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Offensive généralisée du Capital contre le Travail

Le gouvernement Sarkozy-Fillon et le MEDEF engrangent les résultats des trahisons des organisations ouvrières

 

Huit mois de pouvoir

 

Les coups portés, depuis mai 2007, aux salariés, aux chômeurs, aux étudiants montrent que le gouvernement Sarkozy-Fillon assure parfaitement sa fonction de force de frappe du MEDEF. Il a arrosé les patrons de milliards de subventions directes ou sous forme d’allègements de « charges » (plus de 65 milliards d’euros cette année). Il veut liquider toute référence à une durée légale du travail et par conséquent à la rétribution intégrale des heures supplémentaires, au repos dominical, aux garanties liées au contrat de travail à durée indéterminée. Il a enterré le Code du travail sous un monceau de dispositions visant à permettre aux patrons de contourner légalement les contraintes qui subsisteraient.

L’application des franchises médicales, l’augmentation du prix des médicaments et la multiplication des non-remboursements ajoutent encore des obstacles à l’accès de tous aux soins. Le droit aux études est lui aussi bafoué, avec des universités bien dotées et des laissées pour compte, le socle minimum de connaissances, la réduction des horaires, l’apprentissage comme remède à l’échec scolaire.

Juché sur les décombres des retraites des cheminots, des agents de la RATP, des gaziers et électriciens, le gouvernement s’apprête à lancer une nouvelle charge pour reculer d’une année le départ de tous les salariés avec une retraite complète. Il entend limiter le droit de grève, en commençant par l’instauration d’un service minimum dans les transports publics et dans les écoles. Son budget 2008 organise la pénurie dans les services publics où les suppressions de postes se comptent en dizaines de milliers (11 700 rien qu’à l’Education nationale).

Le « Président du pouvoir d’achat » n’a augmenté le SMIC que du minimum légal. Pour avoir plus, il conseille de travailler le dimanche… L’Etat employeur décide de ne même pas compenser l’inflation sur la fiche de paye des fonctionnaires. Pétrole, gaz, loyer, alimentation, les hausses de prix rendent les fins de mois difficiles pour ceux qui n’ont pas Bolloré ou Dassault pour amis. La chasse aux pauvres bat son plein : les chômeurs seraient des profiteurs qui refusent des emplois servis sur un plateau par l’ANPE, les allocataires du RMI assureraient la fortune des agences de voyage, les travailleurs immigrés accumuleraient des fortunes grâce au travail au noir.

Le qualificatif de réactionnaire est décidément le plus juste : la visite au pape, l’apologie de la religion ajoutent encore au tableau.

 

De sombres perspectives
pour les travailleurs

 

Sur fond de récession économique menaçante, Fillon puis Sarkozy ont déclaré que « les caisses sont vides ». C’est leur façon d’avertir que le programme de l’UMP sera appliqué, que d’autres attaques vont pleuvoir pour épauler le capitalisme français face à ses concurrents. Les 316 mesures du rapport remis par Attali donnent une caution d’experts à la politique que le gouvernement a d’ores et déjà mise en œuvre : en avant pour les réductions massives des dépenses publiques (hormis celles liées à la défense de l'Etat bourgeois), en avant pour la suppression du Droit du travail et son remplacement par des accords patronat - syndicats, en avant pour les quotas d’immigrés dans les secteurs qui peinent à recruter et chez les jeunes chercheurs, en avant pour élargir la loi Pécresse (universités d’excellence à financement privé), en avant pour la suppression de la carte scolaire. Mais la commission présidée par l’ancien conseilleur de Mitterrand et le toujours conseilleur de grands groupes capitalistes sert également à annoncer la vague suivante : TVA sociale, plus de limite de durée pour le temps de travail, plus d’âge légal de départ en retraite, mobilité et flexibilité accrues de la main d’œuvre, casse des statuts, mise à mort de la Sécurité sociale (fiscalisation et assurance privée), privatisations, déréglementation tout azimut pour « libérer l’entreprise »…

Ces recettes à la Thatcher-Blair-Barre n’ont rien de neuf. Elles visent à réduire la valeur de la force de travail, à augmenter le taux de profit. La survie du capitalisme est à ce prix, que paie la classe ouvrière partout dans le monde.

