche. L’URSS, la Suisse, les États-Unis, etc. ferment leurs frontières et refusent d’accueillir en masse les réfugiés juifs, ce qui sert le projet sioniste.

L’Agence juive passe un accord avec le régime nazi en août 1933 pour organiser l’émigration en Palestine. Pendant toute la guerre, Ben Gourion s’oppose aux nombreuses voix qui réclament que l’Agence juive aide les persécutés par les fascistes, au nom d’un intérêt supérieur, « la construction d’Eretz Israel ».

Les considérations sionistes doivent avoir préséance sur les sentiments juifs… Nous devons agir conformément aux considérations sionistes et non pas simplement à partir des considérations juives, puisqu’un juif n’est pas automatiquement un sioniste. (Ben Gourion, cité par Tom Segev, Le septième million)

Les sionistes refusent d’engager la lutte contre le régime nazi, au contraire de milliers de combattants juifs qui se réclament du marxisme (Bund, opposants au pacte Hitler-Staline dans les partis communistes…), au contraire des bolcheviks :

Seule une mobilisation audacieuse des travailleurs contre la réaction, la création de milices ouvrières, la résistance physique directe aux bandes fascistes, l’assurance grandissante et l’activité de tous les opprimés peuvent renverser le rapport des forces, endiguer la vague mondiale du fascisme et ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de l’humanité. (L. Trotsky, Appel aux Juifs américains, 22 décembre 1938)

Avec l’annexion de l’Autriche, la conquête de la Pologne (où vivaient 3,3 millions de Juifs), la victoire sur la France, l’invasion de l’URSS, l’occupation de la Hongrie, la plupart des Juifs d’Europe se retrouve à la merci des fascistes allemands. En mars 1941, ceux-ci entreprennent la déportation de dizaines de milliers de Juifs dans les camps de concentration en Pologne. En janvier 1942, devant les premiers revers militaires de l’impérialisme allemand en URSS, le régime décide la « solution finale », c'est-à-dire l’extermination des Juifs. 3 millions meurent dans les camps d’extermination, auxquels il faut ajouter 1,3 million tués ailleurs, sur les fronts de l’est en particulier, 800 000 liquidés dans les ghettos.

 

Les parrains de l’État d’Israël

 

Cette monstrueuse extermination va relancer le projet sioniste et servir de justification à l’édification d’un État pour les Juifs. La vieille puissance coloniale anglaise très affaiblie se trouve serrée au col, d’un côté par les revendications des Arabes, qui refusent de payer de leur terre et de leur sang, pour les crimes commis par d’autres en Europe ; d’un autre côté, par les sionistes que le protectorat britannique entrave. Les heurts se multiplient en Palestine et le terrorisme des sionistes s’aguerrit : le 22 juillet 1946, le groupe armé Irgoun fait sauter le siège de l’état-major anglais à Jérusalem (110 morts). Au sortir de la guerre, les sionistes misent sur les vainqueurs, les États-Unis et l’URSS. La Grande-Bretagne doit finalement s’en remettre aussi à eux, sous couvert de l’ONU : une commission élabore un plan mettant fin au mandat britannique, ce que veut Staline et aussi l’impérialisme américain, pressé de supplanter les anciens colonisateurs (impérialismes français et anglais) au Moyen Orient. Ce plan décide le partage de la Palestine mandataire (55 % du territoire pour un État juif et le reste pour un État arabe), un statut particulier pour Jérusalem. Il fixe une série d’étapes de mise en œuvre et un retrait des troupes britanniques au mois d’août 1948.

La Ligue arabe, constituée en mars 1945, déclare son opposition à la partition. C’est une alliance d’États bourgeois (Arabie Saoudite, Egypte, Irak, Jordanie, Liban, Syrie, Yémen) attachés surtout à la défense de leurs intérêts particuliers, organisation qui obtient dès sa création un statut d’observateur à l’ONU. Aucune organisation politique n’ouvre la seule issue émancipatrice pour les masses prolétariennes, qu’elles soient arabes ou juives : la Fédération des républiques socialistes du Moyen-Orient, expropriant les capitalistes, les grands propriétaires, distribuant la terre à ceux qui la travaillent, planifiant l’économie pour répondre aux immenses besoins des populations.

