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Confronté à la récession économique mondiale

 

Le gouvernement Sarkozy-Fillon approfondit sa politique anti-ouvrière

 

Durant les 300 premiers jours de son mandat présidentiel, Nicolas Sarkozy avait affiché son arrogance politique, son omniprésence médiatique et sa fastueuse vie personnelle. Depuis, il en a singulièrement rabattu. Du moins dans le style, car les besoins de la bourgeoisie française de renforcer l’exploitation de son prolétariat et de préserver son rang dans le monde sont d’autant plus pressants que l’économie capitaliste mondiale entre en récession.

 

Un an de mesures contre le prolétariat et la jeunesse

 

Le 6 mai 2007, Sarkozy était triomphalement devenu le 6e président de la 5e République bourgeoise avec 53,1 % des suffrages exprimés. Les élections législatives des 10 et 17 juin confortèrent le nouveau président, en lui donnant 344 députés sur 577 à l’Assemblée nationale : 323 de l’UMP (gaulliste) et 21 du Nouveau centre (démocrate-chrétien). Sarkozy a nommé un gouvernement qui comprend plusieurs membres issus du Parti socialiste.

Dans les mois qui sont suivi, ce gouvernement et sa majorité parlementaire ont reculé devant la fronde des étudiants en médecine, des chauffeurs de taxi et des buralistes. Par contre, ils ont mis les bouchées doubles pour appliquer le programme du candidat Sarkozy contre la classe ouvrière.

Comme promis, M. Sarkozy réalise une véritable rupture avec le passé en y entraînant les gens… Nous voulons que les Français travaillent plus, investissent plus et que l’État dépense moins. Bien sûr, c’est une tâche de grande ampleur. Mais nous avons entamé presque toutes les grandes réformes structurelles. (François Fillon, Financial Times, 25 janvier 2008)

Ce que le gouvernement appelle par antiphrase « les réformes » est une lutte de classe. Gouvernant pour les grands groupes capitalistes français, il a épargné la petite bourgeoisie de l’encadrement et des travailleurs indépendants pour élargir sa base sociale et il s’est acharné contre les travailleurs salariés, les chômeurs, les élèves et les étudiants issus de leurs rangs : cadeau fiscal de 15 milliards d’euros aux riches, restrictions au rapprochement familial des travailleurs étrangers et à l’accueil des réfugiés, atteinte au droit de grève dans les transports publics, fusion UNEDIC-ANPE,  « autonomie » des universités, liquidation de certains des régimes spéciaux de retraite, nouvelles franchises médicales, raccourcissement de la formation professionnelle, suppression de 8 830 postes dans les collèges et lycées au budget 2008, refonte des programmes de l’enseignement primaire, contrat de travail plus flexible, réorganisation de la police politique et des services secrets, diminution des allocations familiales, etc.

Quant au soutien populaire, dont se targuait Fillon, il s’effrite selon ses propres critères, ceux de la démocratie bourgeoise.

 

L’UMP perd les élections municipales

 

Les élections municipales des 9 et 16 mars ont infligé un camouflet au pouvoir exécutif et au principal parti bourgeois.

Le 16 mars, l’UMP, le parti de centre-droit de Nicolas Sarkozy a perdu le contrôle d’une brassée de villes et de villages, principalement au bénéfice des socialistes de l’opposition. Elle a perdu 9 des 21 grandes villes qu’elle dirigeait, dont Metz, Strasbourg et Toulouse, n’en conservant que 12. La gauche est à la tête des trois plus grandes villes, Paris, Lyon et Lille et de 25 des 37 premières. Bien que locales, ces élections ont représenté un revers sérieux pour M. Sarkozy. (The Economist, 22 mars 2008)

Les partis d’origine ouvrière avaient une fois de plus brouillé à cette occasion les frontières de classe, en composant des listes avec des patrons et toutes sortes de partis politiques bourgeois (MoDem, PRG, MDC, Verts…). La nouveauté est que les adjoints « trotskystes » du PCF, LCR et plus encore LO, ont rejoint dans nombre de villes les fronts populaires municipaux.