 

Pour le socialisme

 

Pour les patrons et le gouvernement qui les sert, les salaires directs ou indirects (santé, retraite, chômage) constituent des « charges » toujours trop lourdes pour les entreprises. Qu’ils soient, au contraire, le plus haut possible, tel est l’intérêt de l’immense classe des salariés. Et c’est légitime, car elle produit toutes les richesses. Du côté du MEDEF, les licenciements faciles sont autant de moyens de bien gérer ses affaires. Pour les travailleurs, c’est l’angoisse de n’avoir plus de quoi vivre. La mort des contrats de travail à durée indéterminée, des conventions collectives, des statuts, signifie « souplesse » chez les patrons et « précarité » chez les ouvriers.

Quand Sarkozy, Parisot, Attali et autres parlent de « modernisation », c’est régression qu’il faut comprendre. Toutes les garanties arrachées par les résistances de générations de travailleurs avant nous sont remises en cause et il en sera ainsi tant que les capitalistes et leur personnel politique garderont le pouvoir. La possession privée des moyens de produire, de transporter, de distribuer, engendre la guerre contre la force de travail. Elle déchaîne la concurrence entre les patrons pour s’arroger la meilleure part du profit, entre les Etats protecteurs de « leur » capitalisme national. Elle est à la racine de la misère, du sous-développement et des guerres.

Ouvrir un avenir pour les milliards d’humains exige de réaliser la collectivisation des grands moyens de production et d’échange, c'est-à-dire de mettre en commun la masse de richesses que le travail manuel et intellectuel du prolétariat, de la jeunesse du monde a accumulée. C’est le seul moyen d’être en capacité de produire pour satisfaire les immenses besoins de l’humanité et non plus en fonction du profit que cela rapporte aux possesseurs des capitaux. De l’expropriation des grands groupes capitalistes dépend la possibilité de planifier à l’échelle de la planète, de donner à chacun selon ses besoins.

Pour passer à ce stade supérieur de l’histoire, il faut vaincre la classe exploiteuse, la bourgeoisie. Une révolution est nécessaire, que la classe des exploités et des opprimés qui y a un intérêt vital, a la puissance sociale de réaliser. Ce qui l’entrave, c’est l’absence d’Internationale ouvrière révolutionnaire, capable d’organiser sa défense contre les attaques incessantes de la bourgeoisie, capable de rassembler cette gigantesque force collective, capable d’inscrire dans sa conscience l’objectif de la lutte : le socialisme.

Tandis que l’Internationale ouvrière révolutionnaire n’a pas été construite, les vieilles directions du mouvement ouvrier, les partis dits socialistes ou communistes et les appareils syndicaux qui leur sont liés, poursuivent leur dégénérescence et accumulent les trahisons ; elles constituent le principal obstacle à la révolution, à la transformation radicale du monde.

 

Le « dialogue social »

 

De plus en plus, les partis et syndicats qui disent représenter les intérêts des ouvriers et parler en leur nom s’associent aux attaques que la classe bourgeoise décide. Ils se comportent comme des « partenaires » des patrons et du gouvernement. Depuis l’élection de Sarkozy, les coups pleuvent parce que le « dialogue social » bat son plein. Loin de lui laisser l’entière responsabilité de sa politique, les dirigeants des syndicats mettent la main à la pâte et participent à toutes les tables rondes et autres « négociations » qui discutent des « réformes » UMP - MEDEF. Ce faisant, ils cautionnent les plans réactionnaires au lieu de les dénoncer pour ce qu’ils sont ; ils en acceptent le principe et demandent à amender les projets : voilà comment ils protègent le gouvernement, en indiquant au prolétariat, à la jeunesse, qu’aucune lutte d’envergure ne sera organisée pour le vaincre, que ses mesures passeront.

