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Enseignement public

 

Pour protéger les élèves et les personnels, il faut stopper l’offensive réactionnaire

 

Économies sur le dos de l’école

 

À la rentrée 2008, le gouvernement envisage de supprimer 11 200 postes d’enseignants des établissements scolaires, en particulier des collèges et lycées. Cette coupe sombre aggrave la situation déjà tendue à tous les degrés de l’enseignement public : inquiétude de milliers d’étudiants qui voient fondre le nombre de postes aux concours de recrutement, remplacements non assurés, augmentation du nombre d’élèves par classe, spécialement en maternelle, réduction des postes d’aides spécialisées aux élèves en difficulté scolaire, fermetures massives de sections de l’enseignement professionnel public tandis que fleurissent les centres patronaux de formation d’apprentis (CFA), sans parler des besoins criants de postes de surveillants, d’agents administratifs et ouvriers, d’infirmières… Contre cette dégradation de leurs conditions d’études —et non parce qu’ils sont la proie de leurs « fantasmes et de professeurs extrémistes » (Darcos) — par milliers, les lycéens manifestent, réclamant des postes d’enseignants, le respect de leur choix d’options, la réduction des effectifs d’élèves par classe.

Ces revendications légitimes s’opposent à la politique du gouvernement dont la « réforme générale des politiques publiques » entend ponctionner 80 000 postes à l’Éducation nationale, d’ici 2012, sur un total de 160 000 suppressions d’emplois publics. Mais la nécessité, maintes fois rappelée, de « faire des économies » n’a pas empêché Sarkozy et sa majorité parlementaire d’offrir 15 milliards d’euros aux riches (paquet fiscal), en juillet 2007, ni aujourd’hui de verser des heures supplémentaires pour des « stages de rattrapage » pendant les vacances, pour un montant équivalent à 700 temps pleins.

 

Attaques contre les statuts

 

La contradiction n’est évidemment qu’apparente, l’objectif du gouvernement est de réduire la part du budget de l’État qui finance les services rendus à la masse de la population, en commençant par le nombre de postes de fonctionnaires. C’est pourquoi écoles, hôpitaux, poste, transports subissent d’incessantes attaques. À ces suppressions pures et simples d’emplois, la classe bourgeoise et sa représentation politique veulent ajouter la liquidation des statuts des agents de la Fonction publique.

Au conseil des ministres du 9 avril, un « projet de loi sur la mobilité des fonctionnaires » a annoncé la couleur : primes au départ ; mutations et déplacements obligatoires dans d’autres administrations pour cause de restructuration, avec le licenciement baptisé « mise en disponibilité sans salaire » si le fonctionnaire refuse trois emplois proposés ; individualisation du salaire ; élargissement de la possibilité de cumuls de temps partiels ; recours, sans garantie pour eux de titularisation, aux intérimaires et contractuels, via les agences d’intérim.

Pour les nouveaux « fonctionnaires », un rapport (Desforges) commandité par le gouvernement prône le « choix » par l’administration des critères professionnels lui permettant de retenir les candidats qui correspondent le mieux à ses attentes. La polyvalence imposée, gage de souplesse de gestion pour tous les patrons, État compris, s’affiche dans la suppression du recrutement par corps et l’organisation de concours par niveau et filière. L’affectation sur des « bassins locaux d’emploi » complète le dispositif d’agent-pion déplaçable d’une administration à une autre, d’un lieu à un autre, d’un poste à un autre au gré des réorganisations, des fusions et des dégraissages.

Dans l’Éducation nationale, le rapport Pochard décline la même recherche de flexibilité pour l’employeur, contre le statut des enseignants : obligation d’enseigner deux matières (bivalence), annualisation des services avec augmentation du temps de travail dans l’établissement, affectation soumise au profilage des postes, à l’intervention accrue des chefs d’établissement, évaluation y compris pédagogique par les principaux et proviseurs, rémunération à la performance…

 

Programmes du primaire

 