Le principal parti ouvrier bourgeois, le PS, était resté tout un temps déstabilisé par sa troisième défaite présidentielle consécutive et par le ralliement plus ou moins ouvert d’une partie de ses cadres au nouveau maître des postes et des prébendes. Les élections municipales l’ont revigoré, d’autant que son rival, le PCF, connaît un inexorable déclin :

Une étude menée par le refondateur communiste Roger Martelli, qui a décortiqué les scores des candidats dans les villes de plus de 3 500 habitants, démontre que le parti n'a pas réussi à interrompre la tendance à la baisse électorale amorcée en 1978. Le PCF dirigeait 190 villes en 2001 ; il ne lui en reste que 180. Le gain affiché de Dieppe (Seine-Maritime) et Vierzon (Cher) ne compense pas la perte de grosses villes comme Calais, Montreuil, Aubervilliers et le 8e secteur de Marseille. (Le Monde, 29 mars 2008)

Ni le PCF, ni le PS n’ont vu dans le revers électoral l’occasion de riposter contre les mesures de Sarkozy. Tranquillement, il a remanié le gouvernement au profit de ses partisans, a mis le Premier ministre plus en avant et a espacé ses apparitions publiques. Pour le reste, le gouvernement a affecté ne voir dans le résultat des municipales qu’un signe d’impatience, une aspiration à plus de « réformes ».

Même s’il est diffus et éparpillé, il se dégage de ces élections locales un message. À l’évidence, le fort taux d’abstention interpelle chacun d’entre nous. Après dix mois intensifs de réformes – qui nous ont permis de marquer des points importants, notamment sur l’emploi et la sécurité des Français – vous  attendez encore et beaucoup de nous, et c’est pourquoi vous êtes exigeants avec nous. Vous nous invitez à donner encore plus de force à notre politique de changement. (François Fillon, 19 mars 2008)

Certes, une partie de la grande bourgeoisie, des cadres et des petits patrons trouve insuffisante et trop lente l’action du gouvernement Sarkozy-Fillon pour augmenter leurs profits, pour démanteler la protection sociale et le droit du travail, pour traiter les prolétaires immigrés comme des esclaves ou du gibier. Cependant, les élections municipales ont aussi témoigné de la déception de secteurs désorientés de la classe ouvrière qui avaient cru aux promesses de l’ancien ministre de Balladur et de Chirac :

Je veux être le Président du pouvoir d'achat. Le problème de la France aujourd’hui, c’est que les salaires sont trop bas et que les prix sont trop élevés. (Nicolas Sarkozy, 16 février 2007)

De nombreux électeurs ont réalisé que Sarkozy serait plutôt le président de l’inflation :

Le chiffre, officiel, de 2,8 % - un record depuis 15 ans - est bien sûr exact. Mais il pèche par modestie : l’inflation est en réalité, et l’Insee n’en fait d’ailleurs pas un secret, de 3,2 % si on utilise les règles européennes, qui tiennent compte des dépenses de santé restant à la charge de chacun d’entre nous. Notamment, depuis le 1er janvier, la franchise. (Les Échos, 21 avril 2008)

Depuis un an, la hausse des prix est officiellement de + 3,6 %. Elle atteint particulièrement le pouvoir d’achat des travailleuses et des travailleurs, car elle est plus élevée pour le logement, le carburant et l’alimentation qui captent la majeure partie de leurs revenus.

 

Sarkozy, Fillon et l’UMP sont aiguillonnés par la récession internationale

 

La hausse des prix est européenne (+ 3,2 % dans la zone euro, malgré l’appréciation de l’euro sur les marchés des changes) et même mondiale :

Stagflation, le retour ? Comme au milieu des années 70, après les Trente Glorieuses, les grands pays industrialisés entrent dans un régime de croissance plus faible et d’inflation plus forte qu’au cours des quinze années passées. (L’Expansion, avril 2008)

Ces dernières années, le capitalisme français avait révélé sa vulnérabilité. La part de l’économie française dans les exportations mondiales diminuait (de 5,7 % en 1980 à 4,1 % en 2006), ses importations de biens et d’énergie croissaient plus vite que ses exportations :

Déficit commercial : près de 40 milliards ! Le niveau record atteint en 2006 a été une nouvelle fois battu en 2007 : les achats de la France à l'étranger ont dépassé ses ventes de 39 171 millions d'euros. (Le Figaro, 7 février 2008)