La « négociation » sur la « modernisation du marché du travail » qui s’est tenue du 7 septembre 2007 au 10 janvier 2008 illustre ces capitulations syndicales qui coûtent cher aux salariés. La CGT, FO ont accepté d’y siéger (avec la CFDT, la CFTC, la CGC, qui sont depuis leur naissance des organes de collaboration de classe) et à aucun moment ils n’ont rompu leur participation, chaque vendredi, pendant quatre mois. Pourtant, ni le gouvernement Sarkozy-Fillon, ni le MEDEF n’en avaient caché les enjeux : faciliter les licenciements, toucher encore au contrat de travail à durée indéterminée, réduire une fois de plus les droits des chômeurs.

Le rôle de syndicats défendant authentiquement les travailleurs était de boycotter ces séances, de dénoncer les prétentions patronales, d’appeler les travailleurs, les chômeurs, les jeunes, à manifester pour enterrer les plans Sarkozy-Parisot. Les représentants de Thibault et de Mailly ont choisi de collaborer et se félicitent de leur participation conjointe, ils annoncent même qu’ils sont prêts à remettre le couvert :

La CGT salue l’importance du travail réalisé entre les organisations syndicales. Quel que soit le positionnement final des unes et des autres quant à la signature de l’accord, la CGT mettra tout en œuvre pour que cette élaboration convergente porte ses fruits dans les rendez-vous futurs.(Déclaration de la délégation CGT, 11 janvier 2008)

Nous n’entendons pas laisser à d’autres (gouvernement et Parlement), avec tous les risques que cela comporte, le soin de décider à notre place du contrat de travail, de la formation professionnelle ou des garanties nouvelles pour les salariés. (FO Hebdo, 23 janvier 2008)

Au bout du compte, les travailleurs salariés, ouvriers, jeunes, ingénieurs, chômeurs, viennent d’essuyer une nouvelle défaite sans combat, grâce à « l’important travail réalisé [par] les organisations syndicales » qui n’ont pas « laissé à d’autres » le sale boulot, qu’elles aient finalement signé ou pas (ce qui n’a que peu d’importance, comme dit la CGT ! ).

 

Le contenu de l’accord

 

La « rupture conventionnelle de contrat » est le nom donné à la séparation à l’amiable que réclamait le MEDEF et qu’il obtient. Le patronat gagne de nouvelles facilités de licencier sans se retrouver devant les conseils prud’homaux (dont Dati a réduit le nombre…). Le contrat de travail est lui aussi mis à mal : doublement de la période d’essai pour les ouvriers (2 mois), 3 mois pour les techniciens, 4 pour les cadres. Un renouvellement de cette période peut même être autorisé par un accord de branche. Un « contrat de mission » qui peut durer 3 ans est créé pour les ingénieurs et cadres. Il permet aux patrons d’avoir des salariés très qualifiés, qu’ils n’engagent plus en CDI et qu’ils peuvent jeter quand le projet dont ils sont chargés a abouti. Faut-il préciser que le contrat de mission tirera les salaires vers le bas ? Il touchera évidemment essentiellement les jeunes diplômés entrant sur le marché du travail.

La CFDT et FO dans son sillage ont vanté les soi-disant contreparties à ces réductions des droits des salariés. Un journal patronal livre une version plus réaliste :

Si les assouplissements aux contrats de travail sont incontestables, les contreparties en termes de sécurisation des salariés sont plutôt abstraites. Sur plusieurs points, les syndicats ont accepté de reporter à une date ultérieure leur traduction concrète, la plupart impliquant un coût supplémentaire pour les entreprises. L’accord comprend ainsi plusieurs clauses qui renvoient à la tenue de prochaines discussions, sur l’assurance-chômage, la transférabilité des droits, la formation des salariés à temps partiel, l’accès au logement des jeunes… À titre d’exemple, les partenaires sociaux ont acté la mise en place d’une prime forfaitaire pour les chômeurs de moins de vingt-cinq ans n’ayant pas suffisamment cotisé à l’assurance-chômage et qui ne disposent, à ce titre, d’aucune allocation. Mais les conditions d’accès, le montant de cette prime et la manière dont elle se retranchera aux droits à l’assurance-chômage [en clair, ils devront la rembourser ! NDLR] ne seront pas définis avant cet été, lors du renouvellement de la Convention UNEDIC, pour une application en 2009. (Les Echos, 14 janvier 2008)

