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Le meeting de lancement du nouveau « parti anticapitaliste »

Pour Besancenot, un autre capitalisme est possible

 

 

La Ligue communiste révolutionnaire a convoqué son meeting de rentrée, le 22 novembre à Paris. La Mutualité n’était pas comble. En particulier, il y avait peu d’étudiants et de lycéens, alors que le mouvement de la jeunesse était à son point culminant.

 

Une tribune pour protéger les directions syndicales

 

Le meeting se tenait le jour même où les chefs confédéraux avaient refusé de se prononcer sur les grèves à la SNCF et à la RATP. En fait, dès la veille de la grève, le 13 novembre, elle avait été torpillée par Thibault, le secrétaire de la CGT, qui « réclamait » ce que le ministre Bertrand avait toujours fixé : discuter du passage à 40 annuités de cotisation au lieu de 37,5 entreprise par entreprise.

L’attitude des dirigeants syndicaux a entraîné l’indignation de nombreux cheminots qui n’ont pas la prétention d’être marxistes. Les dirigeants de la LCR ne sont pas indignés, c’est un euphémisme. Natacha, la responsable LCR de la SNCF qui siégeait à la tribune du meeting, a camouflé cette trahison :

Nous avons pas gagné le retrait du projet, mais nous avons marqué des points. Nous ne sommes pas défaits, bien au contraire.

Quelle est cette victoire partielle ? Apparemment, dans la magie du verbe :

Nous lui avons cloué le bec, Sarkozy n’a pas parlé pendant 8 jours. Nous avons semé des graines d’espoir.

La seule critique du responsable LCR de l’EDF à la tribune envers les bureaucraties syndicales a été :

Ils ont refusé de créer les conditions de la reconduction de la grève.

Pourtant, les grévistes ont reconduit 8 jours la grève, alors que les chefs de la CGT, de la CFDT, de SUD, de FO, qui leur enjoignaient de reconduire site par site, voire catégorie par catégorie, refusaient d’appeler à la grève générale, discutaient du plan Sarkozy-Bertrand, acceptaient la liquidation des régimes spéciaux.

Les négociations viennent de s’ouvrir, pour engranger le maximum d’acquis. Les cheminots doivent maintenir la pression ! (Rouge, 22 novembre 2007)

À la suite des chefs de la CGT, Besancenot a prétendu que l’essentiel était de « gagner la bataille de l’opinion ». Pour la principale vedette du meeting, si les grévistes n’ont pas gagné, Sarkozy non plus.

L’honneur de Le Reste et de Thibault est donc sauf. Pour Besancenot, comme pour eux, « la lutte » sert désormais à gagner… « l’ouverture des négociations » des plans du gouvernement. Une semaine plus tard, la LCR persiste et signe :

Les cheminots n’ont pas dit leur dernier mot, et ils sortent renforcés de ces dix derniers jours : les négociations à venir se feront sous pression. (Rouge, 29 novembre 2007)

Besancenot, Krivine, Bensaïd, Sabado et compagnie camouflent la liquidation de la LCR derrière le photogénique Guevara. En fait, le vrai visage qu’ils devraient afficher, pour être honnêtes, ce serait plutôt la trogne de Thibault. Mais comme on n’est pas prêt de voir un jeune avec…

 

Une nouvelle étiquette
pour le vieux réformisme frelaté

 

Après 1968, les liquidateurs de la 4e Internationale, les révisionnistes du trotskysme, les flancs-gardes du PCF, tenaient à se faire passer pour des révolutionnaires.

Mais les temps ont changé. Une partie des cadres de la LCR a depuis longtemps rejoint le PS (Weber, Dray, Filoche, Alliès, Assouline…). Les altermondialistes et les antilibéraux qui y restent trouvent, eux aussi, les habits communistes révolutionnaires qu’ils avaient endossés un peu trop voyants et, pour tout dire, franchement démodés. Besancenot a dit au meeting qu’il fallait cesser de « regarder dans les rétroviseurs du passé ».

« Ce n’est pas la révolution », a claironné Besancenot aux micros, lors des manifestations de novembre. Lors du meeting, il a défendu patrons pêcheurs, futurs médecins, avocats et magistrats au même titre que cheminots, étudiants. Il faut croire que les classes n’existent plus, dans la « nouvelle période » où l’altermondialisme et l’antilibéralisme ont remplacé le socialisme et la révolution. Au meeting, Besancenot a prétendu, comme tant d’autres avant lui pour rejeter le marxisme :

Une nouvelle période nécessite un nouveau parti.