Sa croissance était plus réduite que celle de ses voisins :

L’INSEE a annoncé, en février 2008, une croissance modérée du PIB au titre de 2007 (1,9 %, soit 0,3 point de moins qu’en 2003)... Si l’écart de croissance avec ses partenaires européens, qui s’était creusé en 2006, a été en partie comblé depuis, la performance de la France n’en reste pas moins nettement inférieure à celle de l’Allemagne (+ 2,7 %) ou du Royaume-Uni (+ 3,1 %). (La France en 2007, La Documentation Française, 2008, p. 67)

En juillet 2007, le gouvernement Fillon expliquait que le « paquet fiscal » procurerait un «choc de confiance», lequel se transformerait en «choc de croissance»… Les rodomontades du président (« j’irai chercher la croissance avec les dents », « je veux 3 % de croissance »…) se heurtent de plus en plus aux difficultés de l’économie capitaliste mondiale, que les États bourgeois s’efforcent en vain de juguler.

En février, le FMI a abaissé sa prévision de croissance pour la France à 1,5 %. De son côté, la Commission européenne ne compte plus que sur un maigre 1,7 %... Plusieurs facteurs expliquent le freinage attendu de l’activité. La dégradation de l’environnement économique et financier international d’abord. (Enjeux, avril 2008)

Le gouvernement au service de la bourgeoisie française va d’une part manœuvrer entre ses différents complices et rivaux pour conserver une place à l’impérialisme français et d’autre part redoubler ses coups contre les travailleurs de ce pays (quelle que soit leur nationalité) pour lui assurer une base nationale et garantir la rentabilité de tous les groupes capitalistes (y compris étrangers) qui les exploitent.

Parmi les chantiers en cours, figurent de nouvelles bases militaires et l’envoi d’un renfort en Afghanistan, une révision réactionnaire des programmes de l’enseignement primaire, un énième aménagement de la constitution, la poursuite de la « révision générale des politiques publiques », la « réforme des hôpitaux », des sanctions supplémentaires contre les chômeurs, de nouvelles mesures contre les retraites et le dynamitage du statut des fonctionnaires.

 

Retouche de la 5e République gaulliste

 

Le Parti socialiste et le Parti communiste français acceptent de discuter avec « l’hyper-président » de son projet de toilettage de la 5e République gaulliste que François Mitterrand avait dénoncée à sa fondation comme « un coup d’État permanent » et que le PCF avait taxée… de « fasciste ». Ainsi, Marie-George Buffet et François Hollande ont rencontré Sarkozy sur ce thème en juillet 2007. Jack Lang, un des « éléphants » du PS et ancien ministre de Mitterrand, a accepté d’être vice-président du « Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la 5e République » désignée par Sarkozy.

Pour le PCF et le PS, c’est l’occasion de demander plus de sénateurs, au lieu d’exiger la suppression de cette instance spécialement antidémocratique qu’est le Sénat.

Rien sur le Sénat et le Conseil Constitutionnel, aux mains de l’UMP, qui ne seront pas démocratisés. (Groupe communiste et citoyen du Sénat, 9 avril 2008)

Or, d’autres institutions nécessitent des réformes. Il en va ainsi de l’introduction d’une dose de proportionnelle à l’Assemblée nationale, d’une réforme du collège électoral du Sénat afin de lui permettre de rendre enfin possible l’alternance, d’un renforcement du pluralisme audiovisuel afin de garantir l’équilibre entre majorité et opposition par la prise en compte du temps de parole du Président de la République. (François Hollande, 8 avril 2008)

Parce qu’ils se réclament de « la République », au point de voter Chirac en mai 2002, les partis petits bourgeois respectent toutes les institutions et prérogatives de la 5e République née d’un coup militaire : pas un mot pour la suppression du Conseil constitutionnel et du Sénat, pour l’abrogation de l’article 49.3 et la restriction des prérogatives du Président de la République, un exécutif responsable devant une seule assemblée, l’extension du droit de vote à tous ceux qui vivent dans le pays, le versement aux élus et ministres d’indemnités limitées au salaire d’un travailleur qualifié et la révocabilité des députés de l’assemblée unique…

 

De nouveaux coups en préparation contre les services publics, les chômeurs et les retraites