Ah ! la « flexisécurité à la française » ! Elle prévoit aussi qu’un chômeur conservera sa complémentaire santé et prévoyance, pendant le tiers de sa période d’indemnisation au chômage, à condition de financer le dispositif dans les mêmes proportions que lorsqu’il était salarié ! Dans la même veine, la merveilleuse garantie de conserver son droit à la formation est soumise, si le travailleur au chômage retrouve du travail, au bon vouloir du nouvel employeur. En outre, le patronat est clairement autorisé à intervenir dans les écoles.

La participation des dirigeants des syndicats à ces régressions sociales qui toucheront des centaines de milliers de travailleurs témoigne du degré de corruption atteint. La signature de FO au bas de cet accord doit être dénoncée comme un mauvais coup porté à la classe ouvrière et la responsabilité des militants dans cette confédération est d’exiger qu’elle soit retirée.

 

Collaboration et trahison

 

Depuis huit mois, du service minimum dans les transports à la loi de privatisation des universités, de la « rénovation du métier d’enseignant » aux États généraux de la santé, les bureaucrates syndicaux acceptent la « concertation » avec le gouvernement. Loin d’empêcher les coups, cette collaboration laisse les mains libres à Sarkozy. Et ce ne sont pas les journées d’action impuissantes que les sommets syndicaux décrètent à intervalle régulier qui risquent de bloquer les attaques.

Non seulement les directions syndicales n’organisent pas la riposte nécessaire contre la politique réactionnaire qui frappe le prolétariat, mais elles organisent même la défaite des travailleurs qui engagent le combat.

Ainsi, en novembre, pas question pour les travailleurs de la RATP, d’EDF, de GDF, ni de la SNCF, de se laisser dépouiller de leurs régimes de retraite sans se battre, en utilisant la force que représente leur capacité à bloquer le pays. Les dirigeants de la CGT, syndicat majoritaire dans ces secteurs, avec ceux de FO, SUD, CFDT, UNSA n’ont pas soutenu cette aspiration à la grève générale pour défendre les retraites. Ils ont au contraire lancé un mot d’ordre de « grèves reconductibles à compter du 14 novembre », ce qui n’est pas la même chose : grèves de 24h renouvelées, adossées à la précédente journée d’action d’octobre et rattrapant celle de novembre, en attendant janvier ; grèves émiettées site par site, entreprise par entreprise, voire métier par métier, grèves pendant lesquelles les trains, les bus, les métros circulent, les grévistes ne pouvant jamais mesurer leur force unie. À aucun moment ils n’ont déclaré : le gouvernement doit retirer son projet ; bas les pattes devant les retraites de la SNCF et de la RATP, d’EDF et de GDF ; s’il persiste, nous appelons à la grève générale jusqu’à satisfaction. Jamais ils ne se sont adressés à l’ensemble des salariés pour les diriger contre le gouvernement et sa politique, pour balayer toutes les attaques contre les retraites : retour aux 37,5 annuités ! garantie d’une retraite décente pour tous les travailleurs !

Pire, le 13 novembre, à la veille de la première journée des grèves reconductibles, Thibault adresse au gouvernement son acceptation de « négociations » entreprise par entreprise, du plan de liquidation des régimes spéciaux. La presse patronale salue :

La main tendue du n° 1 de la CGT  (la proposition de négociations tripartites dans les entreprises, entérinant le préalable des quarante ans de cotisations) à la veille d’une journée de grève. (L’Expansion, janvier 2008)

La direction de la CGT mouille la chemise pour empêcher la grève des transports et de l’énergie. La déclaration de la confédération et des fédérations des Cheminots, des Transports et des Mines-Énergie, en date du 14 novembre, ne laisse aucun doute :

Dans le prolongement du 18 octobre, la journée de mobilisation unitaire du 14 novembre marque indéniablement l’engagement fort et unitaire des salariés relevant des régimes spéciaux pour la défense de leurs droits en matière de retraiteEn l’absence d’éléments nouveaux, la reconduction de la grève pour 24 heures a été votée unitairement dans de nombreux établissements et sites.