Sommés de se laisser consulter entre le 25 mars et le 2 avril sur les nouveaux programmes pour le primaire, les enseignants ont massivement rejeté ce texte réactionnaire, au sens propre. Rédigés par des copains (anonymes) de Darcos dont on ne sait s’ils conjuguent et calculent aussi mal que lui, il rabaisse l’école maternelle et élémentaire à un lieu de répétition à l’identique de modèles prononcés ou rédigés par le maître. Aux apprentissages qui supposent essais, erreurs, interactions entre enfants et avec l’adulte, le texte ministériel substitue la récitation, la copie. Jamais il n’est question d’apprendre à s’organiser, à coopérer en vue d’une tâche comprise. L’individu doit se conformer et reproduire. En outre, les programmes avancent l’âge d’acquisition de certaines notions ou techniques complexes (correspondance lettres/sons, avant 6 ans, multiplication et division à 7 ans, par exemple), mettant ainsi en difficulté un plus grand nombre d’élèves. La nouvelle organisation du temps scolaire (24 heures hebdomadaires + 2 heures de soutien) et les nouveaux programmes préparent la fin du collège unique, la sortie précoce des non-conformes.

L’école de Darcos, Fillon, Sarkozy affiche une ambition d’adjudant-chef : À la fin de l’école maternelle, l’institution aura persuadé les élèves des « fondements moraux des règles de comportement, tels que le respect de la personne et des biens d’autrui » ; à coups d’adages bien choisis, outre le caractère moral de la propriété privée, les enfants devraient avoir assimilé « l’obligation de se conformer aux règles édictées par les adultes ». Nulle part il n’est question d’avoir des droits, d’apprendre à se faire respecter. À 7 ans, ils vouvoieront l’enseignant, se lèveront en reconnaissant la Marseillaise, honoreront le drapeau tricolore et le buste (sans rire) de Marianne.

Voilà le socle commun de connaissances cher à la loi Fillon, agrémenté d’« histoire des arts », version jeu télévisé ou bon goût chez les bourgeois : savoir différencier, à la fin du CM2, un cristal de Bohême d’un verre de Baccarat ou de Venise, un modèle de robe haute couture 1920 ou 1960 (non, tu ne gagnes pas le yacht).

Mobilisation

 

La publication du projet de programmes du primaire a indigné l’immense majorité des maîtres. 19 syndicats, associations de défense de l’école publique et mouvements pédagogiques ont signifié leur rejet et des milliers de signatures d’enseignants, de chercheurs, de formateurs ont été recueillies sur leur déclaration. En Loire atlantique, de manière spontanée, les écoles se sont réunies par secteurs géographiques. Le boycott de la consultation a été décidé, un rassemblement devant l’Inspection académique pour remettre les motions des écoles a été organisé : 500 professeurs des écoles et instituteurs étaient présents. Toutes les organisations syndicales départementales, sentant la température, se sont ralliées à cette initiative.

De même, à l’annonce des suppressions de postes, des fermetures de classe (consigne avait été donnée par le ministère d’attendre après les élections municipales), lycéens, parents, enseignants se sont mobilisés, autour des établissements directement touchés. En région parisienne, les lycéens ont pris la tête de cette résistance à la politique du gouvernement. Des manifestations, de plus en plus massives, ont porté leurs revendications (40 000 le 15 avril à Paris).

 

Pour battre Sarkozy-Darcos

 

La mobilisation contre la politique Sarkozy-Darcos, pour se transformer en un face à face qui oblige le gouvernement à céder, doit vaincre des obstacles qui pour l’heure l’affaiblissent. D’abord, isoler Darcos. Que les dirigeants des syndicats de l’enseignement public cessent immédiatement toute « concertation » avec ce battu des dernières municipales, ce faiseur des programmes de l’instruction primaire qui ne maîtrise pas les compétences du CM2 de son époque !

Ensuite, en finir avec les journées d’action de 24 heures, inefficaces, qui lassent les enseignants, les parents et ne menacent en rien le gouvernement. Depuis la rentrée scolaire, à cinq reprises, les enseignants ont débrayé, sans parler des « actions » par catégorie ou « décentralisées ». En mai, deux autres « temps forts » sont déjà programmés. Assez de parodie de grève ! Pour affronter le gouvernement et le battre, il faut la grève générale de l’enseignement public.

Que les dirigeants des syndicats appellent à la préparer, en organisant une conférence des délégués d’écoles, de lycées, de secteurs, dans les départements et au niveau national ! Que cette réunion prenne toutes les mesures d’organisation de la grève générale, qu’elle la coordonne : rétablissement de tous les postes supprimés, créations en fonction des besoins de l’école publique, retrait des nouveaux programmes du primaire !