 

Le gouvernement, avec la complaisance du PS, veut abaisser le salaire différé : le remboursement des soins, les allocations chômage, les pensions de retraite, etc. En particulier, il veut abaisser le total des pensions, soit en versant moins si les travailleurs partent à 60 ans, soit en leur versant moins longtemps s’ils partent plus tard. Les parachutes dorés des anciens PDG ou les pensions à vie des anciens ministres ne sont pas visés. C’est pourtant au nom de la « justice » que le gouvernement Sarkozy-Fillon a aligné les travailleurs de la SNCF, de la RATP, d’EDF, de GDF (mais pas les policiers et les militaires) sur les 40 annuités au lieu de 37,5, ce que les gouvernements précédents avaient imposé aux travailleurs des entreprises privées, puis à ceux de l’État, des hôpitaux et des collectivités locales. Il n’est pas possible d’employer l’argument pour allonger la durée de cotisation de tous à 41 ans. Le ministre du travail prétend donc s’inquiéter pour les… travailleurs retraités :

Nous devons faire en sorte que dès 2008 le pouvoir d'achat de l'ensemble des retraités soit garanti… Vous avez trois leviers sur les retraites, soit vous acceptez de toucher moins de pension de retraite, et personne n'en veut. Soit vous acceptez de cotiser plus et ça ne fait pas de bien au pouvoir d'achat. Soit, si on vit plus longtemps, il faut accepter de cotiser un peu plus longtemps. C'était la logique de 2003, et c'est la logique de tous les pays européens. (Xavier Bertrand, 26 mars 2008)

Pour les détenteurs de yachts et de jets privés, les travailleurs vivent trop longtemps ; et il y a pire, ceux qui sont carrément paresseux :

La ministre et son secrétaire d'État entament ce jeudi une série de consultations avec les leaders des organisations syndicales et patronales représentatives sur la réforme de l'assurance chômage, notamment sur des sanctions renforcées pour les chômeurs. (Les Échos, 22 avril 2008)

Les emplois à temps partiel, les radiations de chômeurs et la diminution des allocations chômage ont dégagé un excédent du régime de l’assurance chômage sur lequel le gouvernement veut faire main basse. Les nouvelles sanctions envers les chômeurs permettront d’une part de rayer davantage de chômeurs et d’autre part de faire pression sur les salaires et les conditions de travail de tous les salariés.

Sarkozy a annoncé une nouvelle « réforme » des hôpitaux le 17 avril, basée sur le « rapport Larcher ».

La commission de concertation sur les missions de l'hôpital propose 16 mesures, dont le regroupement d'hôpitaux publics en « communautés hospitalières de territoire », un statut plus rémunérateur pour les médecins hospitaliers et une plus grande porosité entre secteur public et privé… « Un hôpital efficace est un hôpital qui coûte moins cher », a souligné Gérard Larcher. (L’Express, 10 avril 2008)

Le gouvernement a entrepris de réduire systématiquement les dépenses publiques qui servent les prolétaires :

Logement, santé, emploi et formation : toutes les dépenses d’intervention seront rognées. Six à sept milliards d’euros. Tel est le montant des économies qu’attend le gouvernement Fillon de la mise en œuvre du nouveau train de mesures. (Le Monde, 3 avril 2008)

Ces coupes budgétaires et l’intensification du travail des fonctionnaires permettront de diminuer l’effectif des travailleurs salariés de l’État :

Dans le budget 2008, un fonctionnaire sur trois partant à la retraite n'a pas été remplacé. Dans le budget 2009 la règle sera de un sur deux. (François Fillon, Le Figaro Magazine, 16 février 2008)

Pour autant, le « libéralisme » s’arrête là où commence l’intérêt du capitalisme français :

Je dis oui au marché et oui à une politique intelligente au profit de secteurs stratégiques. (Nicolas Sarkozy, Discours devant le Parlement britannique, 26 mars 2008)

Tous les grands pays libéraux autour de nous ont une politique d'intervention massive de l'État. Quand le président des États-Unis met 150 milliards de dollars dans l'économie, ce n'est pas du libéralisme. Quand il mène une politique extrêmement offensive pour soutenir Boeing à travers des contrats militaires considérables, c'est bien une politique industrielle. La France a le droit d'utiliser les mêmes instruments que ses voisins. (François Fillon, Le Figaro Magazine, 16 février 2008)

Vu les enjeux, ce ne sont pas des sondages, des élections municipales ni des motions de censure qui vont empêcher le gouvernement de la bourgeoisie de nuire.