On sent l’enthousiasme. Et quelle nouvelle donne, non connue au moment des AG, aurait dû arrêter la grève, si l’on en croit les bureaucrates CGT ? Le paragraphe suivant le révèle :

Par un courrier du ministre du Travail Xavier Bertrand adressé aux organisations syndicales dans la soirée, le gouvernement indique qu’il accepte désormais l’ouverture de négociations tripartites par entreprises ou branches professionnelles avec la participation d’un ou de représentants de l’État. Il écrit : « L’objectif d’un mois de négociation peut être retenu »La CGT demande à tous les personnels qui se sont engagés dans les différentes phases de la lutte d’apprécier les avancées constatées et de prendre en assemblées générales les décisions qui préservent leurs forces et l’unité syndicale. (Déclaration CGT, 4 novembre 2007, 22 heures)

Au soir du premier jour de grève, tandis que Sarkozy et Bertrand ne font même pas semblant de céder une miette, les directions confédérale et fédérales CGT appellent en réalité à la reprise : Cheminots, agents de la RATP et d’EDF-GDF, retournez au travail, nous nous chargeons des négociations ; de toute façon, elles vont durer, vous ne tiendrez pas en grève tout ce temps. Évidemment, la certitude de se faire casser les dents par les grévistes dont l’immense majorité sait que le gouvernement ne lâchera rien dans une négociation entreprise par entreprise, qu’il faut l’affronter par la grève générale pour le contraindre à céder, oblige ces messieurs à habiller un peu leur capitulation.

Sitôt connu l’appel de la CGT à ouvrir les « négociations », le gouvernement exige la reddition complète. Il veut que les syndicats appellent à cesser la grève. Mais la détermination est si forte, à la base, que les dirigeants des syndicats risquent de ne plus pouvoir jouer aucun rôle s’ils se démasquent totalement.

Ils misent sur l’usure. D’abord en isolant la grève des autres salariés, en la privant de toute perspective. Ensuite en se rendant tous aux « négociations » qui organisent dans le détail l’application de la « réforme » des retraites SNCF, RATP, EDF, GDF (SUD boycotte à la RATP et participe à la SNCF).

Le 19 novembre, dans certaines AG, FO et SUD tentent de radicaliser la plateforme commune en demandant, a contrario de leurs engagements de la veille, comme préalable aux négociations, le retrait de la réforme. (Commission exécutive de la CGT Cheminots, rapport présenté par Bernard Guidou, 5 décembre 2007)

Nous parions que ces AG étaient houleuses et que les bureaucrates qui n’avaient eu aucun mal, entre eux, à se mettre d’accord pour « négocier dans le cadre de la liquidation des régimes spéciaux », ont été moins à l’aise face aux cheminots.

FO et SUD sortent de la démarche unitaire, refusant de s’associer, car notre communiqué du 19 novembre n’appelle plus mécaniquement à la reconduction de la grève mais demande aux AG de réfléchir aux suites à donner au mouvement, en intégrant le fait que nous avons obtenu l’ouverture de négociations, sans préalables, et qui vont durer au moins un mois. (Commission exécutive de la CGT Cheminots, rapport présenté par Bernard Guidou, 5 décembre 2007)

Sans commentaire, sinon qu’il faut reconnaître la constance de la ligne de trahison de l’appareil CGT, dont les communiqués du 14 et du 19 novembre se ressemblent comme des jumeaux.

Les 22 et 23 novembre, le mouvement à la SNCF et à la RATP est terminé ; ceux qui l’ont trahi à chaque pas bavardent sur « la lutte qui continue sous d’autres formes ».