Le 29 novembre 1947, l’ONU adopte la partition de la Palestine par 33 voix pour (dont les États-Unis, l’URSS et la France), 13 contre (États arabes, Grèce, Cuba), 10 abstentions (Grande-Bretagne, Chine). La Grande-Bretagne, évincée, annonce qu’elle aura quitté la Palestine le 15 mai 1948.

 

14 mai 1948, proclamation de l’État d’Israël

 

Le vote de l’ONU et la date du départ des troupes britanniques connus, une partie de la bourgeoisie arabe qui vit dans les grandes villes de Palestine émigre. Les pauvres, eux, vont avoir affaire aux terroristes sionistes. Ces derniers, que dirige Ben Gourion, déclenchent une vague d’exactions contre les Arabes pour les pousser à quitter leur terre. Balad el Sheikh, Eilaboun, Al Dawayima, Jish, Safsaf, Majd al Kurum, autant de massacres pour terroriser les populations, pour provoquer la panique et l’exil. 105 villageois de Deir Yassin, hommes, femmes, enfants, sont assassinés le 9 avril 1948 par les bandes armées de Begin (Irgoun) et de Shamir (Lehi), tous deux futurs premiers ministres d’Israël. Le 11 juillet, à Lydda, 80 habitants sont tués dans la mosquée, une colonne de blindés et de jeeps armées de mitrailleuses tire sur la population, le lendemain, Lydda et Ramleh sont vidées.

Quand est signée la « Déclaration d’indépendance », le 14 mai (veille de la fin du mandat britannique), la moitié des Arabes de Palestine sont des réfugiés, groupés dans 57 camps. Un historien israélien cite un rapport du 30 juin 1948 des services de renseignements de l’armée israélienne qui estime à 391 000 le nombre de Palestiniens ayant alors quitté leur maison : « Au moins 55 % du total de l’exode ont été causés par nos opérations ; les dissidents de l’Irgoun et Lehi ont directement causé 15 % de l’émigration. »

Avec 2 % attribués aux ordres d’expulsion explicites donnés par les soldats juifs et 1 % à leur guerre psychologique, on arrive à 73 % de départs directement provoqués par les Israéliens. De surcroît, dans 22 % des cas, le rapport met en cause « les peurs » et « la crise de confiance » de la population palestinienne. (Benny Morris, 1948 et après)

Sur 369 villes arabes situées sur le territoire que l’ONU remet à Israël, 228 connaissent des expulsions au cours d’assauts de l’armée, 90 se vident sous l’effet de la panique due aux attaques contre les agglomérations voisines. (Benny Morris, La naissance du problème des réfugiés palestiniens)

À la fin de l’année 1949, 750 000 Arabes ont été chassés. Les dirigeants sionistes masquent cette réalité et l’histoire officielle qu’ils soutiennent raconte que les pays arabes de la région, qui entrent en guerre contre Israël le lendemain de la proclamation de cet État, ont exhorté les Palestiniens à partir.

En réalité, non seulement les Arabes sont exilés, mais en plus leur retour est combattu farouchement par les sionistes. Les villages sont détruits ou investis par les immigrants juifs, les terres sont réparties. Près de 500 agglomérations se trouvent ainsi rayées de la carte ou renommées ; de même pour les quartiers arabes des villes où les deux communautés vivaient auparavant. La « loi sur les propriétés abandonnées » légalise dès décembre 1948 ces confiscations généralisées. Un bilan établi en 1952 les chiffre à 300 000 hectares de terre, 73 000 pièces d’habitation, 7 800 boutiques, ateliers et entrepôts, 5 millions de livres palestiniennes sur des comptes bancaires.

Après que les troupes israéliennes armées par la bureaucratie stalinienne et l’impérialisme français ont vaincu l’Egypte, la Syrie, la Transjordanie, l’Irak, le Liban, 85 % de la Palestine est conquise. L’émir Abdallah de Transjordanie pactise avec les sionistes pour annexer la Cisjordanie en échange d’un engagement à respecter le territoire d’Israël ; l’Egypte administre Gaza. On comprend que les Palestiniens appellent « al Naqba » ces évènements : la catastrophe.