 

Confronté à la ténacité de la jeunesse et du prolétariat, le pouvoir mise plus que jamais sur les directions syndicales

 

Malgré le contexte défavorable de l’élection de Sarkozy et du succès de toutes ses premières attaques, la classe ouvrière et la jeunesse résistent. Certains salariés tentent de sauver leur emploi (ArcelorMittal, Le Monde, Imprimerie nationale…). D’autres, face à l’augmentation des prix, essaient d’obtenir des augmentations de salaire (L’Oréal, Axa, Renault, Carrefour, Valeo, Pasquier, Coca-Cola, La Redoute…). Enfin, des salariés de la restauration, mais aussi du nettoyage et du bâtiment, luttent pour obtenir le droit de séjour :

Selon un communiqué de la CGT Île-de-France, ils sont désormais 327 travailleurs « sans papiers » en grève et à occuper leur entreprise. Le 15 avril, à l’appel de la CGT et Droits devant !, 300 travailleurs sans-papiers de la région parisienne ont engagé un mouvement de grève pour exiger leur régularisation. Ce mouvement fait suite à ceux des salariés du restaurant de la « Grande Armée », des salariés de Buffalo Grill, de Modelux et de Fabio Lucci, ces derniers en grève depuis le 27 mars. (L’Humanité, 18 avril 2008)

La lutte des travailleurs salariés « sans papiers » montre que les lois contre l’immigration, six depuis 2003, n’ont pas pour but, contrairement à ce que prétendent tous les crétins réformistes du PS à LO, de « gagner des voix » (comme si la majorité de la population était naturellement raciste !), ni de contrôler les flux, comme le prétendent Sarkozy et son « ministre de l’identité nationale ». Elles visent à diviser et à affaiblir la classe ouvrière, dont une partie est plongée de facto dans l’illégalité ; à créer un exutoire xénophobe et raciste pour le chômage, la misère et la délinquance ; à justifier l’hypertrophie d’un appareil policier qui sert contre les grèves des travailleurs et les manifestations des sans domicile fixe ou de la jeunesse scolarisée.

Le ministre de l’immigration Hortefeux répond le 24 avril : « Il ne peut y avoir qu’un examen au cas par cas ». Le truqueur Sarkozy confond « naturalisation » et « titre de séjour » le même jour lors d’un entretien télévisé : « On ne devient pas français parce qu’on a un travail dans la cuisine d’un restaurant aussi sympathique soit-il ». Pour devenir français, il vaut mieux être publicitaire d’origine hongroise que cuisinier d’origine malienne.

Les bourgeois veulent du personnel domestique corvéable et des « restaurants sympathiques » à Neuilly ou aux Champs-Elysées, mais pas que ceux qui nettoient leurs toilettes ou préparent leurs repas soient « français », ni même des étrangers qui ne baissent pas la tête devant le moindre uniforme. L’ignominie du gouvernement Sarkozy-Fillon-Hortefeux va jusqu’à transformer les guichets des préfectures (où les immigrés doivent faire leurs demandes) en traquenards pour les arrêter et les expulser.

C’est aux organisations ouvrières, partis et syndicats, d’exiger la régularisation de tous les travailleurs salariés étrangers. Il s’agit d’un combat de classe, pas d’une charité à confier aux associations contrôlées par les Églises. L’efficacité même de la lutte en dépend, comme on le voit aujourd’hui en région parisienne, où le fait que la CGT a sorti ses drapeaux a donné confiance à des centaines de prolétaires et obligé les préfectures à recueillir les dossiers de régularisation.

Malgré les interventions policières, les lycéens manifestent depuis plusieurs semaines contre les suppressions de postes de professeurs, de conseillers d’éducation… Les professeurs des écoles renâclent devant les nouveaux programmes que les obscurantistes qui défendent la primauté des prêtres sur les instituteurs veulent leur imposer. Les travailleurs des hôpitaux cherchent la voie pour améliorer leur sort et celui des patients.