 

Partis et syndicats réformistes défendent l’ordre bourgeois

 

Pendant cette grève de novembre 2007, le PS n’a pas manqué d’indiquer qu’il est favorable à la destruction des régimes de retraite des cheminots, agents de la RATP, d’EDF, de GDF ; qu’il donne son soutien au Conseil d’Orientation des Retraites, dont les recommandations poussent à augmenter le nombre d’années au travail ; qu’il ne revendique pas l’abrogation des lois Balladur et Fillon.

Comme le PS, le PCF n’a cessé de réclamer la tenue de « négociations » sans exiger le retrait de l’attaque, épaulant la politique de la direction de la CGT :

L’heure est à l’ouverture d’un dialogue entre les partenaires sociaux et l’État. L’attitude du ministre du Travail est inadmissible, Xavier Bertrand met de l’huile sur le feu. (L’Humanité, 17 novembre 2007)

Ni le PS, ni le PCF ne constituent une véritable opposition à Sarkozy, son gouvernement, sa politique. Ils n’avancent pas de politique alternative à celle de l’UMP, sinon des aménagements de ses « réformes », un changement de style pour les mettre en œuvre. Ils ne proposent même rien au prolétariat pour se défendre. Ils ont maintes fois siégé dans des gouvernements qui s’en sont pris aux acquis du prolétariat. Ils sont irrémédiablement liés à l’État bourgeois, à la société capitaliste.

LO et la LCR ont soutenu les « journée d’action » et les « grèves reconductibles ». Ils sont incapables de tracer une autre voie que le PCF et le PS, puisqu’ils prétendent aussi améliorer le sort du « monde du travail » en gardant le capitalisme et l’Etat bourgeois.

Les membres des appareils qui dirigent les syndicats (qui ont souvent leur carte au Parti « socialiste » ou au Parti « communiste », parfois à LO, la LCR ou au PT) échappent à l’exploitation. Ils sont soucieux de conserver leur position. En siégeant dans tous les organes de participation, de cogestion, à tous les niveaux de l’État, dans les grandes entreprises publiques et privées, ils intègrent les mythes de la défense de « l’intérêt général » et  de « la France », ils pratiquent la collaboration de classe et sont rétribués pour cela. Certains ont même des extras, comme l’a révélé la récente mise en cause de Gautier-Sauvagnac, ex président de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), à qui le parquet de Paris reproche des retraits en liquide approchant les 24 millions d’euros, entre 2000 et 2007, dont une partie a arrosé des bureaucrates syndicaux, pour « fluidifier les relations sociales ».

Le gouvernement Sarkozy-Fillon a lancé ce 29 janvier une « négociation sur la représentativité et le financement du syndicalisme ». Une fois de plus, les confédérations ont toutes accepté d’aller à la soupe. Le projet d’instaurer la cogestion, d’intégrer les syndicats à l’État est inséparable du bonapartisme ; la ligne de collaboration que suivent les directions syndicales facilite grandement la tâche de la bourgeoisie.

 

Pour vaincre, la lutte de classe
du prolétariat doit balayer la politique collaborationniste

 

La préservation des intérêts des travailleurs et la conquête d’un avenir pour leurs enfants imposent de surmonter la politique des réformistes. L’issue réside dans la lutte de classe victorieuse, la dislocation de l’État bourgeois, l’instauration du pouvoir ouvrier, du socialisme.

Inlassablement, il faut combattre pour que les organisations ouvrières rompent avec le gouvernement et le patronat, en particulier pour que les syndicats jouent leur rôle d’instrument de défense collective : Assez de concertations qui font aboutir les mesures réactionnaires ! Engagez-vous sur les revendications ouvrières, organisez la lutte pour les arracher !

Quand la lutte se mène, créer des organismes démocratiques et les fédérer pour déborder les vieilles directions syndicales et politiques est indispensable. C’est une des leçons que les grévistes à la SNCF ou à la RATP sauront retenir.

Cette orientation exige des organisations que le prolétariat a construites qu’elles rompent avec la bourgeoisie répond au besoin d’unité des rangs ouvriers, de front de classe contre l’ennemi. Elle est au service de la construction du parti ouvrier révolutionnaire, de la direction dévouée, authentiquement marxiste qui fait aujourd’hui cruellement défaut.

30 janvier 2008