 

60 ans et cinq guerres après

 

La moitié des Palestiniens demeurent des réfugiés (4,5 millions sur 9 millions) ; leur droit au retour bafoué, ils sont dispersés dans tout le Moyen-Orient. La grande majorité vit dans des camps. Les Palestiniens restés dans les frontières de l’État d’Israël sont traités en citoyens de deuxième ordre, 20 % des Arabes vivent sous le seuil de pauvreté. Ceux qui survivent en Cisjordanie ou à Gaza subissent quotidiennement les conséquences de l’occupation militaire : en 2006, l’armée israélienne a tué 657 Palestiniens, 373 personnes en 2007 (13 Israéliens tués dont 6 soldats). La même année, plus de 6 000 arrestations ont été opérées en Cisjordanie. À cause des bouclages incessants, des postes de contrôle tenus par l’armée (102 permanents), des barrages routiers (459), les habitants de Cisjordanie et plus encore de Gaza ne peuvent travailler et nourrir leur famille, les membres d’une même famille se trouvent séparés, les écoliers et étudiants sont privés d’études, les malades de soins. Gaza est une prison à ciel ouvert pour 1,5 million de Palestiniens, soumis au blocus israélien depuis juin : tout manque, sauf les raids militaires meurtriers.

Tandis que 65 % des Palestiniens vivent avec moins de 1,50 euro par jour, qu’ils sont totalement dépendants de l’aide internationale, l’État d’Israël poursuit la destruction de l’économie des territoires peuplés de Palestiniens. Il développe la colonisation de Jérusalem et de la Cisjordanie (+ 4,7 % en 2007), la construction de routes interdites aux Palestiniens (300 km) et réservées aux 446 000 colons pour lesquels l’État dépense 556 millions de dollars chaque année. 500 km de « mur » (sur 789 km prévus) ont été érigés pour organiser l’apartheid, accaparer davantage de terre, rendre irréversible l’existence de cet État artificiel, dont l’armée et la religion sont les piliers.

L’armée est omniprésente dans la société israélienne, les généraux ont souvent servi de dirigeants politiques, l’État consacre 8,7 % du PIB aux dépenses militaires, ce qui le place en cela au 1er rang des pays capitalistes. Israël est surarmé, grâce à l’aide financière massive que l’impérialisme américain lui octroie : avec 3 milliards de dollars par an pour son gendarme dans la région, les États-Unis ont fait d’Israël l’État qui a reçu le plus de fonds depuis la 2e guerre mondiale. Il dispose d’un arsenal nucléaire dont l’impérialisme français a assuré la naissance, en 1956.

L’absence de séparation entre l’État et la religion pèse sur la vie sociale ; par exemple, toute une série d’unions sont illégales, les mariages interconfessionnels en particulier. Elle implique l’oppression, l’inégalité des droits de ceux qui n’ont pas les mêmes convictions. En matière d’aides sociales, de subventions publiques, de location de terre, un traitement préférentiel est accordé aux israélites.

L’État d’Israël est un des plus inégalitaires des pays capitalistes. Il vient juste après les États-Unis pour l’indice (de Gini) mesurant les écarts de revenus. La classe bourgeoise juive bénéficie de 80 % des intérêts et dividendes et de 50 % des rentes. Les privatisations ont été systématiques, depuis 20 ans, dans tous les secteurs : télécommunications, transports maritimes, autoroutes, pétrole, chimie… entrainant des licenciements massifs. Le taux de chômage s’élève à 7,7 %, les allocations ont été réduites ; le nombre de sociétés d’intérim a explosé. Les travailleurs les moins qualifiés endurent des conditions de travail pénibles et de bas salaires.

 

À bas les frontières, le colonialisme et la réaction religieuse ! Palestine démocratique, laïque et multiethnique ! Fédération socialiste du Moyen-Orient !

 

Les impérialismes dominants après la 1e guerre mondiale avait découpé le Moyen-Orient. Les vainqueurs du 2e conflit inter impérialistes ont complété le partage. Cette « solution des deux États » a largement démontré qu’elle était porteuse de guerre permanente, d’oppression et de misère. Tous ceux qui la soutiennent, en prétendant se tenir aux côtés des Palestiniens (PS, PCF, LCR, LO), défendent les intérêts bien compris d’Olmert et de Bush :

Le premier ministre israélien a expliqué au Jerusalem Post que la création d’un État palestinien est une nécessité, car l’alternative « d’un État pour deux peuples » va mettre fin à l’existence d’Israël en tant qu’État juif. C’est un danger qui ne doit pas être nié. Il existe, c’est même une réalité. (Le Monde, 3 janvier 2008)