Sans attendre le congrès de la LCR, Besancenot annonce sa liquidation prochaine au profit d’un « parti large ». Ce parti regrouperait pêle-mêle « trotskystes, guévaristes, libertaires, syndicalistes et féministes », avec un autre nom, un autre journal, la fin de toute formation préalable et aussi des réunions contraignantes. Un parti social-démocrate, en fait, ce qui a déjà été essayé —sans grand succès— par Lambert, Cambadélis, Hébert et Gluckstein sous le nom de « Mouvement pour un parti des travailleurs », rebaptisé plus tard « Parti des travailleurs » tout court.

Pas étonnant que Besancenot lui donne pour objectif de « répartir autrement les richesses » : au parti sans contrainte correspond un programme d’aménagement de l’ordre existant.

Pour le porte-parole de la LCR, il n’est pas question de remettre en cause la production capitaliste, les rapports d’exploitation, mais uniquement la répartition, les revenus, ce qu’il appelle « révolutionner la société ». Besancenot avance de fait des solutions capitalistes : il serait possible de maintenir le niveau des pensions, de financer les retraites, sans remettre en cause le capitalisme, sans renverser la bourgeoisie, en conservant l’armée et la police bourgeoises (« il suffit », « c’est tout simple »).

Comme Besancenot est populaire dans les sondages, comme le PS est pour l’instant paralysé, comme le PCF s’effondre, comme LO est électoralement sur la touche, la direction de la LCR croit le moment venu de lancer un nouveau parti large, un parti réformiste.

Il y a une partie de la gauche qui est nulle part, qui apparaît jamais dans les mouvements.

En réalité, « la gauche » du capital est partout dans les mouvements, sous la forme des cadres syndicaux du PCF, du PS, de la LCR, de LO et du PT, qui se coalisent contre la grève générale, qui rivalisent dans la négociation des plans du Medef et du gouvernement.

Et la LCR elle-même n’a pas fini de manœuvrer, comme LO, aux élections municipales, avec les partis réformistes et même leurs alliés bourgeois (PRG, MRC et autres Verts). Krivine dénonçait en 1969 « la farce électorale » ; Besancenot a dit au meeting :

La constitution de listes municipales participera de la démarche pour le nouveau parti.

Si Krivine et Besancenot, regardaient « dans les rétroviseurs du passé », ils y verraient non Guevara, mais les précurseurs du « parti large » :

Les possibilistes affirment lors de leur congrès de Paris, tenu en 1883, vouloir être un « large parti de classe » contenant « sans distinction d’école tous les travailleurs en lutte ». (Pierre Bezbakh, Histoire et figures du socialisme français, 1994)

Les possibilistes défendaient aussi un programme minimum, rendu « possible » par le biais du syndicalisme et des conseils municipaux ou du parlement.

Au congrès du Havre de 1880, Jules Guesde avait fait adopter contre les mutuellistes et les anarchistes un programme en partie rédigé par Marx. Mais ce programme apparaît à beaucoup comme un impossible carcan. Tout un courant, autour de Jean Allemane, de Paul Brousse, de Jean-Baptiste Clément et de Benoît Malon se bat pour abandonner le programme unique et lui substituer des programmes élaborés dans chaque circonscription électorale. Brousse lance : « On ne concilie pas le parti ouvrier avec le fanatisme marxiste ». (Jacques Kergoat, Le Parti socialiste, de la Commune à nos jours, 1983)

De même que la LCR a voté Chirac en 2002 en prétextant de Le Pen, les possibilistes s’allièrent aux Républicains en 1889 face au général Boulanger. Il n’y a pas grand-chose à ajouter à ce que disaient les communistes de ces ancêtres du réformisme :

L’enseigne anarchiste a été changée pour la possibiliste : vente du principe à la bourgeoisie contre des concessions dans le détail, et surtout contre des postes bien payés pour les chefs : conseillers municipaux, Bourses du travail, etc. (Friedrich Engels, Lettre à Sorge, 1889)

6 décembre 2007