Jusqu’à présent, la politique du gouvernement s’est appliquée. Le PS et le PCF jouent le jeu de l’opposition parlementaire. À l’exception du « paquet fiscal », ils trouvent légitime qu’il y ait des « réformes » pour ce qu’ils appellent, comme Sarkozy et l’UMP, « la France », c’est-à-dire l’impérialisme français. Ils discutent tout au plus de leurs modalités. La complicité des directions des syndicats, qui leur sont plus ou moins liées, n’a pas non plus jusqu’à présent fait défaut au gouvernement :

La méthode utilisée, à savoir la priorité donnée à la négociation paritaire, avec moult hommages adressés aux syndicats… a permis d’avancer sur plusieurs chantiers dans lesquels nombre de gouvernements précédents s’étaient embourbés : régimes spéciaux, modernisation du marché du travail, représentativité syndicale… (Le Monde, 22 avril 2008)

Quand, malgré les consultations et les négociations préalables, les travailleurs et les jeunes tentent de se défendre, d’obtenir le retrait des plans réactionnaires, de battre le gouvernement, les organisations qui parlent en leur nom multiplient les « journées d’action » et les « grèves reconductibles » entreprise par entreprise, site par site, tout en proposant au gouvernement d’aménager les mesures. Ainsi, la grève générale de l’énergie et des transports publics a été étouffée par l’acceptation, par les directions de tous les syndicats, en particulier de la CGT, de négocier les modalités de la suppression des régimes spéciaux.

De cette collaboration de classe, Sarkozy tire sa force ; il veut donc la renforcer :

Cette méthode, j’entends la poursuivre dans tous les domaines inscrits à notre agenda social 2008 : négociation pour la réforme de l’assurance-chômage, négociation également pour la formation professionnelle, concertations approfondies menées par les ministres concernés sur les retraites, la dépendance ou l’amélioration du système de soins. (Nicolas Sarkozy, « Pour des syndicats forts », Le Monde, 19 avril 2008)

La seule limite à l’exploitation, à l’avidité des patrons, c’est la lutte collective.

 

Pour l’unité des travailleurs français et immigrés, pour l’unité de la classe ouvrière et de la jeunesse contre le patronat et son gouvernement

 

Pour arracher des augmentations de salaires et de pensions et l’indexation des salaires sur les prix, pour arrêter les expulsions des sans-papiers et obtenir les mêmes droits pour tous les travailleurs, pour empêcher le passage aux 41 annuités et revenir aux 37,5 annuités pour tous, pour bloquer les suppressions de postes d’enseignants et acquérir les moyens de s’instruire et de se qualifier, pour arrêter l’étranglement et la privatisation des hôpitaux et conquérir la gratuité des soins, pour en finir avec les stages non payés, les emplois précaires et le chômage, la classe ouvrière et la jeunesse doivent exiger que les organisations syndicales cessent de préparer les mauvais coups contre les travailleurs et de les appliquer, qu’elles rompent avec le patronat et le gouvernement, qu’elles préparent la grève générale et élaborent un plan d’urgence pour faire face à l’aggravation des conditions d’existence du plus grand nombre.

Pour surmonter la collaboration de classe des partis réformistes et des bureaucraties syndicales, les travailleuses, les travailleurs, les jeunes doivent prendre en main leur propre sort : assemblées générales qui décident, élection d’organes de lutte par les AG, centralisation des organes de lutte élus, autodéfense. De ces combats contre le gouvernement réactionnaire et la classe exploiteuse qui en tire les ficelles, émergeront les conditions de la défaite du gouvernement Sarkozy-Fillon, de son renversement, de la liquidation de la 5e République. Pour le pouvoir des travailleurs, l’expropriation des groupes capitalistes, les États-Unis socialistes d’Europe et la Fédération socialiste de la Méditerranée !

Celles et ceux qui ont compris la nécessité du front de classe contre le capital, de l’auto-organisation pour submerger les bureaucraties traîtres, de la révolution socialiste, doivent s’unir au plus tôt pour construire un nouveau parti, marxiste, révolutionnaire et internationaliste. Le temps presse et l’adversaire n’en a que trop profité.

25 avril 2008